Fribourg-Gottéron, le sacre des « Dragons » au bout de l’histoire !
Longtemps, le hockey suisse a été une affaire de clubs suisses alémaniques, exception faite des titres du HC Lugano. Mais aujourd’hui, le hockey romand est capable de compétitionner pour le titre à chaque saison : c’est en effet la quatrième année consécutive qu’un club francophone atteint la finale, après les épopées de Genève-Servette et Bienne en 2023, Lausanne en 2024 et 2025, et désormais le sacre de Fribourg-Gottéron.
Cette année, le dénouement a pris la forme de ce que l’on appelle en Suisse la « Finalissima ». Pour la 13e fois de l’histoire (la 4e sur les 5 dernières années), le titre s’est joué sur un unique match couperet, preuve de l’incroyable densité d’un championnat où chaque détail compte.
Le coup de poker de Davos, l’efficacité de Fribourg
Pour cet acte final, le staff de Davos a tenté un coup de poker en réintégrant le rugueux Brendan Lemieux au détriment d’Adam Tambellini, pourtant héros du Match 5. Côté fribourgeois, la stabilité était de mise.
Le destin a choisi son camp dès la 3e minute. Sur un premier jeu de puissance provoqué par Sprunger, Henrik Borgström — muet depuis le premier match de la série — a montré la voie aux siens d’un lancer lointain qui a surpris Sandro Aeschlimann (0-1, 2’55 »). Portés par cette entame, les Dragons ont doublé la mise sur un coup de génie : une remise en arrière entre les jambes de Patrik Nemeth pour une reprise de volée chirurgicale du jeune Jamiro Reiber (0-2, 13’42 »).
La résilience du « Rekordmeister »
Dos au mur, le HC Davos (club le plus titré de l’histoire avec 31 sacres) a réagi en champion. Après un poteau de Nico Gross (16e), c’est Klas Dahlbeck qui a nettoyé la lucarne de Reto Berra pour relancer le suspense (1-2, 16’35 »).
Le deuxième tiers fut un siège grison. Malgré trois supériorités numériques mal négociées par Fribourg, Davos n’a cessé de pousser. Reto Berra, impérial, a multiplié les miracles, parfois bien aidé par la maladresse de Chris Egli devant la cage ouverte (30e). Mais à force de plier, Fribourg a fini par rompre. À la 49e minute, alors que Nemeth écoule les dernières secondes d’une pénalité, l’ancien 6e choix de la draft 2018 Filip Zadina égalise d’une reprise de volée sur un service millimétré de Calle Andersson (2-2, 48’10 »).
Wallmark pour l’éternité
La tension est devenue insupportable jusqu’à la sirène finale, Tino Kessler trouvant même la transversale fribourgeoise à deux minutes du terme. Sur la foi des statistiques, Davos doit gagner…mais la réalité de la glace en est tout autre. Tout s’est donc joué en prolongation.
Le scénario a alors bégayé : comme au match 5, une pénalité a fait basculer la rencontre. Mais cette fois, le powerplay fribourgeois n’a pas tremblé. Michael Kapla a décalé Lucas Wallmark dont le one-timer surpuissant a fini sa course en pleine lucarne (2-3, 65’56 »). Fribourg est champion de Suisse. Enfin, après 45 années de présence ininterrompue en élite et 4 finales perdues.
L’adieu royal de Julien Sprunger
C’est l’image que tout le hockey suisse retiendra. À 40 ans, après 24 saisons et 1 186 matchs sous le seul et unique maillot de sa vie, l’enfant du pays Julien Sprunger termine sa carrière au sommet. Un destin à la Raymond Bourque (titré avec l’Avalanche à l’âge de 40 ans) pour celui qui aura compilé 828 points (avec une répartition parfaite de 414 buts pour autant d’assistances !)en carrière et qui voit enfin sa fidélité récompensée par le plus beau des trophées pour son ultime match professionnel.
La fin du complexe des « losers magnifiques »
Fribourg se défait enfin de son étiquette de « losers magnifiques », réussissant là où les légendes Slava Bykov et Andrei Khomutov avaient échoué (trois finales perdues entre 1992 et 1994). Ce titre récompense le choix du Directeur Sportif Gerd Zenhausern d’avoir attiré Roger Rönnberg à la bande. Double titré en Suède (SHL) et quadruple vainqueur de la Champions Hockey League avec Frölunda, le technicien a su s’entourer d’assistants connaissant parfaitement la National League : Rickard Franzen et Lars Leuenberger. Une structure qui a permis aux Dragons de franchir ce palier mental qui a pu leur faire défaut par le passé.
Une ville en fusion
La fête a atteint des proportions irréelles sur les bords de la Sarine. Plus de 9 000 spectateurs étaient massés dans la patinoire pour voir le match sur écran géant, tandis que 20 000 autres vibraient à l’extérieur. À 4h30 du matin, ils étaient encore 8 000 à la BCF Arena pour accueillir leurs héros, grâce à une autorisation spéciale des autorités permettant aux bars de rester ouverts toute la nuit, symbole de la passion pour le hockey qui anime plus qu’une ville, mais tout en canton. Ainsi, samedi, pour la parade organisée pour les hockeyeurs héros, c’est une foule de 80 000 personnes (soit autant que la population de l’agglomération de Fribourg !) qui s’est massée le long du cortège.
Davos : Le coup est rude pour le « Rekordmeister »
Pour Davos, la pilule est amère. Dominateurs en saison régulière (117 points, soit 17 de plus que Fribourg) et impressionnants lors des premiers tours (Zoug puis Zurich écartés en 5 manches), les Grisons n’ont pas su emballer la série finale. Les blessures ont certainement pesé lourd : Michael Fora en défense, Valentin Nussbaumer ou encore Rico Gredig. Le retour tardif d’Enzo Corvi et un Matej Stransky diminué ont privé le HCD de son efficacité habituelle. Le club aux 31 titres devra attendre pour sa 32e couronne. Fin de parcours dans les Grisons pour le défenseur tricolore Enzo Guebey, qui rejoindra Lugano à l’intersaison. Très peu utilisé en finale (12 minutes cumulées en 4 matchs), le natif de Sallanches ne succédera pas à Yohann Auvitu comme dernier Français champion de Suisse (sacré en 2023 avec Genève-Servette).
Illustrations de Pierre Maillard (site internet) / MySports/Léman Bleu
Déclaration d’après match (Blick)
Julien Sprunger (attaquant, Fribourg-Gottéron) : « (…) Quand tu te bats pendant 24 ans… Quand tu es gamin, tu patines, tu joues en pensant à Bykov, Khomutov… Et aujourd’hui, tu es là. On s’est battus, on a eu des chances, on a été très proches, il y a eu des saisons difficiles aussi. Et là, de se dire qu’on l’a fait… enfin. J’ai l’impression que ma mission est terminée.»
Christoph Bertschy (attaquant, Fribourg-Gottéron) : « Je crois que j’avais la meilleure place de la patinoire. J’étais pile dans l’axe du tir. Au moment où le puck part, je sais que c’est au fond. Tout le monde saute sur la glace et c’est seulement au moment où je suis arrivé à la ligne bleue que j’ai vraiment réalisé.»
Lucas Wallmark (attaquant, Fribourg-Gottéron) : « C’était mon dernier match avec Fribourg. Finir comme ça, c’est incroyable. Ça a été un parcours difficile depuis le début des play-off jusqu’à ce soir. On a du travaillé pour ça et nous avons gagné en équipe. Je suis tellement fier. (..) On a traversé des moments terriblement compliqués (…). Mais cela a montré le caractère de cette équipe. Ces obstacles nous ont rendus plus forts. Ça a construit notre identité.»
HC Davos – Fribourg-Gottéron 2-3 ap. prolongation (1-2, 0-0, 1-0, 0-1)
Jeudi 30 avril 2026 à 20h00 à la zondacrypto-Arena. 6547 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Mark Lemelin (14) et Marc Wiegand (20) assistés de David Obwegeser (79) et Dominik Schlegel (73).
Pénalités : Davos 12′ (4′, 6′, 0′, 2′) ; Fribourg 8′ (2′, 2′, 4′, 0′).
Tirs : Davos 32 (10, 9, 13, 0) ; Fribourg 23 (7, 6, 8, 2).
Évolution du score :
0-1 à 02’55” : Borgström assisté de Kapla et Wallmark (sup. num.)
0-2 à 13’42” : Reber assisté de Nemeth et De la Rose
1-2 à 16’35” : Dahlbeck assisté de Frick et Stransky
2-2 à 48’10” : Zadina assisté de Andersson et Dahlbeck (sup. num.)
2-3 à 65’56” : Wallmark assisté de Kapla et Sörensen (sup. num.)
HC Davos
Attaquants :
Brendan Lemieux (+1) – Simon Ryfors (2’) – Yannick Frehner
Filip Zadina (-1, 4’) – Rasmus Asplund – Beni Waidacher
Tino Kessler – Enzo Corvi – Matej Stransky (C, +1)
Julian Parrée – Chris Egli (+1) – Simon Knak (-1)
Défenseurs :
Klas Dahlbeck (+1) – Lukas Frick (+1, 4’)
Sven Jung (-1) – Calle Andersson (-1, 2’)
Davyd Barandun – Nico Gross
Gardien :
Sandro Aeschlimann (25/28, 89,3%)
Remplaçants : Laurin Solèr (G), Enzo Guebey, Niklas Aebli. Absents : Ludvig Claesson, Adam Tambellini, Roope Taponen, Tim Minder (surnuméraires) ; Rico Gredig, Michael Fora, Luca Hollenstein, Valentin Nussbaumer (blessés).
Fribourg-Gottéron
Attaquants :
Attilio Biasca – Henrik Borgström (+1) – Christoph Bertschy (+1)
Nathan Marchon – Lucas Wallmark (+1, 2’) – Marcus Sörensen (+1)
Jamiro Reber (+1) – Jacob De la Rose (+1) – Jeremi Gerber
Jan Dorthe – Samuel Walser (2’) – Julien Sprunger (C)
Défenseurs :
Michael Kapla (2’) – Yannick Rathgeb
Patrik Nemeth (+1, 2’) – Benoit Jecker
Maximilian Streule – Simon Seiler
Gardien :
Reto Berra (30/32, 93,8%)
Remplaçants : Loïc Galley (G), Ludvig Johnson, Kevin Nicolet. Absents : Daniel Ljunggren, Kyle Rau, Sandro Schmid, Juuso Arola, Ty Rattie, Andrea Glauser.








































