Notre premier volet du bilan de la saison KHL s’intéresse aux équipes non qualifiées en play-offs. On y retrouve deux équipes étrangères aux priorités très différentes, mais aussi un club rattrapé par la ligne de front proche, au point de devoir mettre ses supporters à l’abri…
Amur Khabarovsk (17e) : une mystérieuse maladie

Le 1er novembre, après une série de 5 défaites, le club a communiqué qu’Aleksandr Galchenyuk souffrait d’une « infection virale aiguë ». L’équipe était reprise par Aleksandr Andrievsky, son ex-coéquipier sur la première ligne du Bélarus quand ce pays est apparu sur la scène mondiale, mais surtout un homme avec l’expérience du travail en Extrême-Orient (à Vladivostok) où l’on ne veut pas de coach-repoussoir en plus de conditions de travail difficiles.
Plus les semaines passaient, plus l’argument de l’arrêt maladie était difficile à tenir, surtout pour ceux qui avaient croisé l’intéressé en ville, bien portant… Ce licenciement qui ne disait pas son nom était-il lié à un problème de trésorerie quo empêchait le club de payer cash des indemnités ? En tout cas il a fallu attendre le 3 décembre pour que le départ de Galchenkyuk père soit officialisé.
À cette date, l’effet psychologique initial de l’arrivée d’Andrievsky (5 victoires à ses 8 premières rencontres) s’était déjà dissipé. Sa meilleure communication avec les joueurs avait d’abord libéré l’offensive, mais l’équipe montrait ensuite ses limites dans le domaine. Les performances du gardien Maksim Dorozhko permettaient de rester longtemps à la lutte pour les play-offs, mais une série de 9 défaites autour du Nouvel An mettait fin à ces espoirs… et à tout suspense quant au dénouement de la saison régulière de KHL.
Barys Astana (18e) : le bon compromis pour l’équipe nationale

La trajectoire de l’équipe ne la menait pas aux playoffs. Les journalistes russes critiquaient toujours une équipe trop peu ouverte aux renforts extérieurs, mais le public local a suivi toujours plus nombreux. Sans transferts-chocs, les dirigeants mettaient surtout en avant la prolongation de trois jeunes joueurs en janvier : Semyon Simonov (20 ans), Vsevolod Logvin (22 ans) et Ansar Shaikhmeddenov (23 ans). Tous trois ont été assez performants cette saison pour leur jeune âge, respectivement à 20, 20 et 14 points.
Surtout, ces trois jeunes joueurs ont intégré l’équipe nationale du Kazakhstan, confiée au sélectionneur Talgat Zhailauov (l’adjoint de Kravets au Barys). À Sosnowiec, le pays a remporté la Division 1A mondiale devant l’Ukraine et la France pour remonter en élite et ils ont déjà tenu des rôles importants. Avec ces jeunes, le Kazakhstan semble enfin prêt à mettre à la retraite son capitaine de 40 ans Roman Starchenko, qui n’a pas été prolongé au Barys.
Shanghai Dragons (19e) : vidéos impressionnantes dopées à l’IA… et problèmes sportifs très humains
Les Shanghai Dragons avaient abordé la saison avec une énorme offensive marketing : nouveau nom, nouveau logo, vidéos façon Game of Thrones (générées par intelligence artificielle) et reportages plus humains dans la vie du vestiaire. Tandis que le SKA n’avait plus voulu de la plus grande patinoire du monde par manque de transports publics, son concurrent chinois désormais installé à Saint-Pétersbourg mettait en place des navettes depuis le métro et multipliait les opérations de promotion dans le quartier de l’aréna (et dans la communauté chinoise). Sans la moindre connexion avec sa nouvelle ville d’exil, il se créait sa « fanbase », parfois ennuyée par le rival local (jaloux ?)

Premier de la Conférence Ouest fin octobre, Shanghai s’immisçait parmi les favoris crédibles… mais a ensuite connu une longue descente en zone rouge. L’ancien meilleur entraîneur de NHL (2018) Gerard Gallant, qui s’est défini comme un « bon gars » très en dehors de sa zone de confort quand il était déguisé – physiquement ou virtuellement – pour les besoins de la communication grandiloquente des Dragons, n’a jamais été très à l’aise et s’est retiré pour problèmes cardiaques début janvier au moment où l’équipe glissait en dehors des places qualificatives. Son successeur Mitch Love, ancien assistant-coach des Washington Capitals viré pour des soupçons de violence domestique mais arrivé avec la recommandation d’Ovechkin, a signé pour un an et demi et a aussi eu un temps d’adaptation pour comprendre son environnement.
Love a constaté que son équipe manquait de vitesse. La condition physique était clairement défaillante, que cela vienne d’un défaut initial de préparation estivale ou de soucis d’attitude de certains joueurs problématiques. L’exemple le plus criant, ce sont les rumeurs répétées autour du Croate Borna Rendulic, qui aurait été prié de faire un test d’alcoolémie lors d’un entraînement à l’automne, puis qui aurait été viré d’un avion au printemps pour cause d’haleine suspecte.
Même en changeant de nom, Shanghai est retombé dans le « syndrome Kunlun » : des joueurs satisfaits de leur salaire mais pas très motivés à prolonger leur bail au-delà de la saison régulière… La direction a ensuite changé deux fois en quelques semaines. Varitsky parti, la reconstruction de l’effectif devait être confiée à Vincent Riendeau assisté du tout juste retraité Ilya Kablukov ; elle a finalement été donnée à Ilya Kovalchuk (président) et Evgeny Artyuhkin (manager général) qui sont chargés du grand ménage mais n’ont pas plus d’expérience…
Admiral Vladivostok (20e) : retour en fond de cale

Sans Tambijevs, le club du port de la Mer du Japon a littéralement coulé. Il était encore sur la ligne de flottaison pendant l’intérim de 25 jours de l’adjoint Ilnur Gizatullin, puis il a sombré corps et biens sous la conduite d’Oleg Bratash, qui a remporté son premier match avant une série de 18 défaites en 20 rencontres en janvier-février. Les cinq succès de mars arrivaient trop tard. Est-ce la seule faute de l’ancien coach du Lada ? Difficile de l’accabler, en tout cas pas tout seul.
Ancien coéquipier de Bratash chez les Krylia Sovietov, l’ex-international Viktor Gordyuk a obtenu au même moment son premier poste important, mais avec une mission peu enviable : dégraisser une masse salariale. Et on ne peut pas dire qu’il ait brillé pour ses débuts de manager, en échangeant le meilleur attaquant Daniil Gutik au Spartak contre des compensations de seconde zone. Les Moscovites se sont frotté les mains. Tant qu’on n’échange pas l’indispensable défenseur tchèque Libor Šulák, redevenu meilleur marqueur comme avant l’éclosion de Gutik…
Lada Togliatti (21e) : période d’essai de 15 jours pour l’entraîneur

Une série qui se prolongeait de 5 défaites supplémentaires avec le nouveau coach Pavel Desyatkov (ex-Vityaz). L’effectif manquait cruellement de joueurs capables de faire preuve de leadership. Il fallait donc trouver d’autres coupables. Le directeur sportif Sergei Gomolyako quittait son poste pour « raisons familiales ». Son successeur Ildar Mukhametov recrutait des trentenaires encore sans club comme Nikita Setdikov, le buteur à la crosse très incurvée Anton Burdasov et deux étrangers qui étaient la saison passée au Kunlun Red Star et connaissent bien la ligue, Tomas Jurco et Tyler Graovac.
Aucun de ces attaquants n’a vraiment convaincu. Aucun n’a approché la moyenne de points du meilleur marqueur Riley Sawchuk, qui a amélioré ses stats par rapport à la Liiga finlandaise et a battu le record du Lada avec 45 points en une saison. La transaction la plus réussie par Mukhametov fut l’échange de Mac Hollowell, un défenseur offensif catastrophique dans sa zone, au CSKA Moscou contre un arrière plus sûr (Colby Williams) et un jeune défenseur physique peu utilisé dans la capitale mais appelé à s’établir dans l’équipe (Nikolai Makarov).
On était bien loin de l’objectif annoncé, les play-offs. Mais le principal est que le Lada continuera sa route en KHL. Le sponsor Polyplast, entreprise de chimie qui souffre come toute l’économie russe, a accepté de continuer à financer l’équipe professionnelle… à condition que la région trouve des repreneurs pour l’équipe junior de MHL et l’équipe-ferme du CSK VVS Samara, qui pourrait donc collaborer moins étroitement (elle s’était vu envoyer nombre de joueurs et même des étrangers décevants cette saison).
HK Sotchi (22e ) : dans la cave du classement… et dans l’abri antiaérien
Le HK Sotchi partait avec l’effectif présumé le plus faible de la ligue. Autant dire qu’on n’en attendait rien. Le club du sud faisait sensation en tout début de saison avec des victoires sur le CSKA et le Dynamo début septembre, mais l’été doré prenait vite fin. La blessure du gardien Pavel Khomchenko fut le coup de grâce car le club n’avait gardé aucune doublure digne de ce nom. Sotchi perdait ses 9 rencontres en octobre, dont la moitié en l’absence de Khomchenko.

Présomptueux. Même si Samsonov a gagné son premier match, ses performances sont restées inférieures à celles de Khomchenko, vite rétabli et redevenu titulaire. L’autre recrue chère en cours de saison, Pavel Kudryavtsev, s’est aussi blessée. Le HK Sotchi a été le premier club à perdre toute chance de qualification et a fini dernier.
Les spectateurs de la Mer Noire avaient donc perdu la bonne humeur du début de saison. L’ambiance était même très différente quand les drones ukrainiens ont commencé à riposter dans l’espace aérien russe après quatre ans de guerre. Le 23 février, le public a été évacué dans un abri antiaérien alors que le match contre le CSKA devait démarrer (il a été reporté et déplacé à Moscou). Le match contre le Torpedo a été interrompu pendant deux heures pour la même raison, et celui contre le Lokomotiv s’est donc joué à l’extérieur. Sotchi a organisé ses trois dernières rencontres à domicile, mais plus personne en Russie ne peut faire semblant au sujet de « l’opération spéciale » que personne n’a le droit de qualifier de guerre.




































