Mondial féminin : les deux superpuissances en finale

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L’affiche de la finale du Mondial féminin 2021 de Calgary est désormais connue, il n’y avait d’ailleurs pas grand suspense. Revenons sur les deux demi-finales.

Depuis la création des championnats du monde féminins en 1990, la Finlande n’a jamais été éjectée du dernier carré. Mais samedi lors du quart de finale, les Naisleijonat se sont qualifiées d’un rien face à une équipe tchèque que l’on savait redoutable. Un blanchissage d’Anni Keisala et un but de Sanni Vanhanen – benjamine de la sélection à 16 ans – ont permis de faire la différence avec le plus petit score, 1-0. Passé, non sans difficulté, l’obstacle slave, les Finlandaises peuvent désormais s’attaquer au plus dur : les Américaines, quintuples championnes du monde en titre et championnes olympiques à PyeongChang. Des Américaines qui ont d’ailleurs atomisé le Japon 10-2 en quart.

petra nieminen (timo savela)
Petra Nieminen (Photo Timo Savela)

Évidemment, l’opposition face aux États-Unis a désormais une saveur particulière, car impossible de ne pas repenser à la désillusion d’Espoo, celle des Finlandaises à qui l’on a refusé un but, de Petra Nieminen, bien valable en finale du Mondial, finale ensuite perdue en fusillade. Mais c’est cette fois-ci au stade des demi-finales que les deux nations se retrouvent. Pour la troupe entraînée par Pasi Mustonen, il s’agira de mettre en difficulté Hilary Knight – néo-recordwoman de buts en championnats du monde – et ses coéquipières, bien plus que lors de la phase préliminaire. La semaine dernière, les USA, vainqueurs 3-0, avaient réalisé un match défensif remarquable, les Lionnes finlandaises ayant dû se limiter à seulement 10 tirs en 60 minutes.

Alors que les Finlandaises espèrent créer davantage de danger, elles retrouveront sur leur chemin Nicole Hensley, qui les a blanchies au tour préliminaire et qui semble s’être emparée du poste de titulaire. Alex Cavallini a connu un match difficile face au Canada (1-5, sa première défaite en carrière aux championnats du monde) avant de s’engourdir face aux Japonaises (2 buts encaissés sur 12 tirs). Côté finlandais, une des révélations du tournoi, Anni Keisala, qui confirme sa remarquable saison à Ilves, est devenue titulaire alors que ce poste semblait revenir à l’expérimentée Meeri Räisänen. Keisala pourra-t-elle résister à l’armada américaine et permettre à son équipe d’obtenir vengeance ?

Le match débute mal pour les Finlandaises, par un retard de jeu. Malgré le rebond menaçant de Coyne, la pénalité est tuée. Pour autant, le jeu énergique des Américaines perturbent lourdement la Finlande, qui reste bloquée dans sa zone pendant les cinq premières minutes. Zumwinkle et Carpenter en profitent pour tester Keisala qui repousse de la jambière et du gant. Les Lionnes pensent alors avoir une chance de respirer lorsque Petra Nieminen provoque une double faute américaine sur une séquence qui la voit tout de même tirer du revers sur Hensley. Mais à 5 contre 3, les joueuses de Pasi Mustonen sont incapables de s’installer et sont même perturbées par la vitesse de Decker et Coyne. Très incisives dans les duels, celles-ci gagnent ainsi beaucoup de temps et ce double désavantage numérique est géré de manière remarquable. Malgré cette chance en or, la Finlande bafouille son hockey, notamment sur les transitions. À la 15e minute, Elisa Holopainen, bien servie par un débordement de Nieminen, est toutefois à quelques centimètres d’ouvrir le score. Le danger se rapproche et, alors que la Finlande hérite d’une nouvelle supériorité en fin de tiers, Noora Tulus se créée une double occasion côté gauche : d’abord repoussé par Hensley, puis elle manque le cadre. Si les Américaines ont été dominantes, elles ne sont pas à l’abri du danger finlandais, 0-0.

La Finlande a beaucoup subi en première période, et ce score nul et vierge tient du miracle en dépit des bonnes occasions en fin de tiers. Et dans le deuxième tiers-temps, ça ne change pas, Keisala détourne de justesse du patin une tentative de Cameranesi. La muraille nordique ne peut pas tenir éternellement, et c’est en toute logique que les Américaines ouvrent le score par Alex Carpenter, qui dévie un tir de la ligne bleue de Lee Stecklein (1-0, 23’23). Les Finlandaises sont étouffées dans leur zone, et c’est cette fois-ci devant Decker que Keisala doit parader. Aucune surprise alors de voir les joueuses de Joel Johnson doubler la mise : Hiirikoski contrôle mal un palet dans sa zone, finalement intercepté par Abbey Murphy qui passe dans le dos de la capitaine finlandaise et va battre entre les jambes Keisala (2-0, 35’17). L’exemplaire Hiirikoski semble se sentir coupable sur cette action, elle participe alors à un forcing de son équipe en fin de seconde période, mais son son tir est bloqué par Hensley. Les Américaines dominent outrageusement les débats avec 25 tirs à 7 dont un dernier lancer de Keller repoussé de la mitaine par Kesala avant le buzzer.

Dans les vingt dernières minutes, la Finlande, qui parvient tout de même à hausser le rythme, tente un temps soit peu de chatouiller les Américaines. Keisala – qui aura stoppé 31 lancers sur 33 dans cette partie – réalise alors plusieurs allers-retours dans les dix dernières minutes, de son but à son banc, pour offrir une joueuse de champ supplémentaire, notamment pour créer un double avantage numérique après une faute de Keller. Susanna Tapani touchera le poteau et Elisa Holopainen ne pourra profiter d’un rare rebond de Hensley. En vain, Kendall Coyne Schofield marque en cage vide pour sceller le score à 3-0, comme au tour préliminaire. Nicole Hensley obtient donc son deuxième blanchissage face au même adversaire, les Américaines, qui ont gagné huit des neuf derniers titres mondiaux, sont en finale.

Contrairement à la campagne d’Espoo en 2019 qui constituait un summum pour la sélection finlandaise, les Naisleijonat, moins compétitives car plus jeunes, n’ont pas été en mesure de mettre en difficulté les Américaines, gênées par un forecheck haut et constant. Ces Lionnes, qui entament véritablement un nouveau cycle, étaient bien trop tendres cette année, mais il leur restera le match pour la troisième place afin d’obtenir une 13e médaille de bronze.

Élues meilleures joueuses du match : Alex Carpenter pour les États-Unis, Jenni Hiirikoski pour la Finlande.

Commentaires d’après-match

Pasi Mustonen (entraîneur de la Finlande) : « Notre plan était naturellement de préserver le 0-0 après la première période, ce que nous avons réussi. Nous savions que nous étions en bonne condition physique. Nous n’avions aucun problème de ce côté-là. Nous n’avions donc pas du tout peur de baisser le rythme, et la dernière période l’a démontré. Notre problème, c’est la deuxième période. Nous avons beaucoup de jeunes joueuses, et nous avons eu des problèmes [liés au manque d’expérience, NDLR]. C’est en deuxième période que les États-Unis ont véritablement remporté le match. Elles étaient meilleures. »

États-Unis – Finlande 3-0 (0-0, 2-0, 1-0).
Lundi 30 août 2021 à 13h00 à la Winsport Arena de Calgary. Huis-clos.
Arbitrage de Cianna Lieffers et Elizabeth Mantha (CAN) assistées d’Anna Hammar (SUE) et Justine Todd (CAN).
Pénalités : États-Unis 8′ (6′, 0′, 2′), Finlande 4′ (2′, 2′, 0′).
Tirs : États-Unis 33 (15, 10, 8), Finlande 14 (4, 3, 7).

Évolution du score :
1-0 à 23’23 : Carpenter assistée de Stecklein et Kessel
2-0 à 35’17 : Murphy assistée de Keller et Barnes
3-0 à 57’07 : Coyne Schofield assistée de Pannek

États-Unis

Attaquantes :
Kendall Coyne Schofield (C, +1) — Brianna Decker — Hilary Knight (A, +1)
Dani Cameranesi (+1) — Kelly Pannek (+2) — Abbey Murphy (+1)
Hayley Scamurra (2′) — Jesse Compher (2′) — Grace Zumwinkle
Amanda Kessel (+1) — Alex Carpenter (+1) — Lacey Eden (+1)
Abbey Roque

Défenseures :
Megan Keller (+2, 2′) — Cayla Barnes (+2)
Lee Stecklein (A, +1) — Caroline Harvey (+1)
Savannah Harmon (2′) — Megan Bozek
Jincy Dunne

Gardienne :
Nicole Hensley

Remplaçante : Alex Cavallini (G). En réserve : Aerin Frankel (G), Natalie Buchbinder (D), Britta Curl.

Finlande

Attaquantes :
Michelle Karvinen (A, -3) — Susanna Tapani (-1) — Petra Nieminen (A, -1)
Vivi Vainikka (-1) — Noora Tulus — Elisa Holopainen (-1)
Jennina Nylund — Tanja Niskanen (-1, 2′) — Julia Liikala (-1)
Sofianna Sundelin — Sanni Vanhanen — Sanni Hakala
Emilia Vesa

Défenseures :
Jenni Hiirikoski (C, -1) — Ronja Savolainen (-2)
Nelli Laitinen (-1) — Minnamari Tuominen (2′)
Rosa Lindstedt (-2) — Ella Viitasuo (-1)
Sini Karjalainen

Gardienne :
Anni Keisala [sortie de 52’36 à 53’08, de 53’22 à 54’02, de 54’34 à 55’15, de 55’21 à 55’58, et de 56’07 à 57’07]

Remplaçante : Meeri Räisänen (G). En réserve : Jenna Silvonen (G), Aino Karppinen (D), Matilda Nilsson (A).

Résister à la tornade canadienne

Dans sa course à la médaille d’or, une attente de neuf ans aux championnats du monde, le Canada retrouve une équipe de Suisse résiliente. Les Helvètes avaient connu un gros coup dur après à peine deux matchs en perdant Alina Müller – leur meilleure joueuse avec Lara Stalder – blessée à la cheville. Mais la Frauen Nati s’est accrochée, à l’image de ce quart de finale identifié comme le point d’orgue par la manager Daniela Diaz et le staff. Pourtant menée 0-2 face aux Russes dès la 9e minute, la maison à la croix blanche a tenu. La gardienne Saskia Maurer, qui a remplacé Andrea Brändli après le deuxième but russe, a gardé son équipe à flot, bloquant les 28 lancers auxquels elle a fait face. En troisième période, la Suisse a réussi à égaliser à 2-2, avant de l’emporter 3-2 en prolongation grâce à la jeune attaquante Laura Zimmermann. Une victoire émotionnellement intense pour une équipe revenue de loin, y compris en tribune où se trouvait une Alina Müller qui ne tenait plus en place. La dernière fois que la Suisse a accédé à la demi-finale des championnats du monde féminins, c’était en 2008.

La Suisse étant issue du groupe A, les Canadiennes l’avaient déjà rencontrée et n’avaient pas fait de sentiments en s’imposant 5-0. Mélodie Daoust et Natalie Spooner avaient d’ailleurs inscrit 5 points – dont 3 des 5 buts – à elles deux. La Québécoise et l’Ontarienne étaient les meilleures marqueuses de ce tournoi avant les demi-finales et ont désormais une alchimie naturelle. Les Allemandes l’ont également constaté en quart de finale, le duo obtenant 6 points lors de cette victoire 7-0.

De loin grandes favorites de cette demi-finale, les Canadiennes font très vite la différence en marquant deux fois à 1’38 d’intervalle. D’abord par Renata Fast, servie dans le slot par Brianne Jenner, puis par Mélodie Daoust qui dévie le lancer de Fast. En menant 2-0 après à peine sept minutes de jeu, on pourrait croire que le Canada va totalement torpiller le navire suisse, mais la gardienne Andrea Brändli, de nouveau titularisée, va éviter le naufrage.

marie philip poulin et mélodie daoustAlors que le Canada est en supériorité, Brändli ne peut empêcher Daoust, décidément très en jambes dans ce tournoi, de s’offrir un doublé. Un deuxième but très chanceux pour la joueuse PWHPA de Montréal qui dévie cette fois-ci la tentative de Marie-Philip Poulin, le palet monte alors dans les airs pour redescendre en feuille morte dans le dos de Brändli (3-0, 25’32). Ce troisième but est un bien mauvais but pour la gardienne suisse d’Ohio State University qui ne flanche pas et continue de réaliser des miracles. Notamment devant Sarah Nurse, à genoux dans l’enclave, et Rebecca Johnston, qui fait le tour de la cage, durant cette seconde période. Dans le troisième tiers, Andrea Brändli poursuit ses exploits, bloquant un débordement de Bach puis un autre de Nurse. La mitrailleuse canadienne tourne à plein régime, et Rebecca Johnston, postée dans le rond gauche, trouvera à son tour la cible d’un tir croisé côté gant (4-0, 56’58).

Aucune frayeur pour le Canada, match à sens unique, blanchissage sans grande difficulté d’Ann-Renée Desbiens, mais une prestation remarquable de Brändli qui a stoppé 61 des 65 lancers adverses. Une performance qui rappelle ses 55 arrêts sur 58 tirs en ouverture de la compétition face aux États-Unis. Délogé de la finale des championnats du monde en 2019 par la Finlande, le Canada, invaincu dans ce tournoi, la retrouve avec la ferme intention de remporter un titre mondial, neuf ans après. Une si longue attente qu’il faudra combler face à l’autre superpuissance du hockey féminin, les grandes rivales américaines.

Élues joueuses du match : Renata Fast pour le Canada, Lara Stalder pour la Suisse.

Canada – Suisse 4-0 (2-0, 1-0, 1-0)
Lundi 30 août 2021 à 17h00 à la Winsport Arena de Calgary. Huis-clos.
Arbitrage de Chelsea Rapin et Mackenzie Welter (USA) assistées de Jenni Heikkinen (FIN) et Jackie Spresser (USA).
Pénalités : Canada 4′ (2′, 2′, 0′), Suisse 10′ (2′, 2′, 6′).
Tirs : Canada 65 (20, 23, 22), Suisse 10 (2, 6, 2).

Évolution du score :
1-0 à 05’14 : Fast assistée de Jenner et Poulin
2-0 à 06’52 : Daoust assistée de Fast et Larocque
3-0 à 25’32 : Daoust assistée de Poulin et Ambrose (sup. num.)
4-0 à 56’58 : Johnston assistée de Bach et Thompson (sup. num.)

Canada

Attaquantes :
Victoria Bach (+1) — Marie-Philip Poulin (C, +1) — Brianne Jenner (+1)
Mélodie Daoust (+1) — Sarah Fillier — Natalie Spooner (+1)
Rebecca Johnston — Blayre Turnbull (A, +1) — Emily Clark
Jill Saulnier — Sarah Nurse — Jamie Lee Rattray
Kristin O’Neill

Défenseures :
Jocelyne Larocque (+2) — Renata Fast (+2, 2′)
Claire Thompson — Erin Ambrose
Ella Shelton (2′) — Ashton Bell
Jaime Bourbonnais

Gardienne :
Ann-Renée Desbiens

Remplaçante : Emerance Maschmeyer (G). En réserve : Kristen Campbell (G), Laura Stacey (A), Emma Maltais (A).

Suisse

Attaquantes :
Phoebe Stanz (-1) — Lara Stalder (C, -1) — Alina Marti
Dominique Rüegg (4′) — Evelina Raselli (A) — Noemi Ryhner
Rahel Enzler — Lisa Rüedi — Laura Zimmermann
Lena Marie Lutz (-1, 2′) — Kaleigh Quennec (A, -1) — Emma Ingold (-1)

Défenseures :
Lara Christen — Sinja Leemann (-1, 2′)
Janine Hauser — Nicole Vallario
Shannon Sigrist (-1) — Stefanie Wetli (-2)
Sarah Forster (-1, 2′) — Nadine Hofstetter

Gardienne :
Andrea Brändli

Remplaçante : Saskia Maurer (G). En réserve : Caroline Spies (G), Mara Frey (A). Blessée : Alina Müller (cheville).

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