Les Prédateurs de Nashville ont beaucoup appris de la dernière saison. Ils se sont rendus jusqu’à la grande finale et n’ont pas été ridicules face aux futurs doubles champions. L’équipe a eu des hauts et des bas pendant le calendrier régulier. Les changements de l’entraîneur Pete Laviolette ont mis du temps à être assimilés par les joueurs. Cependant, ils se sont qualifiés sur le fil pour les séries et ils ont même connu pas mal de succès au printemps… Cela a été la saison la plus importante de la franchise. Toute équipe qui aspire à gagner doit passer par des moments moins joyeux pour maturer comme un grand cru.
Malgré la réussite presque parfaite durant la danse printanière, l’organisation ne s’est pas assise sur ses lauriers. Au contraire, l’architecte de génie – le DG David Poile – a réfléchi à comment rendre sa formation meilleure. Plusieurs gros mouvements sont arrivés sans surprise pour les dirigeants. James Neal a été laissé disponible, et Vegas l’a choisi pour rejoindre les Golden Knights. Mike Fisher, le capitaine et vaillant travailleur, a décidé de raccrocher ses patins pour de bon. Cela fait deux gros morceaux de l’équipe qui ne sont plus là. En plus de leur apport sur la glace, les Preds ont surtout perdu deux vétérans leaders. La franchise a réussi à signer Nick Bonino et ses deux coupes Stanley pour apporter son expérience à un jeune groupe. On a rapatrié Scott Hartnell après des années d’exil afin qu’il amène un peu plus de présence et de poids devant le filet adverse. La formation est également allée chercher Alexei Emelin (repêché par les Golden Knights) et donc ainsi solidifier sa ligne bleue déjà bien garnie.
Un début de saison en dents de scie jusqu’à…
Avec tous ses nouveaux membres dans l’effectif, la formation a connu un début de campagne poussif. La blessure de Ryan Ellis avant même le début de saison n’a pas aidé. On avait peut-être sous-estimé la perte de Fisher. Sans être flamboyant, il remplissait un rôle de 2e centre avec brio. Sans son apport, il a été donc plus facile pour les équipes adverses de défendre contre les Preds. On a essayé beaucoup de solutions en interne avant de se rendre à l’évidence : il fallait acquérir un joueur capable de remplir ce rôle. Pour diverses raisons, le moment ne pouvait pas être mieux choisi. Kyle Turris n’arrivait pas à s’entendre sur son prochain contrat avec les Sénateurs, Matt Duchene souhaitait quitter l’Avalanche et passer à autre chose, et Nashville a des pièces intéressantes à offrir en retour. L’état-major a choisi de sacrifier un défenseur offensif plein d’avenir en Samuel Girard, un prospect (Kamenev – choix de 2e ronde en 2012), et un choix de deuxième ronde au prochain repêchage pour ajouter le maillon manquant à leur vision. Un échange qui est tombé à l’eau une première fois, avant de réussir deux jours plus tard. Ce prix est dérisoire comparé à celui payé par Ottawa pour acquérir Duchene (Turris + Hammond + Bowers – 28e choix au total en 2017 + 1er choix en 2018 + 3e choix en 2019). Bref, l’Avalanche a rentabilisé son investissement plutôt deux fois qu’une.
Juste après son arrivée, Kyle Turris a apposé sa signature au bas de son prochain contrat : 6M$ pour 6 ans. Depuis cet instant, les Predators sont devenus une machine dangereuse et déjà bien huilée. Le changement est tout simplement impressionnant. Le powerplay est passé de 22,4% à 30,8%, l’attaque marque plus (moyenne passée de 2,64 à 3,78 buts par match) et l’équipe défend mieux (moins de buts accordés). Cela s’explique en partie grâce à la réussite du trio Fiala-Turris-Smith. Ils totalisent 53 points depuis qu’ils jouent ensemble. Nashville a aussi amélioré sa possession de la rondelle. C’est mathématique, si l’on passe plus de temps à attaquer, on passera moins de temps à défendre. Reste à voir si ça durera sur le long terme, mais cette équipe est bien bâtie.
Une coupe dès cette année ?
Pendant la saison morte, bien des observateurs voyaient les Pingouins comme favoris. C’est chose du passé. Depuis l’échange, Nashville semble armé pour les séries et va s’aiguiser les dents sur ses adversaires jusqu’aux séries. David Poile a réussi à signer tous ses joueurs clés à long terme ou presque. Son top 4 – l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur de la ligue – est signé au moins pour les deux prochaines saisons. C’est un luxe que d’être capable d’avoir Subban sur sa 2e paire. Il y a également ONZE attaquants d’ores et déjà sous contrat pour la saison à venir. Et ce, avant même l’augmentation du plafond salarial. L’équilibre de cet alignement est prodigieux. Il a avant tout été possible grâce au flair de l’organisation dans ses drafts aux fils des ans. La franchise a su mettre à profit son surplus de talent à la ligne bleue. Shea Weber est « devenu » P.K. Subban et Seth Jones s’est « transformé » en Ryan Johansen. Rien de cela n’aurait été possible sans le brio et le cran de l’unique Directeur Général de l’histoire de la franchise : David Poile. Son plus beau vol reste et restera Filip Forsberg pour Martin Erat il y a quelques années. Il a accompli ce que peu de gens ont fait, assembler une formation compétitive à long terme ou presque. Au moins à moyen terme sans l’ombre d’un doute.
La formation a une fenêtre assurément ouverte pour cette année et la suivante. Au 1er juillet 2019, Smashville pourrait devenir orphelin de Pekka Rinne et Ryan Ellis. Ils seront tous les deux libres comme l’air si aucune entente n’est trouvée. Il reste beaucoup de hockey d’ici là et le cap salarial risque d’être rendu aux alentours de 83-84 millions de dollars. Il y a de fortes chances qu’ils choisissent la gagne au lieu de l’argent. Mais sait-on jamais. Dante Fabbro pourrait remplacer Ellis à la bleue et Eeli Tolvanen, leur choix de premier tour 2017, bat les records de points pour un rookie en KHL…
Pour revenir à cette année, je les choisis comme mes favoris dans la conférence ouest et cela va prendre une excellente équipe pour les battre en grande finale. En 2018, les Prédateurs de Nashville célébreront leur vingtième anniversaire en sirotant du champagne dans la coupe Stanley. Rien de plus, rien de moins !