Le jeu enthousiasmant de la Finlande pendant trois rencontres n’était-il qu’un feu de paille ? Au premier obstacle sérieux (le Danemark), la troupe de Pekka Marjamäki a semblé retomber dans ses travers et perdre toute créativité et a concédé une défaite inquiétante. Pour savoir ce que cette équipe a dans le ventre, rien de tel comme adversaire que le Canada !
Elle bénéficie d’un joker. Pekka Rinne, qui a encore un peu flanché en play-offs, ne viendra pas. Le duo Säteri/Husso continue d’alterner dans les cages, et c’est au tour du premier nommé. À défaut de Rinne, l’élimination de Nashville a libéré le grand espoir Eeli Tolvanen, meilleur marqueur de la Finlande aux JO, qui a joué 3 matches de NHL à la fin de sa saison KHL mais est depuis plus d’un mois en tribunes. Il doit reprendre en douceur sur la troisième ligne (en plus de jouer en powerplay). Suomela, qui avait les meilleures statistiques aux mises au jeu, est sacrifié pour son intégration. Marjamäki fait de nouveau passer un ailier au centre (Manninen), ce qui était déjà le cas de Pesonen (voire de Granlund qui est polyvalent).
Dans le camp canadien, c’est Marc-Édouard Vlasic qui est arrivé en joker et joue son premier match. Quelqu’un lui a-t-il seriné que sur les grandes glaces on pouvait prendre plus de temps avec le palet ? Le défenseur de San José ne manque pourtant pas d’expérience internationale, mais il lambine derrière son but. Les Finlandais le pressent à deux avec Sebastian Aho et Mikko Rantanen. Ce dernier lui prend le palet et son centre fort devant le but est alors dévié contre son camp par Brayden Schenn (0-1).
Le Canada égalise par la même méthode. Jean-Gabriel Pageau va presser à deux avec Horvat, prend le palet à Honka et s’éloigne pour envoyer un lancer puissant, que Säteri ne voit pas car son coéquipier Pesonen fait écran (1-1). Janne Pesonen – incorporé pour la première fois au jeu de puissance aujourd’hui – se rattrape en rétablissant lui-même l’avantage alors que Bailey est en prison pour obstruction. Il dévie joliment de la crosse, volontairement cette fois, le lancer de la bleue de Markus Nutivaara (2-1).
La Finlande frappe de nouveau en supériorité numérique après que Beauvillier a fait trébucher Koivisto. Servi à côté du but, Mikko Rantanen peut battre du revers un Curtis McElhinney qui venait de perdre ses appuis (3-1). Le coach canadien n’hésite pas et change de gardien. Darcy Kuemper, qui avait perdu sa place après la défaite initiale face aux États-Unis, la récupère !
Le capitaine Connor McDavid montre la direction avant la pause : il élimine le jeune Miro Heiskanen à la ligne bleue, mais échoue bute sur le gardien Harri Säteri. En deuxième période, alors que Manninen est en prison pour avoir accroché Eberle, McDavid croit son heure arrivée a une cage ouverte. Le défenseur Tommi Kivistö réalise un sauvetage incroyable en détournant le tir en l’air avec sa crosse !
Le Canada se complique la vie par des fautes : Jost fait trébucher Pesonen, Beauvillier commet un cinglage. Les pénalités sont tuées, avec une bonne contribution du gardien Darcy Kuemper, mais les joueurs à la feuille d’érable ne profitent pas de la crosse haute de Manninen. C’est au tour d’Ekblad de faire faute sous les yeux de l’arbitre. Discuter ne sert à rien, surtout pas cette pénalité évidente… La Finlande termine le deuxième tiers-temps en avantage numérique, et même si elle ne concrétise pas, elle a conservé ses deux buts d’avance.
Les Canadiens ont perdu vingt minutes. Leur priorité pour la dernière période, abordée avec des trios modifiés (Nugent-Hopkins/McDavid/Eberle ; O’Reilly/Horvat/Pageau ; Jost/Barzal/Bailey ; Beauvillier/Schenn/Schwartz) doit être de contrôler leur discipline. C’est en fait Jormakka qui prend la première pénalité en retenant Schwartz, mais Harri Säteri réussit un superbe arrêt du coude devant Ryan O’Reilly. Le seul arrêt, d’ailleurs, car le Canada se fait régulièrement contrer à la ligne bleue par des Finlandais très actifs en infériorité.
Quand on revient à cinq contre cinq, Pesonen remporte la mise au jeu face à McDavid en zone défensive, Eeli Tolvanen envoie le palet au fond… et Darcy Kuemper lui rend dans la crosse par une relance ratée. Lancé à pleine vitesse, il n’a plus aucun souci pour le contourner (1-4). McDavid revient pour engager au centre, gagne le palet et entre en zone offensive… où il est contré par Tommi Kivistö. Transition immédiate pour Sebastian Aho qui part en contre, se retourne contre la bande sur la gauche et fait la passe pour la reprise instantanée de son collègue Teuvo Teräväinen (1-5). Kuemper avait la vue masquée et ce n’est pas de sa faute cette fois.
Quand rien ne va, rien ne va : McDavid prend 2’+2′ car sa crosse atteint Heiskanen au menton. La fin de match hachée de coups de sifflet n’a plus d’intérêt de toute manière. Même quand ils sont en avantage numérique, les Finlandais jouent sans forcer, et Aho rentre au banc si lentement… que son équipe est pénalisée pour surnombre !
L’ambiance a été formidable pendant tout le match grâce aux supporters finlandais, mais la plus belle ovation est pour… la légende Saku Koivu, qui remet le prix de joueur du match au gardien Harri Säteri. Les deux portiers canadiens, eux, devront se remet d’une soirée désastreuse où ils ont encaissé un mauvais but chacun.
Le Canada s’est pris une gifle, mais on peut être sûr qu’il ne tendra pas l’autre joue. Souvenons-nous qu’en 2016, il avait été battu 0-4 par la Finlande au dernier match de poule. Il avait pris sa revanche 2-0 en finale sur ce même adversaire et décroché la médaille d’or…
Désignés joueurs du match : Ryan O’Reilly pour le Canada et Harri Säteri pour la Finlande.
Commentaires d’après-match
Mikko Rantanen (attaquant de la Finlande) : « Les fans ont été incroyables, personne ne s’attendait à ça, c’était comme un match à la maison. On a pris un très bon départ, on avait parlé de mettre la pression sur leurs défenseurs et on l’a fait. Ils ont mieux joué dans la deuxième période mais Säteri a fait un grand match devant le filet. Nous devons savourer cette victoire et être prêts pour affronter l’Allemagne et les États-Unis. Nous voulons gagner ce groupe. »
Canada – Finlande 1-5 (1-3, 0-0, 0-2)
Samedi 12 mai 2017 à 20h15 à la Jyske Bank Boxen de Herning. 9313 spectateurs.
Arbitrage de Mark Lemelin (USA) et Konstantin Olenin (RUS) assistés de Dmitry Golyak (BLR) et Peter Sefcik (SVK).
Pénalités : Canada 22′ (8′, 6′, 8′), Finlande 16′ (4′, 4′, 8′).
Tirs : Canada 31 (12, 8, 11), Finlande 22 (10, 5, 7).
Évolution du score :
0-1 à 08’50 : Rantanen
1-1 à 10’55 : Pageau assisté de Horvat
1-2 à 13’48 : Pesonen assisté de Nutivaara et Tolvanen (sup. num.)
1-3 à 16’35 : Rantanen assisté de Granlund et Teräväinen (sup. num.)
1-4 à 45’17 : Tolvanen
1-5 à 45’27 : Teräväinen assisté d’Aho et Kivistö
Canada
Attaquants :
Ryan Nugent-Hopkins (-2) – Connor McDavid (C, -2, 4′) – Jaden Schwartz
Josh Bailey (-1, 2′) – Brayden Schenn (A, -1) – Ryan O’Reilly (A)
Pierre-Luc Dubois (-1) – Bo Horvat (+1) – Jean-Gabriel Pageau (+1)
Anthony Beauvillier (4′) – Mathew Barzal (2′) – Jordan Eberle (-2)
Tyson Jost (+1, 2′)
Défenseurs :
Aaron Ekblad (-1, 2′) – Marc-Édouard Vlasic (-1)
Joel Edmundson (+1, 4′) – Colton Parayko (+1)
Ryan Murray (-2) – Darnell Nurse (-2, 2′)
Ryan Pulock
Gardien :
Curtis McElhinney puis à 16’35 Darcy Kuemper
En réserve : Thomas Chabot.
Finlande
Attaquants :
Kasperi Kapanen (+1) – Mikael Granlund (C) – Mikko Rantanen (A, +1)
Veli-Matti Savinainen (+1, 2′) – Sebastian Aho (A, +2) – Teuvo Teräväinen (+1, 2′)
Eeli Tolvanen (+1) – Sakari Manninen (+1, 4′) – Pekka Jormakka (2′)
Saku Mäenalanen (-1) – Janne Pesonen – Marko Anttila (-1, 2′)
Défenseurs :
Miro Heiskanen (+1) – Ville Pokka (+2)
Miika Koivisto (+1) – Markus Nutivaara (2′)
Tommi Kivistö (+1) – Julius Honka
Juuso Riikola (-1)
Gardien :
Harri Säteri
Remplaçants : Ville Husso (G), Olli Palola. En réserve : Eero Kilpeläinen (G), Antti Suomela.