La Suisse a réussi un début de championnat du monde parfait en n’encaissant aucun but en trois rencontres. Mais elle n’a encore affronté que les trois équipes les plus faibles de sa poule. Si elle perd tout ensuite, elle n’ira même pas en quart de finale. Les choses sérieuses débutent donc ce soir face à la Slovaquie. Cela tombe bien, la Nati est désormais aussi en configuration définitive. Nico Hischier et Jonas Siegenthaler, arrivés avaient salué leurs coéquipiers et parlé à la presse mardi soir, mais cette fois les deux joueurs des Devils du New Jersey sont prêts à jouer.
Hischier centre le premier trio entre Fiala et Malgin. La Slovaquie introduit ses attaquants réservistes Kudrna et Lunter, notamment pour laisser le temps à Peter Cehlárik – qui s’est entraîné légèrement ce matin – de soigner son genou avant les rencontres suivantes. Kudrna le remplace en deuxième ligne, et Kelemen sur le powerplay. L’alternance continue dans les cages suisses. C’est donc au tour de Robert Mayer, qui fait face à une adversité plus élevée car la Slovaquie est la plus menaçante en début de match.
Mais quand la Nati accélère à la cinquième minute, c’est spectaculaire. Le gardien Samuel Hlavaj se livre à un spectaculaire plongeon pour devancer Gaëtan Haas, puis arrête de la plaque un tir de Simion servi par Miranda à 2 contre 1, puis s’interpose devant Miranda sur passe de derrière la cage de Simion. Toutes ces interventions en l’espace de trente secondes sur la même présence… qui se termine en dégagement interdit slovaque. Malheureusement pour Hlavaj, il se sera démené pour rien. La Suisse achève l’affaire sur l’engagement gagné par Nico Hischier, grâce à un slap masqué de Jonas Siegenthaler, dans l’axe à la ligne bleue (1-0).
La Slovaquie se remet de cette minute terrible, surtout grâce à son premier trio toujours dangereux. Marek Hrivík est à la retombée d’une longue passe en cloche et vient défier – et percuter – Robert Mayer (image plus haut). Puis une passe trop molle de Janis Moser derrière sa cage donne le palet à Marek Hrivík qui l’envoie du revers vers Miloš Kelemen seul face au but, mais le tir du revers de l’attaquant des Coyotes de l’Arizona est sans danger pour Mayer.
Mario Lunter retient Corvi de manière si évidente que l’arbitre n’a d’autre choix que de siffler faute. Les stars suisses manquent un peu de dynamisme sur ce premier jeu de puissance et la meilleure occasion vient de la seconde unité, un slap de Romain Loeffel – image ci-dessus – dévié du bout du gant par Hlavaj. La Slovaquie passe les deux dernières minutes du tiers-temps en infériorité numérique parce que Šimon Nemec a retenu Kevin Fiala. Un puissant slap de Gaëtan Haas frappe le bas du masque et le gardien a besoin d’une bonne minute pour se remettre du choc. Mais il reprend le jeu et arrête un gros one-timer de Denis Malgin.
La Slovaquie tente de s’imposer en deuxième période et s’installe en zone offensive. Malheureusement pour elle, le défenseur Patrik Koch rate le palet à et trébuche à la ligne bleue. C’est un 2 contre 1 pour la Suisse : Anders Ambühl a le regard fixé en permanence sur le gardien, mais passe en aveugle pour décaler à la perfection Nino Niederreiter (2-0). Les blancs n’ont pas le temps de douter. Dès la présence suivante, Miloš Kelemen dribble Romain Loeffel avec l’aide de la balustrade et sert en retrait Andrej Kudrna pour la réduction du score (2-1, image ci-dessous). C’est le premier but encaissé dans le tournoi par la Nati, il aura donc fallu attendre 205 minutes ! Elle donc son record de 1939 (elle avait tenu quatre matches mais ceux-ci ne duraient que 45 minutes à l’époque).
C’est que l’opposition est sérieuse ce soir. Le dispositif slovaque reste solide en zone neutre, avec des phases de possession dans le camp suisse. Marco Miranda accroche Lunter sur l’une d’elles, mais le powerplay blanc tarde à déclencher des tirs. Au retour au complet, une longue relance de Robert Mayer est idéalement relayée par Nico Hischier pour envoyer Denis Malgin dans le dos de Gajdoš. L’attaquant de l’Avalanche du Colorado tente son mouvement favori dans cette situation, une feinte à gauche puis un revers entre les jambes du gardien, mais Hlavaj a parfaitement placé sa crosse sur le chemin.
La Suisse reprend une autre pénalité, un cinglage de Dean Kukan. Mais une passe ratée de Šimon Nemec le long de la ligne bleue est interceptée par Dario Simion qui file seul au but. Richard Pánik accroche sa crosse pour l’empêcher de tirer : pénalty ! C’est Kevin Fiala qui est chargé de le tirer, mais sa tentative est parée du bouclier par Hlavaj. Le jeu reprend toujours à 5 contre 4 pour la Slovaquie. Bertschy ne réussit pas à sortir le palet hors de la zone et le lancer d’Oliver Okuliar difficilement repoussé par Mayer retombe sur l’intérieur du patin de Pavol Regenda qui finit de pousser le palet dans la cage vide avec la crosse pour éviter toute question (2-2, image ci-dessous). Tanner Richard vient interférer avec la célébration de Regenda… et obtient une pénalité pour conduite anti-sportive contre Kňažko qui vient le tancer. Cela pourra servir pour la dernière période.
Kevin Fiala touche le coin extérieur de la cage en cherchant la lucarne lors de l’avantage numérique du début du troisième tiers. Le jeu est animé avec des actions chaudes de part et d’autre et un fort engagement de tous les acteurs. Le match peut basculer d’un côté comme de l’autre à cet instant. C’est d’un engagement en zone offensive remporté par Tanner Richard face à Hrivík que vient la décision. Le lancer de la ligne bleue de Christian Marti est alors dévié par le poignet du défenseur Michal Ivan – et non par une crosse haute comme le réclament inutilement les Slovaques (3-2).
Après le but, la Suisse – qui aligne toujours ses quatre lignes offensives mais ne tournent plus qu’à trois paires défensives – s’empare de la possession et la lâche rarement. C’est encore le meilleur moyen de conserver son avance. Quand les Slovaques tentent d’utiliser leur vitesse dans des contre-attaques, Christian Marti s’interpose à deux reprises pour bloquer leurs passes – le défenseur des ZSC Lions n’a pas l’intention qu’on lui enlève le privilège d’avoir inscrit le but gagnant. Ce dernier quart d’heure est sûrement le plus impressionnant de la part de la Nati car elle gagne tous les duels avec un rythme continu. Sans rien faire de spectaculaire, elle domine le jeu et ne concède rien, à l’image des grandes équipes du Canada. De manière anecdotique, Haas inscrit un dernier but en cage vide (4-2).
La Suisse n’a concédé que 13 petits tirs à la Slovaquie en soixante minutes. Même si les joueurs d’Europe centrale ne sont pas du genre à tirer dans toutes les positions, cela en dit long. Surtout les 3 tirs en dernière période, dont aucun dans les treize dernières minutes… La Nati l’a démontré, elle est aujourd’hui un cran au-dessus de la Slovaquie, un adversaire qui ne l’a plus battue depuis onze ans en compétition officielle. Cela signifie que la qualification en quart de finale doit être une affaire bien réglée et que son objectif doit être bien plus élevé. Le prochain match de samedi, contre un Canada également invaincu, sera un défi plus à sa hauteur pour juger cette équipe impressionnante sur ses quatre lignes. Une affiche alléchante.
Désignés joueurs du match : Jonas Siegenthaler (ci-contre) pour la Suisse et Miloš Kelemen pour la Slovaquie.
Commentaires d’après-match :
Šimon Nemec (défenseur de la Slovaquie) : « C’était un match difficile. Cette équipe n’est pas bâtie pour jouer les trois quarts d’un match en zone défensive. Je pense que le score de 2-4 n’est dû qu’à notre gardien. Nous savons créer en zone offensive et je crois que les prochains matches seront plus faciles à jouer pour nous. »
Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Nous avons été testés pour la première fois du côté des émotions. Nous sommes bien parties, nous dominions en tirs et en occasions. À 2-0 cela aurait dû devenir plus tranquille, le contraire s’est produit puisque nous avons encaissé tout de suite la réduction du score. C’était une situation malheureuse, l’arbitre était dans le chemin, le bloc sait bien que la présence après un but est très importante. Ensuite les Slovaques ont égalisé, ils étaient durs à jouer et prêts à patiner. Des pénalités sont arrivés, nous nous sommes laissé provoquer. Mais après ce tiers médian, nous nous sommes dit de rester calmes. Je crois qu’ils étaient fatigués dans la seconde moitié du match, nous les avons comprimés pendant de longues phases. Après le but gagnant, cela allait dans une seule direction, je ne sais pas s’ils ont eu la moindre occasion. »
Suisse – Slovaquie 4-2 (1-0, 1-2, 2-0)
Jeudi 18 mai 2023 à 20h20 à la Riga Arena (LET). 4840 spectateurs.
Arbitres : Christoffer Holm (SUE) et Sean MacFarlane (USA) assistés de David Nothegger (AUT) et Jiří Ondráček (TCH).
Pénalités : Suisse 4′ (0′, 4′, 0′) ; Slovaquie 6′ (4′, 2′, 0′).
Tirs : Suisse 36 (10, 13, 13) ; Slovaquie 13 (6, 4, 3).
Évolution du score :
1-0 à 05’07 : Siegenthaler assisté de Malgin et Hischier
2-0 à 24’47 : Niederreiter assisté d’Ambühl
2-1 à 25’08 : Kudrna assisté de Kelemen et Pánik
2-2 à 39’29 : Regenda assisté d’Okuliar et Kňažko (sup. num.)
3-2 à 46’51 : Marti assisté de Richard
4-2 à 59’25 : Haas assisté de Miranda et Simion (cage vide)
Suisse
Attaquants :
Kevin Fiala (+1) – Nico Hischier (+1) – Denis Malgin (+1)
Nino Niederreiter (C, +1) – Enzo Corvi (+1) – Andres Ambühl (A, +1)
Marco Miranda (2’) – Gaëtan Haas – Dario Simion (-1)
Fabrice Herzog (+1) – Tanner Richard (+1) – Christoph Bertschy (+2)
Défenseurs :
Jonas Siegenthaler (+1) – Dean Kukan (+1, 2′)
Janis Moser (+2) – Andrea Glauser (+2)
Christian Marti (A) – Romain Loeffel
Tobias Geisser – Michael Fora
Gardien :
Robert Mayer
Remplacant : Joren van Pottelberghe (G). Non alignés : Leonardo Genoni (G), Damien Riat (A), Sven Senteler (A). Substitué sur blessure : Calvin Thürkauf (épaule).
Slovaquie
Attaquants :
Miloš Kelemen – Marek Hrivík (C, -3) – Richard Pánik (-3)
Andrej Kudrna (+1) – Matúš Sukeľ (A) – Libor Hudáček (-3)
Pavol Regenda (-1) – Alex Tamáši (-1) – Martin Chromiak (-1)
Mario Lunter (2′) – Viliam Čacho – Oliver Okuliar
Défenseurs :
Patrik Koch (-1) – Šimon Nemec (-1, 2′)
Samuel Kňažko (-3, 2′) – Mário Grman
Michal Ivan – Mislav Rosandič (A, -1)
František Gajdoš (+1) – Adam Jánošík
Gardien :
Samuel Hlavaj [sorti de 58’09 à 58’30 et de 59’25 à 60’00]
Remplaçant : Stanislav Škorvánek (G). Réservistes : Dominik Riečický (G), Róbert Lantoši, Peter Cehlárik (A, genou).