Le 14 décembre, la direction des Devils du New Jersey annonçait le renvoi du Français Yohann Auvitu dans la ligue Américaine (AHL), antichambre de la NHL où se côtoient les espoirs en développement et des joueurs au talent insuffisant pour prétendre à la grande ligue. Arrivé par la petite porte cet été, le défenseur tricolore avait pourtant jusqu’ici impressionné bien des observateurs et réussi à faire sa place dans l’équipe à l’issue du camp d’entraînement. Au lendemain de cette décision à coup sûr décevante pour lui, attardons-nous plus en détail sur ses performances jusqu’à présent.
Par Thibaud Châtel – @batonsrompus
Commençons tout d’abord par rappeler que se tailler directement une place en NHL était assurément un accomplissement pour Auvitu. Même auréolé du titre de meilleur défenseur de la ligue finlandaise l’an dernier, faire le saut en Amérique du Nord demandait des ajustements majeurs (taille de la glace, style de jeu…) que le Français a parfaitement maîtrisé. La plupart des observateurs auraient davantage imaginé le voir commencer l’année en AHL avant de se faire offrir quelques opportunités en NHL au fil de la saison. À ce titre, la descente d’hier n’est pas un échec mais plutôt un phénomène certainement attendu pour plusieurs raisons, notamment l’effectif en défense des Devils. Tout d’abord les six autres défenseurs sont tous des vétérans de la NHL, même Severson a deux saisons derrière la cravate, et le Français devient ainsi le candidat le plus probable à un séjour en AHL en sa qualité de petit nouveau. Il est toutefois étonnant de voir l’équipe avec seulement 6 défenseurs prêts à jouer car personne n’a fait le voyage en sens inverse à la place d’Auvitu. Cela les met directement sous la menace d’une blessure de dernière minute. Mais ça c’est une autre question….
La blessure de Jon Merrill durant le camp d’entraînement avait justement ouvert la porte à Auvitu qui n’avait pas laissé passer sa chance et, en toute objectivité, semblait justifier pleinement jusqu’ici sa place soir après soir. Voyons plutôt ce que disent les chiffres de la participation d’Auvitu au sein d’une équipe jouant un hockey très fermé, allouant peu de tirs et de chances de marquer tout en ne s’en créant que très peu également.
Ce constat se retrouve d’emblée si l’on regarde le taux de possession (mesuré par l’addition de tous les tirs tentés ou reçus par une équipe lorsque le joueur est sur la glace, le « Corsi ″). Tous les défenseurs des Devils se retrouvent à gauche de l’axe vertical signifiant la moyenne de la ligue pour les tirs tentés. Par contre Auvitu se révèle celui avec qui les Devils subissent le moins de tirs de l’adversaire, il est le plus haut dans le graphique, révélant une certain efficacité défensive du Français.
Celle-ci se retrouve si l’on rétrécit le spectre aux chances de marquer (tous les tirs non-contrés pris dans un trapèze allant du but au haut des cercles de mise en jeu en passant par les points de mise en jeu.) d’où proviennent 70% des buts en NHL. Là encore tous les Devils sont en dessous de la moyenne pour l’attaque, Auvitu étant le dernier de la classe (le plus à gauche). Cela contraste avec son deuxième rang pour le Corsi de notre graphique précédent. Auvitu et ses coéquipiers ne parviennent ainsi pas à transformer leurs tirs en chances de marquer lorsqu’ils sont sur la glace. Il est cependant encore une fois celui avec qui les Devils accordent le moins de chances de marquer (le plus haut sur le graphique) ! Le Frenchie est ainsi définitivement une valeur plutôt sure lorsqu’il s’agit de protéger son filet.
Mais le hockey se gagne dans les deux sens de la patinoire, alors que dit la balance de ces deux aspects ? Les observateurs des Devils signifiaient qu’Auvitu avait connu des difficultés dernièrement. À regarder le taux de possession du défenseur, comparativement à celui de l’équipe, on observe tout d’abord qu’il a connu des performances supérieures au reste de l’équipe une majeure partie de la saison. Il a par contre, en effet, connu un déclin lors des 4-5 derniers matchs, mais l’équipe dans son ensemble est sur la pente descendante depuis un moment. Depuis le début de la saison, Auvitu est le seul (avec Merill mais qui n’a que 6 matchs au compteur) des défenseurs à afficher un Corsi total positif (au-dessus de 50% donc) avec 51,4%.
Les fans, eux, se montraient d’ailleurs plutôt contrariés du renvoi du Français, arguant notamment son excellent apport offensif. Ce dernier point ne laisse aucun doute à en croire la comparaison avec ses collègues à la ligne bleue. Auvitu est sans conteste le champion parmi les défenseurs du New Jersey pour les tirs tentés personnellement, et ce avec une bonne marge d’avance. Il est par contre important de souligner qu’à l’image de l’équipe, la brigade défensive décoche certes des tirs mais ne vient quasi jamais appuyer l’attaque au point de se créer elle-même des chances de marquer. Auvitu n’a ainsi aucune chance de marquer depuis le début de la saison et le leader à ce chapitre, Moore n’en a que 3. Pour mettre cela en contexte, le meneur dans la NHL est Brent Burns avec 11.
Au final, il apparait clairement que Auvitu n’est certainement pas la 5e roue du carrosse au New Jersey et que son renvoi dans la AHL peut surprendre. Son apport défensif est indéniable, de même que sa capacité à générer des tirs en attaque à l’échelle de l’équipe, même si les chances de marquer ne suivent pas. L’équipe vient cependant de subir trois gros revers et le fragile équilibre qui les tenait debout depuis le début de la saison (la moitié de leurs matchs étaient allés en prolongation… plutôt pugnacee les Devils) est mis en danger. New Jersey accuse désormais un retard de 9 points sur la dernière place qualificative pour les playoff et il est assez habituel dans la ligue de s’en remettre aux joueurs vétérans dans les moments difficiles. Auvitu écope peut-être ainsi pour les autres et l’organisation pourrait avoir jugé bon de lui donner des grosses minutes de jeu en AHL plutôt que de regarder les Devils depuis les tribunes. C’est dommage mais il ne tient qu’à lui de prouver en ligue Américaine qu’il a définitivement le calibre d’un joueur NHL afin de remonter le plus rapidement possible dans la grande ligue.