JO 2018 : présentation du tournoi féminin

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Honneur aux femmes ! Alors que le tournoi olympique masculin de hockey débutera le 14 février, les féminines seront à pied d’œuvre dès ce samedi aux Jeux olympiques de PyeongChang. A cette occasion, faisons une présentation de ce tournoi féminin.

Il faut tout d’abord évoquer la formule, qui est également utilisée aux Championnats du monde. Les quatre meilleures nations mondiales (États-Unis, Canada, Finlande, Russie) forment un premier groupe, les deux premières seront qualifiées directement pour les demi-finales, les deux autres devront passer par les quarts de finale. Dans l’autre groupe de quatre (Suède, Suisse, Japon, Corée), les deux premières se qualifieront pour les quarts, les deux dernières devront se contenter d’un match de classement.

Enfin, rappelons que, comme chez les hommes, la Corée du Sud était qualifiée directement en tant que pays-hôte. Mais suite aux dispositions prises par le gouvernement, et en accord avec la Corée du Nord, il a été décidé d’aligner une équipe unifiée aux deux Corées, en dépit des nombreuses interrogations qui entourent cette décision, comme nous l’évoquions précédemment.

L’or dans le viseur des deux superpuissances

Alors qui sur le podium olympique ? Il est clair que les États-Unis et le Canada, qui entretiennent une profonde rivalité sur la planète du hockey féminin, partent largement favorites. Les Américaines sont quadruples championnes du monde en titre, elles sont au sommet du classement IIHF mais, ombre au tableau, elles n’ont remporté l’or aux JO qu’une seule fois : lors du premier tournoi olympique de hockey féminin, en 1998.

Pour revivre l’instant Nagano, l’entraîneur Robb Stauber veut donc créer un déclic, quitte à redistribuer les cartes. Stauber a ainsi pris une mesure controversée en écartant Alex Carpenter (meilleure buteuse US à Sotchi) et Megan Bozek (jusque-là incontestable en défensive). Dans cette même logique, il ne veut pas divulguer sa numéro 1 devant les filets. Alex Rigsby s’était emparée du poste de titulaire après de solides performances aux Mondiaux 2015 et 2016, mais depuis Nicole Hensley a eu son mot à dire.

Néanmoins, la sélection américaine regorge de valeurs sûres dans ses lignes, avec Kacey Bellamy, les jumelles Monique et Jocelyne Lamoureux, Amanda Kessel, la capitaine Meghan Duggan. Hilary Knight, qui a participé au dernier Match des étoiles de la NHL, est devenue très populaire, en plus d’être un talent qui allie physique, force, précision et rapidité. Cela dit les adversaires devront se méfier particulièrement de Kendall Coyne et Brianna Decker, respectivement meilleure marqueuse et MVP des derniers championnats du monde, où elles ont pris une nouvelle dimension. Les États-Unis ont les armes pour remporter une deuxième médaille d’or aux Jeux olympiques. Encore faudra-t-il vaincre le signe canadien.

 

Si les Américaines sont quadruples championnes du monde en titre, le Canada peut se targuer d’avoir remporté les quatre dernières olympiades. C’est vrai, la dernière de Sotchi a particulièrement marqué les esprits, un grand match de hockey sur glace. Menées 0-2, proches d’encaisser un but en cage vide, les Canadiennes étaient parvenues à égaliser à 2-2 en toute fin de match, avant de l’emporter en prolongation grâce à un but de l’héroïne Marie-Philip Poulin. Cette dernière avait déjà offert l’or à Vancouver en 2010 avec un doublé contre cette même équipe américaine.

Poulin, désormais capitaine en succession de Caroline Ouellette, est considérée comme la meilleure hockeyeuse au monde. Souvent décisive, elle sera suivie dans son sillage par les incontournables Meghan Agosta, Brianne Jenner, Natalie Spooner, Jennifer Wakefield et Rebecca Johnston. Derrière cette armada, on retrouvera un bloc défensif bien huilé depuis des années avec Meaghan Mikkelson, Laura Fortino, Jocelyne Larocque et Lauriane Rougeau.

Devant la cage, Shannon Szabados, dont le calme est très apprécié par sa coach Laura Schuler, tentera de remporter un troisième titre olympique. La gardienne de 31 ans est une compétitrice aguerrie qui a l’habitude de jouer face aux hommes. D’ailleurs ces derniers mois, et c’est désormais une tradition lors de sa phase préparatoire pour les JO, la sélection féminine canadienne s’est préparée face à des équipes de Midget AAA (garçons de 15 à 17 ans) avec un bilan de 13 victoires pour 9 défaites. Et elles ont remporté cinq des six matchs préparatoires face aux Américaines. Vous l’aurez compris, le message est clair.

La meute affamée

Derrière les deux superpuissances, les autres nations tenteront de surprendre. La Finlande est une habituelle prétendante à la dernière marche du podium. En 23 tournois internationaux, championnats du monde et tournois olympiques, les Lionnes ont arraché 14 médailles de bronze. Elles se sont d’ailleurs permises de battre le Canada lors des Mondiaux 2017. Le danger offensif numéro 1 se nomme Michelle Karvinen, l’attaquante de Luleå de 27 ans bataille avec Lara Stadler en tête du classement des meilleures marqueuses de Suède. La machine Karvinen compte 54 points en seulement 28 matchs.

Les Finlandaises ont une snipeuse d’élite, une défenseure de classe mondiale avec Jenni Hiirikoski (élue six fois meilleure défenseure aux Mondiaux), et selon bien des observateurs, la meilleure gardienne au monde. Noora Räty avait déjà décroché un record de victoires (114) sur le circuit universitaire NCAA. Désormais sur le circuit nord-américain CWHL, la gardienne de 28 ans ne faiblit pas avec son club chinois du Kunlun Red Star. Räty possède un pourcentage d’arrêts de 94,7%. Autant dire que Meeri Räisänen devra encore se contenter du statut de doublure. Il s’agira de la quatrième olympiade pour Räty, tout comme pour la vétéran Riikka Välilä, 44 ans au compteur. La Finlande terminera-t-elle encore en bronze ?

Car derrière la concurrence est rude, à commencer par la Russie, qui n’aligne que des hockeyeuses de son championnat national. Toutefois, seulement six joueuses de Sotchi 2014 ont été retenues pour PyeongChang 2018. Un renouvellement en partie expliqué par le scandale du dopage russe, qui n’a pas épargné la sélection de hockey féminine. En décembre 2017, Inna Dyubanok, Ekaterina Lebedeva, Ekaterina Pashkevich, Anna Shibanova, Ekaterina Smolentseva et Galina Skiba ont été bannies de la sélection suite à la décision du Comité International Olympique.

Si le groupe, qui évoluera sous drapeau neutre, est jeune avec 11 joueuses de 20 ans ou moins, il conserve toujours ses têtes d’affiches, avec la capitaine Olga Sosina et le pilier défensif Angelina Goncharenko. En outre, la Russie disposera d’une ligne redoutable, celle du Tornado Dmitrov : Alevtina Shtaryova – Lyudmila Belyakova – Anna Shokhina, leur complicité devrait faire des étincelles sur la glace coréenne. En dépit des bannies, la Russie sera compétitive, d’autant plus si les deux gardiennes Nadezhda, la jeune Morozova et l’expérimentée Alexandrova, sont à leur plein potentiel.

La Russie n’est pas la seule sélection à n’aligner que des joueuses évoluant au pays. La Suède fait de même, à raison car les membres de le Damkronorna n’ont plus vraiment de raison de s’exiler, tant leur championnat, qui parvient à attirer du très haut calibre, est devenu compétitif. Aujourd’hui, on peut sans doute considérer la SDHL suédoise comme le troisième meilleur circuit, après les deux nord-américains (CWHL et NWHL).

Les Suédoises auront à cœur de se rendre en demi-finale, elles qui ont navigué entre la 4e et 7e place lors des dernières échéances. Elles tenteront de s’inspirer des petites sœurs puisque la sélection U18 est parvenue à capturer l’argent aux derniers Mondiaux. En attendant d’en récolter les fruits, les performances de la Suède reposeront avant tout sur la titulaire indiscutable des filets, Sara Grahn, qui effectue sa huitième saison à Brynäs, et l’emblématique Pernilla Winberg. Cette dernière est le moteur de la Damkronorna. A 16 ans, Winberg marquait le but en argent à Turin aux JO 2006. En 2018, connaîtra-t-elle de nouveau la réussite ? Ce serait un joli cadeau offert à l’entraîneur Leif Boork, qui sera ensuite remplacé par Ylva Martinsen.

En obtenant la médaille de bronze à Sotchi, la Suisse avait créé la sensation. En revanche, si la Nati devait réaliser cette même performance à PyeongChang, ce ne serait plus vraiment surprenant. Si la SWHL suisse a encore besoin de se structurer, l’équipe à la croix blanche dispose d’excellentes expatriées qui vont donner le tempo à la sélection.

L’incontournable Florence Schelling, 28 ans maintenant, demeure l’assurance d’un mur bien gardé, elle qui conserve d’excellentes statistiques à Linköping en SDHL suédoise. Schelling évolue dans la même équipe que sa compatriote (et phénomène) Lara Stalder, une centre de 23 ans très productive et capable de mouvements magiques. Stalder domine le classement des meilleures marqueuses de SDHL suédoise avec 54 points en 31 matchs. Et comme si cela ne suffisait pas, un autre phénomène pointe le bout de son nez côté suisse ! A 15 ans, Alina Müller avait offert le bronze à la Suisse il y a quatre ans, à Sotchi. Cette saison, la coéquipière de la gardienne bleue Caroline Baldin à Zurich a littéralement explosé avec 57 pts… en 17 matchs ! Une gardienne sûre, une puissance de feu redoutable, si la défense tient le choc, alors la Suisse pourra encore rêver d’une chance de médaille.

L’Asie devra se dépasser

La bonne humeur systématique des joueuses du Japon leur ont valu un surnom dans le milieu : « Smile Japan ». Mais ce surnom, certes affectueux, a aussi une consonance défavorable, et la sélection du Soleil Levant tentera de s’en détacher en montrant toute son abnégation, celle-là même qui lui a permis de retrouver l’élite mondiale et de se qualifier pour ces jeux en 2017. Il s’agira d’ailleurs du troisième tournoi olympique pour la sélection féminine, après Nagano 1998 et Sotchi 2014.

La grande majorité de cette équipe est expérimentée avec plusieurs éléments passés dans les radars nord-américains, dont la gardienne Nana Fujimoto qui avait effectué une pige aux New York Riveters. Ses prestations seront décisives. La défenseure Aina Takeuchi, les attaquantes Yurie Adachi et Hanae Kubo complètent la colonne vertébrale de cette équipe du Japon. Il leur faudra tout de même se démener pour éviter la dernière place qu’elles ont occupée à Sotchi.

Surtout que la Corée, unifiée pour l’occasion, attend avec impatience son opposition face au Japon, ancien pays colonisateur. La rencontre possèdera donc une valeur historique importante, en plus d’être décisive. Pour faire vaciller le Japon ou toute autre équipe, il faudra impérativement aux deux Corées de trouver l’alchimie. Car avec 35 joueuses de deux nations positionnées 22e et 25e au classement international, toutes réunies sous le même maillot, la tâche s’annonce particulièrement délicate. L’entraîneure Sarah Murray connaît là le plus grand défi de sa jeune carrière de coach.

Difficile donc de détacher des individualités susceptibles d’être compétitives à un niveau qu’elles ne connaissent pas. Les naturalisées Genny Knowles, Randi Griffin, Danelle Im et Caroline Nancy Park auront un rôle de catalyseur afin d’éviter la déroute et la lanterne rouge. La courte défaite en match préparatoire face à la Suède (1-3) a toutefois livré du positif. L’avantage, c’est qu’elles ont tout à gagner, même si l’importante médiatisation de cette équipe unifiée a ajouté un certain poids de pression.

Samedi, les Japonaises et les Suédoises ouvriront le bal de ce tournoi olympique féminin qui se déroulera du 10 au 22 février. En guise de complément, vous pouvez consulter les résultats actualisés de la saison internationale féminine sur notre site.

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