Tous les quatre ans, le hockey féminin bénéficie d’un summum d’exposition sous les projecteurs olympiques. La flamme de Pékin 2022 éteinte, l’heure est à la mobilisation pour les meilleures joueuses. Le lancement d’une grande ligue féminine fédératrice est un enjeu majeur et permettrait de garantir la professionnalisation de la discipline, alors que deux bords s’affrontent toujours.
3,54 millions. C’est le nombre de téléspectateurs qui ont regardé en février dernier la finale olympique féminine de hockey opposant les Canadiennes aux Américaines sur la chaîne américaine NBC. Une performance d’autant plus remarquable que la rencontre prenait fin, avec le décalage horaire, aux alentours de 1h30 du matin sur la côte est. La précédente finale olympique à PyeongChang avait réuni 3,7 millions mais en cumulé, ce chiffre de 3,54 millions est une moyenne à la minute, ce qui en fait un bien meilleur résultat.

Les stars américaines et canadiennes ont fait le plein d’audiences, permettant d’accroître l’attention sur elles. Marie-Philip Poulin est rentrée un peu plus dans la légende, première athlète, hommes et femmes, à marquer lors de quatre finales olympiques, 17 points durant tout ce tournoi de Pékin dont un doublé en finale. Au lendemain de ce nouveau tour de force, la capitaine canadienne de 30 ans s’est vu offrir une proposition étonnante : un contrat dans la ligue (masculine) ECHL de la part du club de Trois-Rivières. Poulin serait devenue la première femme à jouer dans une ligue professionnelle d’Amérique du Nord. Une initiative que l’on peut saluer de la part de l’équipe québécoise mais contre-productive dans le contexte actuel, « Captain Clutch » a décliné l’invitation, elle a justifié son refus en rappelant son attachement au développement du hockey féminin. Comme ses paires, elle souhaite une vraie ligue professionnelle pour les féminines en Amérique du Nord.
Pas de Marie-Philip Poulin chez les Lions de Trois-Rivières. Et c’est très bien comme ça. pic.twitter.com/fmk1gbJ2RO
— Simon-Olivier Lorange (@SO_Lorange) February 19, 2022
La solution du front commun
Cela fait trois ans que la PWHPA existe, l’association de plus d’une centaine de joueuses, dont fait partie Poulin. Poursuivant ce but d’obtenir cette ligue pro, elles ont multiplié les initiatives pour mettre en lumière leur discipline et leur objectif, dont des matchs hébergés dans les enceintes NHL. Mis en parenthèse depuis l’été dernier en raison de la préparation olympique du Canada et des États-Unis, des évènements se sont dernièrement déroulés à Ottawa et Washington, alors que les deux nations ont ensuite disputé un match revanche post-olympique à Pittsburgh. Ce sont au total onze équipes NHL qui ont déjà manifesté leur appui à l’association des joueuses à travers divers événements.

Si la PWHPA a vu certains clubs NHL héberger certaines de ses rencontres, la PHF a également le soutien dans ses rangs de grandes personnalités du hockey. La franchise des Toronto Six a été vendue à un groupe d’investisseurs mené par l’ex-NHLer et désormais analyste Anthony Stewart, la pionnière Angela James et le coach émérite Ted Nolan. Willie O’Ree, premier joueur noir à avoir joué en NHL et très impliqué dans la diversité, fait partie depuis peu des actionnaires du Boston Pride.
https://twitter.com/Winny_1924/status/1502237419675996160
Si Tumminia est sur le départ – elle n’a pas prolongé son contrat pour raisons personnelles – la PHF entend bien passer la vitesse supérieure, tentant par la même occasion de renouer des liens avec les joueuses de la PWHPA qui dénigraient la NWHL. Selon la journaliste Marisa Ingemi du Seattle Times, la PHF avait interpellé en début d’année les meilleures joueuses du monde par message sur Twitter et Instagram, peu y auraient prêté attention.

Cette animosité entre les deux partis, la NHL souhaite la voir disparaître. Depuis de nombreuses années, Gary Bettman et son équipe ne sont pas hostiles à soutenir une ligue féminine, bien au contraire, mais ils ne veulent pas choisir. Ils ont répété qu’ils souhaitaient ne voir qu’une seule et même entité hockey féminin, histoire d’unir ses forces et de suivre une ligne claire pour de ne pas perdre les fans dans la confusion. Le lancement d’une ligue par la PWHPA en automne grâce à des joueuses directement impliquées dans le développement et d’importants investisseurs – un accord de financement semble-t-il de plusieurs millions de dollars – en plus du renforcement de la PHF, tout cela fait craindre d’une nouvelle opposition. On a d’ailleurs pu lire dans la presse québécoise que Montréal, en plus d’une équipe PHF, pourrait également accueillir une équipe PWHPA.
C’en est trop pour la NHL qui a décidé de reprendre son rôle de médiateur. À sa demande, la PWHPA et la PHF se sont rencontrées le 23 mars à New York avec un mot d’ordre : unir leurs forces pour offrir, une fois pour toute, une seule et même ligue féminine. Les représentants de la PHF ont qualifié cette réunion de constructive, Jayna Hefford et Bill Daly, qui représentaient respectivement la PWHPA et la NHL, n’ont pas souhaité commenter. Mettre les egos de côté et la jouer collectif, travailler main dans la main, c’est pourtant la seule issue qui permettrait de proposer une ligue modèle, médiatisée, regroupant les meilleures joueuses de la planète et à laquelle les jeunes hockeyeuses pourraient s’identifier. Cela permettrait alors de franchir un cap historique.









































