C’est le choc que tous les suiveurs de hockey sur glace attendaient : Canada et États-Unis s’affrontent encore en finale, comme en 2002, comme en 2010…
Chacun convoque ses légendes : les Américains jouent le jour anniversaire du fameux « Miracle in Ice » de Lake Placid en 1980, ont un maillot d’un ancien joueur de la médaille d’or de 1960 dans le vestiaire et bien sûr, la présence de Johnny Gaudreau dans leurs cœurs.
Les fans canadiens apprennent avec stupeur l’absence de la légende Sidney Crosby, blessé par Radko Gudas en quarts. Le capitaine iconique s’estime insuffisamment remis pour ne pas handicaper l’équipe dans cette finale explosive.
Les femmes de l’équipe des États-Unis ont remporté l’or face à aux Canadiennes en prolongations. Vers un doublé ?
Boldy lance les États-Unis
Le match commence par une double charge des frères Tkachuk sur Colton Parayko, histoire de donner le ton. Le forecheck de Matthew Tkachuk donne d’ailleurs une première chance à Jack Eichel, qui lance hors cadre. Même pas deux minutes de jeu, et la ligne des « amendes » réplique. Tom Wilson, Brad Marchand et Sam Bennett, les trois « vilains » du hockey canadien, appuient l’échec-avant et Bennett chauffe Connor Hellebuyck sur un premier tir. Juste avant, Connor McDavid avait lui aussi asséné une mise en échec solide à Eichel.
Un Canada qui prend petit à petit l’ascendant grâce à une bonne transition dans la neutre. Seth Jarvis percute et cherche Bo Horvat devant la cage, mais sa passe est contrée. Puis, la première ligne des « Mac », McDavid, MacKinnon et Macklin Celebrini, s’illustre avec une montée de palet efficace. Le jeune joueur des Sharks de San José essaie de reprendre, mais il est gêné dans son tir, qui ne pose pas de problème au gardien américain.
Hellebuyck sort ensuite la mitaine devant Mark Stone, parfaitement servi par une passe-abandon de Nick Suzuki. Le jeu devient physique ; Wilson renverse Dylan Larkin derrière le but et le joueur de Detroit percute la bande. Pas de pénalité, puis Brandon Hagel envoie à son tour une grosse charge moins litigieuse sur Quinn Hughes.
C’est la sixième minute que le match prend une autre tournure. Auston Matthews gagne un duel avec Nathan MacKinnon, et envoie Matt Boldy à l’assaut plein axe. Le joueur du Wild percute entre Cale Makar et Devon Toews, déshabille ce dernier. Il fixe ensuite Jordan Binnington et ouvre le score (0-1). Un but important : 9 victoires pour 3 défaites à l’équipe qui marque la première depuis qu’il y a une finale olympique…

Le Canada reprend le rythme et essaie de réagir, dominant en possession. Plusieurs chances sont annulées par un back-check brillant d’Auston Matthews, sur Brad Marchand tout d’abord, puis pour annuler un 3 contre 2 de la première ligne canadienne.
Les joueurs de Jon Cooper poussent. Mitch Marner réalise un beau geste pour entrer en zone, et Makar lance au but, sans succès. Le compteur de tirs affiche 7-2 et Nick Suzuki vendange une chance énorme, seul devant le but, sur une passe de… Brady Tkachuk, qui échappe à la correctionnelle là-dessus !
Hellebuyck tient son équipe dans le match, sortant encore la mitaine devant Travis Sanheim après un gros travail de MacKinnon et McDavid. Les États-Unis sont un peu dans les cordes et s’en remettent à Matt Boldy et Auston Matthews, à nouveau dangereux dans le slot. Ils obtiennent même un accrochage de Shea Theodore sur une percée de Brock Nelson à un contre trois.
Le jeu de puissance s’installe et tourne, mais se heurte au travail de Mitch Marner à la pointe. Aucune vraie occasion ne découle de la situation, Matthew Tkachuk étant bloqué dans l’enclave sur le centre de Matthews. Theodore sort alors du banc des punis mais cafouille son palet alors qu’il avait Stone disponible pour une échappée. Binnington sort finalement deux arrêts tardifs, dont un lancer de Jaccob Slavin de loin après une perte de palet de Drew Doughty.
Hellebuyck repousse l’échéance
Un but de retard, et le Canada s’en sort bien lorsque Binnington sauve devant Matthew Tkachuk dès la première minute. Le joueur des Panthers travaille fort et permet à Jake Sanderson d’envoyer le palet de l’aile… à travers l’enclave, et personne pour reprendre.
Jon Cooper mixe ses lignes et ses joueurs répondent. La ligne Jarvis-Suzuki-Hagel pilonne la défense américaine, qui recule. Les tirs de loin arrivent et celui de Doughty est dégagé derrière la cage, puis Harley ne cadre pas après un nouveau revirement de Brady Tkachuk. Cette phase de domination manque de piéger le Canada, puisqu’un palet perdu profite à Nelson, tout seul devant Binnington, qui sauve son camp !
Le Canada déroule un jeu de passe rapide, parfois trop rapide – notamment pour un Brad Marchand clairement dépassé dans ce match. Le jeu à une touche de palet secoue la défense, et lorsque Boldy perd sa crosse, cela devient critique. Hellebuyck sauve encore, et finalement, la crosse abandonnée contribue à aider la défense en déviant hors zone une passe latérale…
Du côté des États-Unis, pas grand chose. Deux flashs de Jack Hughes, qui trouve Dylan Larkin dans l’intervalle, Binnington répond présent ; puis Tage Thompson entre les cercles, dont le revers n’est pas cadré.
À la mi-match, une passe dans la neutre envoie Connor McDavid en échappée : le capitaine d’Edmonton hésite trop et arrive collé au but, Hellebuyck ferme la porte. Ce shift est suivi d’une pénalité de Jake Guentzel, pris de vitesse par son coéquipier de Tampa Bay, Brandon Hagel. Cet accrochage lance enfin le jeu de puissance canadien en piste. Il est maladroit, aussi Makar décide d’y aller tout seul, déborde Charlie McAvoy qui le retient : 5 contre 3 !
Les États-Unis n’ont pas encaissé le moindre but en infériorité dans ce tournoi, et vont réussir l’impensable : museler le jeu de puissance canadien. Un mélange de maladresse – tir de MacKinnon hors cadre, qui fait ressortir le palet de la zone – et d’arrêts de Hellebuyck, qui bloque deux tirs de Celebrini dans le slot. Trochek, Miller, Nelson et Faber se démènent, dégagent quatre fois le palet et les deux pénalités se terminent.
Le Canada en prend un coup sur la tête, mais une série de dégagements interdits américains les remet dedans. Devon Toews allume de la bleue, puis tente de reprendre de près un centre de Marner. Le compteur de tirs grimpe. Parayko continue de la bleue, avec écran de Horvat et Hellebuyck, d’un calme olympien, sort la mitaine. McDavid donne tout dans ce match, et son travail derrière la cage sert Celebrini… encore un arrêt ! Le capitaine et Cale Makar profitent ensuite d’un Brady Tkachuk dénué de crosse pour tourner encore dans la défense adverse et c’est un nouvel arrêt. McDavid est aligné sur plusieurs lignes, les dégagements interdits se multiplient. Après un retour de Jack Eichel, qui prive Horvat d’une chance, le Canada s’installe encore. Cette fois, Toews arrive à décaler Makar, qui lance en haut des cercles à travers le trafic, et égalise (1-1). Il restait moins de deux minutes dans le tiers.
Un but logique tant le Canada a dominé, mais il n’est pour autant pas sorti du sable. Brock Faber se charge de le rappeler d’un lancer de la bleue qui percute la barre et le poteau derrière Binnington juste avant la pause ! Petit coup de froid, mais cela fait 1-1, et 27-16 pour les Canadiens aux tirs.
Un bras de fer et une dent cassée
Les joueurs à la feuille d’érable donnent tout dès la reprise, à l’image d’un McDavid qui semble être sur la glace une présence sur deux. Les États-Unis cumulent les dégagement interdits. Après 1’30 de jeu, Marner tricote dans la défense, fixe tout le monde et déniche Toews monté dans l’enclave. Le défenseur reprend à moins d’un mètre d’une cage ouverte… et Hellebuyck se retourne et place sa crosse en opposition ! Un sauvetage hallucinant, déjà iconique.
Le Canada enchaîne avec une présence étouffante de la ligne Jarvis, puis un tir de MacKinnon de l’aile. Après cinq minutes, un revirement en entrée de zone permet au Canada d’envoyer Celebrini en échappée : il échoue sur la botte de Hellebuyck ! Le portier de Winnipeg reste intraitable, repousse un autre tir de Parayko de volée. Le compteur de tirs affiche 36-17 : un seul tir américain depuis la reprise.
Wilson insiste dans les bandes et Theodore allume deux fois de la bleue et rate ses tirs. Jon Cooper chamboule ses lignes à la recherche d’une efficacité devant la cage, pour une équipe qui mène 28 tirs à 9 depuis le début du deuxième tiers. Peine perdue : à mi-tiers, Celebrini trouve MacKinnon, devant un but grand ouvert. La star de Colorado rate le cadre !
Le match s’anime et Tage Thompson frôle le KO sur une action près du but de Binnington, couché sur la glace. Le match devient irrespirable, et Hellebuyck s’impose encore dans son enclave derrière une foule de joueurs, avec l’aide de Charlie McAvoy sur la ligne ! MacKinnon, Theodore, rien n’y fait.
Le scénario devient fou à 6’41 de la fin. Après un tir en pivot de MacKinnon, Sam Bennett travaille dans le coin et lève sa crosse… au visage de Jack Hughes. Le joueur du New Jersey en perd une dent : visage en sang, il « offre » quatre minutes de supériorité numérique aux États-Unis. C’est le palet de match… Eichel mène la danse, cherchant Tage Thompson et Matthew Tkachuk dans l’enclave. Puis, Guentzel entre les cercles voit son tir arrêté. La pénalité s’achève pourtant lorsque Jack Hughes est lui-même puni pour une crosse haute sur Bo Horvat. Le 4 contre 4 est tendu, puis le Canada continue en jeu de puissance à 2’29 de la sirène. On cherche bien trop le tir parfait et Celebrini, sur-sollicité, tire à côté, puis crée un rebond, puis encore à côté ! Trois chances en or qui disparaissent : fin de supériorité, quelques secondes qui défilent : prolongations !
Jack Hugues dans l’histoire
Les joueurs rentrent au vestiaire et on refait la glace, avant une mort subite terrible : trois contre trois, vingt minutes puis éventuel re-surfaçage et encore vingt minutes… On jouera jusqu’au but.
Quinn Hughes, Matthews et Boldy côté américain, McDavid, Makar et MacKinnon démarrent côté canadien. Le capitaine des Oilers s’arrache pour conquérir le premier palet de cette période supplémentaire, si crucial, après une mise au jeu refait deux fois tant la tension transparait. Mais le palet est perdu et les États-Unis combinent : Quinn Hughes est démarqué et balance un tir avec le champ libre. Jordan Binnington sort l’arrêt de son match, se propulsant sur sa gauche avec la mitaine tendue pour dévier le tir !
Le palet repart de l’autre côté. Jack Hughes se jette pour pousser un disque hors de portée de Makar, ce qui aurait donné un 2 contre 0. Le palet glisse sur Werenski, qui accélère sur la droite, au duel avec MacKinnon. Larkin est derrière lui et la défense canadienne flotte beaucoup trop sur l’action. Le défenseur de Columbus a attiré tout le monde, McDavid traîne devant le slot… et personne n’a vu Jack Hughes, à l’opposé. Son tir ras glace efface Binnington et une attente de 46 ans pour offrir la médaille d’or aux États-Unis (1-2).
Ce n’est sans doute pas la meilleure équipe qui a gagné ce soir. Portée par un Connor Hellebuyck de gala et une défense américaine en mode sacrifice, les États-Unis remportent leur première médaille d’or depuis Lake Placid. Le Canada peut se mordre les doigts tant ton manque de réalisme leur a coûté très cher ce soir. La médaille d’argent et la mascotte-peluche ne seront qu’un maigre lot de consolation pour une génération qui a échoué dans on but doré.
Les Américains, eux, écrivent une page d’histoire. Mike Eruzione, héros de 1980, avait déclaré cette semaine qu’il était temps que la nouvelle génération tourne la page de cet écrasant « Miracle sur glace ». Message entendu. L’émotion américaine n’avait pas de meilleur symbole que ce maillot de Johnny Gaudreau, disparu tragiquement il y a un an et demi, levé droit au ciel par Werenski, Larkin et Matthew Tkachuk. Le trio ira même chercher les enfants de l’ancienne star NHL décédée pour la photo d’équipe, dans un hommage bouleversant – l’un des fils de Johnny fêtant ses deux ans, pile aujourd’hui.
Cette médaille d’or, c’est aussi celle de la famille Hughes. Quinn, buteur en prolongation contre la Suède, Jack en finale face au Canada. La mère, Ellen, consultante décisive pour la médaille d’or de l’équipe féminine. Auston Matthews, décisif encore ce soir (une assistance sur le premier but), et monumental dans son repli défensif, efface enfin l’étiquette de loser qui lui collait à la peau après les échecs de Toronto. Les histoires sont nombreuses.
Côté canadien, cet échec s’accumule à l’inverse pour Connor McDavid, déjà battu deux fois en finale de coupe Stanley. Il aura tout donné, récompensé par un trophée de MVP du tournoi, en vain. Les analystes de tout bord décortiqueront les raisons de cette défaite en finale, de ce criant manque de réalisme au moment-clé. Il faut juste saluer un Hellebuyck, désigné meilleur gardien du tournoi.
Ce match était indécis et allait se jouer sur un lancer de pièces. Elle a choisi les États-Unis.
Commentaires d’après-match
Charlie McAvoy (défenseur des États-Unis) : « J’ai hâte de voir la rediffusion après le but, parce que c’est un grand trou noir ! Qui je serrais dans les bras, où j’allais… Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai même une coupure. Complète euphorie, je ne peux même pas décrire que ce je ressens, juste la joie pure. »
Dylan Larkin (attaquant des États-Unis) : « Rester dans le village a été très important. L’esprit olympique, l’alchimie équipe, quelque chose comme ça. Quand vous êtes autour des meilleurs athlètes du monde, que vous discutez avec eux, dans cet environnement, c’est contagieux. Être entourés de gagnants, de grands champions, c’est quelque chose qui nous a inspiré. Jack… ce moment, j’ai hâte de le revoir. C’est la différence avec un gars qui veut le palet sur sa crosse à ce moment-là. Si vous regardez la vidéo, je me retourne à ce moment-là. Il veut le palet, et il le met au fond. C’est ça les super stars. Juste ce moment pour nous… ça va rester graver dans ma mémoire pour le reste de ma vie. »
Quinn Hughes (défenseur des États-Unis) : « Les gens n’y connaissent rien. Il y a quelques idiots là-dedans qui n’ont jamais connu de rééducation. Des journalistes qui ont dit ci ou ça. Ils ne savent pas ce que c’est que d’avoir une opération, 6 mois, ne pas se sentir bien pendant 10 mois, et refaire la même chose [Jack Hughes a été opéré deux fois de l’épaule]. Pour lui, juste persévérer, continuer à y croire, quoi qu’il arrive… c’est quelqu’un de spécial, un joueur spécial. À minuit et demi, je me suis penché vers lui et je lui ai demandé : tu es réveillé ? Il m’a répondu oui, et je rêve que je marque le but gagnant. »

Canada – États-Unis 1-2 (0-1, 1-0, 0-0, 0-1)
Dimanche 22 février 2026 à 14h10 à Milano Santagiulia. 11 289 spectateurs.
Arbitres : Gord Dwyer (CAN) et Chris Rooney (USA) assistés de Scott Cherrey (CAN) et Onni Hautamäki (FIN).
Pénalités : Canada 6’ (2’, 0’, 4’) ; États-Unis 6’ (0’, 4’, 2’).
Tirs : Canada 41 (8, 19, 14, 0) ; États-Unis 27 (8, 8, 10, 1).
Évolution du score :
0-1 à 06’00” : Boldy assisté de Matthews et Q. Hughes
1-1 à 38’16” : Makar assisté de Toews
1-2 à 61’41” : J. Hughes assisté de Werenski et Hellebuyck
Canada
Attaquants :
Macklin Celebrini (-1) – Connor McDavid (C, -2) – Nathan MacKinnon (A, -2)
Mitch Marner – Nick Suzuki (+1) – Mark Stone
Brad Marchand – Sam Bennett (4’) – Tom Wilson
Brandon Hagel (+1) – Bo Horvat (+1) – Seth Jarvis
Sam Reinhart
Défenseurs :
Devon Toews – Cale Makar (A, -1)
Thomas Harley – Colton Parayko
Travis Sanheim – Drew Doughty
Shea Theodore (2’)
Gardien :
Jordan Binnington
Remplaçant : Logan Thompson (G). Réservistes : Josh Morrissey (D, blessé), Sidney Crosby (A, blessé) et Darcy Kuemper (G).
États-Unis
Attaquants :
Brady Tkachuk – Jack Eichel – Matthew Tkachuk (A)
Jake Guentzel (2’) – Auston Matthews (C) – Matt Boldy
Jack Hughes (+1, 2’) – Dylan Larkin (+1) – Tage Thompson
J.T. Miller – Brock Nelson – Vincent Trocheck
Clayton Keller
Défenseurs :
Quinn Hughes (-1) – Charlie McAvoy (A, 2’)
Jaccob Slavin (+1) – Brock Faber (+1)
Zach Werenski (+1) – Jake Sanderson (-1)
Noah Hanifin
Gardien :
Connor Hellebuyck
Remplaçant : Jake Oettinger (G). Réservistes : Jackson LaCombe (D), Kyle Connor (A), Jeremy Swayman (G)













































