États-Unis - Suisse (JO 2010, quart de finale)

SUTER_Ryan-2009-7949Un duel est attendu ce soir entre deux gardiens semblables... à une lettre près, Miller et Hiller. Les Américains ont remporté le match de poule 3-1, mais l'enjeu est beaucoup plus important dans ce quart de finale. Cela pourrait être plus dur pour les Suisses qui ont dû jouer 70 minutes d'un match de barrage terminé aux tirs au but hier contre le Bélarus. Combien de forces y ont-ils laissées, physiquement et nerveusement ?

Les Américains sont l'équipe "à domicile" et ont donc l'avantage du dernier changement : ils prennent un malin plaisir à recréer de temps en temps ce face-à-face qui a déjà un peu trop duré, la revanche de la revanche dans l'animosité Backes/Sprunger. "L'idiot" (dixit Sprunger) David Backes, qui n'a pas manifesté beaucoup d'empathie envers sa victime depuis mai, se signale surtout par une mauvaise passe qui met son équipe en danger de but. Avantage pour l'instant à Julien Sprunger, qui provoque la première pénalité en se faisant accrocher par Callahan.

Cette supériorité numérique va paradoxalement mettre fin au bon début de match des Suisses. Leur belle séquence de passes continue jusqu'à Romano Lemm à mi-zone... qui rate le palet. Jonas Hiller se fait même une grose frayeur quand il sort au-devant du palet et voit sa relance contre la bande contrée par Ryan Kesler. Celui-ci centre en retrait pour Zach Parisé, mais Hiller se rattrape en repoussant de justesse ce tir de l'épaule gauche.

La Suisse subit de plus en plus le jeu à partir de ce moment. Un des protagonistes est Yannick Weber. Le défenseur des Canadiens de Montréal avait peu joué après certaines difficultés en début de la compétition, même si on a vu Krueger lui faire confiance lors de la prolongation hier pour profiter de sa mobilité. Les temps restent durs pour Weber, propulsé sur le banc par charge de Brown. Ensuite il s'avance sur un palet sans l'intercepter et laisse partir un 2 contre 1. Heureusement, son collègue défensif Philippe Furrer se couche parfaitement sur la passe de Parisé. Mais il a le mérite d'apprendre, ce Weber : sur l'action suivante, c'est lui qui se couche pour empêcher le centre de Pavelski.

HillerJonas

Par rapport à celui du premier match, ce premier tiers-temps a été beaucoup plus favorable aux États-Unis : physiquement, techniquement, ils ont été meilleurs et ont monopolisé le palet. Mais la seule chose qui compte, c'est le score. La Suisse a moins tenu dans le jeu, par contre, elle a tenu le 0-0. Après deux matches moyens contre des adversaires moyens, le gardien Jonas Hiller est redevenu chaud au bon moment, avec 18 arrêts en vingt minutes !

L'intimidation n'a pas fonctionné pour les Américains. Toutes les provocations verbales du monde n'empêchent pas Julien Sprunger de jouer au hockey : à la trentième minute, il fait passer le palet dans son dos pour mieux mettre dans le vent Tim Gleason et s'ouvrir une position de tir sur Ryan Miller. Le public a apprécié le geste.

Promu sur la première ligne américaine à la place de l'inconstant Patrik Kane, le capitaine Jamie Langenbrunner en remontre à tous ces "jeunots" qui devaient l'éclipser dans un rôle défensif. Il décoche un tir dévié de justesse par le gant de Miller, et l'action a poussé Domenichelli à la faute. Les Américains n'arrivent pas à installer leur jeu de puissance, et sur sa sortie de prison, le Canado-Suisse participe immédiatement à une contre-attaque dangereuse. Erik Johnson subtilise habilement ce palet de but. Domenichelli le fait trébucher et retourne d'où il vient - en prison. Avec une présence-marathon de Mark Streit, la défense suisse résiste à tout, et une charge à la hanche de Mathias Seger retourne même Bobby Ryan comme une crêpe.

Et puis, le coup de tonnerre : alors qu'il ne reste presque plus de temps, Ryan Kesler tire à la cage depuis le coin de la patinoire pour provoquer un miracle... qui a lieu. Jonas Hiller est surpris par ce palet venu de l'arrière qui rebondit sur lui et tente de le dégager en le volleyant avec sa crosse. Ce faisant, il s'auto-lobe et se met tout seul un but, sur la sirène, alors qu'il n'y avait aucun danger. L'arbitre fait cependant appel à la vidéo : le ralenti accompagné de l'incrustation du chronomètre démontre que le temps s'est écoulé juste avant que le palet ne franchisse la ligne. But-gag évité, et le score est donc toujours vierge.

2010-02-24-USA-SuisseEn début de troisième période, les Américains accélèrent encore. Hiller a encore de la chance : un lancer masqué lui heurte le patin avant de ricocher par dessus la cage. Phil Kessel le contourne et glisse le palet hors cadre car Philippe Furrer l'a fait trébucher. Pendant la supériorité numérique, Langenbrunner fait un excellent travail d'écran, sans que Seger puisse le déloger. Hiller ne voit strictement rien, y compris pendant le lancer de Brian Rafalski dévié par Zach Parisé. Hiller essaie de sauver ce palet volant de la mitaine, puis d'un réflexe de la jambière : à chaque fois il le manque de dix centimètres, et il le voit mourir le long du poteau (1-0).

La Suisse est toute proche d'égaliser aussitôt : tir dans un angle impossible de Sandy Jeannin touche le poteau opposé. Les Américains marquent sur la contre-attaque... mais leur but est annulé pour une charge avec la crosse de Kesler qui enlève le casque devant sur Seger devant la cage. Avantage numérique pour la Suisse désormais. Monnet a le droit de masquer le gardien puisque personne ne s'y oppose, et Romano Lemm s'infiltre, mais sans trouver le cadre. Maintenant, ce sont les Américains qui font front en se sacrifiant pour bloquer le palet.

Le temps file et les occasions se font attendre. Les Suisses sont maintenus dans le périmètre et n'arrivent pas à obtenir des positions dangereuses. À l'avant-dernière minute, Lemm trouve une faille en dribblant en entrée de zone. Wick tombe derrière la cage : Stastny l'a-t-il fait trébucher ? Non, selon l'arbitre. L'avantage numérique, Krueger devra le provoquer lui-même, en sortant son gardien pour engager à 6 contre 5. Le jeu reste confiné dans la bande, et Parisé part en contre libérer son équipe en cage vide (2-0).

Travailleur mais pas en réussite statistiquement (il a quand même volé le palet à Niedermayer sur le premier but américain contre le Canada), Zach Parisé a bien mérité ces deux buts. Ryan Miller et sa défense, emmenée par un Ryan Suter taille patron, ont été impeccables.

Ici s'achève donc la carrière de Ralph Krueger comme coach de l'équipe de Suisse. Avec une grosse performance défensive, les félicitations du jury tactique pour sa trappe, des compliments à ses joueurs pour leur effort... mais toujours pas de médaille pour récompenser les progrès de fond réalisés pendant ses treize années de mandat.

 

États-Unis - Suisse 2-0 (0-0, 0-0, 2-0)
Mercredi 24 février 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 17536 spectateurs.
Arbitrage de Paul Devorski (CAN) et Peter Orszag (SVK) assistés de Shane Heyer (USA) et Felix Winnekens (ALL).
Pénalités : États-Unis 6' (2', 2', 2'), Suisse 8' (0', 6', 2').
Tirs : États-Unis 44 (18, 14, 12), Suisse 19 (4, 4, 11).
Évolution du score :
1-0 à 42'08" : Parisé assisté de Rafalski et Stastny
2-0 à 59'48" : Parisé (cage vide)


États-Unis

Gardien : Ryan Miller.

Défenseurs : Ryan Suter - Brian Rafalski (A) ; Tim Gleason - Erik Johnson ; Brooks Orpik - Jack Johnson ; Ryan Whitney.

Attaquants : Zach Parisé (A) - Paul Stastny - Jamie Langenbrunner (C) ; Phil Kessel - Joe Pavelski - Ryan Malone ; Dustin Brown - Ryan Kesler - Patrick Kane ; Chris Drury - David Backes - Ryan Callahan ; Bobby Ryan.

Remplaçant : Tim Thomas (G). Absent : Jonathan Quick (G).

Suisse

Gardien : Jonas Hiller.

Défenseurs : Mark Streit (C) - Mathias Seger (A) ; Philippe Furrer - Rafael Diaz ; Luca Sbisa - Severin Blindenbacher ; Yannick Weber ; Patrick von Gunten [2 présences].

Attaquants : Raffaele Sannitz - Hnat Domenichelli - Julien Sprunger ; Roman Wick - Sandy Jeannin (A) - Romano Lemm ; Ivo Rüthemann - Martin Plüss - Thierry Paterlini ; Thibaut Monnet - Andres Ambühl - Thomas Déruns.

Remplaçant : Tobias Stephan (G). En réserve : Ronnie Rüeger (G).