Un naufrage collectif

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La France n’a jamais battu la République Tchèque au Mondial. C’est dire l’ampleur de la tâche des Bleus, qui doivent absolument s’imposer s’ils veulent conserver un espoir de quart de finale. Face à une formation renforcée par deux très bons joueurs de NHL, David Krejčí et David Pastrňák, la mission semble quasi impossible.

D’autant plus que Stéphane Da Costa (doigt) et Florian Chakiachvili (dos) sont absents… Ronan Quemener débute et cherchera à réussir un exploit historique. Anthony Guttig centre la première ligne, avec Damien Fleury, promu capitaine, et Anthony Rech sur les ailes.

Les Bleus coulent d’entrée

Quemener réalise rapidement un premier arrêt sur un tir excentré. Janil concède ensuite une crosse haute après seulement une minute de jeu. Les Tchèques s’installent et manquent le cadre sur un premier tir, puis Quemener repousse le deuxième lancer et arrête le troisième. La France a plutôt bien défendu et revient au complet.

Les Bleus repartent et tentent leur chance de la bleue, par Raux puis Manavian. Cela va vite côté tchèque et Sklenička trouve Quemener sur sa route en contre-attaque – arrêt du masque… La mise au jeu est gagnée par les Tchèques et Pastrňák reprend en pleine lucarne. Quemener n’a rien pu faire (0-1).

Un but logique, car les Tchèques dominent en possession. Les Bleus peinent à contrôler le palet et se contentent surtout de dégager dès que possible. Une rare incursion en zone offensive coûte cher. Pastrňák récupère et accélère dans la neutre. En entrée de zone, il choisit le tir entre les jambes d’Auvitu et Quemener ne peut que le dévier légèrement sous son bras (0-2).

La France sort timidement la tête de l’eau avec une bonne présence du duo Leclerc-Perret. En face, Pastrňák se promène encore et n’est pas loin du troisième but. Le compteur de tirs grimpe… et celui du score aussi. Les Tchèques provoquent un revirement dans la neutre – peut-être un cinglage sur Perret -, débordent à gauche et Jaškin, du cercle, trompe Quemener d’un tir croisé (0-3).

La France n’arrive pas à construire grand chose et n’obtient qu’un maigre tir de Guttig au ras du poteau. À deux minutes de la pause, un tir flottant de Fleury échappe à la mitaine de Rittich, mais Hecquefeuille, monté aux avant-postes, ne peut prendre le rebond. La France finit mieux, et Auvitu tente un tir croisé puissant qui ne trouve pas le cadre.

Sans réaction

Une pénalité de Claireaux d’entrée fait briller Quemener à plusieurs reprises. Il doit s’incliner sur un coup du sort : Horák dévie entre ses jambes un tir complètement raté de Kubalík (0-4).

Un Kubalík qui manque de peu le cinquième en pivotant dans le slot, mais Quemener ferme la porte de justesse. La France est en retard sur tous les palets et Janil écrase Chytil le long de la bande. Il écope de 2’+10′ pour charge contre la tête, certes involontaire car Chytil s’était baissé au moment du contact.

Les Tchèques s’installent et bombardent le but français. Une partie des tirs est bloquée, Quemener contrôle de la mitaine un slap de Hronek, puis de la botte trois autres lancers. La France revient au complet, mais reste acculée sur sa cage et encaisse un cinquième but. Horák reçoit le rebond d’un tir de Chytil sur la barre et, au deuxième poteau, marque dans la cage ouverte, malgré un coup de crosse dans le dos (0-5). Avec 27 arrêts sur 32 tirs, Quemener laisse sa place à Sébastian Ylönen, pour sa première apparition aux championnats du monde, vingt ans après son père.

Il est rapidement mis en action. Un changement de ligne hasardeux de Lampérier ouvre un boulevard sur l’aile et le gardien tricolore doit sauver à bout portant la reprise de Krejčí dans le slot.

Un des arbitres de ligne casse alors une lame. L’interruption dure un peu le temps que le staff tchèque s’occupe de lui, et on finit par reprendre le jeu à trois officiels quelques instants – ce qui aurait pu se faire d’entrée…

Ylönen repousse un essai de Gudas sur sa droite, alors que le compteur de tirs affiche 20-1 dans ce tiers à six minutes de la pause, 37-7 au total. Les Tchèques semblent un peu lever le pied, mais récoltent une supériorité sur un faire trébucher de Treille. Ylönen sort un double arrêt sur Hyka puis Faksa au rebond. La pénalité est tuée et le tiers se termine sur un cinglant 41-9 aux tirs, et 5-0 au score…

L’apathie française

Le gardien néophyte continue son bon travail dès la reprise avec un arrêt rapide sur un tir du cercle droit. Puis, suite à une erreur de relance, il sort la mitaine sur un lancer de Červenka, seul devant lui. Les tirs se multiplient et Ylönen tient toujours.

La menace augmente d’un cran avec une faute de Claireaux. Thiry et Gallet débutent ensemble le penalty-kill, et toute l’équipe résiste. De retour à cinq contre cinq, Manavian et Řepík s’accrochent l’un l’autre et sont tous les deux sanctionnés.

Alors que les deux formations reviennent au complet, Nečas profite du trafic devant le gardien pour lancer plein axe et porter le score à 6-0. Un énième revirement dans la neutre profite ensuite à Červenka qui se présente seul devant Ylönen : le gardien gagne son duel. Il sauve également un slalom de Hyka à bout portant, continuant son entrée convaincante. Les Bleus, démobilisés depuis bien longtemps, ne comptent toujours aucun tir dans ce tiers à 4’36 de la fin, lorsque les Tchèques décochent leur 55e et dernière tentative du match, sortie par Ylönen…

La fin de match est anecdotique : naufrage français, sans doute la pire défaite des Bleus depuis leur remontée en élite – pas tant pour l’ampleur du score que pour la manière. Il faudra montrer un tout autre visage mardi contre la Suisse, pour la dernière de Dave Henderson et Pierre Pousse à la tête des Bleus.

Désignés joueurs du match : Kévin Hecquefeuille (France) et David Pastrňák (République Tchèque)

Commentaires d’après-match :

Sébastien Ylönen (gardien de l’équipe de France) : « J’ai eu la chance d’avoir des arrêts rapides, ce qui m’a mis dedans. Ce n’est jamais facile de rentrer en jeu, mais je voulais juste prendre du plaisir à jouer du hockey et retarder le plus possible le but. Je joue au hockey pour m’amuser et, même si dans un match comme cela c’est difficile, c’est plus facile pour un gardien. Il y a de la frustration, mais aussi du plaisir de faire des arrêts contre des joueurs de cette qualité. Du coup, c’est un sentiment mitigé… On a un problème pour rentrer dans le match depuis le début du tournoi, peut-être qu’on était un peu moins concerné… Mais les Tchèques nous ont rentré dedans tous le match, ils ont été sérieux et pour nous ça devient compliqué quand on ne joue pas à 100%. »

Damien Fleury (attaquant de l’équipe de France) : « On les a trop respectés. On n’a pas patiné, pas respecté notre plan de jeu. C’est à l’image de ce Mondial, on n’est pas là en début de match. Contre la Biélorussie on est revenu, mais là… Je ne sais pas trop expliquer pourquoi, peut-être un manque de maturité ? Mais on joue les Tchèques là, combien de joueurs voudraient être à notre place ? C’est ce que j’ai dit aux gars à la pause, on représente notre pays, les autres joueurs et nos supporters. Ce qu’on leur a montré ce soir, ce n’est pas bien. Il reste un match, ce sera le dernier de Dave et Pierre. Ils nous ont appris beaucoup, nos valeurs… On doit finir sur une bonne note, pour eux. »

Dave Henderson (entraîneur de l’équipe de France) : « On est pas du tout rentré dedans. Complètement absent. Mais un tournoi c’est sept matchs à jouer. On a à peine fait illusion dix minutes en étant gentil. Nous étions lents, en retard, pas bons. Les Tchèques sont bons, mais on ne s’est même pas rebiffés. Il n’y a pas eu de sursaut d’orgueil, hormis deux-trois minutes, mais pas assez pour renverser un match. Cela a été difficile tout le match, contre une équipe de cette qualité il faut être présent tout le temps, à chaque présence. Là, on ne travaille pas pour récupérer le palet, on est en retard sur les sorties de zones et les attaquants ne sont pas en place… Ce n’est pas suffisant pour faire plus de dix tirs. On n’était pas bons. Il ne faut pas oublier ce match, j’aurais du mal à l’oublier celui-ci. Il faut apprendre de ce qui n’allait pas, la gnaque qui n’était pas là. Comprendre pourquoi et comment. Les Tchèques étaient rapides, ils gagnaient tous les duels. Nous, on jouait du bout de la crosse comme si on disait bonjour. Je ne suis pas content, et c’est la responsabilité de tous, y compris du staff, des coachs. Il faut rectifier cela contre la Suisse, montrer autre chose. Ce n’était pas l’équipe de France que l’on aime ce soir, on ne s’est pas battus, nous étions comme des naufragés. »

(photos de Jonathan Vallat)

 

France – République Tchèque 0-6 (0-3, 0-2, 0-1)
Dimanche 13 mai 2018, 16h15. Royal Arena de Copenhague. 6252 spectateurs.
Arbitrage de Jozef Kubus (SVK) et Linus Öhlund (SUE) assistés de Jon Kilian (NOR) et Nathan Vanoosten (CAN)
Pénalités : France 22′ (4′, 4’+10′, 4′), République Tchèque 4′ (0′, 0′, 4′)
Tirs : France 10 (6, 3, 1), République Tchèque 55 (17, 24, 14)

Récapitulatif du score
0-1 à 03’41 : Pastrňák assisté de Krejčí
0-2 à 07’58 : Pastrňák assisté de Jaškin
0-3 à 14’11 : Jaškin assisté de Krejčík
0-4 à 21’37 : Horák assisté de Kubalik et Sulak (sup. num.)
0-5 à 27’41 : Horák assisté de Chytil et Sklenicka
0-6 à 50’32 : Nečas assisté de Krejčík et Polášek

France

Attaquants :
Anthony Rech – Anthony Guttig (-2) – Damien Fleury (C, -2)
Sacha Treille (2′, -1) – Alexandre Texier (-1) – Teddy Da Costa (-1)
Floran Douay (-1) – Maurin Bouvet (-1) – Valentin Claireaux (4′, -1)
Guillaume Leclerc (-2) – Nicolas Ritz (-1) – Jordann Perret (-2)
Loïc Lampérier

Défenseurs :
Yohann Auvitu (-2) – Antonin Manavian (A, 2′, -3)
Hugo Gallet (-1) – Kevin Hecquefeuille (A, -1)
Damien Raux (-1) – Jonathan Janil (4’+10′, -1)
Thomas Thiry (-2)

Gardien :
Ronan Quemener puis Sebastian Ylönen à 27’41 »

Réservistes : Florian Hardy (G), Florian Chakiachvili (D, dos), Stéphane Da Costa (A, doigt).

République Tchèque

Attaquants :
Dmitrij Jaškin (+3) – David Krejčí (+2) – David Pastrňák (+3)
Roman Červenka (C) – Radek Faksa (+1) – Michal Řepík (+1)
Dominik Kubalík – Martin Nečas (+1) – Tomáš Hyka (+1)
Roman Horák (+1) – Tomáš Plekanec (A, +1) – Filip Chytil (+1)
Robert Kousal

Défenseurs :
Libor Šulák – Radko Gudas (A, +1)
Filip Hronek – Michal Moravčík (+1)
Adam Polášek (+2) – David Sklenička (+3)
Jakub Krejčík (+3)

Gardien :
David Rittich

Remplaçant : Pavel Francouz (G). Réservistes : Domink Hrachovina (G), Michal Jordán (D), Andrej Nestrašil (A).

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