Les play-offs qui viennent de s’achever ont certainement marqué l’histoire de la Ligue Magnus. Ils ont en effet couronné un tout nouveau champion. Bordeaux a remporté le premier titre de son existence, avec la manière, en dominant nettement les deux derniers vainqueurs de la Coupe Magnus : Rouen a été balayé en 4 matchs en demi-finale, et le champion et favori Grenoble a ensuite été clairement battu 4 victoires à 1.
Au jeu de la désignation des équipes-types, les Boxers ne constituent pas le cas le plus évident. Ils ont gagné parce qu’ils avaient le meilleur collectif. Difficile d’y ressortir une individualité, et c’était le cas toute la saison. C’est pour ça que seuls Jérémy Beaudry (deux fois) et Alex Dubeau (une fois) avaient figuré dans les équipes-types de saison régulière. Les adversaires en play-offs anticipaient mieux le slap dévastateur de défenseur droitier de Beaudry (victime d’une fracture du nez en quart de finale contre Marseille) et Bordeaux a été un peu moins performant en supériorité numérique.
Dans le même temps, à 5 contre 5, les Boxers ont élevé encore le rythme et leur volonté de mouvement perpétuel a eu raison de leurs adversaires. Tommy Giroux, qui n’a mis que 5 de ses 17 points en jeu de puissance dans ces séries, a été le meneur offensif, un créateur majeur, capable aussi d’emballer le match par sa vitesse. Il existait autrefois dans le championnat de France un trophée individuel du joueur le plus fair-play – le trophée Raymond Dewas – remporté plusieurs fois par deux autres petits attaquants venus du Québec le regretté Claude Verret et Robert Ouellet. Si ce trophée existait encore, Giroux serait un récipiendaire naturel, lui qui n’a pris qu’une seule pénalité en deux saisons à Bordeaux.
Il ne faut pas oublier que l’attaque bordelaise était dans le dur à l’automne. Les Boxers étaient en bas de classement, très loin des attentes placées en eux par leur recrutement. Le symbole de ces difficultés était alors Pierre-Olivier Morin, recruté comme premier centre et qui n’avait inscrit que 5 points en 15 journées. Six mois plus tard, il en a inscrit 8 dans les 5 rencontres de la finale. Même quand il était critiqué par le public de Mériadeck à l’époque, le centre canadien était toujours reconnu pour sa qualité aux engagements, encore démontrée avec 57% de réussite en play-offs. Il mérite une place sur la seconde équipe-type, derrière un intouchable au poste de centre.
Au contraire de Bordeaux, Grenoble a en effet vécu par deux individualités. Top scorer de loin dans ces play-offs, François Beauchemin a retrouvé son niveau de la CHL où il a fait partie des meilleurs attaquants. Souvent décisif devant le but, le centre a débloqué de nombreuses situations compliquées pour Grenoble par son seul talent individuel et aussi son entente naturelle avec Christophe Boivin. Moins en vue que pendant la saison régulière et parfois éclipsé certains soirs par Beauchemin, l’ailier gauche a été moins efficace devant la cage mais s’est souvent transformé en passeur décisif alors qu’il est normalement le buteur attitré de la ligne, en plus d’être un joueur combatif à l’état d’esprit irréprochable.
Guillaume Leclerc est un des seuls attaquants grenoblois qui ait réussi à soutenir le duo Beauchemin-Boivin dans l’offensive grenobloise, que ce soit sur une autre ligne ou en troisième membre du trio après la blessure de Mallet. Il a essayé de créer du jeu, n’arrivant pas toujours à faire la différence, mais il a montré l’exemple avec beaucoup d’abnégation et a mis quelques buts importants. Combatif sur la glace, il n’y a pas grand-chose à lui reprocher dans la continuité de sa très bonne saison régulière.
La place d’ailier droit dans la première équipe-type revient logiquement à un Bordelais. Baptiste Bruche a lui aussi connu une période de disette en début de saison, ne parvenant pas à poursuivre sa progression statistique de la saison passée. Il est toujours resté un joueur de devoir, qui déploie un travail remarquable en infériorité numérique. Il a d’ailleurs mis 2 buts dans cet exercice en play-offs, et 7 au total. Une excellente nouvelle pour l’équipe de France, car c’est cette efficacité dans le slot que Bruche doit trouver pour franchir le dernier palier et s’imposer en bleu.
Si l’on parle des galères vécues en cours de saison par Bordeaux, on doit bien sûr parler de Quentin Papillon. Sa blessure lui a coûté les Jeux Olympiques et il est passé de numéro 1 à numéro 4 en équipe de France en quelques mois. Même en club, le remplaçant recruté pendant sa convalescence (Dubeau) lui passait devant. Mais une fois qu’il a trouvé sa pleine condition physique, Papillon a démontré sa résilience psychologique. C’est à son image sur la glace : il ne lâche rien. C’est aussi cette hargne qui lui a permis de dominer Pintarič à partir du match 3 de la finale.
Jusqu’au match 2 de la finale, qu’il a volé à lui tout seul en arrêtant les 5 tirs au but bordelais, Matija Pintarič avait en effet réalisé des prestations de haut vol, portant son équipe bousculée dans les séries face à Briançon et Angers. Son absence pour la bonne cause (la naissance de son enfance) au match 6 de la demi-finale en Anjou s’était tout de suite vue. Papillon a retourné la tendance sur la fin pour prendre place sur la première équipe.
En défense, un seul Grenoblois a vraiment été au niveau, ou en tout cas régulier pendant tous les play-offs, Nolan Zajac. Son association avec Kulbis-Marino a bien fonctionné et il a beaucoup contribué à l’efficacité du power-play où il était positionné sur la première unité. C’est un défenseur complet qui a vraiment apporté un plus pour soutenir l’offensive.
C’est le contraire à Bordeaux où tout le monde aurait pu mériter sa place, dans des styles très différents, du défensif Pageau à l’offensif Beaudry. La force des Boxers, c’est le positionnement du bloc qui doit défendre à chaque instant T, plus que deux ou trois individualités. Le recrutement de l’ancien international tchèque Jakub Kindl avait attiré l’attention en début de saison, et parfois déçu par des relances pas toujours sûres. Mais in fine, son expérience a été une grande force dans ces play-offs. Il a été le plus impressionnant physiquement, sachant ajouter de la rudesse dans le jeu, et défensivement avec son placement.
L’arrière bordelais choisi pour la première équipe-type est finalement Maxim Lamarche, très solide dans les deux sens. Sa paire avec Dusseau a été très solide. Sans être forcément les plus flamboyants, on voit qu’ils sont l’habitude d’évoluer ensemble et sont complémentaires. La performance de Kevin Dusseau n’a pas échappé au sélectionneur national puisqu’il vient d’être convoqué en équipe de France, trois ans après sa dernière apparition lors de la préparation aux Mondiaux 2003. Un retour tardif en bleu à 34 ans… et peut-être une première compétition officielle en D1A alors qu’il n’avait joué que des matchs et tournois amicaux lors de ses 44 sélections antérieures.
Première équipe-type : Quentin Papillon (Bordeaux) / Nolan Zajac (Grenoble) – Maxim Lamarche (Bordeaux) / Tommy Giroux (Bordeaux) – François Beauchemin (Grenoble) – Baptiste Bruche (Bordeaux).
Deuxième équipe-type : Matija Pintarič (Grenoble) / Kevin Dusseau (Bordeaux) – Jakub Kindl (Bordeaux) / Christophe Boivin (Grenoble) – Pierre-Olivier Morin (Bordeaux) – Guillaume Leclerc (Grenoble).
La page de la Ligue Magnus 2025/26.













































