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Petit guide des statistiques partie I : À quoi servent les statistiques avancées ?

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Alors que la saison NHL débute tout juste, nous vous proposons une courte série de trois articles présentant tout ce qu’il faut savoir sur les statistiques et leur usage dans le hockey sur glace. À quoi ça sert, quelles stats regarder pour les équipes, les joueurs ? Nous espérons que tout le nouveau jargon qui circule dans la planète hockey vous paraitra plus familier après cela !

Retrouvez la seconde partie: Comment analyser les équipes ici

Retrouvez la troisième partie: Comment analyser les joueurs ici

 

Partie I : À quoi servent les statistiques avancées ?

Commençons par le commencement. Stats avancées : quésaco ? Depuis dix ans, la NHL mesure toute une série de faits de jeu dont les observateurs se sont emparés pour tenter de décerner les tendances gagnantes de la ligue. Tirs non-cadrés, entrées et sorties de zone, gestes défensifs/offensifs décortiqués, présence exacte des joueurs sur la glace, etc, la liste des nouveaux indicateurs est très longue alors qu’il ne fallait compter précédemment que sur les points, tirs cadrés, mises en échec et le +/-. Ces statistiques dites « avancées » ont repoussé très loin la frontière des possibilités d’analyse en hockey sur glace, décortiquant presque l’ensemble des situations de jeu, pour les équipes comme les joueurs individuellement.

Prenant l’exemple d’autres sports, comme le baseball, où les statistiques aident les équipes à définir leurs tactiques et choisir les joueurs, un certain nombre de nouvelles métriques sont ainsi venues enrichir l’arsenal à disposition des équipes pour établir leurs stratégies. Le mouvement est désormais quasi généralisé. Longtemps réticents, les grands médias nord-américains se servent désormais ouvertement de ces statistiques dans leurs analyses alors que les équipes ne s’en cachent plus non plus. Si la chose est encore rarement ébruitée, rares sont les franchises NHL n’ayant recruté un ou des spécialistes de ces stats au sein de leur équipe dirigeante.

Un débat qui tourne à l’avantage des stats

Mais pourquoi rarement ébruitée ? Parce qu’il y a deux-trois ans encore, la chose semblait un brin tabou. Le hockey demeure très conservateur et l’idée stéréotypée que des geeks dans le sous-sol de leurs parents puissent dire à des gens du milieu qu’ils se trompent faisait enrager les défenseurs d’un hockey à l’instinct, d’un hockey qui se joue dans la tête, où le fameux « travailler fort » reste la devise première et la solution à tous les maux. Le changement est venu des équipes lorsqu’elles se sont mises à embaucher lesdits « geeks » pour les aider, constatant que ce que disaient les stats concordait avec les résultats sur la glace. De nombreux coachs ont commencé à parler de « possession », de « chances de marquer » en point de presse et les médias ont emboîte le pas. Des franchises comme Toronto ou Arizona sont allées plus loin en plaçant en haut de leur organigramme des fervents défenseurs de cette mouvance. Bien sûr, il reste des réticences. Les coachs et les Directeurs Généraux choisissent d’en tenir compte ou non. Un Mike Babcock s’affiche dans le vestiaire avec des stats plein son tableau de bord alors que Florida a décidé de revenir à une vision plus conservatrice après avoir tenté l’expérience pendant 6 mois. Reste que ce sont désormais ces personnes qui reçoivent désormais des commentaires étonnés des médias, et sont devenues minoritaires.

Les stats et analyse visuelle sont complémentaires 

Or le fondement même du débat est déplacé car il n’a jamais été question de remplacer l’analyse visuelle traditionnelle. Les deux moyens sont complémentaires. L’analyse visuelle est humainement incapable de garder la trace des centaines d’événements (tirs, passes, position, etc.) qui se produisent durant un match. De même, l’analyse visuelle apporte du contexte et enrichit les stats qui peuvent parfois être trop implacables et déshumanisantes.

Cependant, dire que les statistiques déforment la réalité est un non-sens puisque les données proviennent des matchs eux-mêmes, rien n’est inventé par des geeks dans le sous-sol de leurs parents. Les stats fonctionnent de la même manière qu’une montre GPS pour un coureur ou un cycliste. Tous les événements enregistrés se sont bel et bien produits et sont, pour la grande majorité, fournis par la NHL elle-même dans ses feuilles de match.

Les stats sont surtout scientifiques et 100% objectives. Ce qu’elles apportent est justement de pouvoir se faire une idée sans influence extérieure, en tous cas le moins possible. Car si nous tentons tous de nous faire notre propre idée en regardant des matchs, il est simplement impossible de ne pas avoir en tête l’opinion d’un ami, d’un commentateur télé et des nombreux médias, sans compter les forums et réseaux sociaux. Or toutes ces sources se nourrissent encore entre elles à partir d’analyses quasi exclusivement visuelles dont la finalité aboutit souvent à attribuer une réputation à un joueur et le définir par celle-ci. Ovechkin est feignant, Subban est à risque, Marc Methot est un excellent défenseur, etc. Certaines sont vérifiées, d’autres invalidées par les chiffres. C’est là tout leur intérêt.

Pourquoi croire les stats ?

Tout simplement car les métriques principales, notamment la possession du palet (mesurée en nombre de tentatives de tirs, qu’ils soient contrés, cadrés ou non), sont années après années synonymes de succès. Après tout, le principe du hockey est de marquer plus de buts que l’adversaire, donc tirer plus souvent que l’équipe en face aide à atteindre cet objectif.

Cela fait maintenant 10 saisons que la possession du palet est mesurée, et sur les 160 équipes qui se sont qualifiées pour les séries durant cette période, 78% avaient enregistré un taux de possession positif durant la saison régulière ! Une seule équipe sur les 20 a atteindre la finale de la Coupe Stanley avait eu un taux de possession négatif (les Penguins de Michel Therrien en 2008). Plus encore, 7 des 10 derniers champions figuraient sur le podium de la ligue pour la possession durant la saison régulière.

Ceci n’est évidemment que la pointe visible de l’iceberg et bien d’autres données sont à prendre en compte, surtout que le jeu se modifie de lui-même alors que les équipes s’ajustent à un environnement ou cette connaissance est disponible à tous. Les prochains articles entreront justement davantage dans le détail.

La deuxième partie de cette série s’attardera à l’utilisation des statistiques pour analyser la performance des équipes et la troisième partie sur celle des joueurs.