Tout autre résultat que la coupe Stanley aurait constitué une déception pour l’équipe certainement la plus forte jamais alignée par les Capitals de Washington. Alors une nouvelle défaite aux mains de l’éternel rival Pittsburgh en demi-finales de conférences a constitué un échec retentissant. Que cette élimination ait été vraiment méritée ou non, les Caps n’ont, une fois de plus, pas pu trouver la solution.
Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_
Difficile de trouver des circonstances plus favorables à une équipe ces dernières saisons. Les Capitals affichaient un effectif complet, doté d’un des meilleurs gardiens de la ligue, d’un jeu tourné vers l’offensive appuyé par de nombreux talents et une défense joueuse. Sans blessé manquant à l’appel et ayant payé le prix fort pour ajouter Kevin Shattenkirk en mars, Washington s’affichait en grandissime favori. C’était là le summum de la version 2 des Capitals d’Ovechkin, celle avec Holtby, Carlson, Kuznetsov, Oshie, Williams and co. La dernière année avant le casse-tête du plafond salarial. Tant pis.
Depuis 10 ans que l’équipe a retrouvé des couleurs avec la génération Ovechkin, les Caps ont participé neuf fois aux playoffs, et ont échoué à sept reprises lors d’un match 7… Et des neuf éliminations, trois sont à porter au crédit des Penguins, qui sont à chaque fois allés chercher la coupe dans la foulée, et trois sont dues aux Rangers de Henrik Lundqvist. Washington vit sous une sorte de malédiction et ses bêtes noires s’en donnent à cœur joie. Re-tant pis.
Washington a dominé la ligue pour la deuxième année consécutive. 3e pour la possession, les Caps s’appuyaient sur un jeu complet (7e attaque et 3e défense pour les tentatives de tirs) misant davantage sur la quantité que la qualité des chances, comme souvent lorsqu’une équipe contrôle aussi longtemps le palet. La somme des talents à l’attaque faisait tout de même que la réussite aux tirs des joueurs a figuré au second rang de la ligue, après une troisième place l’an dernier. Mais surtout, la saison du tandem de gardiens Holtby et Grubauer, meilleur taux d’arrêts de la ligue, a dopé les résultats déjà excellents des Caps. Le PDO de 102,9 était bien sûr le meilleur de la ligue, tout proche de passer la barre mythique des 103, qu’une seule équipe a est parvenu a dépassé depuis 10 ans : les Caps de 2009-10. 102,9 constitue ainsi la 4e meilleure performance sur cet indicateur de réussite/chance de la décennie.
Washington a, au final, enregistré 61,8% des buts marqués, presque les deux tiers (!), là encore la deuxième performance de la décennie derrière les Penguins de 2009. Ajoutons à cela le 4e power play de la ligue et la 7e infériorité numérique, sur le plan comptable, la saison des Caps a été proche de la perfection.
Braden Holtby a signé sa meilleure saison en carrière en 2016-17. Si son taux d’arrêts s’est toujours situé autour des 93%, il a dépassé pour la première fois 93,5%. Il a surtout sauvé 29 buts aux Caps cette saison, deux fois plus que l’an dernier, et récolté 9 blanchissages, un sommet dans la ligue. Seul petit bémol, ses performances en baisse à 4 contre 5, mais pas de quoi l’empêcher de décrocher une nouvelle nomination pour le trophée Vezina après l’avoir remporté l’an passé.
La déception est venue en playoffs, où Holtby a rendu une copie loin de ses performances passées. Mis à mal, comme toute sa défense, par la vitesse et la folie des Maple Leafs puis des Penguins, son taux d’arrêts de 90,9% toutes situations confondues sonne faux après deux printemps au-delà de 94% et une taux en carrière à 93,2%. Depuis ses premiers playoffs en 2012, seul Tuukka Rask présente d’ailleurs un meilleur rendement à travers la NHL à 93,4%. Murray est à 92,8% mais avec deux fois moins de matchs joués. Lundqvist est à 92,7%, Quick 92,5%, Price 91,9% et Crawford 91,8%. C’est dire la solidité historique de Holtby qui aura forcément à cœur de se rattraper l’an prochain.
À 25 ans, Philipp Grubauer confirme un certain potentiel. Lui qui aurait pu attiser les convoitises sur le marché des échanges a reçu un nouveau contrat d’un an, sûrement le moyen de faire monter sa valeur avant l’été prochain.
Si les Caps monopolisaient la rondelle et n’accordaient que peu de tirs, ceux-ci avaient en revanche de bonnes chances d’être dangereux. Le propre des équipes dominantes est d’être exposées aux contres et la brigade défensive de Washington n’a pas été d’une grande efficacité dans la prévention des chances de marquer adverses. Majoritairement aligné avec Matt Niskanen, Dmitry Orlov a joué le plus de minutes à 5 contre 5, étant celui avec qui les Caps obtenaient le plus de tentatives de tirs en attaque. Niskanen était, lui, le plus étanche défensivement, en plus de produire le plus offensivement.
L’autre paire du top-4 réunissait John Carlson et Karl Azner. Si Carlson a joué son rôle sur la première vague du power play, les deux ont été, de loin, les moins efficaces du point de vue de la possession à 5 contre 5, passant largement dans le négatif pour Alzner. L’impact de celui-ci sur son partenaire était sans aucun doute lourd et d’un taux de possession de 46% avec Alzer, Carlson bondissait à 54,4% sans lui. Le duo a pourtant joué avec les meilleurs attaquants de l’équipe mais tous ont semblé subir le jeu en compagnie d’Alzner. Backstrom, Ovechkin, Oshie, Johansson ou Kuznetsov, tous affichaient une possession négative entre 45 et 48% avec Alzner et positive entre 53 et 56% sans lui… Agent libre cet été, Alzner a focalisé le débat sur ces défenseurs « défensifs », physiques et travailleurs. Comme souvent pourtant, la réalité a bien du mal à rejoindre la réputation. C’est avec Alzner sur la glace que les Caps concédaient le plus de tentatives de tirs à l’adversaire, et qu’ils en obtenaient le moins pour eux. Difficile de voir le bénéfice d’un tel cocktail. Montréal lui a pourtant accordé un contrat de cinq ans.
Washington a par contre perdu un bon élément en Nate Schmidt, repêché par Vegas. Et il reste deux années de contrat à Brooks Orpik qui voit, à 36 ans, ses performances décliner rapidement. Sans place sous le cap, Washington devra certainement faire appel à un jeune espoir pour combler les trous. Christian Djoos, Connor Hobbs ou Lucas Johansen ne sont pas loin d’être prêts.
L’attaque des Caps était cette saison un condensé de talents menés d’une main de maître par l’entraîneur Barry Trotz. L’ensemble de l’effectif, sauf Jay Beagle et Curtis Sandford (26 matchs joués), a assuré la possession du palet tout en se révélant efficace en zone offensive. Menace permanente offensivement, le trio Ovechkin-Backström-Oshie était par contre moins étanche défensivement, un phénomène bien connu ces dernières années pour le capitaine des Caps. La production d’Ovechkin à 5 contre 5 décline également et la moitié de ses 33 buts sont venus cette saison du power play, même s’il a déjà connu un tel ratio par le passé. À noter tout de même qu’Ovechkin a connu sa 2e pire moyenne aux tirs en 12 saisons. Il a marqué sur 10,5% de ses shots, lui qui tire en carrière à 12,3%. Sa déveine l’a d’ailleurs suivi en playoffs où, malgré un nombre toujours faramineux de tirs cadrés, le palet n’est pas suffisamment rentré, surtout face aux Pens. En vieillissant, il est pourtant certain que Ovechkin remplira de plus en plus un rôle de fine gâchette, laissant le poids du jeu (et les responsabilités) à d’autres.
La ligne de centre des Caps était particulièrement remarquable. Bäckström n’a plus besoin de prouver qu’il est un premier centre d’élite, lui qui fut également le meilleur marqueur des Caps en playoffs avec 13 points en autant de matchs. Il faut même se demander s’il ne serait pas plus efficace sans Ovechkin, son taux de possession passant de 50% à 54% sans son capitaine… Derrière, Kuznetsov a certes moins produit que l’an passé (59 points contre 77), mais il constitue un solide second centre et les Caps lui ont offert un contrat de huit ans cet été. À ses côtés, Johansson et le vétéran Justin Williams ont tous deux marqué 24 buts mais ne seront pas de retour l’an prochain, faute de place sous le plafond salarial. Enfin la 3e ligne pilotée par Lars Eller, épaulé par Burakovsky et Connolly, s’est révélée la meilleure en termes de possession, tout en assumant un rôle plutôt défensif. Nulle surprise pour l’ancien des Canadiens de Montréal, dont la force a toujours été d’amener le jeu en zone offensive, à condition que quelqu’un d’autre assure la finition à sa place…
Les séries :
Si Washington a franchi sans surprise le premier tour, cinq des six matchs ont nécessité une prolongation et Toronto a donné bien du fil à retordre à la bande à Ovechkin. La machine bien en place des Caps – Washington est l’équipe qui a obtenu le plus de tentatives de tirs de ce premier tour – a été bousculée défensivement par les assauts un peu fous des Leafs. Dos au mur, les Caps ont alors retrouvé leur hockey dans un duel numéro 4 maîtrisé et Braden Holtby a été intraitable lors des matchs 5 et 6.
Quant à son élimination, Washington n’a pas grand-chose à se reprocher. Avant Pittsburgh, aucune équipe n’avait remporté une série en étant dominée aux tirs lors de chaque rencontre depuis 2012. Difficile de trouver ce que les Caps auraient pu faire de plus. Ils ont largement dominé au chapitre de la possession tous les matchs ainsi que les six premiers duels pour les buts espérés. Washington s’est heurté en face à un grand Marc-André Fleury. Le gardien des Pens a réalisé exploit après exploit et a écœuré Ovechkin and co presque toute la série. Surtout que les camarades de Crosby trouvèrent, eux, la faille de manière presque insolente, conjuguant le jeu de contres des Pens et le talent exceptionnel de l’effectif pour jouer dans le dos des défenseurs et mettre Holtby hors de position. Même si la série fut inégale de la sorte, le match 7 représenta un modèle de verrouillage par les Pens et on sentit les Caps sans ressource et au bout du rouleau. Sans solution, la déception demeure immense.
En résumé : Une chance en or qui s’envole.
Washington ne retrouvera certainement jamais un tel effectif. Les nouveaux contrats de Oshie et Kuznetsov ont poussé Williams et Johansson dehors. Si Alzner est parti, il manque tout de même quelques pièces en défense et surtout les cadres vieillissent. Il reste une poignée d’années pour tenter de remporter le trophée avec cette génération-là et il est fort probable que Washington fera tous les sacrifices pour mettre une nouvelle fois toutes les chances de son côté.