La 64e draft NHL – ou repêchage, selon les préférences – s’est déroulée au KeyBank Center de Buffalo, les 26 et 27 juin derniers. Un événement qui à la fois clôture la saison 2025-26, et lance la saison 2026-27.
Encore une fois, cette séance de sélection s’est déroulée en mode « décentralisé ». Les jeunes espoirs étaient bien présents dans l’arena, avec leurs familles et proches, mais les staffs travaillaient pour leur part à distance depuis leurs villes respectives. Un choix initié il y a quelques années afin de réduire les coûts, mais qui reçoit son lot de critiques, tant de la part de certains staffs que des fans, et des joueurs eux-mêmes. Gary Bettman se réfugie derrière son statut de porte-parole des propriétaires : si la majorité re-bascule sur une organisation en présentiel, il est possible qu’une machine arrière soit enclenchée… en attendant, il faudra faire avec.
Le scouting opère progressivement une bascule, avec la modification des règles entre junior majeur (OHL, WHL, LHJMQ) et NCAA. En effet, le transfert du premier vers le deuxième était pendant longtemps interdit. Plusieurs décisions de justice ont changé la donne sur l’ensemble des sports universitaires américains, ouvrant ainsi la voie à des situations fréquentes : un début en junior à 16-17 ans, puis, avant la draft ou juste après, une migration vers la NCAA et son plan de développement double : études, calendrier plus léger, déplacements moins longs et entrainements plus fréquents.
McKenna, n°1
C’est le chemin qu’a suivi Gavin McKenna. Originaire du territoire du Yukon, au nord-ouest du Canada, l’ailier a joué deux saisons en WHL avant de rejoindre Penn State en NCAA. Son début de saison timide avait inquiété les suiveurs et resserré l’écart avec les autres talents de sa génération, mais il a fini fort, terminant dans la All-rookie team. C’est sans surprise qu’il a été choisi en n°1 par les Maple Leafs de Toronto, vainqueurs de la loterie.
L’ailier gauche a affiché clairement ses origines amérindiennes, arborant des badges cousus par sa sœur. Doté d’un QI hockey élite, il a tourné à 1,46 pts par match cette saison grâce à sa vision du jeu. On l’envisage déjà aux côtés d’Auston Matthews sur la première ligne – si ce dernier reste là…
L’incident de milieu de saison n’a donc pas impacté le statut de futur star de McKenna. Il avait été brièvement arrêté pour coups et blessures à la sortie d’un bar et aurait pu recevoir une longue peine de prison. La victime, mâchoire fracturée, n’a pas eu gain de cause lorsqu’il a été prouvé que ses provocations – insultes envers la mère du joueur entre autres – étaient à l’origine des faits.
Les Sharks, grands gagnants du jour
La magie est venue de l’équipe choisissant en deuxième, les Sharks de San José. Le manager général Mike Grier s’est débrouillé pour capitaliser sur l’échange de William Eklund vers Ottawa pour récolter trois joueurs au premier tour : le numéro 1 de la liste européenne, Ivar Stenberg, puis deux défenseurs, Keaton Verhoeff, longtemps cité sur le podium par certains scouts (9e) et Ryan Lin (21e).
Le joyau reste bien sûr Stenberg, auteur du meilleur total de points en élite suédoise pour un joueur de 18 ans depuis… les frères Sedin en 1999. Il fut aussi très en vue aux Championnats du monde senior au printemps, et son association avec la pépite Macklin Celebrini fait déjà saliver…
Un premier tour moins emballant
Derrière ces deux choix, l’incertitude régnait. Vancouver, grand perdant de la loterie, a tenté sa chance sur Caleb Malhotra, un centre responsable dans les deux sens du jeu mais dont certains mettent en cause le réel potentiel offensif. Il est le premier d’une longue série de « fils d’anciens joueurs » appelés ce week-end. Son père, Manny, a connu une longue carrière, notamment aux Canucks, dont il vient justement d’être nommé entraîneur !
Les équipes se sont ensuite tournées vers la défense, avec quatre arrières choisis à la suite : l’offensif Daxon Rudolph rejoint Buffalo, qui avait acquis ce 4e choix en envoyant Bowen Byram à Chicago (et recevant aussi Olen Zellweger d’Anaheim dans une autre transaction). Le Letton Alberts Smits s’installera aux Rangers de New York après avoir fait bonne impression aux Jeux olympiques comme aux Mondiaux élite. C’est sans doute l’un des joueurs les plus capables d’intégrer la ligue dès la rentrée. Enfin, les offensifs Carson Carels (Calgary) et Chase Reid (Seattle) étaient parfois évoqués comme candidats au podium.
L’attraction de la fin de saison était Viggo Björck. Le Suédois a lui aussi représenté son pays au Mondial, une rareté à 18 ans. Brillant offensivement, doté d’une énergie folle, il fera sans doute les beaux jours de Winnipeg, pas effrayé par son gabarit modeste.
Des paris en milieu de draft
Après le choix de Verhoeff en 9 par San Jose, la suite de la séance a plutôt proposé des profils polyvalents mais moins assurés. Wyatt Cullen a grandi a Nashville lorsque son père Matt – ancien champion avec Pittsburgh – y jouait : désormais ailier gauche, il rejoint les Predators.
St Louis a choisi le centre Tynan Lawrence en 11e. Puis, pour sa première sélection en tant que nouveau manager général des Devils, Sunny Mehta s’est intéressé au Suédois Alexander Command, l’un des joueurs qui a le plus progressé cette saison. Retranché de l’équipe nationale U18 en début de saison, il a finalement joué le Mondial U18 sur la première ligne au printemps, récoltant une médaille d’or, récompense d’une saison phare de ce centre two-way, gratteur infatigable de palet.
La Suède a donc continué sa draft record (7 joueurs au premier tour) avec l’arrière Malte Gustafsson (13e, Islanders). La Finlande compte pour sa part l’ailier Oscar Hemming (14e, Columbus) puis le centre Oliver Suvanto à Washington (18e). Anaheim a aussi puisé en Europe avec deux attaquants intrigants, le Russe Nikita Klepov (15e) et un buteur pur, le Suédois Marcus Nordmark (28e). Los Angeles a lancé aussi sa séance par un Suédois, Elton Hermansson (19e), premier d’une longue série : les Kings ont récolté 11 joueurs – par opposition avec Minnesota, qui n’aura choisi que 3 joueurs et pas avant la 83e sélection.
On notera aussi que de nombreux choix ont changé de mains lors de transactions, avec par exemple l’envoi du gardien Sebastian Cossa de Detroit vers l’Utah, ou de JJ Peterka de Utah vers Boston, tous les deux contre des premiers choix.
Les curiosités du week-end
Longtemps boudée, la LHJMQ a retrouvé des couleurs avec 20 joueurs choisis, le plus haut total depuis 2021. On trouve d’ailleurs 10 de ces joueurs dans le top-100, dont l’attaquant Maddox Dagenais (16e, St Louis), fils de l’ancien NHLer Pierre, et le défenseur Tommy Bleyl (31e à Nashville).
Pour autant, l’OHL et la WHL continuent à se tailler la part du lion avec la majorité des sélections au long des sept tours – quand bien même une partie de ces jeunes joueurs comptent rejoindre la NCAA à l’automne.
Au total, 68 Canadiens et 58 Américains ont été choisis. La Suède reste première nation européenne (25) devant la Russie (23), la Tchéquie, qui capitalise sur ses bons résultats U18 et U20 (12) et la Finlande (11).
La Slovaquie (8) suit, devant la Lettonie (4), récompensée de ses étonnants résultats dans les catégories de jeunes cette saison. En revanche, Allemagne et Suisse (2 choix chacun) semblent peiner à sortir des jeunes marquants.
Simas Ignatavicius, qui évolue en Suisse, représente la Lituanie et tentera de percer l’alignement des Panthers de Floride (40e) à terme, après une saison remarquée à Genève.
On notera aussi des origines géographiques inédites : le 32e choix d’Ottawa, l’ailier Jaxon Cover, est natif des îles Caïmans, où il a débuté en roller avant de se lancer sur glace au Canada à l’âge de 13 ans. On trouve aussi un natif… des îles Tonga ! Noa Ta’amu, fils de l’ancien joueur de NFL, Ed, rejoint Winnipeg au 199e rang.
La sélection de Maksim Sokolovskii, un défenseur de grande taille, par les Flyers au 27e rang, a confirmé une étonnante statistique : c’est la 58e année consécutive qu’un joueur des London Knights (OHL) est drafté, la plus longue série en cours.
Autre record, celui du nombre de gardiens : pas moins de 32 à partir de Tobias Trejbal, choisi 42e par Calgary, où il rejoindra son coéquipier de club en USHL, le centre Jack Hextall (30e). Six équipes en ont même sélectionné deux ! Témoignage des difficultés du poste au Canada, les dix premiers gardiens choisis sont tous natifs d’Europe ou du Kazakhstan. Le premier Canadien, le Québécois Elliot Lennon, est parti 110e (et encore évolue-t-il aux États-Unis). La Tchéquie s’en sort ainsi avec 6 gardiens sélectionnés !
Parmi les gardiens choisis, on trouve Patriks Plumins (114e, Toronto), héros de la Lettonie pour la première demi-finale de l’histoire du pays balte au Mondial U18.
À lire : un article sur les anecdotes entourant les gardiens sélectionnés cette année
Enfin, le défenseur Aleksandr Karmanov, né à Chisinau en Moldavie, est entré dans l’histoire en étant le joueur le plus grand (2m16) drafté en NHL, par San José (201e).
En famille
Outre Malhotra, Cullen et Dagenais cités plus haut, nombre de joueurs poursuivent des traditions familiales. À commencer par Ivar Stenberg, dont le frère Otto a été drafté par St. Louis. Le troisième de la fratrie, Knut, est éligible en 2027.
Liam Ruck (22e, Pittsburgh) n’a jamais été séparé de son frère jumeau plus de quatre jours. Il a du attendre le deuxième jour pour voir Markus Ruck (39e) le rejoindre, aucune équipe n’ayant pris le risque de les séparer. Les deux attaquants ont passé la barre des 100 pts en WHL et avaient été assez clairs sur leur volonté de continuer à jouer ensemble…
Parmi les « héritiers », citons Joe Iginla (65e, Calgary), pas vraiment attendu si haut. Le troisième enfant de la légende des Flames, Jarome, passe pro juste après Tij, drafté au 1er tour par Utah il y a deux ans, et Jade, sélectionnée en PWHL il y a quelques jours.
Victor Plante, 47e choix par Detroit, est le fils de l’ancien NHLer Derek, et troisième frère drafté après Zam (150e en 2022 par Pittsburgh) et Max (47e en 2024 par Detroit).
Le 72e choix, Adam Nemec (Ottawa) est le frère de Simon, ex-New Jersey échangé il y a quelques jours à Calgary. En 189e à Montréal, on trouve Parker Trottier, petit-fils de Bryan.
Un joyau en 2027
C’est la fin de ce tour d’horizon : le premier choix 2027 semble déjà connu. Le défenseur Landon DuPont, fils de l’ancien NHLer Micki (auteur d’une longue arrière en Allemagne) écrase déjà toute concurrence. Un phénomène générationnel rare, brillant avec Everett en WHL (73 pts en 63 matchs, plus 23 en 18 matchs de playoffs), qui rejoindra la NCAA sous les couleurs de l’université du Michigan : la passerelle entre les deux ligues apparaît comme la nouvelle filière.































