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Bilan 2016-17: Anaheim, l’occasion inattendue

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Les Ducks d’Anaheim ne faisaient certainement pas figure de favoris dans la division Pacifique mais ce sont pourtant eux qui s’y sont imposés en saison régulière et en playoffs. Le mélange de vétérans sachant comment et quand gagner et de jeunes joueurs capables de renverser des matchs les ont ainsi amenés aux portes de la finale où l’équipe trouva finalement ses limites tactiques.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

Voilà des années que la division Pacifique est un champ de bataille entre les trois franchises californiennes. Mais cette année encore les Kings se sont essoufflés et les Sharks ont piqué du nez au pire moment. Dans le sprint final, ce sont donc bien les Ducks qui ont pris le dessus sur les jeunes Oilers d’Edmonton. La chose n’était pourtant pas gagnée d’avance. Le limogeage de Bruce Boudreau l’été dernier, malgré la première place de la division, faisait craindre le pire. Surtout que l’organisation avait rappelé derrière le banc Randy Carlyle, vainqueur de la coupe avec l’équipe en 2007 mais entraîneur d’une autre époque et dont le récent passage à Toronto avait été catastrophique.

Comme prévu, Carlyle a mis en place un hockey physique, fait d’attente et d’opportunisme. Les Ducks n’auront pas été une équipe belle à voir jouer mais sacrément difficile à battre. Le talent de la génération Getzlaf, à commencer par le capitaine des Ducks toujours impressionnant, et celui de la relève déjà indispensable en défense et dans les buts ont offert autant de solutions pour une équipe dont la force principale aura été de ne jamais s’avouer vaincue.

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Anaheim sous Bruce Boudreau avait présenté le 2e taux de possession de la ligue en 2015-16. Les Ducks de Randy Carlyle ont chuté à la 19e place, un rang attendu compte-tenu des inclinaisons de l’entraîneur. Anaheim a, cette saison, obtenu moins de tentatives de tirs en attaque et en a concédé plus en défense. La recherche de la qualité qui était déjà présente avec Boudreau est par contre demeurée en place. Le talent devant a permis aux lignes offensives d’être incroyablement efficaces pour se créer des chances de marquer. Et comme la défense resserrait également les lignes du mieux possible, les Ducks ont pu se targuer au final de se classer 4e de la ligue pour les buts espérés, transformant ainsi une possession moyenne en efficacité maximale.

Bien aidés par une infériorité numérique de haut niveau et par un grand John Gibson, les matchs couperets ont souvent tourné en faveur des Californiens, en saison régulière et surtout en playoffs. Ryan Getzlaf demeure l’un des joueurs les plus dominants de la ligue et fait sentir sa présence dans toutes les situations, surtout lorsque cela compte le plus. Presque auteur d’un point par match en saison régulière et de 19 en 17 rencontres de playoffs, le capitaine est peut-être sous-médiatisé comparativement à d’autres figures de la NHL. Rakell a explosé avec 33 buts et Silfverberg a connu sa meilleure saison, compensant la baisse de régime de Corey Perry. Et derrière, la pépinière de jeunes défenseurs a montré son potentiel et débordait au point de ne pouvoir empêcher Vegas de prendre le très prometteur Shea Theodore.

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Dans les buts, John Gibson confirme toutes les espérances placées en lui. Pour sa deuxième saison comme titulaire et à seulement 24 ans, il a sauvé 20 buts aux siens tout en signant un taux d’arrêts parmi les meilleurs de la ligue. Il a de plus sauvé 15 buts supplémentaires en infériorité numérique, le meilleur résultat de la ligue juste devant Sergei Bobrovsky. Toutes situations confondues, il vient au 4e rang des gardiens pour les buts sauvés donc, derrière Bobrovsky, Talbot et Holtby et devant Murray et Price. Pas ridicule comme compagnie. Qui sait si sa blessure en finale de conférence n’a pas changé la donne ?

Car son remplaçant, Jonathan Bernier, n’avait, lui, rien d’exceptionnel. Ordinaire durant la saison, il l’a tout autant été en fin de série contre Nashville, laissant les Preds s’envoler vers la finale. L’an prochain, c’est Ryan Miller qui secondera Gibson.

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Cam Fowler a été le défenseur le plus utilisé et se voit, de fait, souvent attribuer l’étiquette de numéro un. Le plus souvent aligné avec Sami Vatanen, il a pourtant rendu une copie moyenne dans le jeu, comme c’est malheureusement une habitude pour lui depuis des années. Il est cependant le seul à avoir produit offensivement un tant soit peu à 5 contre 5, au sein d’une brigade défensive peu impliquée dans les attaques. Pour mettre en perspective, s’il était le meilleur compteur à la ligne bleue avec 39 points, cela ne place Fowler qu’au 26e rang parmi les défenseurs de la ligue.

La véritable paire capable de dynamiser le jeu a été en fait celle de Hampus Lindholm et Josh Manson. Les deux furent de loin ceux avec qui Anaheim se créait le plus de tentatives de tirs en attaque, tout en en accordant le moins en défense. Un véritable cocktail positif dont bénéficiaient à tour de rôle les trios de Getzlaf et de Kesler. À 23 et 25 ans, Lindholm et Manson risquent bien de demeurer dans le top-4 des Ducks pour longtemps.

Ce n’est pas le cas de Kevin Bieksa, digne représentant des défenseurs défensifs et dont la rudesse physique a trop souvent dépassé les bornes en playoffs. Mis à mal dans le jeu, c’est avec lui qu’Anaheim concédait le plus de tentatives de tirs. Bieksa a dû à sa clause de non-mouvement de ne pas se retrouver à Vegas. Il lui reste cependant une seule année de contrat avant de changer assurément d’horizon.

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Les Ducks formaient sans conteste l’équipe la plus efficace pour transformer leurs tentatives de tirs en chances de marquer de la ligue. Ryan Getzlaf était d’ailleurs le tout meilleur dans ce domaine alors que 57% de tentatives obtenues en sa présence devenaient des chances de marquer. Rakell venait au 3e rang, Eaves au 5e, Perry au 6e, Silfverberg au 14e, sur 472 attaquants. Le trio Rakell-Getzlaf-Perry a eu toute la saison la tâche de guider les offensives de l’équipe, tandis que celui de Cogliano-Kesler-Silfverberg s’est vu confier des tâches défensives, démarrant souvent leurs shifts dans leur propre zone. Ils se sont d’ailleurs montrés très efficace à la tâche et sont constamment parvenus à renverser le jeu pour aller eux-mêmes contribuer offensivement. L’arrivée d’Eaves aura eu un impact remarquable : l’ancien des Stars de Dallas marquait 9 buts dans les 12 derniers matchs, séquence durant laquelle Anaheim ne perdait que 3 rencontres. La blessure du vétéran, qui n’aura pu disputer que 7 matchs de playoffs, fut un réel coup dur.

En charge du 3e trio, Antoine Vermette a connu plus de difficultés, et ce dans les deux sens de la patinoire. D’autant plus que ses partenaires habituels, les rookies Nick Ritchie (14 buts, 28 pts) et Ondrej Kase (15 pts en 53 matchs) s’en sortaient, eux, plutôt bien. Enfin, le point noir des Ducks cette saison a été leur 4e trio. Quelle que soit la combinaison, les nombreux joueurs qui se sont succédé dans le fond d’alignement faisaient bien piètre figure et présentaient même un danger pour l’équipe tant le niveau présenté était bas. À voir si la situation pourra être solidifiée l’an prochain.

 

Les séries :

Peu d’observateurs donnaient une chance à Calgary au premier tour tant les Flames ne semblaient pas de taille à lutter contre l’expérience de Getzlaf and co. D’autant plus que Calgary restait sur 13 ans (!) et 25 matchs sans victoire sur la glace californienne. Le balayage en 4 manches a pourtant été sévère au regard de la physionomie des rencontres. Les Flames menaient à mi-match dans la première rencontre avant de chuter 3-2. Rebelote dans la deuxième manche alors que Getzlaf donna la victoire aux Ducks en power play à 5 minutes de la fin. En avance 4 à 1 à mi-match du troisième duel, les Flames se sont fait remonter, à domicile, avant de s’incliner en prolongation. Le sort en était jeté et Anaheim géra tranquillement la dernière rencontre, dominant pour la première fois en termes de statistiques. Bousculés, les Ducks ont su trouver les failles, profitant d’un Brian Elliott en dessous de tout dans les cages de Calgary. La remontée du match 3 symbolise parfaitement la philosophie combattante d’Anaheim à qui ses adversaires ne pouvaient faire aucun cadeau. Personnellement malmenés par la paire Giordano-Hamilton, Getzlaf et Rakell ont été très opportunistes, ne laissant passer aucune occasion alors que Corey Perry s’est montré enfin dangereux.

Et l’aventure continua de plus belle face aux Oilers. Donnés pour morts après la perte des deux premiers matchs à domicile, les Ducks ont maîtrisé le match 3 avant de signer un nouveau coup de force pour égaliser dans la série. Dominés dans le premier tiers du match 4, Anaheim a renversé la vapeur pour marquer trois buts en seconde période, avant de s’imposer en prolongation. Mais le vrai miracle avait été réservé pour le match 5. Menés 3-0 à quatre minutes de la fin, Anaheim parvint à égaliser à la stupeur générale avant de l’emporter en prolongation. Et malgré l’ouverture du score lors du match 7, Edmonton ne vit par la suite plus le jour tant la pression d’Anaheim fut forte et le dénouement inéluctable. Après avoir laissé échapper des avances de 3-2 et perdu des matchs 7 à domicile les quatre dernières années (oui oui), Anaheim retrouvait enfin la finale de conférence. John Gibson n’a pourtant pas été brillant dans les buts, mais les leaders à l’attaque ont parfaitement rempli leur rôle. Ryan Kesler est parvenu à ralentir Connor McDavid et, dans l’autre duel des top-6, le trio Getzlaf-Perry-Rakell a été fumant, le capitaine terminant la série avec 10 points au compteur.

Les leaders offensifs des Ducks allaient cependant se heurter à un os lors de la ronde suivante. En face d’eux se dressait la vitesse de mouvement de Nashville reposant sur son quatuor défensif de feu. Dans ce duel de styles, Nashville a largement dominé les trois premiers matchs, et seules des largesses de Pekka Rinne ont permis aux Ducks de n’être menés que 2-1. Mais, comme d’habitude, c’est au pied du mur qu’Anaheim retrouva son meilleur hockey. Le match numéro quatre fut contrôlé par l’équipe californienne malgré un retour tardif des Preds. Les blessures s’invitèrent alors au bal, emportant Ryan Johansen chez les Preds mais aussi Rickard Rakell et surtout John Gibson du côté d’Anaheim. Jonathan Bernier se montra de fait plutôt branlant par la suite, surtout lors du match 6, alors que Rinne sauvait les siens à plusieurs occasions. Ces deux matchs âprement disputés tournèrent ainsi à l‘avantage de Nashville, alors que pour la première fois les Ducks ne purent forcer leur destin. Procédant comme d’habitude par à-coups, étant capable d’imposer une énorme pression durant plusieurs minutes pour recoller au score, Anaheim n’a pu suffisamment bousculer les défenseurs adverses, surtout la paire Subban-Ekholm. Et si les jeunes Silfverberg, Kase, Rackell ont pu trouver la faille, les leaders Getzlaf et Kesler ont été limités à 4 et 1 passes durant la série. Enfin, certains flottements des jeunes défenseurs ont coûté très cher aux Ducks, notamment lors du match 6, et plusieurs buts décisifs ont été inscrits sur des rebonds laissés à la merci des Preds.

 

En résumé : L’occasion inattendue

Des regrets donc pour les Ducks. Ayant forcé leur destin, jouant tout autant leur carte que bénéficiant des défaillances des autres, Anaheim aurait pu espérer un meilleur sort. Cependant, l’effort supplémentaire qu’il a manqué face à Nashville provient de la stratégie même mise en place par Randy Carlyle. Les Ducks auraient certainement augmenté leurs chances s’ils avaient davantage joué au hockey plutôt que de rechercher l’affrontement physique. Car, dans le fond, si la recette a fonctionné face à deux équipes surprises et inexpérimentées, le premier véritable duel de haut niveau s’est soldé par une défaite. Tel est peut-être le visage de ces Ducks, une équipe toujours dangereuse, mais pas suffisamment pour gravir la dernière marche.

 

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