La Lituanie a trébuché pour la première fois dans ce Mondial D1B des moins de 18 ans, en étant battue par l’Italie ce midi, mais seulement aux tirs au but. Elle sera quand même première et promue quoi qu’il arrive si elle bat l’Autriche demain. Une hypothèse qui ne paraît plus si farfelue compte tenu des performances piteuses des Autrichiens. Cette équipe comportant des joueurs attendus à la draft NHL n’a gagné qu’en prolongation cet après-midi face à la Corée du Sud. Elle aussi a une chancé de monter, mais uniquement si la France abandonne encore un point en route.
L’équipe de France donc avant tout s’occuper de sa propre performance et continuer à gagner, comme elle l’a fait avec la manière contre les deux adversaires les plus huppés. Or, les écarts de niveau sont étonnament serrés cette semaine face à des petites nations au réservoir limité à quelques clubs. L’Estonie, à zéro point, joue sa dernière chance ce soir, elle est obligée de prendre un point pour ne pas descendre. Elle peut normalement compter sur le soutien des presque 1000 spectateurs mais ceux-ci ne semblent vraiment pas du genre à donner de la voix, un peu comme le commentateur local quelque peu neurasthénique. Le DJ essaiera de mettre des décibels mais ne réveillera pas la patinoire.
Les Bleuets ne doivent donc pas se laisser endormir. Ils mettent en place le jeu, mais certains Estoniens sont individuellement adroits dans une école technique très russe. Artjom Orlov dribble avec élégance en entrée de zone et décale sur la gauche Kudeviita dont le tir est bien bloqué par Thomas Boursier. La France ne se balade pas, d’autant que les arbitres sifflent une crosse haute de Paulin Hostein. Après un one-timer excentré Paavel Tammert à gauche, Ruslan Heitkov, qui s’est défait de Favarin, prend instantanément le rebond (0-1, photo ci-dessus).
L’équipe de France semble en difficulté, malgré une bonne présence de Darcy Terglav pour remettre la machine en marche. L’Estonie forme un bloc compact et laisse peu d’espace. Les hommes d’Éric Blais trouvent moins de solutions collectives que les jours précédents, et ils égalisent sur un exploit individuel : Alexandre Monarque passe tout droit dans l’axe en perçant en force entre les défenseurs et en dessoclant la cage quand il vient la heurter, mais après avoir mis le palet au fond (1-1). Dès qu’ils ne sont plus menés, les Bleuets sont libérés : les passes s’enchaînent parfaitement, sauf le dernier geste. La France reprend le contrôle à défaut du score.
On s’inquiète au début de deuxième tiers-temps quand Artjom Orlov reste étendu au sol sans bouger dans le coin après avoir été poussé dans la balustrade par Paulin Hostein. L’action ne paraissait vrailent pas violente, et à 50 centimètres de distance, on ne peut guère parler de propulsion. C’est aussi l’avis des arbitres qui ne sifflent rien. Ils ont d’autant plus raison qu’Orlov reprendra le jeu comme si de rien n’était.
Les arbitres ne risquent pas de se faire influencer par une foule hostile, et peuvent donc siffler les fautes en toute quiétude. Dans la minute qui suit, Arthur Daubeuf accélère ainsi sur la droite et est fait trébucher par Paavel Tammert. Les Français déroulent leur combinaison de passes au tableau noir. Alexandre Monarque, dans le cercle droit, sert Malik Lahssini au poteau gauche avec la cage ouverte (2-1).
Les deux équipes restent attentives à leur positionnement, mais une longue passe diagonale de Daubeuf transperce le défenseur et parvient dans son dos à Thibault Muffat Méridol qui prend un lancer depuis la droite. Un rebond intéressant arrive sur Maxime Bertrand mais le gardien local Simon Sildre – fils et neveu de deux ex-internationaux qui étaient parmi les rares authentiques Estoniens dans une équipe très russophone à leur époque – se déplace bien pour refermer la cage ouverte devant l’attaquant formé à l’ACBB (RIP).
La France reste donc à portée. En fin de deuxième période, le défenseur Matvei Kalamees commence à dribbler deux joueurs français dans sa zone (Darcy Terglav et Andrea Meunier). Cela fait plaisir mais n’apporte aucun danger en soi, il se contente d’envoyer au fond. Par contre, dix secondes plus tard, ce même Kalamees intercepte la relance d’Izzy Favarin pour Meunier et centre pour Orlov entre les cercles. Thomas Boursier fait l’arrêt, mais le palet est remis de derrière la cage par Heitkov et Boursier doit intervenir à nouveau. L’égalisation était proche, et Orlov revient en zone en conduite du palet : Chabanet l’accroche pour une pénalité cette fois indiscutable, à 53 secondes de la sirène. Le public et même le commentateur estonien semblent se ranimer. La France défend mais rentre aux vestiaires en état d’alerte.
Le reste de la pénalité est tuée mais les Bleuets sont bien timides à la reprise. La seule occasion est un tir de Mathias Lemaire depuis l’enclave sur une passe en retrait de Kayliss Bizat. La situation se complique encore quand Hostein accroche Filonik près du but et que Trollat le rejoint en prison pour une crosse haute sur l’engagement. L’équipe de France doit donc jouer à 3 contre 5 pendant 1’48”. Boursier multiplie les parades mais il laisse un espace le long de son poteau sur un tir du haut de cercle gauche d’Aleksandr Maslov (2-2). Un but qui pendait au nez. L’Estonie, qui avait tenté 8 tirs cadrés en 40 minutes, vient d’en aligner 11 en moins de 8 minutes !
L’équipe de France réagit tout de suite et fait le siège de la zone offensive. Sur unn jeu en triangle parfait du premier trio, Darcy Terglav semble n’avoir plus qu’à conclure au poteau gauche mais le gardien Simon Sildre signe un arrêt-réflexe fantastique ! De telles occasions ne se reproduisent pas tout le temps, d’autant que les Bleuets butent de plus en plus sur un système estonien bien en place.
Les minutes qui passent n’incitent pas à l’optimisme. Moins les jeunes Français trouvent de solutions, plus ils s’enferrent à essayer de passer en un contre un. Ils finissent le temps réglementaire sur un petit match nul… et sur une prise de bec entre Malik Lahssini et Georgi Lavrinenko, qui s’effondre. L’attaquant français a-t-il commis un mauvais geste ? Les arbitres se concertent, ils lui infligent 2’+2′ pour coup de tête… et 2 minutes à l’Estonien pour simulation !
La France doit donc jouer deux minutes de la prolongation à 3 contre 4, mais est peu mise en danger. Les frères Terglav partent même à 2 contre 1, Darcy décale Nolan mais le dribble de ce dernier face au gardien n’aboutit pas. De retour à quatre, les Bleuets dominent et le défenseur Cyriac Trollet vient attaquer le but. Mais les cinq minutes passent vite. L’avenir de l’équipe de France U18 devra donc se jouer aux tirs au but.
La feinte d’Arseni Koltsov est parfaitement exécutée. Killian Alves Pereira met tout autant dans le vent Sildre, qu’il déporte pour conclure face à une cage ouverte. Dribble parfait aussi pour Orlov (photo ci-dessus).
Les suivants choisissent le tir. Celui d’Alexandre Monarque perce le gardien… mais s’échoue au pied du poteau. Tammert et Darcy Terglav butent aussi sur le gardien.
Ruslan Hetkov revient donc à l’option qui fonctionne, le dribble. Kayliss Bizat aussi, qui lève le palet dans les filets. Mais l’Estonie a toujours un coup d’avance. Aleksandr Kudeviita part très à gauche, se recentre et son lancer à trois mètres… est paré du bras gauche par Thomas Boursier. La France peut égaliser et passer aux tirs supplémentaires, par l’intermédiaire de Nolan Terglav. Le Grenoblois ne prend pas assez de vitesse et son mouvement technique devient vain quand Sildre couvre tout son but en grand écart.
Explosion de joie pour les Estoniens, qui s’offrent ainsi un match pour la relégation demain soir face à l’Italie (qui a déjà été reléguée en D2A en moins de 20 ans et risque le double gouffre). La promotion se jouera demain midi entre Lituanie et l’Autriche. L’équipe de France ne jouera, elle, que pour l’honneur face aux Coréens. Et c’est bien triste qu’elle doive rester un an de plus à ce niveau, car ces rencontres ne sont pas les plus formatrices.
Tandis que les deux défenseurs Arthur Daubeuf et Paulin Hostein (si l’on oublie qu’il était en prison pendant les deux buts estoniens) nous ont bien plu toute la semaine, les jeunes attaquants bleus paraissent manquer encore de force mentale. Ils savent accroître l’intensité face à une adversité supérieure (comme l’Autriche qui a normalement un niveau D1A) mais ils n’arrivent pas à concrétiser contre une équipe qui se cantonne à défendre. Et dès qu’ils courent après le score, c’est comme si leur jeu collectif s’était soudain délit. C’est un peu de mauvaise augure pour les « grands Bleus » qui auront justement ce genre de challenge maintenant qu’ils sont descendus en D1A.
En tout cas, c’est la deuxième année de suite que la France perd contre l’Estonie, un pays dont le hockey mineur tourne autour de 7 clubs, et seulement 5 équipes à partir des moins de 16 ans. Des mauvaises plaisanteries baltes qui deviennent extrêmement pénibles…
Désignés joueurs du match : Arthur Daubeuf pour la France et Simon Sildre pour l’Estonie.

France – Estonie 2-2 (1-1, 1-0, 0-1, 0-0) / 2-3 aux tirs au but
Jeudi 30 avril 2026 à 19h30 à la Tondiraba Jäähall de Tallinn. 955 spectateurs.
Arbitres : Michael Fritschi (SUI) et Tomáš Hacaperka (TCH) assistés de William Henriksson (SUE) et Daniel Lindblom (FIN).
Pénalités : France 16’ (2’, 4’, 10’, 0’) ; Estonie 6’ (0’, 2’, 4’, 0’).
Tirs : France 39 (12, 15, 9, 3) ; Estonie 25 (5, 3, 15, 2).
Évolution du score :
0-1 à 10’41” : Heitkov assisté de Tammert et Kudeviita (sup. num.)
1-1 à 14’30” : Monarque assisté de Trollet
2-1 à 25’24” : Lahssini assisté de Monarque et Alves Pereira (sup. num.)
2-2 à 47’01” : Maslov assisté de Koltsov et Filonik (double sup. num.)
Tirs au but :
Estonie : Koltsov (réussi), Orlov (réussi), Tammert (arrêté), Heitkov (réussi), Kudeviita (arrêté).
France : Alves Pereira (réussi), Monarque (arrêté), D. Terglav (arrêté), Bizat (réussi), N. Terglav (manqué).
France
Attaquants :
Nolan Terglav – Darcy Terglav – Andrea Meunier
Malik Lahssini (+1, 4’) – Alexandre Monarque (+1) – Kilian Alves Pereira (2’)
Gianny Gaillard (C) – Kayliss Bizat – Mathias Lemaire (A)
Thibault Muffat-Méridol – Maxime Bertrand – Neelan Obninsky
Défenseurs :
Paulin Hostein (4’) – Cyriac Trollet (A, +1, 2’)
Arthur Daubeuf (+1) – Alban Chabanet (2’)
Paul Belval (2’) – Izzy Favarin (+1)
Côme Laprun
Gardien :
Thomas Boursier
Remplaçants : Loïs Gonnard (G), Titouan Gautier (A).
Estonie
Attaquants :
Arseni Koltsov (A, -1) – Maksim Kolnenkov (-1) – Andrei Filonik (-1)
Aleksander Kudeviita – Ruslan Heitkov (2’) – Artjolm Orlov
Daniil Savosto – Artjom Timofejev (C) – Timofei Stepanov
Artemi Ertti – Tristan Kookmaa – Pavel Blitstein
Défenseurs :
Aleksandr Malkov – Matvei Kalamees
Maksim Sudarev (-1) – Paavel Tammert (A, -1, 2’)
Georgi Lavrinenko (2’) – Dominic Luht
Gardien :
Simon Sildre
Remplaçants : Timur Alihodzin (G), Konstantin Kossenkov (D), Andrei Pepelyaev (A).











































