Anaheim Ducks
Le champion de la division Pacifique 2017 avait profité de l’écroulement de San Jose en fin de saison. Mais les Ducks d’Anaheim disposent d’arguments solides qui expliquent aussi ces prestations convaincantes, saisons après saisons… mais sans coupe Stanley supplémentaire. Finalistes de conférence, les Californiens auraient sans doute pu espérer mieux si John Gibson n’était pas tombé sur blessure face à Nashville. Un meilleur gardien remplaçant était donc impératif : exit Jonathan Bernier, bienvenue Ryan Miller. Le vétéran abandonne une carrière de numéro 1 pour devenir remplaçant de luxe du jeune Gibson.
Solidifiés dans les cages, les joueurs de Randy Carlisle espèrent tout simplement vivre les mêmes émotions que lors du titre 2007. Celui-ci avait été décroché un an après avoir perdu en finale de conférence. Les parallèles sont nombreux, mais les obstacles aussi…
A commencer par les blessures. La saison n’a pas commencé que le défenseur Sami Vatanen est à l’infirmerie pour plusieurs mois. Pas mieux pour Hampus Lindholm : les deux hommes se remettent de blessures à l’épaule subies lors des playoffs. Ryan Kesler, centre-clé de la deuxième ligne et du jeu défensif, est lui aussi sur le flanc pour une longue durée. Une absence qui coûtera encore plus cher… Le secteur défensif a par ailleurs perdu Shea Theodore lors de la draft d’expansion, ce qui contribue à un certain affaiblissement de la profondeur d’effectif. Or sous la tutelle du conservateur Carlisle, les Ducks font leur beurre en contre, misant sur le talent naturel de leur effectif devant et derrière. De telles pertes pourraient peser très lourd dans la balance.
Même si Lindholm est assurément le plus efficace sur la glace, la défense reste relativement solide même si cela ne tient qu’à un fil. Cam Fowler a prolongé pour huit ans, et, même s’il est parfois un peu juste sur le plan strictement défensif, il apporte par sa mobilité. Il sera secondé par Josh Manson et Brandon Montour, deux jeunes arrières en progression, et par deux vétérans, Kevin Bieksa (36 ans) et François Beauchemin (37 ans). Les deux hommes semblent plutôt en bout de course, ceci dit… Anaheim devra serrer les dents en début de saison en attendant le retour de défenseurs plus talentueux. Dans une division aussi ouverte, les points perdus pourraient coûter très cher.
Du coup, l’attaque devra compenser. Le capitaine Ryan Getlzaf reste le moteur de l’équipe et une machine à créer des chances de marquer. Passeur exceptionnel, il devrait ainsi continuer d’alimenter de très bons snipers sur ses ailes, à commencer par Jakob Silfverberg et Corey Perry. L’abrasif vétéran n’a pas brillé l’an passé, mais reste un buteur d’élite. Derrière eux, Rickard Rakell a fait forte impression l’an passé et l’équipe a pu garder Patrick Eaves. Acquis de Dallas à la deadline, l’ailier polyvalent de 33 ans a signé pour trois ans. L’iron-man Andrew Cogliano centrera la troisième ligne, lui qui n’a pas manqué le moindre match depuis le début de sa carrière, soit 10 saisons complètes ! Il devrait apporter ses trente points annuels… A voir aussi si le rugueux Nick Ritchie, 21 ans, va continuer sa progression, lui qui fut le 10e choix de la draft 2014, tout comme le jeune Tchèque de 21 ans, Ondrej Kase, auteur de bons playoffs.
Au final, Anaheim conserve une chance de remporter son quatrième titre de division de suite. Cependant, les Ducks ne disposent d’aucune marge dans une division aussi serrée et pourraient tout autant manquer les playoffs…
Le rookie à suivre : Sam Steel fut la révélation du camp. A 19 ans, le premier choix 2016 reste sur une éclatante saison de 50 buts, 131 pts en 66 matchs en WHL. Il pourrait profiter de la blessure de Kesler pour trouver son chemin dans le top-6. Il n’a plus rien à prouver en junior, mais n’est pas éligible à l’AHL…
San Jose Sharks
Eliminés dès le premier tour, sans gloire, les Sharks de San Jose n’ont finalement guère bougé au cours de l’été. Pour autant, la saison 2017-2018 propose un changement majeur : c’est la première sans Patrick Marleau depuis vingt ans.
L’ancien capitaine des Californiens a passé toute sa carrière à San Jose depuis qu’il a été repêché en deuxième position en 1997. Mais il a finalement choisi de rejoindre Toronto, San Jose n’osant pas lui proposer un contrat de plusieurs saisons. Il est vrai que le célèbre numéro 12 avait un peu baissé de pied ces dernières saisons – malgré 27 buts l’an dernier – et le staff des Sharks a sans doute eu peur de lui donner l’année de trop. En revanche, son compère Joe Thornton a prolongé. Le passeur génial reste lui aussi sur une saison délicate, mais ses qualités de pivot, de protecteur de palet, restent irremplaçables.
L’attaque aura donc une légère nouvelle couleur. La polyvalence prime, avec une cascade de joueurs pouvant évoluer au centre comme à l’aile. Le capitaine Joe Pavelski reste le fer de lance de l’offensive : bien peu de joueurs se montrent aussi habiles dans le slot pour dévier les tirs. Autour de lui, Logan Couture offre une solution très solide au centre, dans les deux sens du jeu, même son coup de mou dans le jeu l’an passé a été compensé par une réussite aux tirs. À lui de prouver que ce n’était qu’un accident de parcours. La question des ailes s’annonce en revanche particulièrement ouverte. Mikkel Boedker, revanchard après une saison noire, postule au top-6, de même que Tomas Hertl, handicapé par des blessures lors des deux dernières saisons. Le jeune Tchèque espère enfin pouvoir prouver sa réelle valeur, chose qu’il n’a pu faire que par intermittences jusque-là. Lui aussi pourrait s’imposer au centre, grâce à son gabarit (1m88, 95 kg).
On trouvera d’autres joueurs en quête d’un rebond, à commencer par Joonas Donskoi, décisif lors des playoffs 2016, mais transparent la saison dernière. L’attaque très internationale compte aussi sur un autre Danois, Jannik Hansen, qui a fait du bien à son arrivée depuis Vancouver l’an dernier ; un Suisse, Timo Meier, 20 ans, sniper potentiel, après une saison de rookie d’apprentissage ; des Suédois, avec Marcus Sörensen et Melker Karlsson, sur courant alternatif l’an dernier ; et bien sûr, des Américains, comme Kevin Labanc, flamboyant dans ses débuts l’an dernier avant de connaître un coup de mou en fin de saison. La constance, voilà la clé des soucis offensifs… On n’oubliera pas bien sûr Chris Tierney, centre de troisième ligne impressionnant lors des playoffs 2016 mais en difficulté l’an dernier. Le rookie Danny O’Regan n’a par ailleurs plus grand chose à prouver en AHL, où il a été nommé rookie de l’année.
Il faudra en outre espérer que le vétéran Joel Ward ne soit pas trop perturbé par les sollicitations médiatiques. Il est l’un des rares joueurs à s’être exprimé sur les gestes forts de la communauté sportive afro-américaine en guerre ouverte avec le président Donald Trump, même s’il ne mettra finalement pas le genou à terre pendant l’hymne. Après une saison misérable, l’un des joueurs les plus appréciés de la ligue visera un rebond pour sa dernière année de contrat.
L’attaque, variée et basée sur la vitesse, devra surtout trouver des solutions et ne plus seulement s’appuyer sur le slap ravageur de Brent Burns. Le trophée Norris 2017 joue quasiment comme un quatrième attaquant et a transformé le jeu de puissance en stéréotype : donner le palet à Burns à la bleue. A force, les défenses ont trouvé la parade et cela explique en grande partie les difficultés l’an dernier.
Autour de Burns, le top-4 reste très solide, avec la paire Marc-Edouard Vlasic – Justin Braun et Paul Martin. Brenden Dillon et Dylan DeMelo porteront la troisième paire, ce dernier remplaçant David Schlemko, perdu lors de la draft d’expansion. Globalement, les lignes arrières n’ont donc pas changé. Si DeMelo craque trop, Joakim Ryan ou Tim Heed ne sont pas très loin. Le vétéran tchèque Radim Simek, 28 ans, a par ailleurs signé à l’intersaison. Non drafté, il vit sa première saison nord-américaine.
Le duo dans les cages ne change pas non plus. Martin Jones, 27 ans, s’est installé parmi les bons gardiens n°1 de la ligue, mais doit faire encore mieux. Son remplaçant Aaron Dell a séduit en tant que rookie l’an dernier – même s’il a un an de plus que son collègue. S’il ne confirme pas, Troy Grosenick reste à l’affût, lui qui a été élu gardien de l’année en AHL.
Peter DeBoer va devoir trouver les clés tactiques et psychologiques pour éviter à San Jose de décliner. L’importance des quelques vétérans pèse lourdement sur le jeu, et si les jeunes ailiers continuent à se montrer inconstants, l’équipe pourrait connaître des difficultés. Malgré tout, l’équipe est un modèle de constance, à domicile comme à l’extérieur, grâce à un jeu très discipliné. On n’image pas trop les Sharks hors du coup, même dans une division de plus en plus rapide.
Le rookie à suivre : Dans une équipe aux cadres vieillissants, on ne trouve finalement pas vraiment de pur rookie. On citera donc Danny O’Regan, 23 ans. Choix de 5e tour en 2012, il reste sur une saison de 58 pts en 63 matchs AHL et a marqué son premier but NHL l’an dernier lors d’un de ses 3 petits matchs. L’ancienne star de Boston University sera-t-il la bonne surprise de l’année ?
Edmonton Oilers
La franchise de l’Alberta en a fini des années sombres. L’ère Connor McDavid a permis aux Oilers de retrouver les playoffs. Le premier tour fut même passé avec brio face à des Sharks gênés par les pépins physiques. Du coup, les attentes pour 2017-2018 sont immenses. Peut-être trop…
Car rarement une équipe ne se repose autant sur un seul joueur. Le capitaine McDavid, 100 pts la saison dernière et un trophée de MVP sous le bras, porte l’équipe sur ses épaules. Le moindre petit bobo risque de projeter Edmonton hors course, comme en 2015-16. Alors que penser du reste de l’effectif ?
Leon Draisaitl a fait beaucoup parler cet été. L’Allemand a réussi une saison superbe l’an dernier et a reçu un nouveau contrat spectaculaire jusqu’à la saison 2024-2015 (8,5 millions). S’il est à nouveau aligné aux côtés de McDavid, le grand gabarit du natif de Cologne devrait continuer à empiler les points. Mais cela fait cher l’ailier et il sera plus vraisemblablement le 2e centre de l’équipe. Un temps séparé de McDavid durant les playoffs, ses performances avaient été intéressantes mais peut-il assurer à long terme ? Cela reste à prouver et les attentes sont désormais très grandes. Autre grand gabarit, Patrick Maroon s’imposera dans le slot mais dépend, lui aussi, de la magie de McDavid.
Ryan Nugent-Hopkins constituera pour le coup un centre de troisième ligne de luxe, en attendant un probable échange l’été prochain afin de dégager du cap salarial. Milan Lucic et son style abrasif, sans doute surpayé, peut lui aussi stationner dans l’enclave.
Le fond d’alignement en revanche séduit moins. L’expérimenté Jussi Jokinen débarque de Floride et reste un sniper d’appoint et un bon facteur de possession, malgré ses 34 ans. Zach Kassian s’est épanoui dans un rôle de troisième ligne et a bien joué en playoffs, mais il a tant bourlingué que l’on n’est jamais vraiment sûr que ce sera la bonne année. Enfin Mark Letestu apportera son expérience et c’est pas mal tout…
C’est là que l’échange de Jordan Eberle pose question. L’ailier a été sacrifié par le staff et expédié aux Islanders malgré une bonne régularité depuis ses débuts, afin de pouvoir redistribuer son salaire sur d’autres joueurs (Russell notamment). A voir comment Ryan Strome, qui fait le chemin inverse, encaissera ce changement, lui qui n’a pas du tout fait preuve de régularité dans sa carrière. Mais aux côtés de McDavid, il pourrait facilement connaître une bonne saison, et réclamer un gros salaire l’été prochain… Enfin, les Oilers espèrent que Jesse Püljüjarvi, 4e choix du repêchage 2016 sera apte à faire le saut, pourquoi pas lui-aussi dans le top-6., alors que, 4e choix 2016, poursuivra son apprentissage en AHL en début de saison.
L’attaque paraît donc moins flamboyante que d’autres dans la division, et serait même banale sans McDavid. En effet, elle tourne autour de McDavid, Draisaitl voire Nugent-Hopkins entourés d’ailiers de calibre moindre, tous fortement dépendants de leur joueur de centre. Un risque de voir la machine dérailler en cas de blessure.
Ce qui risque de mettre un certain poids sur une défense loin d’être aussi dominante que celle de ses rivaux. La paire Oskar Klefbom-Adam Larsson porte très bien l’équipe. En revanche, le reste apparaît un ton en dessous. Andrej Sekera est blessé pour le début de saison, tout comme Ryan Stanton. Le spécialiste des tirs bloqués (mais pas de la possession du palet) Kris Russell devrait occuper la deuxième paire, sans doute avec Darnell Nurse. La troisième paire est très ouverte et Yohann Auvitu pourrait réussir à s’y incorporer après une saison compliquée dans le New Jersey. Le Français est en concurrence avec un Matt Benning décevant lors du camp, et Eric Gryba. Tous ont eu leurs bons moments en préparation, mais ont aussi des faiblesses certaines. Mark Fayne, lui, a été renvoyé en AHL et n’a pas du tout confirmé ses bonnes années aux Devils.
Dans les cages, le rôle de Cam Talbot sera donc crucial. A 30 ans, il cherchera à confirmer sa très bonne prestation l’an dernier, avec en remplaçant Laurent Brossoit, 24 ans, qui ne compte que 14 matchs NHL en carrière.
Todd McLellan est l’un des meilleurs entraîneurs de la ligue et, avec un tel joueur que McDavid à sa disposition, il devrait pouvoir pousser Edmonton vers le haut. De là à voir les Oilers champions de division, voire de la coupe Stanley, comme certains observateurs ? Non, peu probable. La profondeur de banc ne paraît pas suffisante pour cela.
Le rookie à suivre : Le premier choix 2017 Kailer Yamamoto a réussi un bon camp, mais il semble peu probable qu’il parvienne à rester toute la saison. Le petit gabarit a signé une saison de 99 pts dont 42 buts en 65 matchs avec Spokane en WHL. Il a réussi à déjouer les pronostics lors du camp et débutera dans le top-6. Combien de temps ?
Los Angeles Kings
Deux titres en quatre ans, mais aussi trois saisons qui se sont achevées prématurément (dont deux sans playoffs). Ce fut la prime aux années les plus récentes, et Los Angeles a remercié l’entraîneur Darryl Sutter et le manager général Dean Lombardi, dure réalité du métier… Du coup, les Kings repartent sur de nouvelles bases. L’ancienne gloire locale Rob Blake devient manager général, secondé par son ancien coéquipier Luc Robitaille. L’entraîneur, John Stevens, compte une certaine expérience, après avoir oeuvré à Philadelphie quatre ans, et avoir secondé Sutter depuis 2010.
Une forme de changement dans la continuité pour une formation dont l’effectif n’est pas si éloigné de celui qui a soulevé deux fois la coupe – 9 joueurs sont encore là. Jonathan Quick demeure le pilier dans les buts. A presque 32 ans, il reste une valeur sûre dans le top-10 de la ligue mais devra faire mieux que les deux dernières saisons, il est vrai perturbées par des blessures. Son pourcentage d’arrêt reste moyen depuis plusieurs années, en dépit d’un système défensif remarquable devant lui. Il sera secondé par Darcy Kuemper, ex-backup du Wild.
Devant eux, la défense s’appuie sur un excellent top-3. L’un des meilleurs défenseurs de la planète hockey, Drew Doughty, reste décisif dans les deux sens du jeu. Le jeune Derek Forbort l’a accompagné avec difficultés l’an dernier en tant que rookie et revient avec l’envie de progresser. Mais surtout, la deuxième paire, Alec Martinez-Jake Muzzin, affiche une certaine solidité. Et finalement, seuls Doughty, Martinez et Muzzin comptent plus de 100 matchs en carrière…
La troisième paire sera en revanche très ouverte. L’ex-Wild Christian Folin prétend à une place avec Kevin Gravel, Paul LaDue, 25 ans, Oscar Fantenberg, 25 ans aussi et révélation du camp, et Chris Lee, improbable rookie de 36 ans, fort d’une expérience mémorable en KHL et aux derniers championnats du monde. Malheureusement pour lui, ce dernier est finalement retranché à deux jours du début de saison. Le bout du banc manque donc de certitudes.
L’attaque sera au rebond. Catastrophique l’an dernier à l’image d’un Anze Kopitar fantomatique, l’offensive des Kings espère un peu plus de réussite que le pire taux de la ligue aux tirs à seulement 6.2%, derrière Colorado, New Jersey et Buffalo. Il est vrai que le style de jeu du coach Darryl Sutter était marqué par une forte possession, un combat physique mais trop de tirs excentrés à faible pourcentage, et sera peut-être modifié par le John Stevens. En attendant, les arguments sont réels. Derrière Kopitar, que l’on imagine pas aussi mauvais cette année, on trouve Jeff Carter, inamovible sniper de la deuxième ligne et phénomène de régularité. Ses compères habituels, Tanner Pearson et Tyler Toffoli, sont eux aussi à la relance. La vraie question reste de donner enfin des ailiers potables à Kopitar, qui souffre clairement des départs de Justin Williams puis Milan Lucic. L’an dernier, il a évolué avec Brown, Gaborik, tous deux en bout de course, ou encore Trevor Lewis, qui manque tout de même de talent pour une première ligne…
Le camp a certes permis à Dustin Brown de retrouver des couleurs. L’ancien capitaine a réalisé de très bonnes performances en pré-saison. S’il revient à son meilleur niveau, il apportera beaucoup en troisième ligne avec Trevor Lewis. Mike Cammalleri est lui de retour au bercail à 35 ans. Ce dernier reste la principale recrue de l’intersaison, et on peut vraiment se demander s’il est vraiment la solution aux problèmes, tant il n’a pas été épargné par les blessures sous les couleurs des Devils. Il reste sur la pire saison de sa carrière.
L’énième blessure de Marian Gaborik va elle aussi rebattre les cartes dans le top-6, ce qui pourrait profiter au talentueux Adrian Kempe, Suédois de 21 ans, solide en AHL l’an dernier.
La lutte dans le bottom-6 a fait rage avec Andy Andreoff, Kyle Clifford, Nic Dowd, le vétéran Brooks Laich et Nick Shore, ce qui a coûté sa place à Jordan Nolan. Le double champion a été placé au ballotage et immédiatement pris par Buffalo en fin de camp.
Au final, on a le sentiment d’une fin de cycle. L’effectif si dominant entre 2012 et 2014 a sérieusement vieilli et la relève tarde à pointer son nez. Rob Blake a-t-il les moyens de ses ambitions ? Avec deux ans de contrat encore pour Drew Doughty, des vétérans aux salaires trop élevés, on peut imaginer que, en cas de mauvaise saison, l’effectif des Kings explose en vol. En tout cas, il va falloir faire évoluer le style de jeu : combatif, pas toujours très beau à voir, il a fortement décliné depuis trois ans au point de se montrer inefficace devant la cage l’an dernier. Les Kings peuvent accrocher les playoffs, tout comme les rater, encore une fois.
Le rookie à suivre : Oscar Fantenberg, 25 ans, n’a jamais été drafté. Ancien champion de Suède, il a brillé à Sochi en KHL et surprend tout le monde au camp d’entraînement. Son bon positionnement et ses qualités de relance en font un défenseur prometteur sur la troisième paire.
Calgary Flames
Le voisin de l’Alberta, Edmonton, vise à devenir le nouveau phare de la division Pacifique. Mais Calgary compte bien faire parler ses arguments, et paraîtrait presque mieux équilibré. Le gros point faible des Flames depuis des années, c’est le poste de gardien. L’intersaison a peut-être servi à remédier temporairement à ce problème. Le vétéran Mike Smith, 35 ans, arrive d’Arizona et sera le nouveau numéro 1. Pas vraiment une solution d’avenir donc, mais Smith a surnagé dans une équipe de bas de tableau et surtout les Flames comptent deux très bons espoirs pour les années futures en Tyler Parsons et Jon Gillies. A voir si Smith parvient à porter les Flames vers les playoffs avant de laisser sa place. Car derrière lui, Eddie Läck et ses 2,7 millions de salaire semblent bien incongrus.
Fort heureusement, la défense des hommes de Glen Gulutzan impressionne. Le capitaine Mark Giordano mène une escouade mobile et résolument offensive, qui compte également TJ Brodie, Dougie Hamilton et une nouvelle recrue intéressante : Travis Hamonic, ex-Islanders, acquis cet été. Décevant face aux meilleurs trios adverses avec les Isles, Hamonic a toujours mieux performé sur une seconde paire, ce qu’il trouvera ici avec Brodie. La profondeur est plus problématique avec Michael Stone et Matt Bartkowski, qui devraient tenir leur rang mais dans un rôle limité. Ce dernier pourrait d’ailleurs perdre sa place au profit de Brett Kulak, Rasmus Andersson ou Oliver Kylington.
Ces quatre rampes de lancement vont pouvoir alimenter les fusées de l’attaque. Un top-6 de haut vol, avec Sean Monahan au centre et Johnny Gaudreau pour les envolées techniques. Le duo possède un talent offensif rare mais pêche encore défensivement. L’autre trio formé de Matt Tkachuk, Mikael Backlund et Michael Frolik a, au contraire, été très bon pour le jeu responsable dans les deux sens de la patinoire. Verra-t-on enfin l’éclosion de Sam Bennett ? Le vétéran Kris Versteeg, toujours régulier, apportera son écot. Ajoutons le grand gabarit de Troy Brouwer et le banc affiche de sérieux atouts, dans des styles de jeu très variés. Michael Ferland constitue aussi une carte cachée, avec des prestations très intéressantes l’an dernier.
La star universitaire Spencer Foo a choisi Calgary et réalisé un bon camp. Il pourrait être une carte cachée, tout comme Curtis Lazar. Héros du mondial junior il n’y a pas si longtemps, l’ex-Senators n’a toujours pas vraiment brillé en NHL, mais il n’a que 22 ans.
Ferland, Frolik, Lazar, Brouwer : les quatre ailiers droits de Calgary, constituent sans aucun doute le point faible de l’équipe. Il va falloir espérer que la contribution de chacun dépasse la douzaine de buts… Le staff en a finalement pris conscience à deux jours du début de saison et s’est offert le meilleur ailier droit disponible sur le marché : Jaromir Jagr. Au vu de ses prestations la saison dernière, il est inexplicable que le vétéran tchèque soit resté si longtemps sans contrat. Seul son âge improbable – 45 ans – a servi d’obstacle. Mais lorsque l’on connaît la qualité de sa préparation physique, nul doute que “l’alien” Jagr ne soit prêt le jour J.
Au final, Calgary semble structuré pour retrouver les playoffs et s’offrir, qui sait, une féroce bataille de l’Alberta face aux Oilers. Tout reposera sur la capacité de Mike Smith à délivrer la marchandise…
Le rookie à suivre : Spencer Foo a porté Union College sur ses épaules avec 62 pts en 38 matchs l’an dernier. Convoité par de nombreuses franchises, il a choisi les Flames et montré de belles choses au camp. L’ailier droit pourrait vite compléter la deuxième ligne compte tenu de la faiblesse offensive de la concurrence.
Arizona Coyotes
Au milieu du désert, le jeune manager général John Chayka a fait chauffer le téléphone tout l’été. Arizona fut sans aucun doute la franchise la plus active à l’intersaison. Les départs se sont enchaînés, les arrivées aussi. La moitié de l’effectif a changé, l’entraîneur aussi – Rick Tocchet remplace Dave Tippett -, et bien malin celui qui pourra prévoir si la reconstruction entamée portera déjà ses fruits ou non. Tocchet prône en tout cas un style de jeu plus ouvert que son prédécesseur et colle en cela avec la philosophie de Chayka. A voir si ouvrir les vannes offensives suffira… Après tout, il reste sur deux titres avec Pittsburgh en tant qu’entraîneur adjoint. C’est en tous cas un signe clair que la franchise a décidé d’aller de l’avant.
Le principal changement reste la non-reconduction de contrat du capitaine Shane Doan. Drafté en 1995, Doan a passé toute sa carrière dans cette franchise (dont un an à Winnipeg). Après 1540 matchs, 402 buts et 972 pts, il tire sa révérence, poussé vers la sortie. Il n’est pas le seul à avoir quitté les Coyotes.
Chayka a tout d’abord expédié Connor Murphy à Chicago contre le vétéran Niklas Hjalmarsson, triple champion. Un autre défenseur, Anthony DeAngelo, a lui fait partie du package expédié aux Rangers de New York contre le centre Derek Stepan et le gardien Antti Raanta.
Raanta est donc propulsé numéro 1 puisque Mike Smith a filé à Calgary. Le Finlandais a porté les Rangers sur ses épaules en l’absence de Lundqvist, mais sera-t-il capable d’enchaîner les matchs ? Son remplaçant, le Québécois Louis Domingue, n’est pas une grande assurance.
Devant eux, Oliver Ekman-Larsson, régulièrement meilleur marqueur de l’équipe, continuera à alimenter l’attaque et pourra surtout compter sur une équipe enfin décidée à jouer. Et la nouveauté c’est que le top-4 a meilleure allure. L’arrivée de Hjalmarsson, qui a souvent joué avec Ekman-Larsson en équipe de Suède offre une caution défensive manifeste, et, sur la deuxième paire, Alex Goligoski et Luke Schenn peuvent assurer des minutes de bon calibre. Le jeune Jakob Chychrun a plutôt séduit pour une première saison à 18 ans et espère ne pas souffrir du contrecoup de la deuxième année. Adam Clendening est lui aussi sous-estimé alors qu’il était le seul à poster des chiffres de possession largement positifs parmi la brigade des Rangers l’an passé. Jason Demers, enfin, a été acquis en fin de camp contre Jamie McGinn, peu après que Chychrun se soit sérieusement blessé au genou courant août.
Cette bonne brigade défensive permettra à une attaque rajeunie de s’exprimer. Derek Stepan renforce le poste de centre en attendant que les jeunes ne soient prêts. Il devrait être entouré de Max Domi et Clayton Keller à gauche. L’ancienne star universitaire a explosé au mondial junior et fait figure de grand favori au trophée Calder. A lui de confirmer ses habiletés techniques et sa vision du jeu dans un championnat bien plus relevé.
Anthony Duclair a reçu un nouveau contrat courte durée. Un an, pour tout prouver, alors qu’il a surtout été en manque de réussite personnelle. Il faut dire que lors de son année rookie, il tirait à 19% (quand la moyenne de la ligue est à 8%), avant de retomber à 5.6% et 6.6% les années suivantes. Un retour de bâton prévisible mais le vrai Duclair est certainement entre les deux. À ses côtés, le talentueux Christian Dvorak centrera la deuxième ligne avec la fusée allemande Tobias Rieder.
Autre rookie attendu, Dylan Strome. Troisième choix 2015, il est le seul du top-15 de cette génération à ne pas s’être installé en NHL. Critiqué par son patinage, il a tout gagné en OHL et même fini MVP de la coupe Mémorial. Conscient de ses lacunes, il a travaillé avec un entraîneur spécifique pour son patinage, celui-là même qui avait fait progresser John Tavares. Si Strome s’impose, il centrera Brett Perlini et Jordan Martinook. Le grand gabarit de Lawson Crouse offrira une autre solution sur les lignes d’échec.
Arizona dispose d’une des plus belles collections de jeunes attaquants de toute la NHL. Mais sont-ils prêts à la bataille dans une division aussi ouverte ? Ils n’auront en tous cas aucune pression sur les épaules si tôt dans leur entreprise de reconstruction et pourraient en surprendre plus d’un si Raanta et les jeunes attaquants connaissent une bonne saison.
Le rookie à suivre : Clayton Keller n’a que 19 ans, mais déjà un sacré CV. 7e choix de la draft 2016, il reste sur une saison de 45 pts en 31 matchs – dont 21 buts – avec Boston University, et 11 pts en 7 matchs pour la médaille d’or U20. Mieux, on l’a vu au mondial allemand en mai, où il s’est également promené (5 buts, 7 pts en 8 matchs). Il est déjà apparu dans trois matchs NHL (2 assistances), une expérience qui va sans aucun doute l’aider à s’installer dès cette année dans la grande ligue.
Vancouver Canucks
Les frères Sedin vivent leur dernière année de contrat. A 37 ans, les jumeaux se sont fendus d’un long plaidoyer dans “The player’s tribune” pour dire leur amour pour Vancouver et leur souhait de terminer leur carrière sur la côte ouest canadienne. Mais nécessairement, on se pose la question de leur avenir. Le prolifique duo sera-t-il échangé afin de compléter l’opération reconstruction ? Le déclin depuis 2010 est très net chez les deux hommes.
C’est que, enfin, les Canucks semblent partis vers un rajeunissement qui aurait du être entamé depuis bien longtemps. La moyenne d’âge a fondu et les jeunes pousses, de qualité moyenne globalement, commencent à peupler l’effectif. Les limites sont réelles et Vancouver aligne surtout une collection de “projets”, de joueurs à la relance. On n’image pas cette équipe jouer les premiers rôles.
Dans les cages, le départ de Ryan Miller offre un boulevard à Jakob Markström. Le Suédois luttera avec son compatriote Anders Nilsson, ex-Islanders, de retour de KHL. Les deux hommes auront fort à faire…
La défense a pris un coup de jeune. L’inconstant Alex Edler est le doyen du groupe (31 ans). A ses côtés, Chris Tanev semble le meilleur du lot et apparaît comme le seul roc des lignes arrières. Troy Stecher a séduit l’an passé pour sa première saison et, à 23 ans, il pourrait encore progresser. De même pour Ben Hutton, 24 ans, solide il y a deux ans mais plus en souffrance l’an passé. Alex Biega (29 ans) jouera un rôle d’appoint : deuxième plus âgé du lot, il ne compte pourtant que 90 matchs en carrière. Vancouver tente enfin sa chance sur trois anciens premiers choix de draft, Michael Del Zotto (27 ans), très offensif et déjà passé par trois équipes, et Derrick Pouliot, 23 ans, acquis de Pittsburgh à la veille de la saison. Erik Gudbranson, 25 ans, complète la liste de ces espoirs décevants. Clairement, la défense des Canucks suscite plus d’interrogations que de certitudes… d’autant que le grand espoir Olli Juolevi, 19 ans, a connu un camp horrible et a été renvoyé en Finlande.
Le projet offensif semble plus en avance. Les frères Sedin occuperont certes la première ligne avec le vétéran Loui Eriksson, 32 ans, avec comme mission de relancer ce dernier après une saison noire. La place sera en revanche donnée aux jeunes sur la deuxième ligne. Bo Horvat, qui a mis fin au règne des jumeaux en terminant meilleur marqueur l’an dernier, est sans doute même devenu le centre n°1. On pourrait trouver sur l’aile Thomas Vanek, finisseur pur, et le rookie Brock Boeser, impressionnant en fin de saison dernière et en pré-saison. A 20 ans, le natif du Minnesota a démontré des qualités de finisseur, d’impact physique et une vision du jeu étonnante. Horvat, Boeser : clairement, ce sont les deux piliers du futur des Canucks.
Le troisième sera-t-il Jake Virtanen ? A 21 ans, il n’a pas convaincu ces deux dernières années mais a gagné sa place fort d’un camp d’entraînement réussi. Il pourrait jouer en troisième ligne aux côtés de Brandon Sutter et Alex Burmistrov. Sam Gagner débarque enfin de Columbus, après une excellente saison, notamment en jeu de puissance. Sven Bärtschi reste aussi sur une bonne saison, tout comme Markus Granlund. Rien de transcendant dans tout cela, mais au moins les lignes d’attaque sont-elles dotées de profils techniques, rapides et non pas de plombiers… à l’exception de Derek Dorsett. Malgré tout, Vancouver manque de “stars”, de meneur d’homme capable de titiller les meilleurs pointeurs de la ligue.
En 2015, Vancouver signait une saison de 100 points. Aujourd’hui, après deux saisons calamiteuses, les Canucks devraient finir dans la cave. Signer des vétérans en bout de course ne semble pas une stratégie valable, mais c’est pourtant ce que le staff a fait. Cela ne suffira pas du tout à sortir la tête de l’eau… Travis Green, néo-coach, aura bien du travail.
Le rookie à suivre : Brock Boeser, 23e choix 2015, a dominé son sujet à l’université North-Dakota pendant deux saisons, avant de faire des débuts fracassants chez les Canucks (4 buts en 9 matchs). Parmi les meneurs de la ligue en pré-saison, il fait figure de sérieux candidat au trophée Calder.
Vegas Golden Knights
Nouvelle franchise, pas d’histoire commune, pas de statistiques : c’est une page blanche qui se profile dans la division Pacifique. La 31e franchise de la NHL va débuter cette semaine, et ce qui aurait du être une être une grande fête se transforme en broutille après les tragiques événements du “Strip”. Cinquante-neuf victimes dans une fusillade folle, qui a bouleversé toute l’Amérique. Les joueurs et le staff ont donné sans compter – temps et argent – afin d’aider les victimes. Le hockey est bien secondaire.
Pourtant, il va bien falloir la jouer, cette première saison. Les attentes locales sont fortes, et l’affluence promet d’être importante dans les premiers temps. Pérenniser ce public sera la mission de ces premiers chevaliers du désert.
La draft d’expansion n’a pas donné lieu à une agressivité démesurée de la part du manager général George McPhee, qui a épargné ses futurs rivaux, moyennant des choix de draft. Du coup, l’effectif affiche de nombreuses limites, et manquera évidemment d’automatismes.
Marc-André Fleury a été propulsé ambassadeur de la nouvelle équipe, après une carrière distinguée à Pittsburgh. Le gardien titulaire sera secondé par Calvin Pickard, et Vegas a réussi un coup intéressant en s’emparant de Malcolm Subban au ballotage à la veille de la saison. Le trio a des atouts.
La défense a posé des problèmes, car dix joueurs étaient sous contrat NHL. Il n’y a pas vraiment de n°1, juste une collection d’arrières qui ont joué des rôles de soutien ailleurs. Jason Garrison fait figure de tête d’affiche, à 32 ans. On trouvera donc des défenseurs aux qualités assez moyennes. Brayden McNabb et Nate Schmidt ont fait des bonnes choses l’an dernier, Jon Merrill est en progression. Luca Sbisa a bien bourlingué déjà, Griffin Reinhart fut en son temps un grand espoir, Colin Miller offrait de bonnes minutes à Boston, avec des statistiques de possession remarquable… Tous entre 23 et 27 ans, ils devraient conserver un temps de jeu équitable entre eux.
Un bon gardien, une défense homogène à défaut d’être flamboyante : encore faudra-t-il marquer des buts. Et sur ce plan, c’est l’inconnu. Vegas manque de centres d’envergure. William Karlsson, Cody Eakin, Brendan Leipsic et Pierre-Edouard Bellemare auront bien du mal à porter le jeu face aux terreurs de la division Pacifique. A moins que Vadim Shipachyov ne parvienne à affoler les compteurs… Le Russe ne figure pas sur la liste “officielle” du début de saison, mais il ne s’agit que d’un simple contournement bureaucratique niveau plafond salarial. A 30 ans, la star de KHL (190 pts en 153 matchs) sera-t-il le jackpot de l’intersaison ?
Les ailiers, qui ont des références intéressantes, devront probablement s’assumer seuls. Jonathan Marchessault et James Neal – qui débute à l’infirmerie – ont déjà touché les 30 buts, de même que David perron, alors que Reilly Smith a atteint les 20 buts. Il faudra sans doute le refaire pour espérer jouer les trouble-fêtes, car le reste du banc n’en semble pas capable : Carrier, Haula, Lindberg, Nosek… c’est un peu léger.
Pour sa première saison, Vegas va devoir se montrer solidaire, et faire preuve d’un esprit de corps sans pareil. Chaque match à domicile devrait leur donner l’énergie de vouloir faire au mieux, et Gerard Gallant reste un très bon coach. Malgré tout, cet effectif n’est qu’une transition et une bonne partie des joueurs sera sans doute échangée à la date limite. L’avenir, c’est Cody Glass, Tyler Wong, Nick Suzuki, tous brillants au camp d’entraînement, mais sagement mis à couver un peu…
Le rookie à suivre : On suivra avec attention Brendan Leipsic, 23 ans. Barré à Toronto, il a réussi une pré-saison intéressante et a marqué 159 pts en 188 matchs AHL.