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Bilan 2016-17: Nashville, plein d’espoir mais des questions

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Les Predators de Nashville se sont enfin affirmés cette saison. Affirmés comme une équipe capable de prétendre au titre pour les années à venir. Dix-neuf ans après sa création, la franchise du Tennessee fait désormais partie de l’élite de la ligue, une genèse qui ne s’est pas fait sans mal.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

Les ambitions des Predators pouvaient certes s’entrevoir dès l’été dernier. Doté d’une belle génération de joueurs en défense comme en attaque, le GM David Poile avait de plus pris le pari d’échanger le capitaine emblématique Shea Weber contre P.K. Subban afin de compléter la vision stratégique mise en place de concert avec l’entraîneur Peter Laviolette. La volonté alléchante de proposer un jeu tout en mouvement au système de passes bien huilé s’est pourtant heurtée d’entrée de jeu aux piètres performances de ses propres gardiens et à la déveine de ses tireurs. Les blessures successives de Subban et Josi n’ont rien arrangé et l’équipe a mis du temps à ressortir du trou où elle s’était enterrée malgré elle. Les bases du jeu laissaient néanmoins suggérer que Nashville méritait certainement un meilleur sort et la remontée au classement a paru presque naturelle.

Et si Nashville a bien terminé au 8e rang de la conférence, elle le doit aussi en partie à ses performances désastreuses en prolongation. Les Preds n’y ont gagné que 6 fois pour 12 défaites, alors que les équipes se partagent souvent les victoires à 50/50, laissant filer une poignée de points qui les auraient mis plus haut dans le classement. La bonne dynamique de fin de saison, avec un effectif complet et enfin rodé, avait tout de même fait de Nashville un outsider pour les playoffs, l’équipe à surveiller, et elle n’a pas fait mentir. Le chemin jusqu’à la finale a été maîtrisé, quasiment sans trembler, emmené par un groupe d’où émanait une confiance teintée d’insouciance. Celle-ci s’est peut-être heurtée au réalisme des grands rendez-vous lorsque Pekka Rinne laissa échapper les deux premiers matchs de la finale alors que son équipe avait clairement pris le meilleur sur Pittsburgh. Des regrets, mais surtout beaucoup d’espoirs pour la suite, d’autant que la finale s’est jouée sans leur centre numéro 1, Ryan Johansen.

Nsh team

Le mois d’octobre a été un cauchemar pour les Preds. Derniers de la division Centrale, les chances de marquer étaient bien là mais les tireurs ne se classaient que 26e de la ligue, incapables d’enfiler l’aiguille. La paire Subban-Josi peinait un peu à trouver ses repères et Pekka Rinne prenait l’eau. Heureusement, la patience fut de mise et les ajustements se sont trouvés au fil du temps. La décision majeure a certainement été de séparer les deux défenseurs stars afin de créer un top-4 plus homogène et deux paires aux qualités différentes. Sur cette base, les Preds ont pu construire leur jeu offensif ouvert, terminant au 6e rang de la ligue pour la possession. L’attaque obtenait beaucoup de tentatives de tirs, mais elle peinait en revanche à se créer des chances de marquer, la marque d’un certain manque de profondeur qui aura handicapé l’équipe jusqu’au bout. La défense connaissait pour sa part le sort inverse. Seulement 17e pour les tentatives accordées, elle venait ensuite au 5e rang pour les chances de marquer concédées, symbole du verrou défensif bien en place.

Mais surtout, pour trouver le véritable visage des Predators, il convient de regarder la fin de saison, lorsque tout l’effectif était enfin au complet. Sur les 20 derniers matchs, les Preds grimpaient au 5e rang de la ligue pour la possession et également au 5e rang pour les buts marqués, symbole d’une réussite en marche. On connaît la suite.

Nsh goal 2

Pekka Rinne n’est plus le gardien vedette d’il y a quelques années. Son année a ressemblé à une montagne russe. Au fond du gouffre en octobre, il a été élu meilleur joueur de la ligue au mois de novembre… Et ainsi de suite, de muraille infranchissable face à Chicago à responsable des malheurs de son équipe face à Pittsburgh. Sa saison constitue tout de même un rebond par rapport à l’an dernier. Son taux d’arrêts est passé de 92% à 92,9% et surtout il a sauvé 5 buts à son équipe, contre 6 encaissés de plus que prévu en 2015-16. Rinne alterne en fait désormais les saisons respectables (2015, 2017) et celles médiocres (2013, 2016). Au-delà des coups d’éclat, cela n’a rien de rassurant alors que les Preds entament leur marche vers la coupe. Pas certain qu’un gardien de 34 ans sur courant alternatif corresponde à leurs ambitions. David Poile avait déjà tranché dans le vif avec Shea Weber, osera-t-il faire de même avec son gardien historique ? Ou laissera-t-il doucement monter Juuse Saros en puissance ?

Le Finlandais de 22 ans a repoussé les autres candidats pour s’adjuger le poste de numéro deux. Ses statistiques sont déjà équivalentes à celles de Rinne. Assistera-t-on à une passation de pouvoir en douceur ? En tous cas, il est le seul gardien dans le pool de prospects.

Nsh def

Le quatuor défensif Subban-Josi-Ellis-Ekholm a bel et bien figuré au centre de toutes les aventures des Preds cette saison. La capacité de ce top-4 de luxe à jouer 50 minutes par match a mis à mal tous les adversaires, surtout une fois les bonnes combinaisons trouvées et ses acteurs en santé. Le duo Subban-Ekholm a tout simplement enregistré le meilleur taux de possession de la ligue. Si c’est avec Roman Josi que les Preds obtenaient le plus de tentatives de tirs en attaque, même si lui, et surtout Ryan Ellis, en accordaient beaucoup plus en défense. Pendant ce temps, Subban faisait petit à petit oublier Shea Weber dans un rôle plus en retrait qu’avec les Canadiens, n’ayant pas la charge du jeu sur ses seules épaules. Son profil complet a fait des merveilles, peut-être débarrassé de la loupe médiatique guettant ses moindres erreurs avec les Habs. Malgré une hernie sportive qui lui fit songer à arrêter sa saison, Subban a au final enregistré le 5e meilleur taux de possession parmi les défenseurs top-4 de la ligue derrière Krug, Muzzin, Hamilton et Doughty.

En playoffs, son duo a de fait été chargé du travail ingrat d’affronter la meilleure ligne adverse, surtout à domicile quand Nashville possédait le dernier changement. La paire fut celle qui accorda le moins de tentatives de tirs en playoffs parmi les équipes ayant joué plus d’un tour. Celle aussi qui accorda le moins de chances de marquer. Tout cela face aux trios de Jonathan Toews, Ryan Getzlaf, Vladimir Tarasenko et Evgeni Malkin. À 5 contre 5 sur l’ensemble des playoffs, Ekholm a accordé 1,35 buts par 60mn et Subban 1,53. Josi et Ellis étaient à 2,74 et 2,87. Deux styles bien complémentaires.

Le rôle de ces derniers était davantage de produire offensivement, ce qu’ils firent largement. Si les responsabilités en saison régulière avaient été davantage partagées, cette distinction se fit assez claire au printemps. Affrontant également de très bons éléments adverses (Kane, Kesler, Crosby), Josi-Ellis prenaient le parti d’ouvrir largement le jeu, cherchant à provoquer plus de buts qu’ils n’en encaisseraient. Résultats mitigés au final avec un différentiel de buts neutre de +1 et 0 à 5 contre 5, contre +5 et +4 pour Ekholm et Subban.

Nsh att

L’attaque de Nashville a révélé au grand jour Viktor Arvidsson. Le jeune de 24 ans a fait grimper son compteur personnel de 8 à 31 buts, décrochant un joli contrat par la suite. Son trio avec Filip Forsberg et Ryan Johansen a été l’un des plus dominants de la ligue dans le jeu, et la marge de progression pour les points est encore large. Cette ligne a également fait parler la poudre en séries, jusqu’à la blessure de Johansen qui a fait beaucoup de mal aux Predators. Sans son maître à jouer, on a senti Arvidsson un peu juste, pas tout à fait capable de créer des chances à lui tout seul. Forsberg était plus à l’aise mais l’entente des trois est irremplaçable.

Cela illustre le manque de profondeur de l’équipe à l’avant. Un mal qui sera certainement scruté par les dirigeants dans les mois à venir alors que le nom de Matt Duchene circule notamment. Surtout que le deuxième centre et capitaine Mike Fisher vient de prendre sa retraite, que Mike Ribeiro a été mis au rencard pour des problèmes extra-sportifs et que James Neal est parti à Vegas. Voilà tout un deuxième trio qui disparaît. Si Kevin Fiala est toujours prometteur, Calle Järnkrok ne décolle pas vraiment au centre. Pontus Åberg a marqué 52 points en 56 matchs en AHL mais a beaucoup peiné dans la grande ligue. Il obtiendra peut-être un plus grand rôle l’an prochain. À voir aussi comment les renforts extérieurs (Nick Bonino, Scott Hartnell) intégreront ce puzzle. Le reste du banc a surtout éclaté en playoffs, à l’image des inattendus Colton Sissons et Frederik Gaudreau, en pleine lumière dans la dernière ligne droite.

 

Les séries :

Certes Pekka Rinne a été extraordinaire face à Chicago, bien au-delà des attentes, mais les Preds ont bel et bien dominé la série. Après un premier match arraché, les 2e et 3e rencontres ont ainsi franchement tourné à l’avantage de Nashville. Enfin, le dernier duel fut une redite du premier, Nashville fermant le jeu après avoir ouvert le score, confiant de sa solidité défensive. La paire Josi-Ellis a certes quelque peu subi la foudre du trio de Patrick Kane, mais elle a pu alimenter efficacement la ligne Forsberg-Johansen-Arvidsson tout simplement intenable. Et la paire Subban-Ekholm a écœuré le trio de Jonathan Toews avec 59% de possession et 60% des buts espérés et le deuxième plus faible taux de tentatives de tirs concédés de la ligue.

La série contre St Louis a été une partie d’échec entre Mike Yeo et Peter Laviolette. Profitant d’avoir le dernier changement à domicile, l’un comme l’autre tentèrent systématiquement de profiter de « match-up » favorables sur la glace. Yeo essayait de tenir Tarasenko loin de Subban-Ekholm, tout en envoyant Pietrangelo contre Forsberg-Johansen-Arvidson. À l’inverse, Laviolette donna pour mission à Subban-Ehkolm de tenir la ligne de Tarasenko en échec et tenta de garder sa première ligne loin des meilleurs défenseurs adverses. À ce petit jeu les Preds ont fini par prendre le dessus en remportant leurs duels. De plus, les solutions offensives sont également venues des arrières. Subban, Ellis et Josi ont tous trois marqué 5 points en 6 matchs, les deux derniers fournissant des buts très importants. Enfin, Pekka Rinne a gagné son duel dans les cages face à un Jake Allen redescendu sur terre.

Face à Anaheim, les Preds ont une nouvelle fois dominé les trois premiers matchs, même si un Pekka Rinne dangereusement tremblant leur coûta la seconde rencontre. Le reste de la série fut beaucoup plus serré et Nashville se trouva confronté à des Ducks pas du tout prêts à lâcher le morceau. Sans Johansen blessé, l’attaque des Preds avait perdu de sa superbe et il fallut compter sur des contributions inattendues, Åberg et Ekholm dans le match 5 et un triplé de Colton Sissons dans le match 6 ! Face à un top-6 des Ducks très affûté, Josi-Ellis ont été un peu plus effacés cette fois-ci, subissant le jeu lorsqu’ils devaient affronter le trio de Getzlaf. À l’inverse, il semble que Subban et surtout Matthias Ekholm (5 points) aient encore élevé leur niveau d’un cran. Devant, Filip Forsberg a fait de son mieux pour endosser le gros des responsabilités d’un top-6 désormais amputé de moitié sans Fiala, Fisher et Johansen.

La finale de la coupe Stanley ressembla au reste du parcours des Preds. Dominant d’entrée de jeu, les largesses de Pekka Rinne ont cette fois coûté non pas un mais deux matchs. De fait, ce retard de 2-0 aura pesé comme un lourd handicap pour le reste de la série. Si Nashville a bien égalisé sur sa glace, Pittsburgh était déjà en train de s’ajuster avant de prendre à son tour le jeu à son compte. Laissant la possession à son adversaire comme toujours depuis la fin de saison, les Pens s’assuraient par contre d’obtenir les meilleures chances de marquer, utilisant au maximum la somme de leurs talents en attaque. Nashville sembla à l’inverse manquer de ressources pour inquiéter un Matt Murray impérial. Sans compter un nouvel écroulement de Rinne lors du match 5. Nashville a laissé passer sa chance mais pourra regretter longtemps de s’être auto-sabordée.

 

En résumé : Plein d’espoir mais des questions

À l’instar de certaines individualités dans la ligue qui propulsent à elles-seules leurs équipes, le top-4 défensif des Preds leur permet de voir l’avenir d’un œil serein. Surtout qu’aucun casse-tête salarial ne pointe le bout de son nez avant 3 ans. En santé, les quatre joueurs ont été le moteur et la raison d’être de l’équipe. Mais il va falloir faire plus pour rééditer l’exploit et aller plus loin encore. Si la première ligne d’attaque est d’un niveau d’élite, le reste de l’alignement pose question, tout comme le poste de gardien de but. Mais le système de Peter Laviolette est bien en place depuis 3 saisons et David Poile a enfin reçu les éloges qu’il mérite. Si des questions demeurent, la confiance règne.

 

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