Il y a un an, personne n’aurait parié un centime sur la saison qu’Alexandre Texier allait vivre. Libéré par Saint-Louis fin novembre 2025, signé par Montréal comme simple pari de profondeur à 1 million de dollars, il n’était censé être qu’une pièce de rotation en attendant le retour des blessés. Neuf mois plus tard, il devient le troisième Français de l’histoire à atteindre les 100 points en carrière en NHL — après Pierre-Édouard Bellemare et Antoine Roussel. Il signe une prolongation de deux ans à 2,5 millions par saison et devient le seul joueur NHL actif de l’équipe de France aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina.
Le conte de fées est terminé. Le plus difficile commence maintenant : confirmer.
Peut-il recommencer ?
À Montréal, la question est désormais simple : que devient Texier après une histoire pareille ? Les chiffres de la première partie de saison sont impressionnants — 16 points sur ses 25 premiers matchs, dont une performance à trois points contre Calgary, avant d’inscrire son premier hat trick en NHL face à Florida le lendemain. Mais le rythme n’a pas tenu sur la durée : à mesure que la saison avançait, Texier a connu des passages à vide, jusqu’à se retrouver écarté de la formation pendant plusieurs matchs en mars. Les blessures n’ont pas aidé : deux blessures au bas du corps l’ont privé de plusieurs matchs autour de la fin janvier et du début février, puis en mars. Et certains observateurs, comme l’ancien enforcer Chris Nilan, ont pointé du doigt un manque de physicalité qui pourrait devenir un problème, notamment en séries.
Justement, les séries éliminatoires ont plutôt rassuré : quatre buts et quatre aides en 19 matchs, avec un différentiel de +6. Il a notamment marqué dans la victoire 6-3 face à Buffalo au deuxième tour. De quoi nuancer les doutes, sans pour autant les effacer complètement.
Ce qu’il doit améliorer
Le portrait qui se dégage est celui-ci : vitesse et mains excellentes, mais un gabarit et une robustesse encore justes pour tenir un rôle régulier dans le top 6 sur la durée d’une saison de 82 matchs. Montréal l’a d’ailleurs positionné un temps aux côtés de Nick Suzuki et Cole Caufield avant de le replacer dans un rôle plus secondaire. Son parcours cette saison montre ainsi que sa place dans la hiérarchie montréalaise n’est pas encore totalement figée.
À 2,5 millions de dollars par saison, Montréal lui offre une vraie place dans ses plans sans pour autant lui donner le poids financier d’un joueur dont la production doit absolument justifier un gros contrat. Autrement dit, l’organisation lui accorde sa confiance, sans pour autant faire de lui un pari financier majeur.
Pour s’installer durablement, Texier devra donc prouver deux choses : qu’il peut être productif sur un échantillon de matchs plus large que 25, et qu’il peut encaisser physiquement un calendrier NHL complet sans enchaîner les passages à l’infirmerie.
Mais il devra aussi démontrer quelque chose de plus difficile à mesurer : qu’il peut devenir prévisible dans le bon sens du terme. Une première saison réussie prouve qu’un joueur est capable d’atteindre un certain niveau. La suivante doit montrer que ce niveau peut devenir la norme, et pas simplement l’exception. Pour Montréal, la question ne sera donc pas seulement de savoir si Texier peut refaire ses meilleurs matchs, mais s’il peut continuer à être utile lorsque les buts ne viennent pas, lorsque ses coéquipiers changent, ou lorsque les adversaires ont eu une saison entière pour étudier son jeu.
Il y a aussi une dimension d’horloge dans tout ça.
Dans une équipe où les contrats importants de Suzuki, Caufield et des autres éléments clés occupent déjà une part importante de la masse salariale, chaque place disponible prend davantage de valeur. Pour un joueur encore en phase de confirmation comme Texier, cela signifie que le temps pour s’installer durablement ne sera pas illimité.
Ce qu’il représente pour la suite
Au-delà du cas individuel, Texier a une valeur symbolique qui dépasse sa feuille de statistiques. Le hockey français n’a produit que deux autres joueurs à avoir dépassé les 100 points en carrière NHL, et Texier est aujourd’hui la vitrine la plus visible du hockey hexagonal sur la scène nord-américaine — au point d’avoir été le seul joueur NHL en activité dans l’effectif tricolore aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina. Sa réussite, ou ses difficultés, à Montréal ne changera rien statistiquement à la filière de formation française, mais elle pèsera sur la perception : un Texier qui confirme, c’est un argument de plus pour convaincre que le hockey français peut produire des joueurs NHL durables, pas seulement des passages ponctuels au plus haut niveau.
Un Texier qui ne confirme pas ne condamnerait évidemment pas la filière française. Mais il alimenterait les doutes sur sa capacité à produire régulièrement des joueurs capables de s’installer au plus haut niveau.
C’est aussi pour cette raison qu’il faut le suivre, qu’on soit optimiste ou non sur ses chances : que ça se passe bien ou mal pour lui cette saison, ça dira quelque chose d’important sur la situation du hockey français aujourd’hui.
Le hockey français n’a pas besoin d’un miracle. Il a besoin que Texier confirme.

































