Petit score... mais grand match !

Alors que les Scorpions redécouvrent la division 1, leur patinoire de l'Illberg retrouve ce soir l'élite par procuration en accueillant le désormais traditionnel "match des champions". Un trophée Jacques-Lacarrière opposant Grenoble à Briançon. Grand chelem des Brûleurs de Loups oblige, c'est le vice-champion de France qui s'y colle dans l'espoir d'enfin quitter son éternel habit de "Poulidor" !

Restriction budgétaire oblige, Luciano Basile a dû revoir ses ambitions à la baisse. Malgré la lassitude et les remous politiques, l'Italo-Canadien est toujours là. Si les Ladanyi, Vas, Dufour et autres Satosaari ont changé d'air, les Diables rouges ont encore de beaux restes... Sur le papier, ce Briançon-là semble moins impressionnant que ses devanciers, et notamment sur le plan de la profondeur de banc. Reste que la "bande à Basile" a survolé les confrontations franco-françaises en pré-saison et vient de passer au révélateur slovène. Ce fameux tournoi de Bled auquel les Diables rouges sont conviés tous les ans et qui leur promet toujours une forte opposition. Vainqueurs de Klagenfurt (5-4 a.p.), Langenthal (4-2) et tout près de battre l'Acroni Jesenice, les Briançonnais ont montré de belles dispositions, à confirmer dès ce soir.

Au-delà du trophée mis en jeu, ce match revêt une importance capitale pour Luciano Basile. C'est d'autant plus vrai que l'entente n'est pas forcément cordiale entre les deux protagonistes. Basile n'a toujours pas digéré l'orientation très "briançonnaise" de la cellule-recrutement grenobloise (après Sivic et Rouleau l'an passé, Milovanovic et Dufour viennent de rejoindre le Dauphiné), la même qui lui fit "miroiter" Raphaël Papa avant de mettre son veto au départ du jeune espoir. Il faut dire qu'entre temps, le "Suédois" Kévin Hecquefeuille, en instance de "rapatriement", s'était retracté pour signer à Cologne où une place de choix l'attendait sur le deuxième bloc rhénan.

Grenoble, comme Briançon d'ailleurs, doit maintenant faire face à certaines réalités économiques. Les mêmes qui ont eu raison des contrats de Ludek Krayzel et Johan Forsander. À première vue, la marge de manœuvre s'est restreinte pour Mats Lusth et certains départs (notamment celui de Baptiste Amar en Elitserien) pourraient peser dans la balance en vue des nombreuses échéances qui attendent les Brûleurs de Loups. Notamment cette Superfinale de Coupe Continentale en janvier prochain, "offerte" par l'IIHF en guise de consolation après l'annulation du tour qualificatif de la défunte "Champions League".

Battus cette semaine par de coriaces dijonnais (3-4), les Isérois jouent ce soir leur premier test d'envergure après une pré-saison débutée en République tchèque. Entre les deux grands rivaux de la saison passée, ce match sera riche en enseignements et forcément révélateur des forces en puissance à quelques jours de la reprise. En présence de Luc Tardif, Dave Henderson et de quelques personnalités marquantes du hockey français, cet événement n'a pas spécialement mobilisé les Mulhousiens mais les supporters des deux camps ont fait le déplacement et assurent une belle ambiance.

Grenoble serre la vis...

D'entrée, les rapports de force penchent en faveur de Grenoblois beaucoup moins fébriles et donc plus prompts à exploiter les espaces. Seul problème, Sopko fait bonne garde et signe des arrêts déjà décisifs comme sur ce shoot de Wallin repris par l'inévitable Sivic dans l'enclave (04'59"). Le petit gardien slovaque remet ça sur un boulet de canon signé Wallin, né d'une grossière erreur de Korenko (05'49"). La menace se précise au fil des minutes mais Ramon Sopko tient son équipe à bout de bras... ou de bottes, c'est selon, comme sur ce décalage qui offrait un but tout cuit à Nilsson (07'30"). Maîtres du palet et de la zone neutre, les Brûleurs de Loups ont une mainmise totale sur les débats et cette pression accentue la désorganisation du jeu briançonnais.

Conséquence de ce fameux derby face à Gap (qui ne manquait pas de sel avec ses 200' de pénalité !), Brice Chauvel est suspendu. Marc-André Bernier, incertain avec ses douleurs aux adducteurs, est lui bien présent aux-côtés de François-Pierre Guénette. Deux inséparables ceux-là, qui taquinent ensemble la rondelle depuis leur plus jeune âge du côté de Laval. Guénette, buteur de poche qui flambait à Pontebba (Serie A) et Bernier, solide compteur d'ECHL, font maintenant la paire dans la Cité Vauban et disons-le tout de suite, ça va faire du grabuge... Guénette, plein de vivacité, peine pourtant à tirer son épingle du jeu tandis que Bernier, parfois brouillon, étonne surtout par sa technique très déroutante (toujours à deux doigts de perdre le contrôle du palet).

RohatLes plus en vue sont donc grenoblois en ce début de match, et Nicolas Arrossamena, assigné en première ligne aux côtés de Ludek Broz et du "transfuge" Jean-François Dufour (à qui René-Froger ne déroulera plus le tapis rouge !) s'en donne à cœur joie. L'engagement excessif du jeune Saint-Pierrais amène la première pénalité en faveur des Diables rouges. Une bonne occasion, se dit-on, sauf que le jeu de puissance confond vitesse et précipitation face à un box-play aux allures de citadelle imprenable. En face ce n'est pas le même son de cloche lorsqu'une compensation est sifflée à l'encontre de Rohat (13'29"). C'est même une leçon de powerplay que dispense Grenoble. Un plan qui se déroule sans accrocs, de l'installation à la finition avec une circulation parfaite du disque. Autant d'actions d'école qui aboutissent logiquement à l'ouverture du score. Ludek Broz ressortant sur un Martin Jansson qui dégaine à mi-distance et en lucarne (0-1 à 15'02").

Déjà contraints de subir, les Diables rouges doivent maintenant courir après le score. Plus facile à dire qu'à faire : Edo Terglav et compagnie ont toutes les peines du monde à franchir ce maudit premier rideau...

... et Ferhi ferme la porte !

Jusque-là, la supériorité collective iséroise n'a pas fait un pli face à un adversaire approximatif. Aussi les données restent-elles inchangées au retour des vestiaires. La défense, emmenée par Viktor Wallin, reste une rampe de lancement idéale pour des attaquants toujours disponibles. C'est le cas de Mitja Sivic, au four et au moulin. C'est aussi celui d'Arrossamena mais le Saint-Pierrais est trop juste face à un gardien de la trempe de Sopko (23e). Fleury, à l'affût d'un rebond de Sivic, répond à une belle ouverture de Gervais relayée par Pépy et conclue d'un tour de cage signé Terglav (27'49"). Une action qui signe le renouveau d'une "bande à Basile" plus appliquée et se trouvant soudainement mieux. Voilà Briançon qui retrouve du poil de la bête... et lorsque les Diables s'enflamment, c'est Ferhi qui en bave. Sauf que le gardien international des BDL n'est pas le premier venu. Avec son grand gabarit, il couvre un maximum d'espace devant son filet, ce qui lui donne l'avantage sur les tirs à bout portant.

Si le duo Guénette-Bernier tente de secouer le cocotier, Stéphane "boum-boum" Gervais, lui, démontre qu'il n'a rien perdu de sa force de frappe. Ce qui vaut d'ailleurs au Canadien une surveillance constante d'une défense pas née de la dernière pluie. Mais ce diable de Gervais a suffisamment de vista pour s'octroyer un peu de libertés sur jeu placé. Après s'être joué de Dufour à la pointe, l'ancien Spinalien feinte le slap pour mieux servir Terglav, en embuscade au premier poteau. La manœuvre leurre tout le monde et une cage vide s'offre au Slovène... qui ne peut redresser son tir (38'34"). Dommage, vraiment dommage.

Les Briançonnais se livrent sans arrières pensées à l'instar d'un "Speedy" Rohat fidèle à lui-même... mais gare aux courants d'air ! Heureusement Ramon Sopko veille au grain. Même le "magicien Broz", sur un caviar de Jean-François Dufour, n'y arrive pas (39'28"). Même une interminable interruption due à un soucis de surfaceuse ne va pas refroidir l'ancien Rouennais, tout simplement imbattable ce soir...

Une obstruction de Moisand (40'38"), couplée à une charge de Nilsson dans le dos de Terglav (41'23") double la sentence des Brûleurs de Loups à la reprise. La situation devient très intéressante pour Briançon mais le jeu de puissance n'est décidément pas au point. Malgré Gervais, malgré les écrans de Lindlöf (le "Salmivirta du pauvre") et malgré le trio Bernier-Guénette-Terglav, l'efficacité n'est pas au rendez-vous. Pire encore, le quintet est baladé par une boîte emmenée par un Manavian taille-patron et supplantée au besoin par un Ferhi des grands soirs. Le même qui s'impose, quelques minutes plus tard, devant Raux à bout portant (50e).

Caramba, encore raté !

Forts d'une telle assurance tous risques, les champions de France reprennent le contrôle des opérations en zone neutre et leur déploiement offensif retrouve une certaine fluidité. Roublard, Fleury obtient une pénalité (50'36") rapidement doublée par Korenko (51'52"). Ce dernier est d'ailleurs à la peine au sein d'une défense privée (pour quelques semaines encore) de son taulier François Groleau et renforcée depuis par Maks Selan. Le jeune slovène va peut-être suivre les traces de son prédécesseur Jakob Milovanovic et semble en tout cas plus prometteur que le Slovaque Michal Korenko, mal à l'aise sous la pression. Le Suédois Sebastian Sjösten, lui, pourrait être une bonne alternative à Stéphane Gervais dans certaines phases offensives. Tous les défenseurs ont en revanche un point commun. Celui d'avoir subi ce soir la loi d'un jeu de puissance bien huilé et déjà très affûté. Une chance pour Briançon que Ramon Sopko fasse tout un match !

Le temps tourne en défaveur des Haut-Alpins et les rapproche inexorablement d'une nouvelle frustration. Une mauvaise synchronisation entre Sopko et son banc engendre un surnombre malvenu (59'21"). Le temps d'un dernier baroud d'honneur, d'un dernier sursis, et c'est une première levée pour Grenoble. Briançon est maudit...

Les Diables rouges ont su hausser leur niveau de jeu après une entame difficile, sans pour autant recoller au score. La faute à Ferhi, certes, mais aussi et surtout à une attaque encore loin d'exploiter tout son potentiel (et notamment en supériorité numérique) pour déjouer une couverture soignée et assortie au besoin de replis efficaces. Pour Grenoble en revanche, les doutes sont levés. Les coéquipiers d'Alexandre Rouleau ont fait parler le métier en affichant une belle assise défensive et certaine maîtrise sur quelques séquences rondement menées. Voilà les Dauphinois titulaires d'une nouvelle ligne sur leur palmarès. Basile, lui, attendra encore un peu...

 

Briançon - Grenoble 0-1 (0-1, 0-0, 0-0)

Samedi 12 septembre 2009 à 20h00 à la patinoire de l'Illberg (Mulhouse). 712 spectateurs.

Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté d'Anne-Sophie Boniface et Éric Bouguin.

Pénalités : Briançon 8' (2' + 0' + 6') ; Grenoble 14' (2' + 4' + 8').

Évolution du score :

0-1 à 15'02" : Jansson assisté de Broz et Wallin (sup. num.)

 

Briançon

Gardien : Ramon Sopko (sorti de sa cage à 59'31").

Défenseurs : Gary Lévêque (A) - Stéphane Gervais (A) ; Viktor Szélig - Michal Korenko ; Sebastian Sjösten - Maks Selan.

Attaquants : Joni Lindlöf - Damien Raux - Edo Terglav (C) ; Mickaël Perez - François-Pierre Guénette - Marc-André Bernier ; Quentin Pépy - Timo Seikkula - Sébastien Rohat ; Peter Bourgaut.

Remplaçants : Aurélien Bertrand (G), Mathieu Reverdin. Absents : François Groleau (ménisque), Brice Chauvel (suspendu).

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Maxime Moisand - Alexandre Rouleau ; Jakob Milovanovic - Antonin Manavian ; Viktor Wallin - Nicolas Besch.

Attaquants : Anders Nilsson - Martin Jansson (A) - Julien Baylacq ; Mitja Sivic - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Jean-François Dufour - Ludek Broz (A) - Nicolas Arrossamena.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Jason Crossman, Raphaël Papa, Loup Benoît.