Les Canadiennes retrouvent l’or mondial

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La Finlande demeure la nation hors Amérique du Nord la plus proche des deux superpuissances, elle a d’ailleurs obtenu une 13e médaille de bronze en vingt éditions des championnats du monde aux dépens de la Suisse. Mais les Naisleijonat, finalistes en 2019, ont été aisément écartées de la lutte pour l’or car en cours de transition, le Canada et les États-Unis peuvent se retrouver en finale, comme 18 autres championnats du monde et cinq tournois olympiques. Mais si la rivalité demeure l’une des plus intenses et passionnantes du hockey, la domination des Américaines ces dix dernières années est devenue écrasante, avec cinq médailles d’or consécutives aux championnats du monde et un titre olympique en 2018, vingt ans après le premier obtenu à Nagano.

marie philip poulin
Marie-Philip Poulin (Photo Hockey Canada)

Lassées de voir les Américaines dominer désormais sans partage la discipline, les Canadiennes, sacrées pour la dernière fois aux Mondiaux en 2012, sont entrées en mission pour court-circuiter cette hégémonie. Le choc nord-américain en tour préliminaire a d’ailleurs annoncé la couleur : les Canadiennes, pourtant privées de leur capitaine Marie-Philip Poulin (ménagée), ont surclassé leurs rivales 5-1 et ainsi mis fin à 29 victoires consécutives des Américaines aux championnats du monde. Un échec retentissant pour la troupe de Joel Johnson qui a réalisé 4 jeux blancs en 6 matchs durant ce tournoi. Les prémices d’un retour en or du Canada après une si longue attente, avec cette fois-ci capitaine Poulin ?

Les Canadiennes, qui évoluent en plus à domicile à Calgary, ont donc un léger avantage psychologique. Ann-Renée Desbiens et Nicole Hensley, qui ont respectivement blanchi en demi-finale la Suisse et la Finlande, se retrouvent logiquement devant le but pour une finale évidemment prometteuse. Quatre des cinq dernières finales internationales qui ont vu s’opposer le Canada et les États-Unis ont obtenu un dénouement au-delà des 60 minutes.

Si le Canada est plutôt bien en place, les Américaines commencent à exercer le pressing constant, qui va s’avérer payant. Alex Carpenter, dans le slot, ouvre le score en deux temps, ni Desbiens ni la défenseure Claire Thompson ne parvenant à maîtriser le palet (0-1, 09’55). Les quintuples championnes du monde en titre n’en ont pas fini, Carpenter non plus, d’autant plus que Larocque rejoint la prison. L’attaquante native du Massachusetts, déjà buteuse en demi-finale contre la Finlande, s’offre un doublé en profitant d’un tir lointain de Stecklein bloqué dans l’enclave, elle se précipite alors pour profiter de ce nouveau rebond (0-2, 12’35). Les États-Unis marquent donc deux fois en l’espace de trois minutes en première période, pas de quoi perturber un Canada qui se crée deux occasions franches avant la pause. D’abord, lors d’un 3 contre 1 initié par Poulin, Nicole Hensley doit s’employer pour repousser la tentative de Victoria Bach. Puis Rebecca Johnston touche le poteau, Hensley réussissant à geler le rebond.

Le Canada n’a pas été perturbé en première période, et il se déchaîner dans la seconde. Un tir de Sarah Fillier n’est pas capté par Hensley, Brianne Jenner est au rebond et en profite (1-2, 24’13). Et 149 secondes plus tard, un puissant lancer de Jocelyne Larocque est dévié par Jamie Lee Rattray (2-2, 26’42). Voilà encore le tableau d’affichage bouleversé en peu de temps, le Canada est revenu dans la partie. Et c’est une pluie de lancers que doit essuyer Nicole Hensley, 16 pour ce seul deuxième tiers-temps (!), les joueuses de Troy Ryan ne lâchent pas prise. Hensley doit d’ailleurs réaliser deux arrêts réflexes, devant Mélodie Daoust puis Brianne Jenner.

Le Canada est désormais l’équipe la plus en évidence. Au début du troisième tiers, Marie-Philip Poulin le démontre une fois de plus avec une double occasion que doit nettoyer difficilement Hensley. Mais trois pénalités dans le dernier quart d’heure mettent en difficulté les Canadiennes, les Américaines peuvent reprendre la possession. Mais Coyne Schofield, Scamurra et Murphy ne parviennent pas à trouver la cible. Et dans la dernière minute, Jamie Lee Rattray, souvent en évidence malgré un statut limité de treizième attaquante, passe près de donner la victoire au Canada : son lancer est détourné par la plaque de Hensley mais touche le poteau opposé. 2-2 après 60 minutes, la période supplémentaire à 3 contre 3 est nécessaire.

L’incroyable se produit alors à la 8e minute de la prolongation : Brianne Jenner part de sa zone défensive et sert en zone neutre Marie-Philip Poulin qui se démarque couloir gauche, la capitaine du Canada frappe, le palet rebondit sur la barre transversale puis sur le poteau avant de taper la glace, dans le dos de Hensley, avant d’en ressortir. Il est évident que le palet a touché l’intérieur du but américain, Poulin est d’ailleurs la première à en être persuadée en levant les bras au ciel tout en interpelant les arbitres. Mais le jeu se poursuit et il faut une quarantaine de secondes pour que la vérification soit faite. Le buzzer retentit alors pour stopper le jeu et annoncer la fin du match : les joueuses canadiennes exultent en se jetant sur la gardienne Ann-Renée Desbiens, le Canada est bien champion du monde 2021 !

Une fois de plus, quel dénouement entre les les États-Unis et le Canada ! Les Américaines ont bien tenté de s’appliquer comme elles l’ont fait depuis le début du tournoi, mais la furia canadienne était bien difficile à juguler dès la seconde période. Ce premier objectif est atteint pour « Équipe Canada », il est à mettre au crédit d’une équipe talentueuse mais aussi déterminée dans sa quête de renouer avec le succès. Que Poulin marque le but gagnant en prolongation, comme en finale des Jeux olympiques de Sotchi en 2014 qui est le dernier titre en date des Canadiennes, est un symbole de leur renaissance. Mais il ne s’agit que d’une étape, car pour la directrice des équipes nationales Gina Kingsbury – ex-mentor de l’équipe de France – le staff, les joueuses, le tournoi olympique de Pékin dans six mois constituera le prochain défi, voire l’éventuel Mondial 2022 si l’IIHF confirme à la rentrée l’organisation de championnats du monde lors des années olympiques. Histoire de bâtir une nouvelle dynastie comme ont pu le faire les rivales américaines.

Élues joueuses du match : Marie-Philip Poulin pour le Canada, Nicole Hensley pour les États-Unis.

Commentaires d’après-match

Troy Ryan (entraîneur du Canada) : « Nous nous sommes focalisés sur nous-mêmes, en faisant des ajustements pour chaque adversaire. Mais avec si peu de compétitions internationales [en raison de la pandémie, NDLR] nous avons pensé que l’accent devait être mis sur ce qui a fait notre succès. Nous nous en sommes un peu inspirés lors du premier match contre les États-Unis, et nous en avons vraiment tiré parti pour ce match pour la médaille d’or. »

Sarah Fillier (attaquante du Canada) : « C’est vraiment étrange, la manière dont cela s’est passé. Nous étions assises sur le banc, en pensant que nous devions gérer les 11 minutes qui restaient. Puis le buzzer a retenti, on sautait de partout. C’est devenu fou, mais c’était tellement incroyable. »

Canada – États-Unis 3-2 après prolongation (0-2, 2-0, 0-0, 1-0)
Mardi 31 août 2021 à 17h30 à la Winsport Arena de Calgary. Huis-clos.
Arbitrage de Anniina Nurmi (FIN) et Anna Wiegand (SUI) assistées d’Anna Hammar (SUE) et Julia Kainberger (AUT).
Pénalités : Canada 10′ (2′, 2′, 6′, 0′), États-Unis 8′ (0′, 6′, 2′, 0′).
Tirs : Canada 32 (6, 16, 4, 6), États-Unis 25 (8, 8, 8, 1).

Évolution du score :
0-1 à 09’55 : Carpenter assistée d’Eden et Kessel
0-2 à 12’35 : Carpenter asistée de Stecklein et Pannek (sup. num.)
1-2 à 24’13 : Jenner assistée de Poulin et Fillier (sup. num.)
2-2 à 26’42 : Rattray assistée de Larocque et Jenner
3-2 à 67’22 : Poulin assistée de Jenner et Larocque

Canada

Attaquantes :
Victoria Bach — Marie-Philip Poulin (C, +2) — Brianne Jenner (+2)
Mélodie Daoust — Sarah Fillier (4′) — Natalie Spooner
Rebecca Johnston — Blayre Turnbull (A, -1) — Emily Clark (-1)
Jill Saulnier — Sarah Nurse — Emma Maltais(-1)
Jamie Lee Rattray (+1)

Défenseures :
Jocelyne Larocque (+2, 4′) — Renata Fast (+1)
Claire Thompson (-1) — Erin Ambrose
Ella Shelton (2′) — Ashton Bell (-1)
Jaime Bourbonnais

Gardienne :
Ann-Renée Desbiens

Remplaçante : Emerance Maschmeyer (G). En réserve : Kristen Campbell (G), Laura Stacey (A), Kristin O’Neill (A).

États-Unis (2′ pour retard de jeu)

Attaquantes :
Kendall Coyne Schofield (C, -1) — Brianna Decker (-1, 2′) — Hilary Knight (A, -2)
Dani Cameranesi (-1, 2′) — Kelly Pannek — Abbey Murphy
Hayley Scamurra — Jesse Compher — Grace Zumwinkle
Amanda Kessel (+1) — Alex Carpenter (+1) — Lacey Eden (+1)
Abbey Roque

Défenseures :
Megan Keller (-1) — Cayla Barnes (-1)
Lee Stecklein (A, +1) — Caroline Harvey
Savannah Harmon — Megan Bozek (2′)
Jincy Dunne

Gardienne :
Nicole Hensley

Remplaçante : Alex Cavallini. En réserve : Aerin Frankel (G), Natalie Buchbinder (D), Britta Curl.

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