La Suède a réussi un très bon premier tour. Elle n’a perdu aucun match dans le temps réglementaire et elle a la meilleure attaque du groupe réputé le plus fort. Elle s’attendait à ce que ces résultats lui assurent un quart de finale facile, mais elle se retrouve face au Canada, un adversaire qui fait forcément peur dans le hockey sur glace. Certes, ces Canadiens n’ont pas paru si forts que ça jusqu’ici… mais ils avaient été encore plus décevants l’an passé et avaient quand même fini champions du monde.
Méfiante avant le coup d’envoi, la Suède se détend un peu en marquant sur sa première action offensive installée. Jacob Peterson protège le palet face à Comtois dans le coin et Oscar Lang le donne en retrait pour la reprise en haut du cercle droit de Carl Klingberg : un tir magnifique en pleine lucarne de l’attaquant de Zoug, au-dessus de la mitaine de Chris Driedger (1-0).
Le Canada essaie à son tour de porter le danger en zone offensive mais un lancer de la bleue de Damon Severson est contré par Joakim Nordström. Le palet revient alors que William Nylander qui s’échappe en solitaire et conclut d’un tir précis dans la lucarne (2-0, image de droite).
On joue depuis à peine plus de sept minutes et les rouges sembles déjà assommés. On guette la réaction du Canada de Claude Julien, déjà battu par la Suède en quart de finale des JO il y a trois mois, et dont le banc semble éteint pendant la pause publicitaire. Il y a bien une grosse présence canadienne à mi-tiers, avec une mêlée devant la cage puis un revers de Travis Sanheim entre les cercles.
Noah Gregor, revenu dans l’alignement à la place de O’Dell fait trébucher Lang pour la première pénalité. La Tre Kronor manque une énorme occasion de tuer le match : Nylander échoue seul face au gardien, Rasmus Asplund prend le rebond et décale Lucas Wallmark avec la cage grande ouverte, mais le buteur décisif du quart de finale olympique tire à l’extérieur du filet (image ci-dessous). Cozens a commis un cross-check sur l’action et le Canada doit jouer 55 secondes à 3 contre 5. Severson y rend la vie insupportable au joueur qui fait écran pendant que Ryan Graves et l’attaquant (Cozens ou Roy en alternance) gênent la construction. Les Suédois ne réussissent aucun tir et cette double infériorité numérique parfaitement tuée peut donner confiance à une équipe !
La Tre Kronor défend bien en deuxième période. Elle se contente de garder le palet et ne signe qu’un tir cadré en quatorze minutes… mais il est au fond des filets. Après avoir lancé sur le poteau sur l’entrée de zone, Max Friberg – image ci-dessous – se positionne pour une séquence installée et dévie le palet transmis à ras glace de la ligne bleue par Erik Gustafsson (3-0).
Malgré la domination statistique aux tirs, le Canada ne donne pas le sentiment de pouvoir revenir. Linus Ullmark se montre très sûr avec son gant et le prouve encore en captant un lancer à mi-distance de Nicolas Roy. La chance à ne pas rater peut venir de la première pénalité suédoise, concédée en zone offensive par Joakim Nordström sur une séquence de possession scandinave. Mais les tirs ouverts, sans écran, ne présentent aucun danger pour Ullmark, très concentré dans un style actif avec de petits mouvements incessants de replacement avec tout son corps.
Même quand Comtois prend une pénalité en zone offensive pour charge contre la bande, la Tre Kronor joue encore la montre et ne manifeste pas la moindre intention d’installer son jeu de puissance. C’est risqué avec l’alignement habituel à quatre attaquants : William Nylander, qui n’a pas la vigilance d’un défenseur, se fait voler le palet par Dylan Cozens. Celui-ci décoche le tir canadien le plus dangereux, mais Ullmark repousse de l’épaule gauche.
Dire qu’il reste vingt minutes à jouer… On se dit que le temps va être long car la Suède attendait déjà la sirène en deuxième période. Seul un but rapide du Canada peut ranimer ce match… et c’est exactement ce qui se produit ! Adam Lowry passe devant le gardien au moment où Ryan Graves déclenche un tir de la bleue (3-1).
La Suède gère toujours la situation. Alors que Bemström est resté sur la glace après une charge – non sanctionnée – de Graves dans son genou, Jacob Peterson se présente seul devant le but, mais le cinglage de Roy l’empêche de tir. La pénalité « utile » fait perdre deux minutes, tout comme la pénalité « inutile » de Batherson qui lève la crosse au visage de Dahlin. Malgré de multiples mises au jeu en zone offensive – un secteur où il domine nettement (43 à 24) – le Canada n’arrive pas à mettre du rythme à un match décousu.
On entre dans les quatre dernières minutes, et soudain, le défenseur-vedette suédois Rasmus Dahlin dégage un palet anodin au-dessus du plexi. La pénalité touche à sa fin quand une entrée de zone de Cozens permet à Claude Julien de sortir son gardien pour jouer à 6 contre 4. Pierre-Luc Dubois inscrit son septième but du tournoi, en one-timer, sur passe de Thomas Chabot (3-2).
Julien appelle son temps mort, ressort son gardien, et le miracle arrive. Mat Barzal tente un improbable revers lointain dans le trafic. La rondelle traverse tout, passe sous la botte gauche d’Ullmark et franchit la ligne avant qu’il ne puisse le rattraper (3-3). Incroyable fin de match. Dylan a même un Cozens palet de victoire sur passe en retrait de Batherson à 16 secondes de la fin, Ullmark s’interpose.
On passe à la prolongation à 3 contre 3. William Nylander, encore maladroit quand il se retrouve en position de défenseur, fait un croche-pied à Batherson (image de droite). Sur l’avantage numérique à 4 contre 3, Barzal feinte le lancer jusqu’au dernier moment pour mieux décaler Batherson à gauche avec l’angle ouvert (3-4, image de gauche).
Matthew Barzal, au bilan très médiocre en poule (0 but, 2 assists et -1 avec le plus gros temps de jeu des attaquants canadiens), a attendu le jour de ses 25 ans pour s’offrir le plus bel anniversaire qui soit. Il est le héros d’une remontée fantastique comme seul le Canada peut en réussir. La Suède s’imaginait déjà avoir la victoire dans la poche, en jouant dans la gestion.
Désignés joueurs du match : Linus Ullmark pour la Suède et Matthew Barzal pour le Canada.
Trois meilleurs Suédois du tournoi selon leur entraîneur : Rasmus Dahlin, Rasmus Asplund et Joakim Nordström.
Commentaires d’après-match :
Carl Klingberg (attaquant de la Suède) : « Nous avons beaucoup parlé de notre jeu en menant au score, et on le fait très bien. On prend une pénalité et puis… ils marquent à 6 contre 4 et à 6 contre 5. Cela restera longtemps. »
Thomas Chabot (défenseur du Canada, ci-contre) : Ce sont les moments pour lesquels on joue au hockey. Entre le deuxième et le troisième tiers-temps, on a parlé dans le vestiaire et on savait qu’on pouvait le faire. On a mis tant de palets vers le filet, on savait qu’à un moment l’un d’eux allait rentrer. [Barzal] est un joueur fantastique, il a fait un si long chemin. Je sais quel joueur il est, quel créateur de jeu il est. Je suis heureux pour lui. […] C’était incroyable, ce sont des souvenirs que tu as pour longtemps. La façon dont on a joué ce soir, c’est la façon dont on veut jouer à tous les matches. Si on fait ça, on se donne une chance de gagner le tournoi. »
Johan Garpenlöv (entraîneur de la Suède) : « Très déçu, bien sûr. Nous avons le match en mains en troisième période. Je compatis pour les gars. Ils font un si grand match. Je pense que nous nous en sortons très bien, jusqu’à ce palet dehors. Juste avant ça j’avais le sentiment qu’ils commençaient à abandonner. Nous contrôlions très bien le jeu jusqu’à ce palet dehors. »
Oliver Ekman-Larsson (capitaine de la Suède) : « Je ne sais pas. Je pense que nous avons bien joué pendant deux périodes. Ensuite on aurait dit que nous reculions un peu trop au lieu de continuer à jouer. Les marges sont faibles en hockey. Je souffre vraiment avec les gars. Perdre de cette façon est dur. »
Suède – Canada 3-4 après prolongation (2-0, 1-0, 0-3, 0-1)
Jeudi 26 mai 2022 à 16h20 à la Nokia Arena de Tampere. 8576 spectateurs.
Arbitres : Lassi Heikkinen (FIN) et Jake Recucki (USA) assistés de Hannu Surmonen (FIN) et Josef Špůr (TCH).
Pénalités : Suède 6′ (0′, 2′, 2′, 2′) ; Canada 10′ (4′, 2′, 4′, 0′).
Tirs : Suède 19 (11, 1, 7, 0) ; Canada 42 (9, 19, 13, 1).
Évolution du score :
1-0 à 01’27 : Klingberg assisté de Lang et J. Peterson
2-0 à 07’04 : Nylander assisté de Nordström
3-0 à 28’23 : Friberg assisté de Gustafsson et Ekman-Larsson
3-1 à 41’21 : Graves assisté de Roy et Comtois
3-2 à 58’07 : Dubois assisté de Chabot et Cozens (sup. num.)
3-3 à 58’37 : Barzal assisté de Batherson et Comtois
3-4 à 60’43 : Batherson assisté de Barzal et Dubois (sup. num.)
Suède
Attaquants :
Joakim Nordström (C, +1, 2′) – Lucas Wallmark (A, +1) – William Nylander (+1, 2′)
Rasmus Asplund (-1) – Joel Kellman (-1) – Emil Bemström (-1)
Carl Grundström – Jacob Peterson (+1) – Carl Klingberg (+1)
Oskar Lang (+1) – Anton Bengtsson – Max Friberg
Nils Åman
Défenseurs :
Rasmus Dahlin (+1, 2′) – Adam Larsson (A)
Oliver Ekman-Larsson (-1) – Erik Gustafsson
Marcus Pettersson (+1) – Anton Lindholm (+1)
Henrik Tömmernes
Gardien :
Linus Ullmark
Remplaçant : Magnus Hellberg (G). En réserve : Marcus Högberg (G), Jonathan Pudas (D), Mathias Bromé (A).
Canada
Attaquants :
Dylan Cozens (2′) – Pierre-Luc Dubois – Drake Batherson (2′)
Cole Sillinger (-1) – Matthew Barzal – Josh Anderson (-2)
Maxime Comtois (+1, 2′) – Adam Lowry (A) – Nicolas Roy (+1, 2′)
Kent Johnson – Dawson Mercer – Noah Gregor (2′)
Défenseurs :
Thomas Chabot (C) – Ryan Graves (+1)
Travis Sanheim (-1) – Damon Severson (A, -1)
Nick Holden (-1) – Zach Whitecloud (-1)
Dysin Mayo
Gardien :
Chris Driedger
Remplaçants : Matt Tomkins (G), Morgan Geekie (A). Réservistes : Logan Thompson (G), Eric O’Dell (A).