La consécration européenne dont rêve le président Jacques Reboh et tout le staff grenoblois peut avoir lieu ce soir, ce qui vengerait quelques campagnes ratées dans cette Coupe Continentale. Si c’était le cas, le plaisir arriverait de manière plus rapide que prévu après une finale écourtée par l’absence du représentant du Kazakhstan. Les Brûleurs de Loups ont assuré l’essentiel en s’adjugeant leur premier match contre Katowice, mais ils se sont aussi compliqué la tâche en prolongeant leur match jusqu’aux tirs au but.
Cela fait de la fatigue supplémentaire dans les pattes des Brûleurs de Loups, d’autant qu’ils ont très souvent été réduits à quatre par leur indiscipline. Toutes ces forces gaspillées paraissent jouer en leur défaveur avant d’affronter Cardiff, au repos depuis trois jours. Les Devils ont donc les faveurs des pronostics, eux qui tournent autour de ce sacre avec deux troisièmes places lors des deux dernières éditions. Grenoble et Cardiff s’étaient affrontés l’an passé en poule de demi-finale, pour une victoire galloise 1-0. Aucun des deux gardiens de l’époque (Bowns et Stepanek) n’est titularisé ce soir, on leur préfère Mac Carruth – que l’entraîneur grenoblois Per Hanberg dirigeait l’an passé à Herning – et Matija Pintarič. La différence tient aussi aux progrès offensifs de Grenoble.
La première supériorité numérique, offerte rapidement par un surnombre gallois, est cafouillée par Grenoble à l’instar des deux contrôles ratés par Kyle Hardy à la ligne bleue. Elle s’achève par un ultime assaut rapide… à l’issue duquel Loïc Farnier est sanctionné pour être venu charger le gardien. Les Devils sont plus tranchants en powerplay comme le démontre déjà une première occasion de Cole Sanford. Au bout d’une minute, Tyler Busch entre en zone à toute vitesse à droite puis vient finir l’action de ses compères Sanford et Olischefski au rebond (1-0, 05’17’’).
La première ligne « bis » (où Beauchemin absent est remplacé par le jeune Matias Bachelet) réagit par une bonne séquence de possession menée par Christophe Boivin, mais lui aussi prend une pénalité en zone offensive. Cette seconde pénalité est mieux défendus par les Brûleurs de Loups mais ils ne passent ensuite que 17 secondes à cinq. En retard sur son vis-à-vis, Kyle Hardy accroche Bayley Harewood pour l’empêcher de reprendre un centre de Brad Schoonbaert, le dernier joker canadien recruté il y a dix jours par Cardiff pour pallier plusieurs blessés. Pintarič réussit un gros arrêt devant Kohen Olischefski. Mais au moment où un joueur canadien retombe sur le gardien slovène, c’est bien Jordon Southern qui se fait sanctionner pour une charge tardive avec la crosse. Cardiff joue à 5 contre 3 pendant 1’05’’. Cette séquence devient absolument capitale… et les valeureux Grenoblois y survivent au point qu’Adel Koudri se procure même un tir en contre-attaque !
Avec quatre punitions dans les dix premières minutes, les vainqueurs des deux dernières Coupes de France sont tombés dans les mêmes travers qu’hier. Malgré ce début catastrophique, ils parviennent à retrouver un second souffle et reprennent la situation en mains. Une longue séquence offensive est récompensée par une pénalité pour obstruction de MacWilliam. Kyle Hardy y décale alors Aurélien Dair dans le cercle gauche pour une reprise magistrale (1-1, 16’13’’). Les Britanniques enchaînent par un accrochage de Brett Perlini trente-deux secondes plus tard, mais ce sont eux qui ont la principale occasion de ces deux minutes. Grenoble n’a pas su garder son élan mais s’en sort déjà bien au vu du début de match.
Grenoble aborde la deuxième période de bien meilleure manière, en s’emparant clairement de l’initiative. Et pourtant, les Isérois pour une fois dominateurs se font piéger par la longue passe de Kohen Olischefski, que Jacob Andersson n’arrive pas à intercepter, et qui envoie Brett Perlini s’échapper dans le dos de Samuel Régis. L’international britannique fixe Matija Pintarič d’une petite feinte et décoche un tir du poignet fulgurant côté mitaine (2-1, 23’46’’). Grenoble repart de l’avant mais un cinglage est sifflé contre Aurélien Dair après une mise au jeu en zone offensive. Le boxplay grenoblois tue cette pénalité au prix d’un gros effort de deux minutes dans sa zone, et avec de belles interventions de Pintarič.
On passe la mi-match. Grenoble obtient une belle attaque en transition à trois joueurs, mais Alexis Binner n’arrive pas à la conclure par un tir. Au contraire, Andrew MacWilliam lance la contre-attaque et profite du positionnement trop avancé de Kyle Hardy pour centrer en zone neutre vers Bayley Harewood qui se présente tout seul face au but. Pintarič réussit un poke-check quasi miraculeux, mais pour rien, car sa défense laisse Perlini prendre le rebond et s’offrir un doublé (3-1, 30’51’’).
Les Brûleurs de Loups sont encore plus obligés de faire le jeu mais semblent sur la retenue après avoir montré leur vulnérabilité aux contre-attaques. Ils sont aussi battus sur une attaque rapide mais placée, transpercés à la ligne avant qu’Alexis Binner se fasse déborder. Pintarič lâche un mauvais rebond inhabituel dans l’axe, repris par un attaquant des Devils… de l’intérieur du pied. On a vu de tels buts du patin acceptés (Joris Bedin lors d’un Rouen-Grenoble en finale de championnat de France), mais les arbitres le refusent après avoir visionné le ralenti.
Ce n’est que partie remise. Reid Duke se jette au cou de Jordon Southorn pour bien montrer aux zèbres qu’il faut siffler obstruction contre Southorn. L’avantage numérique est aussitôt exploité par Cardiff quand Josh MacDonald reprend la passe transversale de Zach O’Brien (4-1, 37’44’’). Le calice est bu jusqu’à la lie en fin de deuxième tiers. Un tir de Crinon reste dans les patins de Joey Martin et la relance croisée de MacDonald envoie alors Cole Sanford en échappée pour le 5-1. Pour finir ces vingt minutes cauchemardesques, Sacha Treille est sanctionné pour attitude antisportive.
Grenoble est d’autant moins en position de revenir au troisième tiers-temps que celui-ci débute en infériorité numérique. C’est ensuite au tour de Damien Fleury de partir en prison pour une crosse haute involontaire en se retournant. Autant de minutes passées à quatre joueurs, qui coûtent du temps et de l’énergie. Cardiff a le contrôle total de la situation et atteint déjà les 40 tirs. Un cross-check est appelé contre Cody Donaghey dans les dix dernières minutes. Guillaume Leclerc feinte bien le défenseur pour se procurer un tir en angle, mais c’est tout. À trois minutes de la fin, Grenoble s’installe longuement pour un bon lancer de Boivin entre les cercles. Hanberg sort son gardien pour jouer à 6 contre 5. La cage vide sera finalement exploitée par Brett Perlini pour s’offrir un doublé.
Le vice-président de l’IIHF Franz Reindl remet le plateau d’argent bien mérité aux Devils. Cardiff a été un vainqueur indiscutable, supérieur dans l’intensité physique mais aussi dans la précision technique et collective, notamment en transition.
Deuxième de cette Coupe Continentale, Grenoble a mieux paru que lors de ses précédentes participations, mais n’a toujours pas élevé son niveau sur la scène européenne. L’indiscipline reste un mal récurrent, rédhibitoire à ce niveau. On peut aussi s’étonner qu’une équipe aussi dominatrice dans son championnat national, et donc habituée à faire le jeu, s’expose aussi facilement aux contre-attaques. Car c’est bien pendant leur seul temps fort net que les Brûleurs de Loups ont perdu le match et le titre.
Désignés joueurs du match : Brett Perlini pour Cardiff et Aurélien Dair pour Grenoble.
Commentaires d’après-match (dans le Dauphiné Libéré et sur TéléGrenoble) :
Nicolas Deschamps (attaquant de Grenoble) : « C’est beaucoup de déception, on prend encore beaucoup de prisons encore, ça nous a tué un peu le rythme. J’espère qu’on va se souvenir et prendre une leçon de ce match-là. On a eu un deuxième tiers compliqué avec beaucoup d’échappées et beaucoup de chances de marquer pour Cardiff. On n’a pas joué notre match et notre système, c’est à retenir pour les prochains événements. Ce soir, tout le monde est déçu. On voulait l’or mais Cardiff était au-dessus. »
Sacha Treille (attaquant de Grenoble) : « On est passé à travers de notre match et plus précisément de notre deuxième tiers qui nous fait beaucoup de mal. Encore une fois, on a encore eu beaucoup de problèmes de discipline. Et puis après, on court après le score, on ne joue plus de la bonne manière. On s’en est sorti au premier tiers avec beaucoup de difficulté. Ce soir, c’était une équipe à notre portée mais avec un calibre au-dessus. On n’avait pas le droit d’être indiscipliné comme on l’a fait, on est encore tombé dans le panneau. Il y a beaucoup de frustration. »
Per Hanberg (entraîneur de Grenoble) : « Après un match comme ça, on est forcément déçu. C’est pourquoi on est là, on avait envie de gagner. C’est la deuxième fois que je viens ici et que je repars avec l’argent [NDLR : après 2024 avec Herning], ce n’est pas marrant. Je me sens vraiment mal. Cardiff était meilleur que nous ce soir, ils étaient prêts pour aller à la bataille, patiner fort. On a fait un bon premier tiers et on s’est écroulé dans le deuxième, on est tombé dans notre propre piège en prenant des pénalités encore et encore qui nous ont tués. On devait être concentré et discipliné sur la glace, on n’était pas prêt pour ça. On doit regarder vers l’avant et je pense que c’est bon de souffrir et d’apprendre. C’est une bonne leçon. »
Jacques Reboh (président de Grenoble) : « C’était un des objectifs de la saison, on n’a pas été capables de le remplir. L’équipe de Cardiff a été meilleure que nous. On a fait avec nos armes, il nous manquait quelque chose pour battre cette équipe. On a perdu deux fois. On a perdu une première fois pour le choix de l’organisation de cette finale, je n’ai pas toujours compris la décision de l’IIHF. Je ne sais pas si ça aurait suffi à changer le résultat, mais ça nous aurait permis de partager et de communier avec notre équipe. Il nous reste trois trophées à conquérir, la Coupe de France, la saison régulière et la Coupe Magnus. »
Cardiff Devils – Grenoble 6-1 (1-1, 4-0, 1-0)
Dimanche 19 janvier 2025 à 18h00 à la Vindico Arena de Cardiff. 3110 spectateurs.
Arbitres : Adam Bloski (CAN) et Andreas Huber (AUT) assistés de Knut Braten (NOR) et Petr Simanek (TCH).
Pénalités : Cardiff 10′ (6′, 0′, 4′) ; Grenoble 18′ (8′, 6′, 4′).
Tirs : Cardiff 46 (13, 18, 15) ; Grenoble 19 (7, 4, 8).
Évolution du score :
1-0 à 05’17’’ : Busch assisté d’Olischefski et Sanford (sup. num.)
1-1 à 16’13’’ : Dair assisté de Hardy (sup. num.)
2-1 à 23’46’’ : Perlini assisté d’Olischefski
3-1 à 30’51’’ : Perlini assisté de Harewood et MacWilliam
4-1 à 37’44’’ : MacDonald assisté de O’Brien et Donaghey (sup. num.)
5-1 à 38’45’’ : Sanford assisté de MacDonald et Martin
6-1 à 59’44’’ : Perlini assisté de Duke et O’Brien (cage vide)
Cardiff Devils
Attaquants :
Josh MacDonald (+1) – Joey Martin (A, +1, 2′) – Cole Sanford (+1)
Brett Perlini (+3, 2′) – Kohen Olischefski (+1) – Zach O’Brien (+2)
Sam Duggan – Tyler Busch – Reid Duke (+1)
Brad Schoonbaert (+1) – Bayley Harewood (+1) – Ryan Barrow
Défenseurs :
Gleason Fournier (+2) – Evan Mosey (+2)
Andrew MacWilliam (A, +2, 2′) – Cody Donaghey (+2, 2′)
Jarrod Gourley – Mark Richardson (C)
Josh Batch
Gardien :
Mac Carruth
Remplaçant : Ben Bowns (G). Absents : Riley Brandt (opéré cette semaine), Hunter Shinkaruk (bas du corps), Ben Davies (fracture du bras).
Grenoble
Attaquants :
Christophe Boivin (-1, 2′) – Matias Bachelet (-1) – Alexandre Mallet
Damien Fleury (A, -2, 2’) – Nicolas Deschamps (A, -2) – Aurélien Dair (-1, 2′)
Sacha Treille (C, -1, 2′) – Adel Koudri (-2, 2′) – Guillaume Leclerc (-2)
Valentin Grossetête – Théo Gueurif – Loïc Farnier (-1, 2′)
Défenseurs :
Kyle Hardy (-3, 2′) – Alexis Binner (-1)
Jacob Andersson (-2) – Pierre Crinon (-1)
Jordon Southorn (4′) – Charles Schmitt
Samuel Régis (-1)
Gardien :
Matija Pintarič [sorti de 57’12’’ à 59’44’’]
Remplaçant : Cebald Debiak (G). Absents : Jakub Štěpánek (G), Jarod Hilderman (?), François Beauchemin (raison familiale), Hugo Nogaretto (prêté à Nice), Antoine Fertin (prêté à Cergy).