Le réveil trop tardif des Suisses

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Les deux équipes finissent cette première phase avec des effectifs différents du début : les playoffs NHL sont passés par là et ont libéré de nombreux joueurs, notamment des Predators de Nashville. Déjà renforcés par Timo Meier en début de semaine, les Suisses alignent pour la première fois Kevin Fiala et Roman Josi. Joël Genazzi et Damien Riat en font les frais.

La Suède, déjà impressionnante, fait de même. Patric Hörnqvist et Viktor Arvidsson sont déjà sur la feuille de match, mais pas encore Filip Forsberg et Mattias Ekholm, qui arriveront lundi à Copenhague : Ekholm attendait le passeport de son bébé, et Forsberg terminait le meeting de fin de saison avec un rendez-vous un jour après Arvidsson. Gustav Nyquist, malade, est au repos.

Démonstration suédoise

Les premières présences sont équilibrées, prudentes. Une obstruction d’Everberg offre le premier avantage numérique à la Suisse, après une mauvaise charge. Aucune occasion n’en découle, et la situation s’inverse sur une faute de Schäppi. La Suède s’y montre bien plus dangereuse : Rakell et Zibanejad manquent le cadre, mais pas Klingberg en tête de cercle, côté droit, pour un lancer en hauteur (0-1).

Raphael Diaz suit sur le banc des punis, la sanction est la même. La Suède fait circuler le palet à une touche, en triangle et Hörnqvist signe son entrée dans l’équipe en reprenant entre les cercles une passe de Janmark. Genoni, trop reculé dans son but et bien bas sur ses appuis, est battu (0-2).

Sonnée, la Suisse n’est pas loin d’arrêter l’hémorragie sur une déviation d’Andrighetto au deuxième poteau, mais il manque le cadre. Une action qui lance un temps fort helvète, avec quelques actions chaudes sur le but de Nilsson. La Suède joue un peu trop facile, comme souvent au cours de ce tournoi. Ce qui n’empêche pas quelques mouvements spectaculaires, établis sur un jeu de passe précis et des transversales millimétrées. Genoni sort plusieurs arrêts dans la dernière minute et la Nati sort avec deux buts de retard.

Sous contrôle

À la reprise, Timo Meier tente une percée dans l’axe, juste après avoir pris une bonne charge de Zibanejad. Nilsson contrôle le tir de l’ailier des Sharks. La Suisse tente de relancer… mais Lindholm contre une passe approximative pile sur la ligne bleue et décale Backlund au cercle gauche. Son centre est détourné par la crosse de Fora et finit au fond des filets (0-3).

Un contre suédois rondement mené aboutit à une action spectaculaire d’Arvidsson, mais Fiala le met au sol et concède deux minutes. Cette fois, le jeu de puissance ne donne rien et la Nati repart à l’abordage. Et comme depuis le début du match, toutes les situations de tirs sont immédiatement contrées par un défenseur au bloc…

La Suède semble pouvoir marquer à chaque présence. Un palet envoyé depuis la ligne de fond sur un slalom de Ekman-Larsson, avec Rakell dans le slot, perturbe Genoni, qui sauve de manière désespérée. La révision vidéo confirme cet arrêt sur la ligne. Sur la présence suivante, Elias Pettersson file en échappée, fixe et feinte Genoni… mais le palet échoue juste à côté du poteau. Le jeune attaquant percute la bande dans la foulée et quitte le match…

Il y a des boulevards dans la défense suisse, prise de vitesse par le patinage scandinave. Les tirs pleuvent, mais manquent de précision : Rakell au-dessus, Johan Larsson au deuxième poteau sur une passe transversale puis en tour de cage. En somme, il n’y a plus qu’une équipe sur la glace. Les défenseurs suédois gagnent tous les duels et leur qualité de relance découpe les lignes adverses… du moins, jusqu’à 1’28 de la pause.

Un palet gagné par Corvi côté gauche revient sur Untersander plein axe. Le lancer de la bleue en hauteur trouve son chemin à travers la foule (1-3). Fiala enchaîne avec un beau mouvement et un tir du revers, capté par Nilsson. Les clarines résonnent enfin dans la Royal Arena… La Nati finit en trombe, répondant physiquement au défi et attaquant la cage. Pas de deuxième but, mais au moins, une meilleure image.

La vaillance suisse

La Suède a baissé de pied, nettement. De quoi donner espoir à la Nati. Fiala travaille en zone offensive et décale Diaz. Le capitaine s’avance au cercle droit et profite de l’écran de Meier pour ajuster la lucarne opposée (2-3).

Décomplexée, la Suisse attaque à tout va, met du trafic devant l’enclave et lance de loin. Tirs contrés, croisés, rarement cadrés… Le public se fait entendre pour pousser les rouges, qui obtiennent une faute de Klingberg.

Le palet tourne bien et Hofmann est servi au cercle droit : Nilsson se déplace très vite et réalise un arrêt spectaculaire. Corvi tente ensuite un tour de cage et le palet est dégagé. Fiala et Meier mènent la charge, avec Haas dans l’enclave et, encore une fois, Nilsson ferme la porte.

La Suède desserre petit à petit l’étau et, à sept minutes de la fin, se donne de l’air. Servi à la bleue, Adam Larsson expédie une volée puissante. Genoni, masqué, ne voit rien (2-4).

La Nati n’abdique pas. Niederreiter tente sa chance sur le côté du but, et reste au sol dans le contact qui suit. Backlund prend deux minutes pour crosse haute et les esprits s’échauffent. Jeu de puissance, et même six contre quatre, puisque Patrick Fischer sort Genoni à 5’35 de la fin. Josi de loin, avec Niederreiter au rebond, échoue sur Nilsson. Les Suisses se marchent sur les pieds ou voient leurs tirs contrés. La pénalité est tuée, et Pääjärvi récupère, pour une cage vide longue distance (2-5).

Cette fois le match est plié. Un slalom de Frock offre un jeu de puissance tardif, et Dean Kukan, du cercle droit, réduit la marque pour l’honneur (3-5). Genoni sort encore, et la Suède vendange un cage vide à deux dans le slot…

Victoire logique de la Suède, plus forte techniquement et physiquement. Mais la Tre Kronor a encore été victime de sa sale manie de relâcher quand elle mène. Une certaine aisance dans le jeu, qui frôle parfois la condescendance. Là où les Nord-Américains appuient et gonflent le score, les Suédois partent dans des jeux compliqués pour se faire plaisir, à défaut d’être efficaces. Pire, ils ont perdu deux joueurs sur blessure, Elias Pettersson et Erik Gustafsson.

La Suisse a mis trente-cinq minutes à se réveiller et a alors répondu coup pour coup : trop tard.

Désignés joueurs du match : Sven Andrighetto (Suisse) et Mikael Backlund (Suède).

Commentaires d’après-match

Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Nous avons eu un départ difficile. Les Suédois ont exploité de manière souveraine leurs deux premiers powerplays et c’était dur de réagir car ils avaient le vent dans le dos. Nous avons malheureusement encaissé le troisième but dès le début du deuxième tiers et nous n’avons ensuite eu aucune ouverture jusqu’au but d’Untersander. Même si nous n’avons pas été loin d’égaliser, on doit dire que la Suède était la meilleure équipe aujourd’hui. Mais le moral est bon, nous nous concentrons sur le match contre la France même si nous devons d’abord espérer que la Slovaquie ne gagne pas demain (contre la Russie), sinon le tournoi est fini pour nous. »

(photos de Jonathan Vallat)

 

Suisse – Suède 3-5 (0-2, 1-1, 2-2)
Dimanche 12 mai 2018, 20h15. Royal Arena de Copenhague. 12 255 spectateurs.
Arbitrage de Antonin Jerabek (TCH) et Aleksi Rantala (FIN) assistés d’Aleksandr Otmakhov (RUS) et Hannu Sormunen (FIN).
Pénalités : Suisse 6′ (4′, 2′, 0′), Suède 8′ (2′, 0′, 6′)
Tirs : Suisse 23 (4, 5, 14), Suède 41 (15, 14, 12)

Récapitulatif du score
0-1 à 05’24 : Klingberg assisté de Zibanejad et Ekman-Larsson (sup. num.)
0-2 à 09’18 : Hörnqvist assisté de Pettersson et Backlund (sup. num.)
0-3 à 21’14 : Backlund assisté de Lindholm
1-3 à 38’32 : Untersander assisté de Corvi
2-3 à 44’26 : Diaz assusté de Fiala et Andrighetto
2-4 à 52’59 : A. Larsson assisté de Backlund
2-5 à 56’42 : Pääjärvi assisté de Backlund (cage vide)
3-5 à 59’17 : Kukan assisté de Untersander

Suisse

Attaquants :
Timo Meier – Enzo Corvi – Nino Niederreiter (A, +1)
Sven Andrighetto – Joel Vermin (-3) – Kevin Fiala (2′)
Gregory Hofmann – Gaëtan Haas (-1) – Simon Moser (-1)
Noah Rod (-1) – Reto Schäppi (2′) – Tristan Scherwey (+1)
Chris Baltisberger

Défenseurs :
Raphael Diaz (C, 2′, +1) – Mirco Müller
Roman Josi (A, -1) – Michael Fora (-1)
Ramon Untersander (-1) – Dean Kukan
Lukas Frick

Gardien :
Leonardo Genoni [sorti de 54’25 à 56’42 et de 59’32 à 60’00]

Remplaçant : Reto Berra (G). Réservistes : Gilles Senn (G), Joël Genazzi (D), Damien Riat (A)

Suède

Attaquants :
Rickard Rakell – Mika Zibanejad – Mattias Janmark
Patrick Hörnqvist (+1) – Mikael Backlund (C, 2′, +2) – Elias Pettersson (+1)
Adrian Kempe (+1) – Jacob de la Rose – Viktor Arvdisson
Magnus Pääjärvi- Johan Larsson (2′, -1) – Dennis Everberg (2′, -1)
Lias Andersson

Défenseurs :
Oliver Ekman-Larsson (A) – Adam Larsson
Hampus Lindholm (+1) – John Klingberg (A, 2′, +1)
Erik Gustafsson – Mikael Wikstrand

Gardien :
Anders Nilsson

Remplaçant : Magnus Hellberg (G). Réservistes : Filip Gustavsson (G), Gustav Nyquist (A, malade), Mattias Ekholm, Filip Forsberg (en instance d’arrivée)