Un dernier match contre l’Autriche pour s’offrir un ticket menant à l’élite mondiale. L’équipe de France féminine devait négocier une dernière rencontre au Mondial D1A de Shenzhen, avec l’espoir de figurer de nouveau parmi les dix meilleures nations.
La victoire est impérative car, avant ce France – Autriche, la Slovaquie s’est imposée 4-1 contre les Pays-Bas, déjà condamnés à la relégation. Avec cette troisième victoire, les Slovaques sont repassées devant la France à la deuxième place du classement. Pas le droit à l’erreur, et une victoire dans les 60 minutes permettrait aux Bleues de remporter le tournoi.
S’il y a une équipe qui va jouer sans pression, ce sont bien les Autrichiennes. Leurs 11 points leur assurent déjà l’un des deux tickets pour l’élite mondiale. Cette qualification, l’Autriche l’a arrachée aux Néerlandaises qui menaient 2-0, avant qu’elle ne renverse la tendance. Le but en prolongation d’Annika Fazokas est un but historique puisqu’il permettra à l’Autriche d’accéder pour la première fois de son histoire à l’élite du hockey féminin. Une qualification logique au regard du tournoi, aussi du fait que les Autrichiennes ont souvent flirté avec la promotion sans y parvenir.
En revanche, tout reste à faire pour l’équipe de France qui aura dû digérer l’ascenseur émotionnel du match contre la Chine, finalement gagné aux tirs au but. Battues au Mondial d’Angers en 2022, les Françaises restent sur deux victoires contre Anna Meixner & Co : 5-3 au Mondial 2024 de Klagenfurt, et 4-1 lors d’un match préparatoire avant ce Mondial 2025. Les Bleues ont souvent dominé dans ce tournoi, c’est d’ailleurs la France qui a tiré le plus au but, et de loin, avec 165 tentatives au total, soit plus de 40 lancers par match en moyenne. Mais l’efficacité lui a souvent fait défaut, y compris en supériorité numérique avec un seul but marqué sur 16 avantages numériques, soit 6,25% d’efficacité. Les unités spéciales, face à un adversaire redoutable, auront forcément leur importance.
Après un court temps d’observation, l’Autriche s’installe dans le camp bleu, mais sans grand danger pour Alice Philbert qui réalise son premier arrêt devant Picka. Il faut attendre la 6e minute pour voir la France se créer sa première occasion, par Chloé Aurard, suivie ensuite par Sehana Galbrun. Les opportunités commencent à se développer. Philbert est à la parade par deux fois devant Schafzahl, puis Aurard qui cherchait la déviation de Rozier.
Vient alors un tournant pour l’équipe de France : l’Autriche va concéder quatre pénalités dans cette première période. Les deux premiers jeux de puissance tricolores ne voient pas de grand danger, hormis une frappe puissante mais lointaine de Duvin. Au troisième, les Bleues tentent d’accélérer, par Aurard, Duvin ou Rozier, en vain. Et quand Theresa Schafzahl sort de prison, elle part en contre, Alice Philbert réalise un arrêt déterminant. Quatre supériorités numériques, zéro but, l’inefficacité des Tricolores se poursuit.
La leçon de powerplay
Alors que Leclerc écope à son tour d’une pénalité, Schafzahl fait tomber sans raison Aurard à la pause. La seconde période débute donc à 4 contre 4… mais Meixner pousse Pélissou dans le dos. Les Bleues se retrouvent donc de nouveau en supériorité numérique, dont 27 secondes à 5 contre 3… dont ne profitent pas les Françaises, malgré des actions d’Estelle Duvin et Clara Rozier. Et Philbert doit encore résister à la sortie de prison de Schafzahl qui a subtilisé le palet à Quarto.
Lucie Quarto est justement sanctionnée sur cette séquence. Avantage numérique, but, l’efficacité autrichienne est déconcertante : Antonia Matzka frappe, Philbert arrêt de la mitaine mais ne capte pas le puck, Emma Lintner profite alors du rebond (0-1). Coup dur pour les Françaises, même si juste après ce but, le tir d’Aurard, servie plein champ, tape le poteau droit. La France connaît un temps fort à la 32e, Gabrielle De Serres est bien servie mais Selma Luggin fait un superbe arrêt de la jambière. La seconde période s’achève sur ce score de 1-0.
Le début de troisième tiers va être haché par des pénalités de part et d’autre. Mais la France n’arrive toujours pas à surprendre ses adversaires. Et hélas, sur la fin de pénalité de Huot Marchand, Lisa Schrofl marque d’une frappe en hauteur qui bat Philbert (0-2). Et les fautes continuent de s’enchaîner dans les deux camps. À 4 contre 4, sur un palet perdu de Nagy à proximité de la cage autrichienne, Margot Huot-Marchand a une occasion en or… mais Luggin ne se laisse pas surprendre.
À 4’22 de la fin, Alice Philbert quitte ses filets pour une joueuse supplémentaire. Luggin fait autorité devant son but et devant Lore Baudrit. Et à la 57e minute, Picka surgit dans le dos d’Aurard qui perd le palet, Theresa Schafzahl le récupère et part pour marquer en cage vide (0-3). La frustration est grande, notamment pour Chloé Aurard qui frappe sa crosse contre la cage, elle écope de 10 minutes de pénalité.
Le match est plié. Clara Rozier, sur une passe d’Estelle Duvin, sauvera l’honneur (1-3). Le voilà, le but en supériorité numérique, mais à 19 secondes de la fin, un bien triste symbole.
L’inefficacité récurrente
La lutte a été serrée mais le résultat est finalement logique. L’Autriche a écopé de 20 minutes de pénalité au total mais elle n’a pas été inquiétée, et elle est parvenue à s’imposer. Son sacre au Mondial D1A, en plus de cette victoire, est logiquement mérité.
Les Bleues échouent de peu mais elles ne pouvaient véritablement pas prétendre à un retour en élite mondiale avec une telle inefficacité. Si on exclut la première rencontre contre les Pays-Bas, la France n’aura inscrit que 5 buts sur 143 tirs, soit un très faible taux d’efficacité de 3,5%. Le taux de 8,3% au jeu de puissance en plus de la pire efficacité en infériorité numérique 66,7% sont autant de chiffres qui font mal mais qui mettent en lumière les difficultés de la France dans ce tournoi.
La troupe de Grégory Tarlé a dominé de manière générale, en possession comme aux tirs, mais elle a manqué de tranchant, de consistance, parfois d’automatismes, et évidemment échoué dans les phases de jeu clefs. Elle s’en est souvent remise aussi à son premier trio. La frustration est immense pour une équipe de France qui n’aura pas manqué d’énergie mais l’objectif initial, remporter ce Mondial D1A, ne pouvait être atteint avec de telles difficultés dans le jeu.
L’enjeu de ce Mondial D1A était important avec les changements adoptés par l’IIHF pour l’an prochain. Les deux promus rejoindront un Mondial élite 2026 où ils auront davantage de chances de pérenniser leur place puisqu’il n’y aura plus qu’un seul relégué.
A contrario, et la France est finalement dans cette posture, il sera beaucoup plus difficile de rejoindre l’élite avec un seul sésame en jeu. Le Mondial D1A réunira l’an prochain, probablement encore en Chine, le pays hôte, la France, la Norvège, la Hongrie, l’Italie, la Slovaquie. Si la Chine semble un cran en dessous, toutes les autres équipes seront en mesure de viser la montée l’année prochaine, y compris l’Italie qui fait des pas de géant avec son programme féminin dans l’optique des JO de Milan-Cortina. L’élite est convoitée par de plus en plus de nations… pour une place en moins en jeu dès l’année prochaine. C’est dire la difficulté qui attend le programme féminin de Hockey France.
Les Bleues passent à côté d’une belle opportunité, il faudra désormais digérer cet échec et se remettre à l’ouvrage pour une nouvelle tentative en 2026.
Élues joueuses du match : Lore Baudrit pour la France, Anna Meixner pour l’Autriche.
France – Autriche 1-3 (0-0, 0-1, 1-2)
Samedi 19 avril 2025 à 16h30 au Shenzhen Universiade Center. 411 spectateurs.
Arbitres : Charlotte Hurley (USA) et Agnese Karklina (LET) assistées de Kathryn Glover (USA) et Sophie Thomson (CAN).
Pénalités : France 24′ (10′, 7′, 14′), Autriche 20 (10′, 2′, 8′).
Tirs : France 31 (10, 7, 14), Autriche 25 (5, 11, 9).
Évolution du score :
0-1 à 24’30” : Lintner assistée de Matzka et Wittich (sup. num.)
0-2 à 46’51” : Schrofl assistée de Linzbichler et Grascher
0-3 à 56’14” : Schafzahl
1-3 à 59’41” : Rozier assistée de Duvin et De Serres (sup. num.)
France
Attaquantes :
Chloé Aurard (-2, 4’+10′) – Estelle Duvin (A, -1, 4′) – Clara Rozier (A, -1)
Manon Le Scodan (-1) – Julia Mesplède (-1) – Sehana Galbrun
Emma Nonnenmacher – Lore Baudrit (C) – Margot Huot-Marchand (-1, 2′)
Lisa Cedelle – Chloé Gentien – Anaé Simon
Anaïs Peyne Dingival
Défenseures :
Sophie Leclerc (2′) – Léa Villiot (-1)
Lucie Quarto (-1, 2′) – Elina Zilliox (-1)
Marie-Pierre Pélissou – Gabrielle de Serres (-1)
Léa Berger
Gardienne :
Alice Philbert [sortie de 55’38” à 56’14”]
Remplaçante : Justine Crousy-Théode (G). En réserve : Violette Pianel Couriaut (G).
Autriche
Attaquantes :
Vanessa Picka (+1, 2′) – Theresa Schafzahl (+1, 6′) – Anna Meixner (C, +1, 2′)
Anja Trummer – Emma Lintner – Hanna Obermayr (4′)
Lena Dauböck (+1, 2′) – Tamara Grascher (A, +1, 2′) – Leonie Kutzer
Marja Linzbichler (+1) – Hanna Schwarzer – Tamina Schall
Défenseures :
Annika Fazokas (A, +1, 2′) – Antonia Matzka (+1)
Laura Nagy – Charlotte Wittich
Lisa Schrofl (+1) – Anna Billa (+1)
Laura Leitner – Artemis Tekin
Gardienne :
Selma Luggin
Remplaçante : Anja Adamitsch (G). En réserve : Magdalena Luggin (G).