La Russie affronte son adversaire viscéral, les États-Unis, qu’elle tient pour responsable de tous ses maux, en particulier des décisions antidopage du CIO qu’elle estime uniquement dirigées vers elle. Privée ici de son hymne et de son drapeau, elle se sent mise au ban des nations, humiliée par les puissances occidentales. Elle vient aussi venger sa défaite contre les Américains aux JO de Sotchi. Un match qui avait fait d’Oshie, roi des pénaltys, un héros national même auprès des Américains qui ne connaissent pas le hockey. Preuve de l’impact des JO, que la NHL feint d’ignorer.
Ce choc est aussi le match (hors ceux du pays organisateur) avec le plus d’ambiance. Même si leur pays n’est pas officiellement représenté, les supporters de la Sbornaïa sont venus en nombre, en particulier de l’Extrême-Orient russe qui est tout proche de la péninsule coréenne. Les « shaïbu, shaïbu » sont scandés pour réclamer des buts.
Ils seront exaucés au bout de sept minutes. Znarok n’a pas changé ses lignes après la victoire sur la Slovénie, si ce n’est que Mozyakin prend des présences de plus en plus régulières sur le troisième trio (le seul en négatif hier). C’est justement cette ligne qui nous gratifie d’un magnifique jeu à trois : Barabanov derrière la cage, Mozyakin en redirection dans le cercle droit, et Prokhorkin en déviation seul face au gardien. Tic-tac-toe, diraient les Américains.
Outre ce joli but, le match est le théâtre d’un combat féroce entre deux équipes pleinement engagées. Kalinin fait trébucher Donato en zone neutre, mais les Russes mettent une telle pression sur le porteur du palet qu’ils empêchent totalement les Américains de s’organiser sur leur avantage numérique. Le score de 1-0 après vingt minutes est donc logique.
La qualité technique reste une différence fondamentale entre les deux équipes. La passe moyennement ajustée par Donato et mal contrôlée par Terry ne permet pas l’entrée de zone offensive : au contraire, Mozyakin récupère le palet et le donne à Nikolai Prokhorkin qui marque en pleine lucarne (2-0). Alors que sa fiche de -2 faisait tache hier dans une nette victoire, Prokhorkin répond avec ce doublé personnel.
Sur une pénalité différée contre Nesterov (qui a ceinturé Bourque), Brian Gionta, qui a encore sa pointe de vitesse, reçoit une belle longue passe axiale de Garrett Roe et se présente seul face à Koshechkin. Il le feinte par la gauche sans arriver à rabattre le palet. La Russie passe l’infériorité numérique grâce à une défense acharnée et s’y crée même une bonne occasion, un lancer de Telegin détourné de l’épaule par Zapolski.
Les Américains accentuent la pression à partir de la mi-match. Ils sont récompensés par une pénalité de Kiselevich pour crosse haute. Ils ne convertissent pas le powerplay mais continuent de pousser en zone offensive et d’user la défense adverse. Le second intermède « publicitaire » au sein de la période vient cependant à point nommé pour la Russie : ce temps mort imposé permet de souffler et, lorsque le jeu reprend, la ligne de Datsyuk reprend le contrôle du palet.
On s’échauffe de plus en plus en fin de tiers-temps devant la cage russe : les joueurs américains qui approchent leur crosse de Koschechkin sont châtiés, Bourque et Prokhorkin sont tous deux pénalisés après une empoignade. La phase de 4 contre 4 profite à la Russie. Sergei Andronov travaille et sort le palet de la bande pour Ilya Kovalchuk, en haut du cercle droit. Le missile du numéro 71 est impressionnant et transperce Zapolski sous le bras (3-0). Il restait moins d’une seconde à jouer !
Dès le début de la troisième période, toujours à 4 contre 4, Vyacheslav Voïnov pratique une relance diagonale en cloche. Deux joueurs américains (Donato et Sanguinetti) se percutent en ratant l’interception de cette passe aérienne. Kovalchuk est donc seul dans leur dos pour recevoir le palet, qu’il ajuste dans la lucarne (4-0).
Les Américains continuent de chercher une faille. En attente, de dos à la ligne bleue offensive, Broc Little reçoit une bonne passe de Welch et se retourne en filant entre les défenseurs Yakovlev et Kiselevich, mais son face-à-face avec le gardien échoue dans les grands compas de Koshechkin. La réussite n’est pas au rendez-vous pour les États-Unis : sur une mise au jeu en zone offensive gagnée par Arcobello, le tir de Ryan Gunderson ricoche sur le poteau !
Gilroy charge Andronov avec la crosse dans le coin et la Russie finit quasiment le match en avantage numérique. Sergei Mozyakin montre encore son génie avec une feinte de frappe servant à donner un bel angle ouvert à Nikita Gusev, mais celui-ci manque la reprise. Koshechkin conserve son blanchissage face à une dernière occasion de Brian O’Neill, servi dans le slot par Sanguinetti.
Avec 12 buts, Ilya Kovalchuk a dépassé le record de buts de la Russie aux Jeux olympiques, qui appartenait à Pavel Bure (11). Enfin, si l’on suppose que ses buts ont été inscrits pour la Russie et pas pour une équipe sans drapeau… Dans tous les cas, la véritable valeur à battre est le record soviétique d’Anatoli Firsov (18).
La Russie n’avait plus son destin en mains il y a quelques heures. Elle s’est offert une victoire savoureuse contre son ennemi juré, et la première place de poule en prime ! Non seulement elle se qualifie pour les quarts de finale, mais celui-ci s’annonce « facile » : le vainqueur d’un improbable barrage entre la Slovénie et le perdant d’Allemagne-Norvège (match que les protagonistes n’auront pas forcément intérêt à gagner…). Ces JO n’ont pas fini de nous surprendre.
Commentaires d’après-match
Nikolaï Prokhorkin (attaquant de la Russie) : « Aujourd’hui, j’ai tout aimé, à commencer par l’atmosphère dans les tribunes, en passant par le hockey lui-même, les buts, et les charges. C’était un magnifique match de hockey. Mozyakin est un excellent attaquant, c’est toujours plaisant de jouer avec lui. Il a fait le premier but, je n’avais qu’à poser ma crosse à ce moment. Nous avons fait notre travail. Après, l’adversaire peut faire ce qu’il veut, peu importe. Ils nous ont provoqués dans le but tactique de nous faire prendre des pénalités. On comprend bien qu’avec les Américains ce ne sera pas un jeu de passes. On s’adapte. Je ne sais pas c’est si mieux de jouer un autre match ou d’aller directement en quart de finale et de se relaxer. »
Russie – États-Unis 4-0 (1-0, 2-0, 1-0)
Samedi 17 février 2018 à 21h10 au Centre hockey Gangneung. 6473 spectateurs.
Arbitrage de Jozef Kubus (SVK) et Linus Öhlund (SUE) assistés de Vit Lederer (TCH) et Henrik Pihlblad (SUE).
Pénalités : Russie 10′ (2′, 8′, 0′), États-Unis 10′ (2′, 6′, 2′).
Tirs : Russie 26 (13, 6, 7), États-Unis 29 (11, 9, 9).
Évolution du score :
1-0 à 18’23 : Prokhorkin assisté de Mozyakin et Barabanov
2-0 à 22’14 : Prokhorkin assisté de Shirokov et Mozyakin
3-0 à 39’59 : Kovalchuk assisté d’Andronov
4-0 à 40’28 : Kovalchuk assisté de Voinov et Andronov
Athlètes olympiques de Russie
Attaquants :
Ilya Kovalchuk (A, +2) – Sergei Andronov (A, +1) – Sergei Kalinin (2′)
Kirill Kaprizov – Pavel Datsyuk (C, +1) – Nikita Gusev
Aleksandr Barabanov (+2) – Nikolai Prokhorkin (+2, 2′) – Sergei Mozyakin (+2)
Mikhail Grigorenko – Ilya Kablukov – Ivan Telegin
Sergei Shirokov (+1)
Défenseurs :
Vladislav Gavrikov (+2, 2′) – Vyacheslav Voynov (+3)
Nikita Nesterov (2′) – Bogdan Kiselevich (+1 ,2′)
Artyom Zub – Andrei Zubarev
Yegor Yakovlev (+1)
Gardien :
Vasili Koshechkin
Remplaçant : Ilya Sorokin (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G), Aleksei Marchenko, Vadim Shipachyov.
États-Unis
Attaquants :
Chris Bourque (2′) – Jordan Greenway – Bobby Butler [puis Gionta]
Broc Little – Garrett Roe (-1) – Brian O’Neill
Ryan Donato (-2, 2′) – Mark Arcobello (-2) – Troy Terry (-1)
Ryan Stoa – John McCarthy (-1) – Brian Gionta (C, -2) [puis Butler]
Chad Kolarik (-1)
Défenseurs :
Noah Welch (A, -1, 4′) – Matt Gilroy (A, -1, 2′)
Ryan Gunderson (-2) – Bobby Sanguinetti (-2)
Chad Billins (-1) – Jonathon Blum (-1)
James Wisniewski
Gardien :
Ryan Zapolski
Remplaçants : David Leggio (G). En réserve : Brandon Maxwell (G), Will Borgen, Chad Kolarik.