Le travail des Allemands contre le talent russe, dans une Lanxess Arena pleine de 18 700 spectateurs, dont de nombreux Russses… L’affiche a de quoi allécher et laisser espérer un grand un match de hockey.
L’Allemagne enregistre le retour de blessure de son capitaine Christian Ehrhoff. Quant à la Russie, on attend particulièrement Dadonov et Shipachyov après les remarques de leur coach sur leur rendement à cinq contre cinq.
Ils répondent très vite : après une minute de jeu, Evgeni Dadonov se poste derrière la cage et sert du revers dans son dos Vadim Shipachyov (photo) pour l’ouverture du score. Le centre russe était seul car le jeune Dominik Kahun, enthousiaste mais naïf, s’est laissé attirer par le porteur du palet.
Malgré ce but encaissé rapidement, l’Allemagne montre un beau visage et domine même le début de match aux tirs. Elle est solide en infériorité numérique, avec une boîte serrée, et très dynamique en supériorité numérique : Christian Ehrhoff y cherche la déviation de Kahun, puis Tobias Rieder – fauché dans un contact avec un défenseur – et Brooks Macek se jettent ensemble sur le rebond en cage ouverte, se gênant un peu. Rieder quitte alors la glace en boîtant…
Un geste stupide met fin prématurément à ce qui s’annonçait comme un match très intéressant. Hager arrive de côté sur Mozyakin en zone neutre et emporte son patin. Le buteur est blessé, le fautif est renvoyé aux vestiaires et se fait arroser de bière par les supporters russes (ça tombe bien, il va sous la douche…). La Russie doit finir le match à 11 attaquants, et l’Allemagne aussi a perdu gros. Hager est (était) le meilleur centre allemand et un joueur-clé dans les unités spéciales. Plotnikov, qui s’est jeté sur le coupable, a pris deux minutes : on joue donc d’abord à 4 contre 4 (et la Russie s’installe déjà) avant trois minutes d’avantage numérique.
Znarok a une parade pour l’absence de Mozyakin en jeu de puissance : c’est Panarin qui prend sa place à la ligne bleue. Quand au poste de Panarin à gauche, Nikita Gusev le récupère logiquement puisqu’il lui a succédé au SKA Saint-Pétersbourg : sa passe transversale trouve Vadim Shipachyov qui tire sous le bras de Thomas Greiss. Ayant fermé son bras une fraction de seconde trop tard sur ce but, le gardien allemand est masqué sur le suivant, un lancer de la bleue d’Ivan Provorov. À 3-0, le match est déjà plié. L’expulsion de Hager a donc été sanctionnée de deux buts.
En deuxième période, Tobias Rieder rentre définitivement aux vestiaires après une charge de Barabanov. On craint même d’autres blessés. Ivan Provorov est à la poursuite d’un palet dans le coin avec Markus Kink, il le charge et l’envoie percuter la bande… genou en avant. L’assistant-capitaine allemand (que la commission de discipline a blanchi pour la blessure du Suédois Lindholm) reste un temps au sol mais se relève.
Yasin Ehliz prend une pénalité pour dureté en frappant Kiselevich… qui avait auparavant rudoyé dans la bande son coéquipier de ligne à Nuremberg, Patrick Reimer. Encore un geste à vocation revancharde qui a de lourdes conséquences. Un premier lancer de la bleue de Panarin est bloqué par Matthias Plachta qui se sacrifie, mais l’attaquant de Chicago récupère le palet et sert Nikita Gusev (0-4, 31’10 »).
Une passe en retrait imprécise de Justin Krueger n’est pas contrôlée par Yannic Seidenberg à la ligne bleue. Nikita Kucherov s’échappe alors en solitaire et conclut du revers (0-5, 35’16 »).
En troisième période, Vassilievsky se met en grand écart sur un lancer de la bleue de Moritz Müller, et ne peut plus faire opposition à Brooks Macek qui prend le rebond (1-5, 45’53 »).
On n’a pas encore tout vu en terme d’indiscipline. La Russie joue en infériorité (cinglage sifflé contre Shipachyov alors que Belov a lui-même pris un coup de l’autre côté de la glace) et Plotnikov donne trois coups de crosse de suite hors du jeu à Reimer, pour être bien sûr de laisser son équipe à 3 contre 5 ! On se demande si on est encore dans du hockey international sérieux… C’est quand Shipachyov rentre sur la glace qu’un tir de la bleue de Christian Ehrhoff est rabattu dans l’enclave par Philip Gogulla (2-5).
Place ensuite au jeu. Nikita Kucherov convertit une belle passe en retrait de Panarin. Le dernier mot revient finalement au jeune Frederik Tiffels : il reçoit le palet après un duel gagné dans la bande par Kink contre Belov et fonce avec son patinage de qualité supérieure. Son tir passe entre les bottes d’un Vasilievsky qui a un moment de faiblesse (3-6).
Bilan du match : deux blessés. Tobias Rieder a une déchirure ligamentaire au pied droit, et si elle pourra guérir sans opération, son Mondial est terminé. Quant à Mozyakin, la commotion cérébrale n’est pas confirmée, mais toute la Russie spécule déjà sur son meilleur remplaçant. L’hypothèse Tarasenko écartée, faut-il activer Nishuchkin, le grand espoir Kaprizov, ou bien attendre un Ovechkin qui ne fait plus l’unanimité chez les experts russes ? La commission de discipline du tournoi devra de son côté se prononcer sur le cas Hager, et l’Allemagne est inquiète à l’idée de perdre deux attaquants importants d’un coup.
Désignés joueurs du match : Christian Ehrhoff pour l’Allemagne et Nikita Kucherov pour la Russie.
Commentaires d’après-match
Marco Sturm (entraîneur de l’Allemagne) : « Cela ne nous sûrement pas facilité la tâche d’avoir encaissé si tôt le 0-1. Nous avons eu quelques bonnes séquences par la suite. ‘Hagi’ sait bien que ce n’était pas une bonne décision. En voyant les images, c’est clair. Patrick est un joueur important pour nous. Il peut tout jouer, supériorité comme infériorité. Son absence nous fait mal. La bonne chose est que Christian Ehrhoff soit de nouveau là. Sa performance a été très bonne quand on pense qu’il n’a pas pu s’entraîner ces derniers jours. Nous devons encore faire beaucoup mieux. Chaque adversaire doit être pris au sérieux. »
Yasin Ehliz (attaquant de l’Allemagne) : « La pénalité de cinq minutes nous a tués. Dans les deux premiers tiers, nous n’avons pas bien joué. Nous avons joué contre trois nations fortes. Avoir trois points, on n’avait pas compté dessus. C’est peut-être bien d’avoir eu ces trois adversaires d’entrée, car il y avait encore beaucoup de choses à régler. »
Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : « Le match a été très rapide. Le jeu en supériorité numérique a joué un rôle important. Mozyakin a été durement pris par derrière. Il faut une suspension. Je ne pense pas qu’on se soit relâché en troisième période. Nous avons été affectés par des pénalités inutiles, même si à distance il y avait une faute sur Belov. De telles nuances influencent un match. Je n’ai pas encore pensé à qui complètera l’équipe. J’ai appelé l’agent de Tarasenko, il a besoin d’être opéré. Il a joué blessé en play-offs. »
Allemagne – Russie 3-6 (0-3, 0-2, 3-1)
Lundi 8 mai 2017 à 12h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 18734 spectateurs.
Arbitrage d’Olivier Gouin (CAN) et Anssi Salonen (FIN) assistés de Libor Suchanek (TCH) et Nathan Vanoosten (CAN).
Pénalités : Allemagne 29′ (2’+5’+20′, 2′, 0′), Russie 12′ (6′, 2′, 4′).
Tirs : Allemagne 29 (9, 11, 9), Russie 35 (13, 15, 7).
Évolution du score :
0-1 à 01’04 » : Shipachyov assisté de Dadonov et Panarin
0-2 à 17’10 » : Shipachyov assisté de Gusev et Panarin (sup. num.)
0-3 à 18’15 » : Plotnikov assisté de Provorov et Antipin (sup. num.)
0-4 à 31’10 » : Gusev assisté de Panarin et Belov (sup. num.)
0-5 à 35’16 » : Kucherov
1-5 à 45’53 » : Macek assisté de Müller et D. Seidenberg
2-5 à 48’34 » : Gogulla assisté d’Ehrhoff et Kahun (sup. num.)
2-6 à 51’40 » : Kucherov assisté de Panarin
3-6 à 59’10 » : Tiffels assisté de Kink et D. Seidenberg
Allemagne
Attaquants :
Tobias Rieder (-1) – Dominik Kahun (-1) – Brooks Macek (-1)
Yasin Ehliz (2′) – Frederik Tiffels (+1) – Patrick Reimer (+1, 2′)
Philip Gogulla – Patrick Hager (5’+20′) – Felix Schütz
Yannic Seidenberg (-1) – Gerrit Fauser (-1) – Marcus Kink (A)
Matthias Plachta
Défenseurs :
Moritz Müller (A) – Dennis Seidenberg (C, -1)
Konrad Abeltshauser – Christian Ehrhoff
Denis Reul – Frank Hördler (-1)
Justin Krueger
Gardien :
Thomas Greiss
Remplaçant : Danny aus den Birken (G).
Russie
Attaquants :
Ivan Telegin – Sergei Andronov – Aleksandr Barabanov
Artemi Panarin (+1, 2′) – Vadim Shipachyov (A, +1, 2′) – Evgeni Dadonov
Nikita Gusev – Vladislav Namestnikov (+1) – Nikita Kucherov (+1)
Sergei Mozyakin (C) – Vladimir Tkachyov (-1) – Sergei Plotnikov (4′)
Défenseurs :
Bogdan Kiselevich – Vladislav Gavrikov
Viktor Antipin (+1) – Anton Belov (A, +1)
Ivan Provorov (+1) – Andrei Mironov (-2, 2′)
Artyom Zub (+1, 2′)
Gardien :
Andrei Vassilevski
Remplaçant : Ilya Sorokin (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G).