À chaque fois qu’un rassemblait se profilait, la fédération suisse avait annulé ses matches internationaux cette saison, des décisions toujours qualifiés de mûrement réfléchies et prises dans l’intérêt général. L’équipe de Suisse ne s’est donc pas rassemblée depuis février 2020 (avec une sélection des moins de 25 ans), et même depuis un an et demi si l’on tient compte de l’équipe au complet. C’est la seule nation « médaillable » à avoir connu une traversée aussi longue du « désert Covid ». Les championnats du monde débutent dans à peine trois semaines, même s’ils n’auront pas lieu à domicile comme les Mondiaux 2020 désormais annulés et relégués aux oubliettes de l’histoire.
Les Suisses redémarrent… en côte. Ils commencent par l’adversaire le plus difficile, la Russie, pour se mettre tout de suite à l’intensité d’un match international. Les visiteurs paraissent plus avancés : ils ont déjà joué leurs premiers matches de préparation et ils disposent de tous leurs joueurs de KHL à l’exception des finalistes (par comparaison la Nati est privée des demi-finalistes car le championnat suisse se termine plus tard). Le sélectionneur Valeri Bragin a toutefois laissé quelques joueurs légèrement blessés au camp de base (Bilyalov, Kirsanov, Voronkov, Kuzmenko et Burdasov) avec un programme individuel de préparation.
Ce sont pourtant bien les hommes de Patrick Fischer qui dominent le début du premier match. Niklas Schlegel ne fait son premier véritable arrêt qu’après douze minutes. Lorsque la Russie commence à réussir plusieurs séquences offensives un peu plus longues, elle se laisse griser. Le défenseur Dmitri Yudin perd le palet en zone offensive. Killian Mottet lance une transition rapide par une passe du revers dans la bande, Jason Fuchs accélère pour prendre de vitesse Kamenev qui a essayé de l’intercepter en zone neutre et fait une passe transversale levée par-dessus le défenseur restant (Lyamkin) pour le tir sur réception de Mottet (1-0). Même pendant une pénalité de Herzog, la plus belle occasion est donnée en contre-attaque par Ambühl à Bertaggia.
Plus le match avance, plus les Russes intensifient leur présence physique. Après deux engagements en zone offensive, Shvets-Rogovoy bute sur le gardien, mais Frick dégage dans la crosse de Kamenev et Ozhiganov s’écarte alors de la masse de joueurs pour centrer du revers sur Evgeny Timkin qui conclut (1-1). Les Suisses ont de plus en plus de mal à se dégager et Frick sauve le palet sur sa ligne sur un lancer de la ligne bleue de Galimov.
On s’attend donc à ce que la Russie passe devant en troisième période, mais Vadim Shipachyov bute deux fois sur Schlegel de près. Vient alors la scène décisive du match. Un gros travail du trio Korshkov-Kraskovsky-Safonov impose une bonne séquence de 40 secondes en zone offensive, mais lorsque les Suisses sortent enfin le palet, ils changent de ligne de manière efficace, au contraire des Russes. Egor Korshkov réessaie de rentrer en zone mais se fait contrer sur cette fin de présence. Christoph Bertschy part en 2 contre 1 avec Vincent Praplan et place un tir splendide en lucarne (2-1). Timkin part en prison douze secondes plus tard, mais Kamenev tire sur la transversale pendant l’infériorité numérique. Lorsque Mottet provoque une faute de Lyamkin, en revanche, Janis Moser attire la défense et sert en retrait Inti Pestoni qui parachève le succès helvétique (3-1).
Les transitions suisses ont donc amené la victoire. Le lendemain, les Russes se sont donc montrés plus prudents et disciplinés. Cela donne un match plus fermé, au grand bonheur des deux gardiens qui ont changé. Joren Van Pottelberghe en particulier joue dans « sa » patinoire à Bienne, dont il est le gardien titulaire (on ne dit évidemment pas « devant son public » en période de Covid). Même dans cette configuration plus défensive, la Suisse prend le dessus. Fedotov arrête certes un tir à bout portant de Jason Fuchs en début de deuxième période, mais il s’incline sur un tir plus anodin, un tir du poignet de la ligne bleue de Fabian Heldner qui entre dans le haut du filet.
Les Suisses n’auront plus qu’une grosse occasion – un tir de Scherwey sur une belle passe de derrière la cage de Bertschy – mais ils gardent un bloc défensif très groupé pour préserver leur avance et maintenir les Russes dans le périmètre. Ils deviennent surtout dangereux pendant une situation de 4 contre 3 en fin de match, mais Van Pottelberghe arrête la dernière tentative de Kraskovsky dans l’enclave pour réussir un blanchissage et se faire élire homme du match.
L’équipe russe a peiné à sortir de sa zone et à construire le jeu collectivement. La Suisse a donc livré une démonstration défensive parfaite : elle a su maintenir une « bulle sanitaire » autour de sa cage. Des consignes qui valent aussi en dehors de la glace. Après un test Covid, les joueurs devront rester en isolement en rentrant chez eux pour la fin du week-end, avant de revenir au centre du sport de haut niveau à Cham lundi. Ils y prépareront les matches de la semaine contre l’Italie et la France, des adversaire face auxquels ils espèrent soigner un peu plus leur offensive…
Commentaires après le premier match
Valeri Bragin (entraîneur de la Russie) : « Nous préparons le championnat du monde. Les adversaires sont forts, ils bougent bien. Il est évident qu’ils sont plus frais, nous avons des charges d’entraînement importantes. Nous avons joué par périodes, mais pas l’ensemble du match. Nous nous sommes quand même créé beaucoup d’occasions, mais sans les concrétiser. Nous continuons de travailler, nous observons les candidats. Demain, il y aura des changements dans l’effectif. Nous devons analyser et prendre une décision. »
Commentaires après le deuxième match
Valeri Bragin (entraîneur de la Russie) : « Aujourd’hui nous paraissons plus mobiles et nous avons mieux travaillé. Il y a eu de bonnes occasions. Bien sûr il faut les mettre au fond. Nous n’avons pas mis de but, l’adversaire en a mis un, c’est pourquoi nous avons perdu. Nous devons analyser ces deux matches très attentivement, maintenant il est difficile de dire qui a plu ou déçu. Aujourd’hui nous avons observé Fedotov, il a fait un bon match. Nous avons maintenant trois gardiens, et même quatre avec Bilyalov qui est resté à Novogorsk. Voyons voir comment il se sent avant de prendre une décision. »
Fabian Heldner (défenseur de la Suisse) : « Les Russes sont tous grands et lourds. Ils sont très forts dans les duels. C’est très dur pour nos attaquants de sortir des coins en mouvement dans la zone offensive. Cela fait partie de notre plan de jeu que nous, les défenseurs, participions pour être toujours disponibles. Sur mon but, un Russe qui voulait se mettre sur la ligne de tir a légèrement dévié le palet. C’est optimal de pouvoir passer tout le camp d’entraînement à Cham. Tout est au même endroit et très bien organisé. »
Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Notre jeu de passes n’est pas si propre. Notre but est d’utiliser la largeur de la glace pour étirer l’adversaire, nous y sommes parvenus quelques fois et nous étions alors assez dangereux. Mais il y a encore du potentiel d’amélioration. Nous les avons laissé venir en restant compacts en zone neutre, c’est pourquoi les Russes n’ont pas pu créer grand chose. Nous n’avons pas été aussi agressifs hier, mais plus en contrôle. C’est ce que nous voulions. Les Russes ont une grande palette technique, il faut être prêt à tout en infériorité numérique et nous l’avons vraiment bien fait. »
Premier match
Suisse – Russie 3-1 (1-0, 0-1, 2-0)
Vendredi 30 avril 2021 à la Tissot Arena de Bienne. Huis clos.
Arbitres : Michael Tscherrig et Thomas Urban assistés de Thomas Wolf et Eric Cattaneo.
Pénalités : Suisse 6′ (4′, 0′, 2′) ; Russie 6′ (2′, 0′, 4′).
Tirs : Suisse 28 (13, 7, 8) ; Russie 35 (6, 20, 9).
Évolution du score :
1-0 à 16’43 : Mottet assisté de Fuchs
1-1 à 28’40 : Timkin assisté d’Ozhiganov
2-1 à 50’04 : Bertschy assisté de Praplan
3-1 à 53’53 : Pestoni assisté de J. Moser (sup. num.)
Suisse
Attaquants :
Fabrice Herzog (2′) – Samuel Walser (-1) – Andres Ambühl (-1)
Inti Pestoni (2′) – Enzo Corvi – Luca Fazzini
Tristan Scherwey (+1) – Christoph Bertschy (+1, 2′) – Vincent Praplan (+1)
Alessio Bertaggia (+1) – Jason Fuchs (+1) – Killian Mottet (+1)
André Heim (-1)
Défenseurs :
Lukas Frick (-1) – Fabian Heldner (-1)
Romain Loeffel (+1) – Michael Fora (+1)
Janis Jérôme Moser – Ramon Untersander
Samuel Kreis (+1) – Andrea Glauser (+1)
Gardien :
Niklas Schlegel
Remplaçant : Joren van Pottelberghe (G). En réserve : Reto Berra (G).
Russie
Attaquants :
Evgeni Timkin (A, 2′) – Vladislav Kamenev – Artyom Shvets-Rogovoy
Ilya Safonov (-1) – Vadim Shipachyov (C) – Kirill Marchenko
Egor Korshkov (-1) – Pavel Kraskovsky (-1) – Danila Moiseev
Emil Galimov – Ivan Morozov – Vasily Podkolzin
Pavel Kukshtel
Défenseurs :
Egor Yakovlev (A) – Aleksei Marchenko (2′)
Nikita Lyamkin (-2, 2′) – Dmitri Yudin (-2)
Grigori Dronov (+1) – Igor Ozhiganov (+1)
Dinar Khafizullin
Gardien :
Aleksandr Samonov [sorti de 56’24 à 59’38 et de 59’43 à 60’00]
Remplaçant : Ivan Bocharov (G). En réserve : Ivan Fedotov (G), Rushan Rafikov, Mikhail Naumenkov, Zakhar Bardakov.
Deuxième match
Suisse – Russie 1-0 (0-0, 1-0, 0-0)
Samedi 1er mai 2021 à 17h45 à la Tissot Arena de Bienne. Huis clos.
Arbitres : Michael Tscherrig et Ken Mollard assistés de Stany Gnemmi et Eric Cattaneo.
Pénalités : Suisse 12′ (4′, 2′, 6′) ; Russie 12′ (4′, 2′, 6′).
Tirs : Suisse 21 (5, 10, 6) ; Russie 28 (7, 8, 13).
Évolution du score :
1-0 à 33’14 : Heldner assisté de Frick
Suisse
Attaquants :
Fabrice Herzog – André Heim – Andres Ambühl
Inti Pestoni – Enzo Corvi – Luca Fazzini
Tristan Scherwey (2′) – Christoph Bertschy – Vincent Praplan
Alessio Bertaggia (+1) – Jason Fuchs (+1) – Killian Mottet (+1)
Samuel Walser
Défenseurs :
Lukas Frick (+1, 2′) – Fabian Heldner (+1)
Janis Jérôme Moser (4′) – Ramon Untersander
Romain Loeffel – Michael Fora (2′)
Samuel Kreis (2′) – Andrea Glauser
Gardien :
Joren van Pottelberghe
Remplaçant : Niklas Schlegel (G). En réserve : Reto Berra (G).
Russie
Attaquants :
Evgeni Timkin – Vladislav Kamenev (4′) – Artyom Shvets-Rogovoy
Egor Korshkov – Pavel Kraskovsky (2′) – Ilya Safonov (2′)
Vasily Podkolzin (2′) – Ivan Morozov – Zakhar Bardakov
Emil Galimov (-1) – Pavel Kukshtel (-1) – Danila Moiseev (-1)
Défenseurs :
Egor Yakovlev (C) – Aleksei Marchenko
Grigori Dronov (2′) – Igor Ozhiganov (-1)
Rushan Rafikov – Nikita Lyamkin
Mikhail Naumenkov (-1)
Gardien :
Ivan Fedotov [sorti à 58’55]
Remplaçant : Ivan Bocharov (G). En réserve : Aleksandr Samonov (G), Dmitri Yudin, Dinar Khafizullin, Vadim Shipachyov, Kirill Marchenko.