Le fiston qui pistonne son père pour le poste d’entraîneur, c’est peu commun. C’est une des histoires étonnantes de notre quatrième et dernier volet de notre présentation KHL déclinée d’ouest en est. Elle nous emmène jusqu’en Extrême-Orient avec la division Chernyshyov.
Avangard Omsk : l’entraîneur québécois qui a la peau de la star russe

Le dirigeant, c’est Evgeny Kozhevnikov, qui avait assuré Tkachyov du soutien du club pendant sa convalescence. L’entraîneur, c’est Guy Boucher, qui n’a pas caché avoir une vision différente du jeu et un système de jeu plus vertical. Mais Tkachyov a surtout été victime de la légèreté des règles contractuelles de la KHL. En NHL, racheter un contrat plombe la masse salariale et oblige à comptabiliser à la fois le joueur parti et son remplaçant. En Russie, aucun effet sur le plafond salarial ! Le club a juste à payer 25% de la prochaine année de contrat, un pourcentage sur les saisons suivantes n’est dû au joueur que s’il ne retrouve aucun club, ce qui ne risque pas d’arriver avec un joueur de ce niveau. Les contrats longs sont donc un papier sans valeur. Boucher a vite compris ces nuances, et il a martelé les besoins qu’il a constatés en prenant l’équipe en mains en cours de saison dernière : plus de gabarit, plus de vitesse, renforcer en premier lieu les centres et la défense. Le petit ailier Tkachyov n’était absolument pas dans le profil. La place énorme libérée dans la masse salariale pouvait être mieux utilisée.
Même s’il a dit que cela lui avait coûté deux nuits d’insomnie, le nouveau manager Aleksei Sopin (ex-Dynamo) s’est laissé convaincre de résilier le contrat de Tkachyov mais aussi de se dédire en annulant la venue de Jesse Blacker, renvoyé d’où il venait à l’Avtomobilist pour recruter un défenseur plus jeune, Maxime Lajoie, que Boucher avait entraîné chez les Sénateurs d’Ottawa. Sopin ne s’est pas fait que marcher sur les pieds. Il a aussi eu son influence sur le recrutement pour faire venir les ailiers Aleksandr Volkov – auteur d’une saison à 48 points à Minsk – et Dmitri Rashevsky, acheté plus d’un million d’euros à son ancien club du… Dynamo où il mettait plus de 40 points par an. Et il dit avoir été le premier à proposer le centre américain Andrew Poturalski, un double champion AHL dont Boucher a fait avec joie son premier centre.
L’effet « taille et poids » si cher à tout coach canadien n’est pas encore si évident, parce que le pur défenseur défensif Joseph Cecconi est blessé et n’est pas encore apparu. Mais la solidité défensive est assurée par Artyom Blazhievsky, auteur d’une excellente saison chez le Traktor vice-champion, et l’engagement de Vyacheslav Voynov assure de l’expérience en défense. Quant à l’espoir de Babyev que Boucher ait « posé une mine sous lui-même » en écartant Tkachyov, ce rêve de l’agent ne se réalisera pas car l’Avangard est si seul au monde dans sa division qu’il y engrangera assez de points pour être très tranquille avant les play-offs.

Salavat Yulaev Ufa : vente à la découpe

Le Salavat Yulaev s’est en fait appliqué à passer d’un coup du plafond au plancher salarial, soit moitié moins ! Le club s’est séparé de toutes ses stars nord-américaines. Toutes sauf une : l’Américain Sasha Chmelevski tenait vraiment à rester, il s’était installé à Oufa depuis trois ans maintenant. À la conférence de presse de pré-saison, le directeur général Rinat Bashirov avait assuré que le joueur-clé resterait. Mais quand les Bachkirs se sont retrouvés derniers, les dirigeants se sont dits que, perdu pour perdu, autant vendre ce qui avait de la valeur. Chmelevski a été proposé au plus offrant, un accord a été trouvé à 200 millions de roubles avec l’Avangard qui a communiqué sur l’arrivée du joueur… et le lendemain, Ak Bars a surenchéri et empoché la mise pour 230 millions !
Il faut dire qu’Omsk a ajouté dans la balance Wyatt Kalinyuk et qu’il y avait bien besoin d’un défenseur à Oufa car le retour de convalescence du vétéran Aleksei Vasilevsky a coïncidé avec la blessure du nouveau leader défensif Dean Stewart (ex-Vityaz). Avec bien moins de talent mais en s’appliquant à défendre, le Salavat Yulaev Ufa peut encore s’en sortir. Ses gardiens paraissaient encore parmi les meilleurs du championnat, même si le jeune héros des derniers play-offs Semyon Vyazovoy a été taillé en pièces à sa première sortie (3 buts en 9 tirs et 23 minutes) et est encore bien tendre pour concurrencer le gardien de l’équipe de Russie (pré-suspension internationale) Aleksandr Samonov.
La Russie prend un peu en pitié l’entraîneur Viktor Kozlov, qui avait prolongé après une demi-finale de championnat et se retrouve à reprendre à zéro avec des jeunes. Pour ces derniers, en revanche, c’est une chance. Maksim Kuznetsov peut enfin accéder à la KHL à 23 ans et Aleksandr Zharovsky (choix de deuxième tour de draft des Canadiens de Montréal en juin) peut devenir titulaire à seulement 18 ans. Tout n’est pas si désespéré. Si elle arrive à se remobiliser sur un objectif revu à la baisse – le simple accès aux playoffs – l’équipe a toujours les moyens d’y parvenir.
Sibir Novosibirsk : le gouverneur de Saint-Domingue

Les deux grandes figures du club depuis trois ans ne sont néanmoins plus là. L’ailier Taylor Beck (maintenant à Genève) et le défenseur Trevor Murphy (maintenant au SKA) étaient tous les deux indéniablement talentueux mais toujours soupçonnés de ne pas être au service du collectif. Chase Priskie, un des cinq joueurs du champion AHL 2024 Hershey à avoir rejoint la KHL cet été, sera le nouveau défenseur offensif : premier joueur de NHL né en Floride (l’aréna des Panthers est à 10 minutes de chez lui), il a laissé sa famille en Amérique pour remplacer Murphy dans le rôle du défenseur aux instincts offensifs.
Des instincts que partage… le gardien Louis Domingue. Souvent premier relanceur de son équipe, le Québécois aux 144 matchs de NHL est connu pour son amour du jeu avec le palet, et il est certainement la nouvelle attraction nord-américaine du Sibir.
Même si elle a récupéré un profil éprouvé depuis trois ans en KHL avec l’ailier Scott Wilson (qui avait mis 6 points avec le Salavat dans un match de playoffs contre le Sibir au printemps !), l’attaque a été surtout reconstruite autour de deux joueurs russes de premier plan. « L’autre » Vladimir Tkachyov – celui qui joue centre – a quitté le finaliste Traktor pour une place en première ligne et un temps de jeu considérable dans toutes les situations. L’ailier droit Nikita Soshnikov a mis 25 buts la saison passée avec l’Admiral et pourrait aider à finir… devant ce concurrent direct majeur !
Admiral Vladivostok : du fouet à la douceur

Averkin a mis sa patte par des transferts tardifs. Il a écarté deux recrues (Sharov et Popov) et a engagé d’autres joueurs pas forcément convaincants à une très notable exception : Aleksandr Daryin, au chômage après la disparition du Vityaz, a signé pour deux ans fin août et est devenu le meilleur marqueur inattendu de l’équipe pendant les deux premières semaines, en ajoutant une créativité qui manquait jusque là. Le style de l’équipe est en effet très nord-américain, avec du forechecking et beaucoup d’impact dans les bandes.
Depuis le départ de Serebryakov, l’Admiral cherche surtout son homme de confiance dans les cages. Le club s’est un peu mordu les doigts d’avoir échangé en cours de saison dernière Vasili Demchenko (très performant par la suite à Minsk). Mishurov, prêté par Omsk, y est logiquement rentré, et il ne restait plus que le décevant Ilya Konovalov qui a vu son contrat résilié. De trois gardiens, on passe à un titulaire unique. L’Admiral a racheté au Torpedo les droits sur le Slovaque Adam Húska, désireux de se relancer après une saison médiocre tant à Lugano qu’en équipe nationale. Cela fonctionne et le défenseur physique Mario Grman semble même encore plus efficace cette saison avec l’arrivée de son compatriote.
Barys Astana : le retour des étrangers au Kazakhstan

Mais ce qui compte pour savoir si le Barys pourra accéder aux play-offs, c’est uniquement le nombre d’étrangers qu’il s’autorise à embaucher, en tenant compte des nouvelles lois du pays interdisant de gaspiller l’argent public pour des sportifs pros. Y en aurait-il ? Le sélectionneur du Kazakhstan relégué aux derniers championnats du monde, Oleg Bolyakin, est consulté sur le recrutement, et a conseillé des renforts. Le premier étranger officialisé fut étonnamment un Russe, Emil Galimov. Il fut aussitôt suivi de Mike Vecchione, devenu surnuméraire au Traktor avec l’arrivée de Leivo. En dix jours, sept Nord-Américains sont arrivés, dont le défenseur américain Ian McCoshen qui évoluait déjà pour Kravets la saison passé avec Kunlun.
Mais on était déjà fin août, et le temps de faire les visas pour la Russie, les autres ne pouvaient même pas y accompagner l’équipe en pré-saison ! Il faut une période d’adaptation, mais la stratégie reste au renforcement. Avec jusqu’à quatre étrangers en défense, même s’ils sont à prix raisonnable, le Barys n’a plus l’intention d’être un faire-valoir et de finir dernier comme l’an passé.
S’il y a un poste où les internationaux du Kazakhstan ont toujours semblé compétitifs au niveau international, c’est celui de gardien. Le problème est que Nikita Boyarkin est toujours convalescent depuis sa déchirure des ligaments croisés en février. Même si son collègue Andrei Shutov maintient de bonnes performances, le Barys tient à avoir un gardien étranger. S’il a vite renvoyé Olivier Rodrigue (AHL et 2 apparitions pour les Edmonton Oilers la saison dernière), c’est parce que celui-ci a été accusé d’avoir caché une blessure non guérie. Il a été remplacé par un gardien au CV inférieur – Adam Scheel oscillait entre AHL et ECHL – mais plus en forme.
Amur Khabarovsk : papa entraîneur pistonné par son fils joueur ?

C’est l’entraîneur des gardiens, Andrei Filimonov, qui a étonnamment été nommé manager général. Il déclare vouloir développer les jeunes, mais c’est une gageure car les jeunes hockeyeurs locaux sont recrutés dès l’adolescence par des clubs d’autres régions où les championnats sont plus compétitifs qu’en Extrême-Orient. Matvei Zaseda était resté plus longtemps dans son club formateur, jusqu’à 19 ans, avant de partir vers Omsk. Il vient d’être racheté à 26 ans lors de la liquidation du Vityaz en même temps que le grand gardien Maksim Dorozhko, qui était en revanche un pur produit du Vityaz Podolsk. Tous deux auront un rôle important – respectivement membre de la première unité de powerplay et titulaire indiscutable dans les cages – dans un club où la concurrence est faible.
Elle sera même moins intense car Filimonov a annoncé que le club n’engagerait aucune recrue étrangère après les déceptions québécoises de l’an passé (Brosseau et Durandeau). Seuls les trois renforts étrangers de longue date demeurent, dont bien sûr le centre numéro 1 Alex Galchenyuk. Celui-ci est d’autant plus que le pilier de l’équipe… que son père Aleksandr Galchenyuk a été nommé entraîneur-chef malgré son inexpérience totale dans le domaine (il fut seulement assistant-coach en junior majeur il y a plus de douze ans…). C’est un cas unique où on a l’impression que c’est le père qui doit son poste au fils et non l’inverse ! Que Galchenyuk junior ait le temps de jeu principal des attaquants est juste une évidence technique. L’autre centre américain Alex Broadhurst est passé de centre à ailier par la force des choses : les ailes sont totalement dépeuplées car la recrue majeure de l’intersaison Evgeni Svechnikov est blessée.









































