La Norvège reste sur trois qualifications consécutives aux Jeux olympiques, une série commencée par une victoire décisive sur le Danemark il y a douze ans dans l’ancien Jordal Amfi. Patrick Thoresen, auteur d’un triplé à l’époque, n’avait pas l’intention de manquer ce nouveau rendez-vous, même s’il est blessé depuis une semaine. Mats Zuccarello, qui n’avait pas fini le match contre la Slovénie par précaution, est évidemment là lui aussi.
La jauge est limitée à 2500 spectateurs, vaccinés mais sans masques. On a tellement anticipé ce derby que l’on attendait une grosse ambiance. Mais malgré des « Norge » parfois scandés et rythmés par quelques applaudissements, c’est plutôt un silence inquiet qui prédomine la majorité du temps, hormis quand l’équipe locale s’approche du but adverse.
Cela n’arrive pas souvent au cours d’une première période peu spectaculaire. Face au système défensif cadenassé de de l’entraîneur danois Heinz Ehlers, les Norvégiens se montrent eux-mêmes prudents. Ils gèrent une pénalité pour surnombre sans trop de dommage. À la treizième minute, Ken André Olimb fait la différence en un contre un face à Mathias Lassen qui le retient, mais l’avantage numérique qui suit est sans effet. Les deux équipes se neutralisent totalement.
Dans ce type de rencontre, la moindre erreur peut coûter cher. En début de deuxième période, une passe d’Eirik Salsten à la ligne bleue est contrée par Julian Jakobsen et revient avec un peu de réussite sur Morten Poulsen qui part seul au but, mais Henrik Haukeland fait l’arrêt de la botte gauche. Très bon avant-hier face à la Slovénie, Mats Zuccarello peine à s’exprimer dans ce match fermé. On le sent frustré de son séjour en prison pour avoir fait trébucher Frans Nielsen, mais il réagit par la suite avec tout le cinq majeur norvégien par une longue possession en zone offensive. Pendant une infériorité numérique danoise (pour une obstruction de Jakobsen), le travail de grattage d’Oliver Lauridsen dans le coin fait perdre le palet à Zuccarello et provoque une échappée en infériorité de Frans Nielsen, qui se met sur son revers mais tire à côté.
Ce même dribble, Frederik Storm va le réussir jusqu’au bout, en glissant le palet du revers à ras glace, après avoir reçu une longue passe de Markus Lauridsen en devançant Lesund pendant un changement de ligne des Norvégiens (0-1). Un but à deux minutes de la seconde pause qui assomme le Jordal Amfi, à l’exception des rares supporters danois euphoriques.
La moindre décision vaut très cher dans un tel scénario. Quand Nicholas B. Jensen laisse traîner sa jambe derrière lui et fait trébucher Ken André Olimb au passage de la ligne bleue offensive à la reprise, le public norvégien hue les arbitres qui n’ont pas bronché. La troisième ligne enchaîne quand même dès l’engagement en attaquant la cage, mais Michael Haga n’arrive pas tromper Sebastian Dahm en se jetant sur le rebond. Le coup de sifflet espéré arrive finalement sur une crosse haute de Nikolaj Ehlers. Les Danois travaillent toujours aussi bien en infériorité numérique avec un dégagement de Morten Poulsen et une interception à la bleue de Frans Nielsen, même si Patrick Thoresen finit quand même par faire tinter le coin de la transversale sur un lancer en angle fermé.
Rien ne sera accordé facilement à la Norvège. Il lui faut entrer dans des batailles de chiffonniers le long des bandes et lutter contre les chiens de garde qui défendent l’accès de l’enclave. C’est plus un match pour les besogneux que pour les artistes du palet. Malmené, mis au sol par Frans Nielsen (image ci-contre), Mats Zuccarello a un geste revanchard de la crosse qui accroche le Danois. Une pénalité idiote de pure frustration, derrière la cage adverse, à sept minutes de la fin. C’est au moment où l’avantage numérique du Danemark se termine qu’il fait un cadeau rare : en conservant le palet devant son banc pendant que ses coéquipiers tournent, Philip Larsen le perd de manière inattendue au profit de Michael Haga, qui part en une-deux avec Mats Rosseli Olsen. Le retour de passe de ce dernier, gêné par Nicholas B. Jensen, sera raté de presque un mètre…
Comme un symbole, c’est le vétéran danois Frans Nielsen, l’attaquant défensif par excellence, qui est à l’origine de l’action décisive : il remporte une mise au jeu en zone défensive puis lance Nikolaj Ehlers en échappée (0-2). La Norvège sort son gardien, mais même la chance ne lui sourit pas : un lancer de Mats Rosselli Olsen heurte la barre transversale.
Tous les quatre ans, le Danemark claironne qu’il a la meilleure équipe de son histoire et pense que la qualification olympique ne peut décemment plus lui échapper. S’il l’a enfin obtenue, ce n’est pas par son talent, car cette Norvège n’en était pas moins pourvue. C’est parce que sa défense a gagné en rudesse, qu’il travaille beaucoup plus fort sans jamais rien lâcher, et que le système bétonné de Heinz Ehlers lui va comme un gant. Non seulement les Danois iront pour la première fois aux Jeux olympiques, mais ils n’iront pas pour faire de la figuration. Cette équipe difficile à jouer sera un adversaire désagréable à Pékin.
Désignés joueurs du match : Patrick Thoresen pour la Norvège et Sebastian Dahm pour le Danemark.
Commentaires d’après-match :
Patrick Thoresen (attaquant de la Norvège) : « Il y a 25 individus ici qui sont très déçus. Nous avons déjà été aux Jeux olympiques et nous avons combien c’est délicieux […] Je n’en ai rien à foutre [de risquer de manquer le début de championnat pour avoir joué blessé]. »
Mats Zuccarello (attaquant de la Norvège) : « Je pense que nous sommes la meilleure équipe. Nous dominons mais nous rencontrons une équipe qui est forte derrière. Nous avons manqué d’un peu d’intelligence de jeu partout. Nous perdons dans un bon jour. »
Peter Regin (capitaine du Danemark) : « C’est un énorme soulagement. Beaucoup de jeunes ont du mal à comprendre combien de fois nous avons participé à ces tournois, et quelle déception ce fut, surtout la dernière fois. C’est resté un an dans mon estomac ensuite. Pour certains d’entre nous, c’était la dernière chance de devenir un athlète olympique, donc c’est spécial. »
Norvège – Danemark 0-2 (0-0, 0-1, 0-1)
Dimanche 29 août 2021 à 16h00 au Jordal Amfi d’Oslo. 2500 spectateurs.
Arbitres : Christoffer Holm (SUE) et Sergei Yudakov (RUS) assistés de Ludvig Lundgren (SUE) et David Obwegeser (SUI).
Pénalités : Norvège 8′ (2′, 2′, 4′), Danemark 8′ (2′, 2′, 4′).
Tirs : Norvège 26 (6, 10, 10), Danemark 19 (7, 5, 7).
Évolution du score :
0-1 à 37’49 : Storm assisté de M. Lauridsen et Blichfeld
0-2 à 56’48 : Ehlers assisté de Nielsen
Norvège (2′ pour surnombre)
Attaquants :
41-8-36 Patrick Thoresen – Mathias Trettenes (A) – Mats Zuccarello (A, 4′)
51-46-50 Mats Rosseli Olsen (-1) – Mathis Olimb (C, -2) – Ken Andre Olimb (-2)
27-85-13 Andreas Martinsen (-1) – Michael Haga – Sondre Olden
22-18-19 Martin Røymark – Tobias Lindström (2′) – Eirik Salsten
11 Samuel Solem
Défenseurs :
9-4 Emil Lilleberg – Johannes Johannesen
5-17 Erlend Lesund (-2) – Stefan Espeland (-2)
49-43 Christian Kåsastul – Max Krogdahl
Gardien :
33 Henrik Haukeland [sorti à 57’28]
Remplaçants : 31 Jonas Arntzen (G), 21 Daniel Bøen Rokseth (D). En réserve : 38 Henrik Holm (G), 29 Kristian Østby (D), 93 Thomas Valkvæ Olsen (A).
Danemark
Attaquants :
24-51-27 Nikolaj Ehlers (+1, 2′) – Frans Nielsen (A, +1) – Oliver Bjorkstrand (+1)
89-93-17 Mikkel Bødker – Peter Regin (C) – Nicklas Jensen
9-11-86 Frederik Storm (+1) – Alexander True (+1) – Joachim Blichfeld (+1)
38-33-63 Morten Poulsen – Julian Jakobsen (2′) – Patrick Russell (2′)
Défenseurs :
41-36 Jesper Jensen Aabo (A) – Philip Larsen
22-15 Markus Lauridsen (+1) – Matias Lassen (+1, 2′)
48-25 Nicholas B. Jensen (+1) – Oliver Lauridsen (+1)
Gardien :
32 Sebastian Dahm
Remplaçants : 30 Mads Søgaard (G), 28 Emil Kristensen (D), 29 Morten Madsen (A). En réserve : 1 Frederik Dichow (G), 2 Phillip Bruggisser (D), 40 Jesper Jensen (A).