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Petit guide des statistiques partie II : l’analyse des équipes

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Deuxième partie de petit guide de l’utilisation des statistiques en hockey, consacrée aux équipes. Comment les stats peuvent-elles aider à analyser la performance collective ? Quels sont les indicateurs à regarder et comment les comprendre ?

Retrouvez la première partie, « À quoi servent les statistiques avancées » ici.

 

Partie II, Évaluer les équipes

Grâce au plafond salarial et au repêchage universel, les 30 équipes (+ Vegas dans une moindre mesure) possèdent toutes des joueurs d’élite, des moyens et des moins bons. Nous sommes bien loin du football européen par exemple où la puissance financière est le facteur principal de différenciation entre les petits et les grands et constitue des championnats à deux vitesses. Alors qu’est ce qui fait vraiment la différence en NHL ? D’une année à l’autre, la même équipe peut être dominante ou médiocre en utilisant les mêmes joueurs sur la glace. On a longtemps invoqué la motivation, l’expérience ou le leadership des vétérans mais, en réalité, personne ne sait ce qui se passe dans le vestiaire et, qu’on se rassure, toutes les équipes possèdent des leaders et ont soif de victoires.

La raison logique mais trop souvent ignorée est tout simplement que les entraineurs ne donnent pas tous les mêmes chances de succès à leurs équipes. Il est possible de voir à l’œil nu qu’une équipe joue « bien ou mal » mais comment le vérifier ? Les statistiques sont là pour ça.

 

Mesurer la possession du palet : le Corsi   

Le hockey est un sport collectif où l’objectif est d’inscrire plus de buts que l’adversaire. Un bon point de départ est donc de s’assurer de lancer au filet plus souvent que l’équipe en face. La possession du palet est ainsi mesurée en hockey non pas en minutes ou secondes mais plutôt en pourcentage des tirs tentés. Utiliser les tirs indique ainsi ce qu’une équipe a pu faire concrètement pendant le temps qu’elle avait le palet dans ses palettes.

L’indicateur principal pour la possession est le « Corsi », qui comptabilise tous les tirs tentés ou accordés par une équipe (qu’ils soient marqués, arrêtés par le gardien, contrés et même non cadrés). Pourquoi ne pas se contenter des tirs cadrés, utilisés depuis des décennies ? Car un tir est cadré dépendamment du talent du tireur, s’il est dévié, etc. Utiliser toutes les tentatives de tirs permet de voir chaque fois qu’une équipe a réussi à se mettre en position pour tenter sa chance en attaque, et s’est mise en danger en défense.

Comme toutes les statistiques mentionnées dans notre série, le Corsi est principalement utilisé lorsque le jeu est à 5 contre 5, car il est évident que les supériorités numériques constituent des parenthèses dans le match où le jeu est à sens unique et qui ne reflètent pas la réalité de la confrontation entre les deux équipes. Environ 80% des matchs de déroulent à 5 contre 5 et plus des deux tiers des buts sont marqués dans cette configuration.

Dans l’exemple ci-dessus, Edmonton a largement dominé Calgary, ayant obtenu 70 des 119 tirs tentés dans le match (70+49), soit 59% de la possession.

Sur l’ensemble d’une saison, une très bonne équipe de possession aura un Corsi supérieur à 52-53%. Une équipe dominée sera, elle, en deçà de 48-47%. Si cela ne vous semble pas énorme comme écart, il faut prendre en compte le nombre très important de tentatives de tirs derrière ce chiffre. San Jose était à 52% de possession l’an dernier et cela représentait au total 187 tentatives de plus que ses adversaires. Les Rangers étaient, au contraire, à 48,1% de possession, ayant accordé à leurs adversaires 260 tentatives de plus qu’eux. Cela fait beaucoup de buts potentiels à rattraper.

 

Comment le coaching influence la possession

On oublie souvent qu’au-delà de leur talent, les joueurs de hockey suivent surtout à la lettre le plan de match dessiné par les entraineurs. C’est pour cela par exemple qu’une équipe de Pittsburgh coachée par Michel Therrien ne ressemblait pas au cours d’une même année à celle de Dan Bylsma, ni que celle de Mike Johnston à celle de Mike Sullivan.

Nous avions expliqué dans le premier article à quel point les équipes gagnantes s’appuient sur la possession du palet : 78% des qualifiés en playoffs ces 10 dernières saisons étaient à plus de 50% de possession – ou « positives » – durant la saison régulière. Derrière le résultat d’un grand nombre de tirs obtenus se cachent surtout des subtilités tactiques. Les analyses ont prouvé que sortir de sa zone défensive et rentrer en zone offensive avec le palet dans sa palette occasionne beaucoup plus de tentatives de tirs au final plutôt que de balancer par la bande et d’envoyer le palet au fond. C’est conscient de ce fait que la NHL se tourne aujourd’hui vers des joueurs à plus petit gabarit mais mobiles et capables de conserver la rondelle tout en avançant. À l’inverse, sortir de sa zone par la balustrade équivaut la majorité du temps à rendre le palet à l’adversaire, adversaire qui risque donc de revenir aussi sec menacer. Les défenseurs lents et physiques sont ainsi rétrogradés et les attaquants déménageurs sans technique disparaissent, les bagarreurs encore plus.

 

Prendre en compte la qualité des chances 

La possession du palet recense donc la quantité des chances obtenues mais il est évident que toutes les tentatives de tirs ne se valent pas. C’est d’ailleurs là l’argument récurrent des opposants aux stats comme l’avait dit Patrick Roy : « Ce que je n’aime pas dans le Corsi c’est que tu peux shooter de la ligne rouge et que cela améliore tes stats ».

Il existe pour cela deux moyens. Le premier consiste à ne regarder que les tentatives de tirs provenant de la zone dangereuse décrite ci-contre et d’où sont inscrits environ 70% des buts en NHL. Ces tentatives sont qualifiées de « chances de marquer » et il possible d’effectuer le même calcul qu’avec le Corsi pour déterminer le taux de chances de marquer d’une équipe.

Le problème objectif avec les chances de marquer est que chaque source utilise sa propre définition. Certaines se contentent de la position géographique du tir, d’autres éliminent par exemple les tirs contrés et les équipes NHL à l’interne ont la plupart du temps leur propre formule pour définir ce que constitue une chance de marquer. Il est donc devenu préférable de passer directement à l’étape suivante, les « buts anticipés ».

 

Mélanger quantité et qualité : les « buts anticipés »

L’idéal est ainsi de mixer quantité et qualité des chances en un seul indicateur. C’est le rôle que remplit le « Expected goal » ou « buts anticipés/espérés » en français. Si la formule peut légèrement différer d’une source à une autre, le principe est de calculer selon la situation (quel joueur tire, type de tir, angle du tir, si c’est un rebond, etc.) la probabilité que ce tir devienne un but à partir de l’historique de situations semblables.

Reprenant notre exemple entre Edmonton et Calgary, les Oilers auraient donc pu compter sur 4 buts à 5 contre 5 dans ce match, contre 1 seul pour les Flames. Ils en ont en réalité inscrit 2 et Calgary 0.

Les buts anticipés mettent surtout en évidence la qualité des systèmes de jeu. Minnesota l’an dernier n’avait qu’un Corsi moyen de 50,4%, le 16e de la ligue, mais son système défensif exceptionnel cantonnait ses adversaires à des tentatives de tirs lointaines. La qualité des chances accordées à l’adversaire était ainsi très faible et le Wild était en plus assez chirurgical offensivement via ses contre-attaques. De 16e pour la possession, Minnesota devenait ainsi 1er de la ligue pour son taux de buts anticipés à 55,9%. Merci le coach Bruce Boudreau.

 

Ajouter le facteur réussite (et un peu chance) : le PDO

Possession et buts anticipés traduisent donc la capacité d’une équipe à dominer ou non son adversaire, à se créer le plus de chances dangereuses qui lui permettraient, techniquement, de connaître du succès. C’est là qu’intervient la réussite, ou concrètement la finition, que ce soit la capacité des joueurs à la mettre au fond et de son gardien à arrêter les rondelles.

taux d’arrêts des gardiens + taux de réussite aux tirs = PDO

Moyenne de la ligue : 92% + 8% = 100

La NHL est une ligue plus homogène qu’on ne l’imagine. Collectivement, les équipes ont une réussite aux tirs qui se tient dans un mouchoir de poche et la grande majorité des gardiens sont également très proches les uns des autres pour le taux d’arrêts. Au total, en 2016-17, plus de la moitié de la ligue, 17 équipes avaient un PDO entre 99 et 101. Six étaient plutôt chanceuses entre 101 et 102, Washington étant en surrégime à 102.9. Enfin, six étaient malchanceuses entre 98 et 99 (plus Colorado dans le trou à 97). En bref, sortir de ces moyennes sur les 82 matchs d’une saison constitue presque une anomalie et c’est quasi une science exacte de pouvoir prédire qu’une équipe en réussite va retomber sur terre et, inversement, qu’une équipe en déveine va bien finir par redresser la barre.

S’il est très rare qu’une réussite folle (souvent un gardien en état de grâce) tire une équipe médiocre en playoffs (Toronto en 2013, Colorado en 2014, Montréal en 2015 ou Florida en 2016), celle-ci constitue une élément indispensable pour définir les résultats d’une équipe. Un gardien en forme bouche les trous en défense et des attaquants plus opportunistes que la normal peuvent logiquement améliorer une situation.

Comme si la formule magique était : buts anticipés + PDO = réalité

L’image finale de la saison 2016-17 est ainsi très claire. La grande majorité des qualifiés en playoffs proposaient un jeu efficace, au-delà des 50% de buts anticipés ET étaient en réussite avec un indice PDO supérieur à 100. Chicago et les Rangers ont utilisé leur PDO pour se joindre aux séries. Malgré un Tuukka Rask au fond du trou et des tireurs en panne, le jeu des Bruins était simplement trop bon pour ne pas se se qualifier. Calgary et Ottawa sont donc les seules exceptions ici à l’explication statistique pure, bénéficiant pour le coup de divisions plus faibles que d’habitude (la malchance des Kings, de Tampa, la déconfiture des Panthers, etc.).

 

En conclusion

Ces dernières années, la quantité des tirs tentés, le Corsi, demeure le meilleur indice pour prévoir le succès d’une équipe à long terme car il indique la volonté première de celle-ci de provoquer des chances sans en accorder trop. Les équipes ainsi positives pour la possession ont tendance à contrôler leur destin sans attendre que l’adversaire fasse une erreur.

Globalement, tenez compte de :

·         La possession. Corsi (CF% sur les sites de stats)

·         Les buts anticipés (xGF% sur les sites de stats)

·         Le taux d’arrêts (Sv%) et de réussite aux tirs (sh%), additionnés dans l’indice PDO.

Des statistiques que vous retrouvez déjà dans nos articles mais qui, nous l’espérons, prendrons encore plus de sens à présent.

 

Où regarder ?

http://corsica.hockey/ pour toutes ces stats, le site le plus intuitif et le plus complet

http://www.naturalstattrick.com/ pour toutes ces stats. Propose les chances de marquer (SCF pour Scoring Chances) mais n’inclut pas les buts anticipés

http://hockeystats.ca/ pour les stats sur les matchs en direct, propose le Corsi mais pas les buts anticipés.

http://moneypuck.com/ pour les stats sur les matchs en direct, propose les buts anticipés mais pas le Corsi.

Attention, nhl.com propose des statistiques comme le Corsi (rebaptisé SA pour shot attempts), mais les données compilées sont souvent curieusement « à l’ouest ». Les sites mentionnés ci-dessus corrigent régulièrement des erreurs flagrantes dans les données des feuilles de match NHL. Mieux vaut s’abstenir.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires et poser vos questions sur Twitter à Thibaud @batonsrompus