36 ans, c’est un âge étranger pour faire ses débuts dans une équipe nationale. Le cas d’Oleksandr Materukhin est toutefois assez particulier puisqu’il s’agit d’un changement de casaque. Il portait autrefois les couleurs de l’Ukraine, pays malheureusement affaibli par la guerre civile dont le hockey sur glace n’est qu’une victime bien secondaire. Cela fait des années qu’il s’est professionnellement établi au Bélarus voisin, où il a fait l’essentiel de sa carrière. Aujourd’hui, il en porte donc les couleurs : le « petit dernier » est donc le doyen de l’équipe.
L’occasion est un match organisé à Riga, en Lettonie, face à l’équipe olympique canadienne qui se rassemble avant de partir pour les Jeux olympiques.
Le Bélarus, toujours en quête de gardiens, en a testé trois en trois rencontres (après la Russie et la Russie B pour des défaites 0-3) et aligne ce soir Igor Brikun. Celui-ci se met bien en évidence au premier tiers-temps face à Linden Vey ou Christian Thomas venus le tester de très près. Mais il n’a pas de change : un tir de Lapierre lui file entre les bottes après avoir ricoché sur le défenseur Henkel. Aussitôt, Geoff Platt (en photo) crée une belle chance d’égaliser avec une charge pleine de puissance sur son aile droite, mais Demkov n’arrive pas à reprendre sa passe au poteau gauche. Peu à peu, au cours de ce premier tiers, les Biélorusses se sont quand même bien adaptés au jeu canadien, sans s’attarder en zone neutre et étant plus directs à la cage.
Non seulement le Bélarus soutient le rythme, mais il semble se procurer plus de tirs en deuxième période (aucune statistique n’est disponible). Platt de derrière la cage délivre encore une belle passe vers Pafeevets, mais Kevin Poulin pare du bout de la mitaine. La plus jolie occasion est tout de même canadienne, lorsque Wojtek Wolski dévie dans les airs, à hauteur de coude, un service de Kozun, mais le gardien Brikun est à la parade.
En troisième période, la première ligne conclut une rapide contre-attaque. Le Canada a alors deux buts d’avance mais multiplie les pénalités. Le jeu de puissance biélorusse est redevenu peu efficace (Mezin qui s’en occupait avec succès en novembre à Cergy ne fait plus partie du staff pour ce camp-ci). Le vieux Materukhin avait déjà envoyé en prison en deuxième période le défenseur « local » (du Dinamo Riga) Karl Stollery, avec lequel il a clairement gagné son duel dans ce match. L’ex-Ukrainien remet ça en provoquant une faute bête de Wolski. Un coup de crosse de Golubef sur Platt laisse même le Canada 47 secondes à 3 contre 5. Il fait bloc et réduit son adversaire à des tirs lointains. Il faut attendre les deux dernières minutes pour que Pavlovich et Boyarchuk aient de bons rebonds dans le slot.
Le match « normal » est fini, mais à la requête du Canada, on enchaîne alors avec une prolongation très spéciale. Pendant douze minutes, des exercices se succèdent (5 contre 4, 4 contre 3, 5 contre 3, 6 contre 4…) avec une sirène qui retentit toutes les deux minutes pour changer de configuration. La démonstration est claire : le Bélarus ne produit qu’un lancer sur la transversale de Henkel et est blanchi pour le troisième match de suite ; le Canada marque au contraire trois buts dans cet entraînement grandeur nature. S’il est un enseignement à retenir de ce match, c’est que les Canadiens ont pu très bien préparer toutes les situations spéciales avant les Jeux olympiques.
Désignés joueurs du match : Kevin Poulin pour le Canada et Igor Brikun pour le Bélarus.
Commentaires d’après-match :
Aleksandr Materukhin (attaquant du Bélarus) : « Ma dernière sélection pour l’Ukraine remonte à près de cinq ans [NDLR : quatre en fait]. C’est dommage qu’il n’y ait plus de hockey en Ukraine [sic]. Lorsque j’étais à Kiev, je n’ai pas entendu un seul reproche, y compris des journalistes. Tout le monde comprend bien ma décision. Et ma patrie est toujours dans mon coeur. »
Canada – Bélarus 2-0 (1-0, 0-0, 1-0)
Mardi 6 février 2018 à 13h00 à l’Arena Riga (Lettonie).
Pénalités : Canada 22′ (2′, 2′, 8’+10′) ; Bélarus 10′ (2′, 4′, 4′).
Évolution du score :
1-0 à 11’58 : Lapierre assisté de O’Dell et Gragnani
2-0 à 46’58 : Ebbett assisté de Roy
Canada
Attaquants :
Andrew Ebbett (2′) – Derek Roy – Gilbert Brulé
Mason Raymond – Chris Kelly (C) – Christian Thomas
Wojtek Wolski (2′) – Linden Vey (2′) – Brandon Kozun (2’+10′)
Quinton Howden – Eric O’Dell – Maxime Lapierre
Rob Klinkhammer
Défenseurs :
Chris Lee – Mat Robinson
Charles Genoway – Maxim Noreau
Karl Stollery (2′) – Stefan Elliott
Marc-André Gragnani – Cody Goloubef (2′)
Gardien
Kevin Poulin
En réserve : Ben Scrivens (G), Justin Peters (G), René Bourque.
Bélarus
Attaquants :
Oleksandr Materukhin – Pavel Boyarchuk – Aleksandr Pavlovich (C)
Maksim Parfeevets – Viktor Turkin – Geoff Platt
Danila Karaban (2′) – Sergei Drozd – Artyom Demkov
Artur Gavrus – Pavel Razvadovski – Dmitri Ambrozheichik (+1)
Aleksandr Kovalev
Défenseurs :
Ilya Shinkevich – Roman Dyukov
Kristian Henkel – Evgeni Lisovets
Daniil Vokun (4′) – Nikita Ustinenko
Mikhaïl Khoromando
Gardien :
Igor Brikun
Remplaçant : Mikhaïl Karnaukhov (G).