Comment digérer le départ d’un buteur emblématique ? Après vingt ans de carrière dans la baie de San Francisco, Patrick Marleau a rejoint Toronto cet été. Un départ qui a pesé dans un début de saison en dents de scie des Sharks de San José.
Un début poussif
Après 29 matchs, les Sharks s’accrochent à la troisième place de la division Pacifique, avec une fiche de 16-10-3. Devant eux, Los Angeles est en pleine bourre avec huit victoires de suite, et Las Vegas maintient un rythme inattendu pour une franchise d’expansion. Les joueurs de Pete De Boer vont devoir cravacher jusqu’au bout…
Le départ de Marleau a assurément affaibli le jeu offensif des Sharks. En dépit de son âge vénérable (38 ans), le leader historique de l’équipe en buts, points et matchs disputés apportait encore une contribution certaine. L’équipe a beaucoup de mal à remplacer sa production et se situe pour l’heure au 27e rang des attaques, avec seulement 79 buts marqués, soit 2.68 par match. Ce n’est pas faute de tenter sa chance, puisque San José est 4e de la ligue pour les tirs tentés, 8e pour les chances de marquer et au final 4e pour les buts anticipés pour. De nombreuses tentatives avortées par un jeu peut-être un peu trop stéréotypé de passes vers les défenseurs en zone offensive. La caractéristique de l’équipe est clairement de porter le palet au fond, de fixer et de remiser sur les défenseurs. Ces derniers multiplient les lancers vers la cage pendant que les attaquants convergent vers le but et cherchent déviations et rebonds. Mais bon nombre de ces essais sont contrés en route.
À regarder la heat map des tirs tentés par les Sharks (« Shots taken » ci-dessous), les tirs proviennent du centre de la glace et de la ligne bleue mais pas assez des abords immédiats du but. Et on voit clairement l’immense zone rouge en bas à droite, d’où Brent Burns bombarde à tout va. Un jeu parfois trop léché qui pénalise la réussite des tireurs, alors que seulement 6,3% des tirs sont allés au fond à 5 contre 5, la 29e réussite de la ligue !
Pete De Boer a donc abandonné la stratégie du grand spectacle et s’est concentré sur les points forts de l’équipe : la défense. Avec seulement 69 buts encaissés en 29 matchs, San José aligne la deuxième défense derrière celle des Kings (2,34 buts par match). L’ensemble de l’équipe protège bien les abords du but, ne concédant que 29,1 tirs par match, meilleure fiche de la NHL. Là encore, la heat map des tirs accordés (« shots allowed ») montre à peine quelques zones rosées, mais surtout un océan de bleu, signe que l’adversaire n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Surtout, qu’en plus, la prestation des deux gardiens est éclatante. Le remplaçant, Aaron Dell, s’est installé à la première place du classement des gardiens en onze apparitions particulièrement remarquées (93,9% d’arrêts, 1,72 buts encaissés et 2 blanchissages). Martin Jones a pour sa part affronté les plus grosses écuries et se situe logiquement un peu plus loin, avec des statistiques respectables malgré tout (2,48 buts encaissés, 91,5% d’arrêts et 2 blanchissages).
Une défense au rôle double
Cette performance défensive n’est pas allée sans mal car le groupe d’arrières a connu un certain nombre de difficultés. Le vétéran Paul Martin n’a ainsi disputé que trois matchs médiocres avant de se blesser. Il revient à peine au jeu, et jouera quelques matchs de remise en forme en AHL. De plus, Dylan DeMelo, prévu pour remplacer David Schlemko en troisième paire, a moyennement convaincu.
Pete De Boer a donc changé son fusil d’épaule et lancé dans le grand bain Joakim Ryan et Tim Heed, dont le jeu commence à remettre en cause le statut de Martin. L’Américain Ryan ne compte que trois assistances, mais le Suédois Heed a marqué trois buts et dix points en vingt matchs, dont quatre en supériorité. Il semble désormais incontournable.
La première paire Vlasic-Braun assume l’essentiel des responsabilités face aux meilleurs trios et s’illustre par sa solidité, tout en contribuant également (9 pts pour Vlasic, 12 pour Braun).
Un rôle que l’on attendait plutôt pour Brent Burns, auteur d’un début de saison cauchemardesque : il aura mis près de 90 tirs avant de trouver enfin le fond des filets. Depuis, le géant barbu a passé la vitesse supérieure et compte 11 pts sur ses dix derniers matchs, dont quatre buts. Bien qu’il soit encore fragile défensivement, Burns joue un rôle déterminant dans les résultats de l’équipe. Contre Minnesota dimanche, il a joué 28 minutes, a tenté 14 tirs dont 8 cadrés et marqué à deux reprises. Oui, Burns revient en forme…
Ce retour de Burns a permis aux Sharks de marquer 14 buts en 3 matchs, dont 6 en jeu de puissance. Le signe que la réussite est enfin de retour pour les Sharks ? On fait en tous cas l’effort d’attaquer davantage la cage pour récupérer les retours de lancer.
Qui pour remplacer Marleau ?
Car oui, Marleau savait se placer près du but, véritable renard autour de la cage. Avec son départ, le top-6 des Sharks peine à trouver la bonne carburation. Le seul à produire avec régularité reste Logan Couture (15 buts, 25 pts en 29 matchs), décisif en jeu de puissance (9 pts) et auteur de trois buts gagnants.
Derrière lui, Joe Thornton, 38 ans, reste essentiel. Le grand pivot mène l’équipe avec 16 assistances et a débuté timidement. On sent que le vétéran n’est pas remis de ses soucis de genou. Il monte peu à peu en puissance (5 pts en 3 matchs).
On espérait l’éclosion de Tomas Hertl, et le jeune Tchèque commence à produire. Avec 7 buts et 18 pts, il s’installe à la troisième place des pointeurs et attaque bien plus la cage ces derniers temps. Un jeu plus agressif, plus « power forward« , qui participe aux bons résultats de ces dix derniers matchs (fiche de 6-2-2).
Le capitaine Joe Pavelski ne se montre pas aussi efficace que d’habitude : 7,5% au tir, loin de son réalisme habituel (12% en carrière). Lui aussi doit produire plus si les Sharks veulent remonter vers les sommets.
Derrière ces quatre hommes, le top-6 a aligné en alternance Joonas Donskoi, bien meilleur que l’an dernier (12 pts), le jeune Kevin Labanc (10 pts) ou Melker Karlsson (9 pts). Aucun des trois n’a véritablement mis la main sur une place et, entre blessures et méformes, ils ont tous connu les tribunes.
La clé viendra-t-elle du fond d’alignement ? Chris Tierney centre la troisième ligne (11 pts), avec une rotation d’ailiers. Tous alternent le chaud et le froid, réalisant quelques bons matchs avant de s’étioler – sans parler des blessures, qui empêchent l’entraîneur de créer des blocs durables.
Ni les vétérans Joel Ward (7 pts) et Mikkel Bødker (7 pts), et encore moins Jannik Hansen (2 pts) ne dominent leur sujet. Du coup, on a vu de meilleures choses de Timo Meier, l’ancien n°8 de draft qui peine à exploser (6 pts), de Barclay Goodrow (4 pts en 9 matchs), et du rookie Danny O’Regan (4 assists en 8 matchs). Toutefois, il est incontestable que les soucis offensifs des Sharks peuvent s’expliquer par un déficit de production du bottom-6, qui est loin de valoir celui de ses principaux rivaux. Huit des vingt-quatre joueurs utilisés n’ont toujours pas marqué.
San José dépend plus que jamais de ses vétérans, notamment en jeu de puissance, seulement 14e de la ligue, mais sur la bonne voie depuis que Burns a retrouvé le chemin du but. Heureusement, la défense compense et aligne le deuxième meilleur jeu en infériorité de la ligue (86,56%). Les Sharks ont donc des atouts structurels solides qui devraient leur assurer une place en série, surtout dans cette division Pacifique. D’autant plus que la réussite des attaquants ne peut que s’améliorer. Les Sharks montent en puissance, un luxe que n’ont pas leurs adversaires directs.