Après avoir présenté les championnats du monde 1999, nous terminons cette page d’archives en livrant dans cette seconde partie les principaux évènements marquants et les faits à retenir, y compris les plus oubliés de la mémoire collective (qui sont souvent les plus étonnants).
Prétentions et réalités des organisateurs norvégiens
La Norvège n’est pas une nation de hockey sur glace. Elle est quelque peu déconnectée des réalités de ce sport. On s’en rend vite compte quand certains journalistes locaux déclarent après la victoire initiale contre l’Italie que leur équipe est la favorite du groupe. C’est donc dans une ambiance euphorique que le pays-hôte de ces Mondiaux affronte le Canada et récolte des louanges. Autant dire que, deux jours plus tard, la déception est rude dans le match-clé contre la Slovaquie.
À défaut de tout gagner, les Norvégiens doivent encore jouer une poule de maintien… dans l’indifférence. Le prix astronomique des billets connu trois jours à l’avance a fait déserter le public, et les tribunes de l’ancienne patinoire olympique de Lillehammer sont pleines de courant d’air quand les Norvégiens jouent leur avenir contre la Lettonie. Eux qui étaient revenus dans l’élite en leur qualité d’organisateur devront repasser par des qualifications à l’automne suivant à Amiens.
Le menu copieux de la France
La France, emmenée par l’ancien sélectionneur national du Koweït, a en effet vite été ensablée dans son groupe. La Suède tenante du titre pour commencer, puis la Lettonie dont les supporters tournent à la bière et les joueurs au hockey-champagne, et enfin un match décisif contre l’éternel rival, la Suisse.
Les blocages de la Suisse
Parlons-en, de la Nati, qui avait fini quatrième un an plus tôt et voulait confirmer ses progrès. Elle jouait son avenir mondial et olympique au premier match, un début difficile. Mais le second tour lui révèle ses limites. Ralph Krueger pique une colère et parle d’un blocage contre les marteaux-piqueurs canadiens, et quand on attend une réaction le surlendemain, le jeune gardien encensé David Aebischer craque. La Suisse finit contre les Américains qu’un journal suisse de référence compare à « une bonne équipe de France ».
Le deuil de Steve Chiasson
La nouvelle a dévasté le monde du hockey. Steve Chiasson, champion du monde deux ans plus tôt, est mort au volant en état d’ivresse sur une route américaine. L’ami qui l’avait hébergé choisit de rester avec le Team Canada et de faire venir sa femme pour la protéger émotionnellement. Le pays dont le destin est modifié est la Lettonie. Elle doit jouer un match-clé sans son gardien Arturs Irbe parti aux funérailles et cela montre combien il est indispensable. Mais peut-il pour autant préserver sa place dans le match-clé pour le maintien face au Bélarus ?
L’homme du Président
Le Bélarus était alors l’équipe qui monte, obtenant sa première grande performance face à la Russie.
Ce Bélarus où les infrastructures sportives étaient exsangues dans les années 1990 venait d’inaugurer une petite patinoire appelée officieusement « présidentielle » pour faire allusion à celui qui a décidé de développer le hockey sur glace : Alexandre Loukachenko, évidemment en tribune ce jour-là. À cette occasion, un junior nommé Pavel Bely faisait ses débuts internationaux. Il ne sera pas sélectionné pour ces Mondiaux, ni pour les suivants, mais sera connu pour faire carrière comme… meilleur joueur du club sportif présidentiel, jouant toujours sur la ligne de Loukachenko. C’est lui qui sera chargé de marquer des buts, pour que le despotique président moustachu récolte des mentions d’assistance au passage, en remportant presque chaque année le championnat amateur du Bélarus. Parallèlement, Bely a fait fortune dans l’immobilier en se voyant accorder des terrains de premier choix grâce à ses amitiés présidentielles. Il a même été arrêté en 2012 pour blanchiment d’argent, après avoir transféré illégalement 6 millions de dollars à l’étranger.
Première rencontre entre bons amis
C’est à Hamar qu’eut lieu le premier Russie-Ukraine de l’histoire, juste après la ratification du Traité d’Amitié entre les deux pays. Inutile de vous rappeler ici ce qui s’est passé après…
Yashin en superstar
Longtemps, ces championnats du monde norvégiens furent ceux d’Aleksei Yashin. Il joua un rôle-clé dans le match-couperet face à la Finlande où les Russes risquaient l’élimination au premier tour.
Yashin enchaîna ensuite un second hat-trick contre un adversaire de haut niveau. Mais après avoir appris sa nomination au trophée Hart de MVP de la saison NHL (avec Jágr et Hasek), il n’était toujours pas prophète à Ottawa, où les médias préfèrent le plus souriant Daniel Alfredsson. Quand les deux hommes se retrouvent face-à-face, Yashin essaie de fissurer le sourire d’Alfredsson par neuf points de suture à la lèvre. Même un Yashin à bout de souffle ne sauvait pas la Russie d’une terrible désillusion alors que les demi-finales semblaient lui tendre les bras.
L’équipe que personne n’attendait
Les nordiques régnaient alors sur le hockey mondial. La demi-finale Suède-Finlande – dans une navrante formule avec match aller puis match retour suivi de prolongation si chaque équipe avait gagné – semblait le duel au sommet.
Mais il y avait une équipe dont on parlait beaucoup moins. Les Tchèques avaient certes réussi le plus gros score du tournoi, mais face au Japon, cela n’impressionnait personne. Laminés par Yashin comme vu plus haut, les hommes d’Ivan Hlinka étaient mal au point. Même le duel fratricide contre les Slovaques ne semblait pas suffire, ils étaient presque éliminés au matin de ce qui semblait devoir être leur dernière journée. Et puis, ils saisissaient la chance donnée.
Ils livraient ensuite une demi-finale face au Canada, là encore avec cette formule alambiquée censée préserver le suspense (match 1 et match 2 + départage). Comme à Nagano, les tirs au but souriaient, même sans Hasek.
C’était le début d’une nouvelle dynastie tchèque qui démontrait que le collectif champion olympique dépassait de loin les seuls Jagr et Hasek (qui ne participeraient à aucun des trois titres mondiaux consécutifs).
Jean-Philippe Fasel, 9 ans, futur président de l’IIHF ?
La grande finale face à la Finlande de Koivu et Selänne était une affiche inédite. Mais ce que l’on retiendra, c’est cette formule en deux matches, détestée de tous, que René Fasel décida enfin de supprimer… à cause de son fils. Le journaliste anglais qui proposait de remplacer le père par l’enfant à la présidence de l’IIHF se trompait toutefois. Comme on le sait aujourd’hui, ce n’est pas Jean-Philippe qui succèdera à son père, mais un certain Luc Tardif…