Un menu raccourci aujourd’hui: le tour de la ligue, l’échange Phaneuf-Gaborik et le scepticisme des joueurs face aux statistiques avancées.
Le tour de la ligue.
Nous avions dit que cela se décanterait en février… Ça se décante. À l’est, les Rangers ont désormais 4pts de retard sur la 8e place et les Islanders 1pt mais avec un match de plus. Petit à petit l’écart se creuse. La Floride entretient un espoir car ils ont quatre matchs en moins mais aucun droit à l’erreur. Et les prochaines rencontres sont sur la route à Calgary, Winnipeg, Toronto, avant Washington, Pittsburgh et re-Toronto. Dans l’ouest, Chicago a abdiqué avec 12pts de retard, Los Angeles est 3 et 5pts derrière San José et Calgary mais avec un match en moins. Leur voyage dans l’est se révèle difficile comme prévu avec 3 défaites de suite et il leur reste 4 parties avant de rentrer au bercail. Anaheim s’accroche mais compte des matchs en plus que les équipes qu’elle poursuit.
Visuellement, notre petit groupe qui s’accrochait à la Yakuline dans le cadrant des équipes chanceuses commence à lâcher prise. Même l’Avalanche marque un recul de son niveau de jeu même si les Avs ont profité de Buffalo et Montréal pour prendre des points. Au moins MacKinnon semble très proche d’un retour. Kings et Ducks sont encore sur la ligne et chaque match est désormais vital pour eux.
Chicago plonge également au sud de la Yakuline, signe clair que la saison est bouclée pour les Hawks. Chicago a beau être positive pour les buts anticipés, les 90,7% d’arrêts d’Anton Forsberg ne peuvent être suffisants pour aspirer à quoi que ce soit.
San José joue toujours avec le feu et continue de frustrer ses partisans. Le collègue Nicolas Leborgne le faisait remarquer avec justesse, les Sharks ont la fâcheuse manie de s’adapter au rythme de leur adversaire. Ce qui donne des soirées solides contre les cadors mais aussi piètres performances comme la défaite contre Arizona cette semaine… Les gardiens sont toujours 25e et les tireurs 27e de la ligue. Heureusement que le système de jeu provoque suffisamment de chances pour compenser la faible réussite. Et Brent Burns a été muté à l’attaque pour palier à la blessure de Hertl. C’est un peu cahin-caha chez les Sharks mais pour l’instant ça tient.
Columbus entrevoit des jours meilleurs. Les Jackets ont poivré les Maple Leafs de 57 tirs mercredi sans succès, après 51 mardi contre les Islanders et 50 samedi dernier contre New Jersey. Reste encore à définir qui sortira perdant de la course à 4 pour 3 places entre Devils, Flyers, Jackets et Hurricanes. Philadelphie a subi un coup dur en perdant Brian Elliott sur blessure pour environ 5 semaines. On l’a vu dans le feu d’artifice contre les Devils mardi soir, Michal Neuvirth n’inspire pas vraiment confiance. Les Hurricanes sont toujours en proie aux problèmes de gardien. Cam Ward semble avoir définitivement pris les rênes, jouant dans les 3 victoires de suite de la semaine. Hier soir, Scott Darling était de retour dans les cages et la différence fut visible. Luke deCock, journaliste à Raleigh, soulignait avec justesse que les Canes n’affichent tout simplement pas la même confiance lorsque Darling est dans les cages. Ward sera de retour en uniforme ce soir pour un duel qui vaut cher contre les Islanders.
Nous avons dit duel à 4 car il semble certain que Pittsburgh et Washington sont hors d’atteinte. Les Pens continuent leur remontée au PDO (97,2 ce matin) et enchaînent les victoires.
Phaneuf à Los Angeles, Gaborik à Ottawa
Voici le premier échange de la deadline. Plus ou moins. Il s’agit en fait d’un échange de mauvais contrats. Il est connu qu’Ottawa souhaite dégraisser sa masse salariale et ils sortent clairement satisfaits alors qu’ils économisent près de 10 millions en salaire réel, voire davantage si Gaborik est racheté cet été. Le DG des Kings, Rob Blake, était lui frustré de voir Gaborik dans les tribunes, faute de lui trouver une place dans l’alignement. Phaneuf, qui possède une clause de non-mouvement, a accepté de la lever pour Los Angeles en raison de sa compagne, l’actrice Elisha Cuthbert. Il existe tout de même un aspect sportif à l’échange. La défense des Kings ne donne pas satisfaction à ses patrons. Le plan de match du coach John Stevens a ouvert le jeu et L.A a bien du mal cette saison à contenir les chances dangereuses autour de son filet comme le montrent les zones en rouge sur la heatmap ci-contre. Ajouter un défenseur défensif comme Phaneuf semble donc, selon eux, la solution à ce problème, espérant qu’il pourra davantage dégager les rebonds et garder les attaquants à distance.
Cette philosophie reflète par contre un système de pensée très conservatrice. Phaneuf n’est plus du tout le défenseur du début de sa carrière. Sur les trois dernières saisons, les équipes de Phaneuf ont obtenu avec lui 44% de la possession du palet, contre 47% sans lui, et 43,6% des buts anticipés, contre 48% sans lui… Dans le détail, Ottawa accordait aussi plus de tirs et de chances dangereuses AVEC Phaneuf que sans lui. Il se fait régulièrement surclasser en vitesse et sa relance est hasardeuse. Est-ce que les Kings le considèrent une amélioration sur Derek Forsbort en 2e paire ? Probablement. Mais avec un contrat jusqu’en 2021, le pari nous semble très risqué. Il signale en tous cas que L.A souhaite tenter de gagner tant que Doughty, Quick and co sont là et non de reconstruire doucement.
Mais l’autre élément douteux de l’échange, c’est que Nate Thompson prend aussi le chemin de la Californie. À 33 ans, il coûte 1,65M$ sous le plafond salarial jusqu’en 2019 et possède une feuille de route peu éloquente. Son impact dans le jeu est largement négatif ces dernières années et rejoint le club des joueurs de 4e trio qui sont un fardeau pour leurs équipes.
Dans les termes de Rob Blake, les Kings ont acquis dans cet échange : de l’expérience, du leadership, du physique et un « joueur d’énergie »… Le bingo complet du hockey conservateur (ou celui des années 90). Pour un premier gros coup depuis son arrivée en poste, le DG des Kings a pris une bien curieuse décision.
https://twitter.com/reallisa/status/963614037920501760
Pourquoi les joueurs de la NHL se méfient des statistiques avancées ?
Une discussion intéressante est parue récemment entre l’attaquant de Vegas David Perron et le blogueur Sheng Peng à propos des statistiques avancées. Perron s’y montre en réalité beaucoup plus ouvert que nombre de ses collègues de la ligue, admettant prêter attention à certaines statistiques et avoir eu moult conversations avec le responsable du département des Oilers lorsqu’il évoluait là-bas. Perron laisse tout de même transpirer un certain scepticisme quant à leur source ou leur signification, ce qui est le cas pour la majorité des joueurs de la ligue. Humainement, cela est très compréhensible de rejeter l’idée qu’on puisse être jugé par un chiffre, surtout lorsqu’on ne comprend pas à 100% d’où vient ce chiffre. Il est normal de voir les joueurs sur la défensive alors que c’est de leur carrière dont on parle et qu’ils ressentent être davantage en tant que joueurs qu’une série de stats.
Un autre trait commun aux discussions sur le sujet est de prendre des exemples extrêmes pour faire apparaitre des failles dans les stats :
DP: Et disons, à propos du Corsi, que quelqu’un change lors d’un backcheck, tu montes sur la glace et ton équipe prend 3 tirs. Tu n’est pas impliqué dans le jeu. Qui se voit attribué les 3 tirs contre ?
HB: Ils te sont attribués, même si ce n’est pas ta faute.
DP: Sur la durée, comment juges-tu quelque chose comme ça ? Tu sais pas.
En réalité, si ce genre de situation arrive, elles arrivent aussi dans l’autre sens (positivement), et surtout, sur l’ensemble d’une saison, il s’agit d’une goutte d’eau dans la mer. L’an passé, un joueur ayant joué au moins 50 matchs dans la saison aura été en moyenne sur la glace pour 1825 tentatives de tirs pour ou contre !
Un autre aspect récurrent concerne la méconnaissance, compréhensible, de l’éventail de stats disponibles. Perron connaît par exemple le Corsi, qui est utilisé comme un proxi pour la possession du palet. Mais il appelle de ses vœux dans l’entrevue une stat de possession du palet en minutes et secondes. Cela existe évidement déjà, et il y a longtemps qu’utiliser la possession via le nombre de tirs lui a été préférée car dans un sport où le palet change de palette chaque seconde ou presque, il est plus pertinent de savoir ce qu’on a fait du palet pendant qu’on l’avait, plutôt que de simplement savoir combien de temps on l’avait.
Enfin, Perron aborde l’autre argument récurrent : ce que les stats ne mesurent pas. Par exemple, à quel point il est difficile d’enlever la rondelle à tel joueur. Tout d’abord, cela est mesuré par les firmes privées qui fournissent les équipes de la NHL. Ensuite, on peut toujours creuser jusqu’au plus petit détail, mais, que la force d’un joueur soit x ou y, la finalité sera de toujours savoir si son équipe est meilleure ou non avec lui sur la glace. Et on en revient donc aux indicateurs principaux de possession, de chances de marquer, de buts marqués que privilégient les équipes.
Au final, les craintes des joueurs sont justifiées et reflètent un manque d’information. Certains clubs comme Columbus ont décidé de faire dans la pédagogie en ne parlant à leurs joueurs que d’une seule stat (ici les chances de marquer pour/contre) pour éviter la confusion. Celles-ci sont affichées dans le vestiaire afin que les joueurs puissent les consulter, mais sans obligation. L’élément pédagogique est réellement important ici car il réintègre l’aspect humain face aux craintes de « robotisation ». Rappelons que les stats ne remplaceront jamais l’analyse visuelle et que cela n’a jamais été leur prétention. Les deux sont complémentaires et c’est évidement la philosophie majoritaire à travers les équipes de management de la ligue.
Fascinating talk w/ David Perron about why players are resistant to analytics & player tracking.
"I don't think you can live or die w/ one [stat]," noted Perron.
I can understand why players are suspicious about being defined by a new stat. More here: https://t.co/xJdVTwB5qr pic.twitter.com/0ZhBp0Y9Ns
— Sheng Peng (@Sheng_Peng) February 13, 2018