En 2015, la création de la NWHL marquait une avancée majeure pour le hockey féminin en rémunérant pour la première fois ses joueuses. Un an plus tard, le système a été heurté par une lourde déconvenue.
Un pas en arrière
C’était le 18 novembre dernier. Dani Rylan, gestionnaire de la National Women Hockey League, annonçait une baisse des salaires pour les joueuses d’un circuit qui venait pourtant d’entamer seulement sa deuxième année d’exercice. Selon Rylan, cette diminution était la seule solution afin de préserver la pérennité de la ligue. « Nous faisons tout ce que nous pouvons pour bâtir la ligue, et dans ce processus, nous apprenons que vous devez parfois prendre du recul » confiait-elle, propos relatés par Puck Daddy.
Au début de la saison, les salaires s’étalaient de 10 000 dollars annuels, le minimum garanti, à 26 000 dollars, somme perçue par Amanda Kessel, sœur du populaire « penguin » de Pittsburgh Phil et joueuse la mieux payée du circuit. Ces revenus sont donc désormais revus à la baisse, le système de salaire fixe étant désormais remplacé par une fraction correspondant à chaque match joué. En comparant avec les salaires fixés au départ, les rumeurs ont très vite parlé d’une baisse équivalente à 50% des rémunérations. Ce chiffre a toutefois été revu depuis à 38%, le sponsor majeur de la NWHL, la chaîne Dunkin’ Donuts, réalisant une dotation de 50 000 dollars à destination des joueuses et limitant ainsi la casse.
C’est un coup dur pour le hockey féminin et surtout pour les joueuses de la NWHL. Avec cette annonce, certaines d’entre elles ont renoncé à poursuivre leur saison. C’est le cas de Morgan Fritz-Ward des New York Riveters, la première à abandonner l’aventure, qui avait déjà deux emplois pour subvenir à ses besoins. Harrison « Brownie » Browne, premier athlète ouvertement déclaré transgenre à jouer dans une ligue professionnelle aux États-Unis, a pris la même décision. Jouer au hockey et mener une vie décente, c’est une équation difficile pour bon nombre de hockeyeuses dont beaucoup sont amenées à mettre un terme à leur carrière prématurément pour des raisons financières. Et rares sont les joueuses qui continuent à jouer au plus haut niveau à plus de trente ans.
Harrison Browne – Changing the Game by Being Himself
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— NWHL (@NWHL) 30 novembre 2016
Les joueuses mobilisées
La majorité des joueuses qui poursuivent leur saison en NWHL ont toutefois posé plusieurs conditions : obtenir la garantie d’être assurées pour l’exercice en cours, des explications sur la baisse des revenus et des informations sur les investisseurs, en somme davantage de transparence de la part de la NWHL. Plusieurs points sont tout de même à souligner. D’une part, la décision a été prise par la direction sans consultation de l’association des joueuses, la NWHLPA. D’autre part, cette réduction de salaires ne concerne que les joueuses, et non les dirigeants de la ligue et les dirigeants d’équipe. À bien y regarder, l’effort semble donc à deux vitesses.
« Nous allons nous battre pour ce que nous croyons mériter, afin que les filles n’aient pas à le faire dans dix ou quinze ans » confiait Kelli Stack de Connecticut à Sports Illustrated. « Nous voulons une ligue sécurisée, que toutes ces filles qui sortent de l’université aient un endroit pour jouer. »
La rémunération des joueuses constituait le principal intérêt de la National Women Hockey League, qui regroupe quatre équipes (New York, Boston, Buffalo et Connecticut) à l’heure où même en Europe, en SDHL suédoise, en ZHHL russe ou en SWHL suisse, générer des salaires n’est pas encore d’actualité en 2016. D’ailleurs, avec cet argument, la NWHL avait réussi à attirer bon nombre de joueuses talentueuses, dont plusieurs stars américaines comme Amanda Kessel ou Hilary Knight. Mais la situation financière difficile rend l’avenir du circuit incertain. Malgré des débuts encourageants, la couverture médiatique demeure assez faible et la fréquentation aux matchs est en baisse par rapport à l’année dernière, la moyenne passant de 1000 à 600 spectateurs. Dunkin’ Donut est le seul partenaire majeur de la NWHL et les difficultés rencontrées par la ligue pourraient repousser d’autres sponsors éventuels. Quant à la promotion de la ligue, est-elle suffisante ?
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— Hilary Knight (@Hilary_Knight) 19 novembre 2016
La CWHL prudente
Cet incident de parcours de la jeune NWHL pourrait avoir une influence sur les dispositions prises par l’autre circuit féminin majeur, la Canadian Women Hockey League. La rémunération des joueuses est évidemment un projet dans les cartons et certaines rumeurs parlaient d’une officialisation l’année prochaine, ce qui coïncidait avec le dixième anniversaire de la CWHL. Mais Marion Allemoz, capitaine des Bleues et attaquante des Canadiennes, devra patienter. La commissaire Brenda Andress, homologue de Dani Rylan, ne veut pas brûler les étapes, respectant scrupuleusement un plan à long terme débuté en 2007.
À Radio-Canada, Andress gardait la tête froide : « Cela a toujours fait partie de nos plans d’offrir des salaires. Mais il faut faire les choses dans le bon ordre, sinon ça ne sera pas durable. Nous ne sommes pas prêts financièrement à franchir l’étape des salaires. Nous ne pouvons pas grandir avant notre temps, il faut de la patience et un plan d’affaire solide.«
Certaines équipes de CWHL sont affiliées aux franchises NHL de la ville : le Calgary Inferno avec les Flames, les Toronto Furies avec les Maple Leafs et surtout les ex-Stars de Montréal rebaptisées en 2015 Canadiennes suite à l’accord avec le club le plus prestigieux au monde. Incontestablement, cette dernière entente peut constituer un tremplin pour les Canadiennes de Marion Allemoz et pour la ligue car le Canadien apporte un soutien financier et promotionnel solide et sans précédent dans le milieu du hockey féminin. D’ailleurs, samedi prochain, les Canadiennes évolueront pour la première fois au Centre Bell face à Calgary.
La CWHL continue son petit bonhomme de chemin tandis que la NWHL s’est peut-être brûlée les ailes durant sa courte existence. Ce n’est d’ailleurs pas le premier obstacle rencontré par le circuit Rylan. Le 31 décembre 2015, Denna Laing, ancienne joueuse du circuit qui évoluait à Boston, a perdu l’usage de ses jambes après une grave blessure à la moelle épinière lors d’un match d’exhibition en extérieur en marge du Winter Classic NHL, un accident qui avait suscité une vive émotion aux États-Unis. Au début de l’année, des courriels anonymes d’un employé de la NWHL ont été envoyés aux médias pour dénoncer des défauts de paiement et la gestion catastrophique de la ligue. En avril, l’ancien directeur de marketing de la ligue, Mike Moran, qui avait contribué financièrement à l’essor de la ligue, a saisi la justice pour attaquer la NWHL, réclamant 650 000 dollars pour un vice de forme sur son contrat, et d’autres investisseurs avaient menacé de mener des actions devant les tribunaux. En un an et demi, Dani Rylan et sa ligue n’ont pas été épargnées par les épreuves.
La santé financière de la NWHL soulève pour l’heure de nombreuses interrogations, certains parlant d’une hypothétique fusion avec la grande sœur canadienne comme seule véritable issue, solution pour le moment totalement occultée par Dani Rylan. Vivre de sa passion, tel fut la longue utopie du hockey féminin, brisée par la NWHL. Mais ce progrès peine encore à se dessiner, même en 2016.