Plus de 400 matchs en Ligue Magnus, en attaque puis en défense, des saisons en Suède, en Allemagne et en Suisse, dix-huit années en équipe de France… Kevin Hecquefeuille vient de raccrocher les patins, mais ne quitte pas le monde du hockey. Formé à Amiens, passé par Grenoble, il est désormais le nouvel entraîneur des Scorpions de Mulhouse, son dernier club sur la glace.
On dit souvent que les sportifs de haut niveau qui stoppent leur carrière ressentent une sorte de grand vide. Comment ça va pour vous, Kevin ?
« Ça va ! Je n’ai pas trop cette sensation. En fait, je suis déjà plongé à fond dans la préparation de la saison prochaine. Le jeu va me manquer, évidemment. Le hockey est ma passion. Mais je suis heureux. J’ai un nouvel objectif et un nouveau défi. C’est très excitant. J’ai hâte d’être sur la banc avec mes joueurs. »
Quand l’opportunité de devenir l’entraîneur des Scorpions est arrivée, avez-vous hésité ?
« Pas une seule seconde. Entraîner, c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire après ma carrière de joueur. Je sais que le challenge est énorme. Mais je vais travailler fort pour préparer au mieux l’équipe. »
⚡ Kevin Hecquefeuille est le nouvel entraîneur des Scorpions de Mulhouse.
Plus de détails dans notre communiqué ci-dessous.
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Vous succédez à Yorick Treille et Alexandre Gagnon, deux jeunes entraîneurs qui, comme vous, ont découvert le coaching d’une équipe professionnelle à Mulhouse. Est-ce que cela aide de débuter dans un tel club ?
« La pression est la même partout. Que l’on soit à Rouen, Grenoble ou Mulhouse. Un entraîneur est là pour obtenir des résultats et gagner des matchs. C’est ce que l’on va attendre de moi, et je ne me fixe aucun autre objectif. Et la pression, je sais ce que c’est. Je l’ai eue pendant toute ma carrière de joueur. Ça ne me fait pas peur. »
Avez-vous discuté avec Yorick Treille, par exemple, avant d’accepter de prendre en main les Scorpions ?
« Yorick est un ami, nous sommes souvent en contact. Il est passé par là, et on a échangé. Il m’a conforté dans ma décision. Il m’a dit : « Vas-y, fonce ». Je sais que ce ne sera pas facile au quotidien. Mais l’opportunité était excellente pour commencer ma carrière d’entraîneur. »
Je ne vais pas changer ma manière d’être. Les gars le savent et le comprennent. Je leur dirai ce que je pense, et j’attends la même chose d’eux.
Vous raccrochez les patins, et Mulhouse perd aussi plusieurs joueurs cadres, comme Milan Jurik, Olivier Labelle, Jonathan Lessard. Ce n’est peut-être pas forcément idéal pour commencer…
« On perd des éléments d’expérience, certes, mais on a des aussi des jeunes qui sont là pour prendre la relève. Ils n’attendent même que ça. Je suis prêt à leur donner des responsabilités et un rôle dans l’équipe. On va travailler avec eux, les encadrer, pour les faire progresser. Et ce sera bénéfique pour tout le groupe. J’ai le sentiment que les jeunes joueurs, aujourd’hui, arrivent en élite avec plus de confiance et d’ambition qu’à mon époque. »
Vous allez maintenant devoir diriger des joueurs qui étaient jusqu’alors vos coéquipiers. Comment allez-vous gérer l’aspect relationnel ?
« Je sais que cela fait peur parfois à certains entraîneurs. Pas à moi. Je ne vais pas changer ma manière d’être. Les gars le savent et le comprennent. Je leur dirai ce que je pense, et j’attends la même chose d’eux. On doit être honnête les uns avec les autres, se faire confiance, se respecter. »
Vous avez évolué sous les ordres de nombreux entraîneurs. Certains sont-ils des modèles pour vous ?
« J’ai appris de tous. Mais bien sûr, Chris McSorley (à Genève, de 2011 à 2013, NDLR) m’a marqué. Par sa passion, par son envie de gagner chaque match. Dave Henderson, aussi, avec les Bleus. Il nous disait toujours que l’on était capable de battre n’importe qui. Et c’est parfois grâce à ses discours que l’équipe de France a réussi des exploits. Ce sont eux qui m’inspirent. Je veux être un coach qui transmet sa passion aux joueurs. Un entraîneur prêt à travailler le plus fort possible pour performer au maximum. Je sais qu’il y aura des moments difficiles, qu’on risque de s’engueuler avec le groupe. Mais cela fait partie de la vie et du quotidien dans ce métier. »
Je crois que j’ai fait une bonne carrière, avec des hauts et des bas comme n’importe quel athlète
Mulhouse sort d’une saison compliquée, commencée avec six points de pénalité et achevée en poule de maintien…
« Bien sûr que cela ne fait pas plaisir de démarrer la saison avec six points en moins. Mais cela n’excuse pas notre mauvais classement. C’était juste un défi de plus. On a eu du mal à trouver notre rythme. On doit se servir de ça l’an prochain, pour ne pas commettre les mêmes erreurs. »
Quel regard portez-vous sur votre carrière de joueur ?
« D’abord, c’est une fierté d’avoir réussi à durer aussi longtemps. J’ai commencé à 17 ans avec Amiens, je termine à 37 avec Mulhouse. Je crois que j’ai fait une bonne carrière, avec des hauts et des bas comme n’importe quel athlète. Je suis fier de mon parcours. Est-ce que j’aurais pu faire mieux ou autrement ? Probablement. Mais c’est comme ça. Ce vécu va justement m’aider dans mon travail avec les jeunes. »
Forcément, il doit y avoir des souvenirs particulièrement marquants…
« J’ai gagné un titre très tôt avec Amiens. Puis j’ai enchaîné rapidement avec Grenoble. À 22 ans ans, j’avais déjà remporté deux fois la Coupe Magnus. C’est quand même quelque chose d’assez fort à vivre. Après, j’ai vite su que j’avais envie de découvrir le niveau du dessus en partant à l’étranger. La Suède (à Nybro, en 2008/2009), ça a été compliqué, avec la barrière de la langue notamment. C’était un championnat exigeant, plus qu’en France, avec plus de matchs et plus d’intensité. Mais je me suis accroché, et je suis fier d’avoir persévéré. C’est ce qui m’a permis de décrocher un contrat en DEL (à Cologne, en 2009/2010). Le titre avec Langnau en LNB (2015), c’était aussi quelque chose d’exceptionnel. Et puis j’ai passé plus de dix ans en équipe de France. Il y a eu la qualification en Chine, les débuts en élite à Québec, où on a vu tout le travail qu’il nous restait à faire. On connaît la suite : des victoires contre la Russie, le Canada, la Finlande à Bercy. Vivre des championnats du monde en France, je ne sais pas si on le reverra un jour. Tout ça, cela fait énormément de grands souvenirs. »
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la Ligue Magnus ? Depuis votre premier match en 2003 avec Amiens, elle a dû beaucoup évoluer…
« C’est devenu un vrai championnat, avec un nombre de matchs conséquents. Les clubs sont de plus en plus professionnels. Les entraîneurs sont meilleurs, les équipes sont plus structurées sur la glace. Mais on doit encore aller chercher le niveau du dessus. »