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Bilan 2016-17: Ottawa, le holdup presque parfait

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C’est un peu l’histoire Cendrillon de la saison 2016-17. Les Senators sont passés à un cheveu d’éliminer les futurs champions et d’obtenir le privilège de jouer pour la coupe Stanley. Souvent dénigrés en raison de leurs performances, les Sens ont toujours su se faufiler par un trou de souris, presque jusqu’à la dernière marche. Retour sur ce quasi conte de fées.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

Mais autant ne pas se le cacher, Ottawa n’a sportivement rien fait pour mériter sa place en finale de la coupe Stanley, ou même en finale de conférence, etc. Qualifiés en playoffs malgré un niveau de jeu faible, les Senators ont su profiter, et c’est tout à leur honneur, d’un concours de circonstances assez incroyable. En premier lieu, la division Atlantique s’est désagrégée d’elle-même car les favoris pour la qualification Florida et Tampa Bay ont connu des saisons cauchemardesques. Les jeunes Maple Leafs ont manqué de constance et les Bruins ont été freinés par les déboires de Tukka Rask. Au premier tour, ces mêmes Bruins se sont présentés sans 3 de leurs défenseurs top4… Puis l’élimination surprise des Canadiens a placé les Rangers sur la route d’Ottawa, la seule autre équipe négative en possession qualifiée pour les playoffs et dont le gardien Henrik Lundqvist est redescendu sur terre face aux Sens, juste au bon moment. Enfin, face à des Penguins sortis exsangues de leur série contre Washington, Ottawa a, en plus, vu Marc-André Fleury tomber lui-aussi du piédestal sur lequel il trônait depuis la mi-avril.

Derrière cette accumulation de coups du sort se cache tout de même une part de mérite. D’une part, le jeu de l’équipe s’est progressivement amélioré au fil du temps et la dynamique positive à l’entrée des playoffs, faute d’être renversante, était incontestable. Le discours de Guy Boucher depuis son embauche a été de prôner la patience, de dire que d’implémenter son système coupant le jeu de l’adversaire en zone neutre prendrait du temps. Langue de bois ou réalité, les résultats lui ont donné raison et Ottawa était bien plus efficace en avril qu’en début de saison. Et en analysant la saison en détail, on se rend compte que Ottawa a également souvent ouvert le score lors de ses matchs, s’accrochant par la suite à la victoire.

L’équipe a également modifié son alignement afin de maximiser son jeu rapide et opportuniste. Alex Burrows et Viktor Stålberg ont été acquis en mars, et si leur apport a été en réalité minime, leur présence a eu l’effet domino bénéfique de pousser des joueurs comme Chris Neil et Chris Kelly sur la touche. Sans oublier qu’en défense, Mark Borowiecki a raté une bonne partie des playoffs, une absence objectivement bénéfique… Les Sens ont ainsi vu tous les astres s’aligner pour eux au bon moment.

Ott team

Malgré le mieux de fin de saison, le bilan statistique de la saison régulière est plus que mitigé. 22e de la ligue pour la possession, seule équipe dans le négatif qualifiée pour les playoffs avec les Rangers, 21e pour les buts espérés, seul Calgary présentait un pire profil parmi les seize dernière équipes en lice. Enfin, ils étaient 19e pour les buts marqués à 5 contre 5, cette fois-ci le pire bilan des équipes en séries. Toutes situations confondues, Ottawa avait également le privilège d’être la seule à débarquer en playoffs en ayant un différentiel de buts négatif. Ajoutons à cela le 23e power play et la 22e infériorité numérique de la NHL, il parait difficile de croire que cette équipe s’est retrouvé à une prolongation d’être en finale de la coupe Stanley. Sans compter que la chance n’est même pas intervenue dans l’équation. Les tireurs ont fini à une modeste 23e place et les gardiens à la 10e.

Ce dernier point doit tout de même être relativisé car Craig Anderson n’a joué que 40 matchs, laissant principalement les autres à Mike Condon. Anderson s’était absenté pour soutenir sa femme dans son combat contre le cancer et sa présence donnait tout de suite un autre visage aux Senators. Le vétéran est facilement parmi les 10 meilleurs gardiens de la ligue et demeure capable de sauver son équipe des situations difficiles. Et au final, ce sont bien les individualités, la sienne et surtout Erik Karlsson, qui ont permis à Ottawa d’atteindre le dernier carré. Portant à bout de bras ses coéquipiers, Karlsson était certainement le meilleur joueur des séries 2017, réalisant des performances tout simplement époustouflantes.

Ott goal 2

Craig Anderson a donc une nouvelle fois livré de très belles performances. Taux d’arrêts et buts sauvés le placent dans le haut du panier de la ligue. Il signe même sa plus belle année depuis 2012-13. Sans oublier que ses 17 buts sauvés ne l’ont été qu’en 40 matchs. Son point faible demeure l’infériorité numérique, mais toute l’équipe porte une part de responsabilité dans ce secteur.

Mike Condon a relativement bien dépanné durant l’absence d’Anderson. Un an après avoir assumé la difficile tâche de remplacer Carey Price dans les buts de Montréal, Condon a prouvé qu’il pouvait être un numéro deux fiable. Ses statistiques sont dans la moyenne de la ligue et c’est bien plus que ne peuvent en dire bien des substituts.

Ott def

La défensive des Senators pourrait se résumer à Erik Karlsson et les autres, tant il semble y avoir un gouffre entre le Suédois et ses camarades. Si le taux de possession du capitaine, juste en dessous de 50%, peut surprendre, c’est en effet inhabituel pour lui ces dernières années. Il demeure tout de même supérieur à ses coéquipiers et doit surtout se démener avec d’une part le système global de l’équipe et d’autre part son partenaire de défense. Marc Methot a d’ailleurs fait beaucoup parler de lui cet été lorsque Vegas l’a repêché puis échangé. Beaucoup autour de la ligue l’ont vu comme le meilleur défenseur disponible, le porte étendard de ces arrières défensifs fiables dans leur zone et qui stabilisent une équipe. Rappelons une nouvelle fois que, malheureusement, ce type de joueur est jugé de par l’usage qu’en font leurs coachs, et non selon leurs véritables performances. Car pour Methot, les années se suivent et se ressemblent. Brocardé assurance tout risque de son capitaine, le vétéran semble pourtant bel et bien être avant tout une gêne pour celui-ci. D’une possession de 47% avec Methot, Karlsson passait à 54% sans lui. De plus, Ottawa et Karlsson sans Methot obtenaient 64 tentatives de tirs par 60mn en attaque, contre 54 avec lui. Et Ottawa et Karlsson ne concédaient que 54 tentatives de tirs par 60mn en défense, contre 61 avec lui. En résumé, Karlsson attaquait mieux et défendait mieux sans Methot. Dès lors, la rhétorique appuyant sa présence a du mal à tenir et ce n’est sûrement pas un hasard si Ottawa ne l’a pas protégé de Las Vegas.

Dion Phaneuf et Cody Ceci n’étaient pas franchement mieux et leur paire a très souvent pris l’eau. Incapable d’obtenir la possession de la rondelle, ils n’étaient pas non plus efficaces dans leur zone. Avec Marc Borowiecki, voilà 4 des 6 défenseurs titulaires à l’impact très négatif. Dans un rôle limité, Chris Wideman et Fredrik Claesson ont, eux, présenté de belles choses. Et Ottawa espère surtout que le prodige Thomas Chabot pourra faire le saut en NHL l’an prochain, pourquoi pas aux côtés de Karlsson.

Ott att

Marc Stone et Derrick Brassard ont été les leaders d’une attaque qui peinait à se créer des chances de marquer, pourtant chose plus aisée pour une équipe jouant en contres. Les deux étaient les seuls à pouvoir prétendre assumer le contrôle de la rondelle de manière récurrente, tout en produisant des points, même si les 39 points de Brassard sont une déception alors qu’il sortait de saisons à 60 et 58 points avec les Rangers. Les dirigeants des Sens étaient pourtant prévenus au moment de l’échange contre Mika Zibanejad… Mike Hoffman vient un cran derrière mais son talent offensif lui permettait de concrétiser plus que ses camarades, lui qui a également inscrit 13 buts et 26 points en power play. Et il n’a manqué que la production à Zack Smith qui parvenait pourtant à suivre le rythme de ses meilleurs camarades.

Bobby Ryan ralentit, comme prévu, même s’il a trouvé un second souffle en playoffs. Les cinq dernières de son contrat, à 7,25 millions par an, risquent d’être longues. Kyle Turris a connu un coup de moins bien cette année mais continue d’être employé à toutes les sauces et son association avec Dzingel a donné quelques résultats. Enfin les Pageau, Neil, Pyatt et Kelly ont tous beaucoup souffert dans le jeu et seul Pageau a su trouver la force d’apporter sa pierre à l’édifice.

 

Les séries :

Face à une équipe de Boston à qui il manquait 3 défenseurs dans son top4, Ottawa est parvenu à prendre peu à peu la mesure des Bruins au fil de la série. L’opposition se résuma à une longue partie d’échec, mettant aux prises deux équipes difficilement capables de se créer des chances en attaque. Boston et Ottawa étaient ainsi 14e et 15e (sur 16) pour le nombre de tentatives de tirs obtenues durant le premier tour et tous les matchs se sont terminés par un écart d’un but. Ce fut donc un concours d’opportunisme et d’exploits individuels auxquels Erik Karlsson a largement contribué par ses passes lumineuses. Avec six assists en autant de matchs, le capitaine des Sens a montré la voie, profitant du fait que Guy Boucher avait choisi de mettre la paire Phaneuf-Ceci face à la grosse ligne des Bruins Marchand-Bergeron-Pastrnak. Les deux défenseurs ont souffert, mais pendant ce temps Karlsson pouvait s’amuser face au manque de profondeur des Bruins. Difficile de croire qu’il jouait pourtant avec deux fractures au pied.

Encore une fois outsiders face aux Rangers, ce sont logiquement les joueurs de New-York qui ont pris les choses en main, mais Craig Anderson est parvenu à voler le premier match. Dans le deuxième duel, Ottawa a réussi à remonter un retard de deux buts dans les dernières minutes avant de s’imposer en deuxième prolongation. Même à 2-2 dans la série, les Sens parvinrent une nouvelle fois à sortir vainqueur du match 5, comblant d’entrée de jeu un retard de deux buts et égalisant encore dans les deux dernières minutes avant de l’emporter en prolongation. Auteur de trois assists en 31 minutes de jeu, Karlsson ajouta à l’occasion une pierre à son propre monument, dominant les débats avec 66% de possession et 71% des buts espérés lors de ce match pour son équipe lorsqu’il était sur la glace. Lors du duel numéro 6, ce fut cette fois Craig Anderson qui frustra les attaquants des Rangers, scellant la qualification. Pour donner une idée du poids qu’a pesé le capitaine des Sens dans cette série, la possession de son équipe tombait de 55% à 48% et les buts espérés de 49% à 39% lorsqu’il quittait la glace face aux Rangers. Durant les deux premiers tours, Karlsson était présent sur la glace pour tous les buts gagnants des 8 victoires des Sens, marquant un point sur 5 d’entre eux !

Face aux Penguins, Ottawa a réalisé une bonne entame, remportant le premier match, encore une fois en prolongation. Dans le match 3, Marc-André Fleury implosa en vol, encaissant cinq buts sur les neuf premiers tirs des Sens. En avance 2-1 dans la série, Ottawa a dû pourtant faire face à une équipe de Pittsburgh revigorée pour les matchs suivants. Si le duel numéro quatre fut serré, Pittsburgh remporta le numéro cinq 7 buts à 0 avant de dominer outrageusement le match six. Seulement Craig Anderson stoppa 45 des 46 tirs des Pens, donnant à Ottawa le droit de jouer un match sept. Celui-ci fut de nouveau dominé par une équipe de Pittsburgh en déveine face à des Sens qui revinrent deux fois au score. Jusqu’au tir flottant de Chris Kunitz en deuxième prolongation. La fin du conte.

 

En résumé : le holdup presque parfait

Ottawa a su profiter des occasions pour connaître une fin de saison bien supérieure à toutes les attentes. Il serait cependant très dangereux de croire que l’équipe pourrait récidiver un tel parcours demain. Les trous dans l’alignement sont très importants et même si Guy Boucher fait du mieux qu’il peut, Ottawa n’a rien d’une puissance. L’arrivée attendue des jeunes Thomas Chabot et Colin White pourrait redonner une élan certain à l’équipe qui espère profiter au mieux des meilleures années de Karlsson et Anderson. D’autant que des éléments négatifs comme Chris Neil ou Chris Kelly, sans compter Marc Methot, ne seront pas de retour. Mais la direction a une nouvelle fois donné des signaux très contradictoires en signant également les vétérans Nate Thompson et Johnny Oduya. Et une nouvelle fois, nous ne savons vraiment pas trop quoi attendre d’Ottawa l’an prochain.

 

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