La France entame son Mondial avec un planning similaire à celui de l’an dernier. Les deux équipes les moins bien classées se situent au match 1 – Kazakhstan – et au match 3 – Pologne -, avec la Lettonie entre les deux. Trois matchs qui dicteront le destin des Bleus. Et avec le côté casse-pieds du Kazakhstan dans l’histoire des Bleus, la mission des joueurs de Philippe Bozon est claire : surtout, ne pas se rater.
Le Kazakhstan prend la première mise au jeu et attaque la cage d’Ylonen immédiatement. Starchenko tente un tour de cage sauvé de justesse, puis le capitaine récupère encore et force Ylonen à l’arrêt.
La France réplique par un « coast-to-coast » d’Auvitu, dont le revers fuit le cadre. Une action qui installe les Bleus en zone offensive. Le palet est bien travaillé au fond et revient sur Cantagallo pour un premier tir. Le jeune arrière rouennais s’avance encore, reçoit une nouvelle passe – après un bon travail du duo Rech-Boudon pour voler le palet à Dikhanbek derrière la cage – et fusille le gardien pour le premier but de sa carrière au Mondial, dès sa première présence ! (1-0)
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Mais la confiance ne dure pas. Un palet mal dégagé pendant un changement de ligne revient sur le vétéran Starchenko derrière le but. Seul Auvitu est devant Ylonen, mais il tourne la tête un court instant pour surveiller ses arrières et, en roublard, le joueur du Barys lance de derrière le but sur le dos du gardien (1-1).
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Quatre minutes et déjà deux buts, le spectacle est au rendez-vous… Les Bleus vont ensuite cafouiller un changement de ligne et se font prendre pour surnombre. Rymarev cherche encore Starchenko à travers l’enclave, qui ne cadre pas. La France plie, et finit par céder à une seconde du retour au complet. Ballotée de droite à gauche, la défense est en retard et, lorsque le tir de Orekhov, hors cadre, percute la balustrade derrière Ylonen, ce dernier est hors de position. Mukhametov lui tire encore dans le dos, pour un deuxième but similaire au premier (1-2).
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La France réagit et repart vers l’avant, avec quelques séquences intéressantes. Bellemare de l’aile gauche, Bertrand de la droite cherchent des tirs lointains ; sur ce dernier, Boudon parvient à récupérer le rebond mais ne cadre pas. La menace en face reste bien présente et, sur un tir sur mise au jeu, les officiels doivent vérifier que le palet n’est pas rentré. Soulagement du banc tricolore avec ce petit trou dans le filet…
Les minutes défilent sans tir cadré, avec une possession supérieure de la France, qui tourne le palet le long des bandes sans trouver d’angle de frappe. Un deux-contre-un mené par Sacha Treille crée le danger, mais sa passe vers Auvitu, monté en soutien, est coupée, et Kevin Bozon ne parvient pas à reprendre le palet qui traine. Bref, une légère domination stérile, et l’on frissonne un peu plus lorsque le Kazakhstan s’approche du but français. Philippe Bozon aligne même Bellemare et Da Costa ensemble, à la recherche d’une étincelle. A la pause, le Kazakhstan mène 2-1.
Dès la reprise, le Kazakhstan bataille dans le slot français et Ylonen doit s’interposer. Après trois minutes, le trio de Da Costa s’illustre et ce dernier, dans le slot, échoue sur le gardien. Crinon, en force de la bleue, n’a pas plus de réussite. Kevin Bozon trouve lui aussi la mitaine suite à une bonne transition dans la neutre. La meilleure chance revient à Bertrand, qui lance du cercle gauche lors d’une mise au jeu : son tir percute le poteau. Bellemare enchaine dans l’axe et son lancer en force échappe à la mitaine du gardien, sans conséquence.
Le jeu se déroule majoritairement dans la zone kazakh et les chances continuent d’arriver. Da Costa manque le cadre sur un renversement de jeu, puis Chakiachvili, monté sur la droite, tente de trouver une remise dans un slot surpeuplé. La France continue à essayer. La bataille le long de la bande est gagnée et, lorsque le palet finit dans le slot, Bertrand bataille, tire en pivotant et en tombant, mais la botte du gardien sauve son camp. Puis, Da Costa allume de la bleue et Shutov, encore, contrôle.
Après douze minutes, le Kazakhstan sort la tête de l’eau et impose une longue présence en zone tricolore. Pas vraiment de tir, mais une situation pénible, et, lorsque le seul lancer vient de derrière le but, on se dit qu’il y a eu des consignes pour ce match…
Il reste 3’27 lorsque Simonsen vole un palet et fonce en un-contre-un. Il attaque la cage mais est mis au sol : deux minutes, et premier jeu de puissance français du jour. La France s’installe, mais Da Costa perd un palet. Savitskiy démarre en un-contre-un avec Auvitu, contourne la cage et devance Ylonen, trop lent – tout comme Da Costa sur son repli défensif (1-3).
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La France pousse encore dans les dernières secondes, et Tim Bozon, d’entre les cercles, échoue sur le gardien. La France a dominé ce tiers, s’est procurée les meilleures chances, mais se retrouve menée de deux buts après quarante minutes.
Les joueurs de Philippe Bozon commencent par deux occasions, par Bellemare et Tim Bozon. Gallet se mêle à l’attaque, servi dans le slot par Perret : Shutov ne craque pas. Après six minutes, un beau mouvement sur la droite force Shutov à l’arrêt de Da Costa est accroché en cherchant le rebond du tir de Tim Bozon. Le jeu de puissance manque de précision et n’en profite pas.
Les minutes défilent. Le Kazakhstan ne prend logiquement aucun risque et dégage son camp dès que possible. Les Bleus ont le mérite de continuer à essayer, à chercher des intervalles, des mouvements dans l’enclave. Cela reste brouillon, un manque de précision ou de présence au rebond qui pénalise cette tentative de retour au score.
Peu après que Bellemare soit rentré au banc grimaçant, se tenant le poignet suite au contact contre la bande, les Bleus échappent au pire. Un arrêt d’Ylonen laisse en effet un rebond qui finit dans le but, mais le palet a été poussé du patin, ce que valide la révision vidéo…
Ylonen finit par laisser sa place à un attaquant. Da Costa, dans le slot, ne parvient pas à reprendre une bonne position, ni à servir un coéquipier alors que Shutov est au sol. Il reste 2’06 et Philippe Bozon pose son temps mort. Cela ne suffit pas, et le Kazakhstan s’échappe avec les trois points.
Les Bleus trébuchent donc d’entrée, et connaissent leur destin : lutter pour assurer le maintien, comme d’habitude. Le retour des vétérans n’aura pas servi à faire basculer une partie aussi serrée qu’un France-Kazakhstan traditionnel. Les joueurs d’Asie centrale auront joué leur match avec leurs armes et un bel opportunisme, punissant les erreurs françaises, faisant le dos rond en défense en rejetant le jeu le long des bandes. Une victoire tactique, qui laisse les Bleus dans le désarroi. Pas le temps de gamberger néanmoins : la France remet le couvert dimanche à 16h contre la Lettonie…
Désignés joueurs du match : Enzo Cantagallo (France) et Andrey Shutov (Kazakhstan)
Commentaires d’après-match
Stéphane da Costa (attaquant de l’équipe de France) : « C’est mérité, ils ont bien joué défensivement. Nous avons fait quelques erreurs et pas marqué. C’est une déception mais il ne faut oublier que c’est une bonne équipe en face. Nous, nous n’avons pas fait un bon match, pas assez d’attention au palet. On court partout, il n’y a pas eu beaucoup d’organisation. Mon retour ? Il y a beaucoup de nouveaux, une bonne ambiance. Cela fait ch*** de perdre car c’est un match qu’on peut prendre. Le Kazakhstan a joué plus intelligemment. Demain, c’est un autre match, important. »
Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de l’équipe de France) : « C’est décevant, on ne veut pas commencer par une défaite. C’était un match prenable. Cela fait des années qu’on se tire la bourre avec cette équipe, on est toujours très proches. Aujourd’hui ils ont été plus patients. Je ne suis pas sûr qu’ils aient mieux joué, mais ils ont été plus opportunistes, et ils ont mieux défendu puisqu’il y a 3-1. Pour la suite nous avons des choses à améliorer. Nous avons eu nos chances, mais malgré beaucoup de possession… Nous avons beaucoup tourné, cela manque d’un joueur arrêté devant la cage, qui occupe la défense et est là pour créer le danger. Quand on l’a fait, on a eu des bonnes chances mais c’était comme du lance-pierres, ce n’était pas assez récurrent. Le but en infériorité, ce n’est pas acceptable, de prendre un but sur notre power-play, surtout qu’on en avait parlé, qu’ils aimaient porter le danger à quatre. C’est aux dix joueurs du power-play de mieux jouer. Nous n’avons pas eu l’instinct de tueur ce soir. Demain, il n’y a pas de réflexion à avoir, il faudra donner son meilleur shift dès la première présence. Aujourd’hui nous avons 28 tirs malgré tout, nous avons senti qu’ils étaient parfois inquiets de notre vitesse et ils nous ont attendus. Le premier tiers n’était pas terrible, mais nous avons mieux joué aux deuxième et troisième. Ce sont de petites erreurs, trois buts de derrière la cage, que nous devons collectivement mieux défendre. »
Enzo Cantagallo (défenseur de l’équipe de France) : « Je connaissais le niveau international, donc je savais qu’il fallait être prêt dès le début. Cela s’est bien passé avec ce premier but, mais globalement l’équipe a mieux joué aux deuxième et troisième tiers. Jouer avec des joueurs d’expérience c’est du bonus, ils ont beaucoup de matchs internationaux et il y a beaucoup à prendre, il faut être à l’écoute. Avec mon partenaire (Crinon), cela s’est bien passé, nous avions déjà joué ensemble. Demain il faudra rebondir, bien récupérer ce soir et corriger nos erreurs. »
Philippe Bozon (entraineur de l’équipe de France) : « Nous n’avons pas fait un mauvais match, je pense que nous étions la meilleure équipe sur la glace. Mais il faut marquer des buts, et nous prenons des buts bêtes. Sur les deux derniers tiers il n’y avait qu’une équipe sur la glace mais nous manquons de finition. Cela manque de concrétisation sur les palets devant la cage, de présence. Eux ont mis des buts… Bizarre, c’est comme ça. Je n’ai rien à reprocher à l’équipe. On va se regrouper. On reste sur la même dynamique qu’en début de préparation. L’arrivée de Justin (Addamo) va faire du bien, même s’il ne sera pas disponible demain. Il sait se placer devant la cage, il nous aurait aidés ce soir. Maintenant, il faut tourner la page. J’ai aimé l’équipe quand même, même si nous n’avons pas trouvé la clé. Mais c’est le sport, ce n’est pas toujours la meilleure équipe qui gagne. On doit montrer plus de hargne demain devant la cage, pour rechercher des garbage goals.
Les équipes spéciales ? Ils ont la réussite, nous non. Nous n’étions pas loin de cadrer, on a eu nos chances. Notre but c’est de jouer un hockey complet, en activant les défenseurs ; si c’est eux qui marquent tant mieux, c’est notre volonté et ils finissent le travail des attaquants. Je ne suis pas inquiet pour les attaquants, ils vont se débloquer. On a de la qualité et on va continuer à travailler.
Le match avait bien commencé, on marque les premiers puis on prend des buts casquette qui nous ont mis un petit coup. Mais nous sommes restés dedans, il fallait agresser plus le porteur de palet et on l’a mieux fait aux deuxième et troisième.
La prestation d’Ylonen ? Nous n’avions pas pris la décision du gardien partant pour demain, on attendait ce match. Mais nous avons beaucoup d’autres soucis à régler ce soir, car j’ai l’impression que nous avons perdu des joueurs. J’attends le bilan du staff médical, mais j’espère que nous aurons assez d’attaquants demain.
Bellemare et Da Costa ? Pour Pi-Éd, c’est un changement important, il passe de dix minutes par match à beaucoup, c’est une adaptation à avoir, avec l’intensité, et il fait très chaud dans cette patinoire. Tous les deux apportent leur positionnement, leur technique et leur expérience. Da Costa a été frustré car pas en réussite, mais il a eu de belles occasions. C’est le sport, on ne concrétise pas tout le temps. Mais je suis sûr que le talent parlera à l’avenir. »
France – Kazakhstan 1-3 (1-2, 0-1, 0-0)
Samedi 11 mai 2024, 12h20. Ostrava, Tchéquie. 9109 spectateurs.
Arbitres : Michael Campbell (CAN) et Michael Tscherrig (SUI) assistés de Josef Spur (TCH) et Davis Zunde (LET)
Pénalités : France 2’ (2’, 0’, 0’), Kazakhstan 4’ (0’, 2’, 2’)
Tirs : France (8, 11, 10), Kazakhstan (12, 8, 4)
Récapitulatif du score
1-0 à 02’00’’ : Cantagallo assisté de Boudon et Rech
1-1 à 03’06’’ : Starchenko assisté de Rymarev
1-2 à 07’30’’ : Mukhametov assisté de Orekhov et Savitskiy (sup. num.)
1-3 à 37’47’’ : Savitskiy assisté de Daniyar (inf. num.)
France (2’ pour surnombre)
Attaquants
Tomas Simonsen (-1) – Stéphane Da Costa (A) – Jordann Perret
Valentin Claireaux (-1) – Pierre-Édouard Bellemare (A, -1) – Tim Bozon (-2)
Charles Bertrand – Louis Boudon – Anthony Rech (+1)
Sacha Treille (C) – Nicolas Ritz [n’a pas joué au 2e et 3e tiers ] – Kevin Bozon
Défenseurs
Hugo Gallet (-1) – Yohann Auvitu (-2)
Vincent Llorca – Florian Chakiachvili
Pierre Crinon (+1) – Enzo Cantagallo (+1)
Thomas Thiry
Gardien :
Sebastian Ylonen [sorti à 57’09]
Remplaçant : Julian Junca (G).
Kazakhstan
Attaquants :
Roman Starchenko (C, +1) – Arkady Shestakov (2’, +1) – Yevgeniy Rymarev (+1)
Nikita Mikhailis (A) – Alikhan Omirberkov – Kirill Savitskiy (+1)
Kirill Panyukov (-1) – Maksim Mukhametov (-1) – Batyrlan Muratov (-1)
Oleg Boiko – Mikhail Rakhmanov – Alikhan Assetov (+1)
Défenseurs :
Leonid Metalnikov (2’, +1) – Dmitry Breus (+1)
Valeriy Orekhov (+1) – Samat Daniyar (A)
Madi Dikhanbek – Adil Beketayev (-1)
Artyom Korolyov – Tamirlan Gaitamirov
Gardien :
Andrey Shutov
Remplaçant : Nikita Boyarkin (G). Réservistes : Sergei Kudryavtsev (G), Maksim Musorov (A), Dmitriy Grents (A).