C’est un très gros choc qui ouvre ce championnat du monde à Herning. La rivalité nord-américaine est toujours forte, mais en plus cette année, le Canada se présente en favori résolu face à des États-Unis qui alignent cette année une équipe médaillable.
Dans cet effectif canadien qui fait saliver, c’est la quatrième ligne Dubois-Horvat-Pageau, la seule qui ne possède pas de grande vedette, qui a été la meilleure lors du match de préparation en Lettonie (avec deux buts de Jean-Gabriel Pageau et un de Pierre-Luc Dubois). Cette forme se confirme d’entrée. Le Canada s’installe dès le début de la partie, et après 47 secondes, un palet contré revient à Pierre-Luc Dubois qui ouvre le score au-dessus de la mitaine de Kinkaid. Quand la formation à la feuille d’érable concède une pénalité pour sunombre, c’est Pageau qui va contrer Hughes derrière la cage américaine et le pousse à la faute pour inverser la supériorité numérique. Ce trio continue d’enchaîner de fortes présences en zone offensive.
Après onze minutes de nette domination canadienne, la troisième ligne américaine donne le signal de la révolte par une bonne séquence. Le premier trio enchaîne et Patrick Kane donne en retrait dans l’axe à Will Butcher dont le tir à mi-distance heurte le poteau ! Mais sur la contre-attaque, Johnny Gaudreau laisse échapper le palet dans sa zone. Josh Bailey lui prend, il échoue dans les bottes de Kuemper mais donne le rebond à Ryan O’Reilly avec la cage ouverte (0-2).
Il suffit cependant d’un moment d’inattention pour enrayer ce bon début canadien. Sortant du banc à un changement de ligne, Tage Thompson fixe Darnell Nurse en zone neutre pour lancer Anders Lee à 2 contre 1. Le buteur des New York Islanders choisit le tir, sa spécialité, et nettoie la lucarne (1-2). Les États-Unis commencent à déployer leurs atouts, en particulier la vitesse de Chris Kreider. Anthony Beauvillier arrive tout de même à s’échapper, bloqué par Kinkaid.
Comme au coup d’envoi, la première ligne canadienne met la pression d’entrée au deuxième tiers-temps. Mais Keith Kinkaid dépossède Connor McDavid du palet par un bon poke-check et Dylan Larkin part relancer le jeu dans le camp opposé. C’est encore Larkin qui finit l’action lorsqu’un palet dévié par Kreider entre les bottes de Kuemper arrive devant lui face à la cage ouverte (2-2). Les États-Unis relèvent aussi le niveau de vigilance en défense : Kane lève la crosse de Dubois in extremis pour lui enlever une opportunité de tir. Et à la mi-match, ils prennent carrément l’avantage sur une contre-attaque rapide à trois organisée par Blake Coleman – promu entre les deux stars avant cette deuxième période – et conclue par Patrick Kane sur une passe transversale de Johnny Gaudreau (2-3).
Le Canada n’est plus aussi souverain mais la ligne des New York Islanders sort enfin de sa relative léthargie : Anthony Beauvillier conclut en prenant le rebond d’un tir d’Ekblad, alors qu’Eberle a sacrifié son corps pour occuper deux défenseurs dans le slot (3-3).
Dylan Larkin, l’âme de cette équipe américaine qui est le premier à répondre présent à chaque Mondial, fait mieux que remplir sa mission de neutraliser la ligne McDavid. Il ajoute aussi un deuxième but personnel en troisième période : il échappe à Colton Parayko puis à Darnell Nurse à pleine vitesse en s’appuyant sur un redoublement de passes avec Kreider (4-3). Quatre buts en douze tirs : l’efficacité américaine confine à l’insolence !
Piqués au vif, les favoris canadiens s’installent régulièrement dans la zone adverse. Ryan Murray trouve une excellente ligne de passe vers Aaron Ekblad qui remet au centre pour Ryan O’Reilly : le face-à-face est remporté par le gardien Kinkaid. Mais sur l’action suivante, Colton Parayko reprend la passe de derrière la cage de Connor McDavid pour le but égalisateur (4-4). La star McDavid ne finira donc pas le match avec une fiche infamante de -2. À son crédit, il n’a pas arrêté durant cette partie de trouver Ryan Nugent-Hopkins dans l’enclave, mais celui n’a pas su conclure.
Les États-Unis ne se contentent clairement pas de ce résultat : ils veulent faire tomber leurs voisins. Ils prennent le jeu à leur compte et mettent la pression en utilisant beaucoup leurs joueurs-clés. La quatrième ligne canadienne est moins à son avantage qu’au début et Dubois inflige une vilaine charge contre la bande à Pionk qui aurait même pu valoir plus que deux minutes. Le Canada tue cette pénalité avec la contribution de O’Reilly et même de McDavid. Mais il reste dans sa zone en fin de match et ne s’est jamais mis en position de gagner.
La prolongation à 3 contre 3 est plus à l’avantage des Canadiens, grâce à la capacité d’accélération de Barzal et à la technique de McDavid, accroché par Coleman. Le quatuor Parayko – Nugent-Hopkins – McDavid – O’Reilly n’arrive pas alors à trouver la faille pendant plus d’une minute face au valeureux trio Martinez-Murphy-Larkin. Le capitaine McDavid prendra aussi une pénalité à 16 secondes de la fin en faisant trébucher Gaudreau, mais sans conséquence… sinon qu’il manquera la séance de tirs au but.
Cam Atkinson, qui dribble Kuemper, et Jordan Eberle, qui préfère le tir direct, sont les seuls des cinq tireurs à transformer leur tentative. Leurs entraîneurs les envoient donc pour une seconde chance. Atkinson signe un mouvement aussi magnifique que le premier, mais de l’autre côté, alors que Kinkaid arrête cette fois le lancer d’Eberle. Les Américains s’offrent un petit exploit pour ouvrir leur championnat du monde.
Désignés joueurs du match : Aaron Ekblad pour le Canada et Keith Kinkaid pour les États-Unis.
Commentaires d’après-match
Jeff Blashill (entraîneur des États-Unis) : « C’était une façon fantastique de commencer ce tournoi. Nous avons eu un départ lent, mais dès que nous avons retrouvé nos pieds, nous avons prouvé que nous pouvions rivaliser. Il y a eu de grandes performances de nos joueurs, et nous allons construire là-dessus pour la suite. »
Bill Peters (entraîneur du Canada) : « Je pense qu’il y a eu quelques palets que mon gardien aurait dû suivre. Mais certains des arrêts qu’il a faits étaient sur des occasions de niveau A. Nous avons tout bonnement concédé trop de chances de qualité. »
Connor McDavid (capitaine du Canada) : « Les deux équipes n’ont pas bien joué défensivement au début. Nous avons pris les devants mais nous avons perdu notre jeu et il nous a fallu le retrouver. J’aime la façon dont nous avons pu revenir pour remporter au moins un point. Ce n’est pas drôle de regarder votre équipe jouer la fusillade sans vous, surtout quand vous êtes un joueur offensif qui aimerait en être. »
États-Unis – Canada 4-4 (1-2, 2-1, 1-1, 0-0) / 2-1 aux tirs au but
Vendredi 4 mai 2018 à 16h15 à la Jyske Bank Boxen de Herning. 9632 spectateurs.
Arbitrage d’Antonin Jerabek (TCH) et Linus Öhlund (SUE) assistés de Lukas Kohlmüller (ALL) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : États-Unis 6′ (2′, 2′, 0′, 2′), Canada 6′ (2′, 0′, 2′, 2′).
Tirs : États-Unis 25 (5, 8, 12, 0), Canada 40 (15, 16, 9, 0).
Évolution du score :
0-1 à 00’47 : Dubois assisté de Horvat
0-2 à 12’23 : O’Reilly assisté de Bailey
1-2 à 13’59 : Lee assisté de Thompson et DeBrincat
2-2 à 20’43 : Larkin assisté de Kreider et Oesterle
3-2 à 30’00 : Gaudreau assisté de Kane et Coleman
3-3 à 37’53 : Beauvillier assisté de Ekblad et Barzal
4-3 à 43’27 : Larkin assisté de Kreider et Atkinson
4-4 à 50’48 : Parayko assisté de McDavid
Tirs au but :
Canada : Barzal (transversale), Eberle (réussi), Schenn (arrêté), Nugent-Hopkins (arrêté), Horvat (arrêté).
États-Unis : Atkinson (réussi), Kane (arrêté), Gaudreau (arrêté), Hughes (arrêté), Larkin (arrêté).
Tirs supplémentaires : Atkinson (E, réussi), Eberle (C, arrêté).
États-Unis (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Chris Kreider (+1) – Dylan Larkin (A, +1) – Cam Atkinson
Johnny Gaudreau (-1) – Colin White (-2) [puis Coleman à 20′] – Patrick Kane (C, -1)
Anders Lee (+1) – Derek Ryan – Alex DeBrincat (+1)
Tage Thompson – Blake Coleman (+1, 2′) [puis White à 20′] – Brian Gibbons (-1)
Sonny Milano
Défenseurs :
Alec Martinez (-1) – Nick Jensen (-2)
Will Butcher (-1) – Connor Murphy (A)
Jordan Oesterle (+2) – Neal Pionk (+2)
Quinn Hughes (2′)
Gardien :
Keith Kinkaid
Remplaçant : Scott Darling (G).
Canada (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Ryan Nugent-Hopkins (-1) – Connor McDavid (C, -1, 2′) – Jaden Schwartz (-2)
Josh Bailey (+1) – Brayden Schenn (A, +1) – Ryan O’Reilly (A, +2)
Anthony Beauvillier – Mathew Barzal – Jordan Eberle
Pierre-Luc Dubois (2′) – Bo Horvat – Jean-Gabriel Pageau
Défenseurs :
Ryan Murray – Aaron Ekblad
Darnell Nurse (-1) – Colton Parayko
Thomas Chabot – Ryan Pulock (+1)
Gardien :
Darcy Kuemper
Remplaçant : Curtis McElhinney (G). Non utilisé : Tyson Jost.