Notre deuxième volet du bilan 2025/26 de la KHL analyse la situation des équipes éliminées au premier tour des playoffs. Est-ce pour cela qu’elles correspondent aux entraîneurs pratiquant un jeu attrayant, mais pas toujours couronné de succès ?
Severstal Cherepovets (9e) : un village gaulois avec des cheminées d’usine
Toute la KHL a succombé depuis longtemps au marketing moderne, à l’âge de la communication et à la prédominance du faire-savoir sur le savoir-faire. Toute ? Non. Au nord-ouest, un petit village résiste toujours à la Nouvelle-Rome médiatique. En fait de village, plutôt une ville industrielle coiffée de cheminées d’usine et non de toits de chaume : Cherepovets. Ici règnent encore des principes d’un autre temps : on parle peu, on laisse dire et on agit beaucoup. La potion magique du druide – passé par Gap – Andrei Kozyrev, c’est un hockey offensif, où les joueurs et le palet sont toujours en mouvement. Les défenseurs doivent réduire au maximum l’espace avec l’adversaire et bloquer les tirs et passes avec la crosse.

Le technicien Aimurzin a laissé la couronne de meilleur marqueur et de premier centre à un joueur plus complet, Ruslan Abrosimov. Formé à Yaroslavl où il était capitaine de l’équipe junior, ce petit gabarit n’avait jamais été testé une seule fois dans un match d’adultes jusqu’à ce qu’il quitte la catégorie junior. C’est vraiment le Severstal qui l’a fait. C’est encore plus vrai de Mikhail Ilyin, entièrement formé au club et remarquable par la précision de ses passes. Pas sûr que ce natif de la capitale sidérurgique de Russie puisse briller dans la capitale sidérurgique des États-Unis, Pittsburgh, dont les Penguins l’ont drafté… Et s’ils l’ont déjà fait venir en AHL dès début avril, c’est que la saison s’est finie un peu tôt au goût des fans de Cherepovets.
Le hockey esthétique du Severstal, qui dédaigne l’intimidation physique, se heurte en effet à un plafond de verre : le premier tour des play-offs. Il l’abordait pour la première fois avec l’avantage de la glace, grâce à une belle troisième place de Conférence Ouest, mais a encore une fois été éliminé en gagnant un seul match, par le Torpedo cette fois.
Avtomobilist Ekaterinbourg (10e) : la fin d’une époque
Pour la seconde année de suite, et la troisième en quatre ans, l’Avtomobilist Ekaterinbourg a été éliminé au premier tour des playoffs par une équipe moins bien classée (venue d’Oufa ce coup-ci). L’effectif était pourtant toujours aussi talentueux, aidé par la clémence de l’agence antidopage russe qui a laissé Anatoli Golyshev revenir dès octobre après une suspension « estivale » de six mois. L’équipe semblait même taillée pour jouer le titre après l’achat au CSKA de Daniel Sprong, le Canado-Néerlandais qui a joué les terreurs dans le slot en mettant 18 buts en 23 parties et 5 buts en 7 matchs de playoffs.

Résumer l’échec de l’Avtomobilist au « lâchage » de Boucher serait rapide. L’effectif vieillissant manquait de mobilité, ce qui explique qu’elle provoquait trop peu de fautes adverses. Un gâchis quand on connaît les talents rassemblés en powerplay… La conquête du palet n’était pas toujours à la hauteur de la maîtrise technique, y compris aux mises au jeu où les centres (dont Da Costa) dépassaient à peine les 45%.
Après une première saison prometteuse (demi-finale 2024), l’entraîneur Nikolai Zavarukhin n’a pas trouvé la formule magique avec les stars pour éviter cette fin monotone. Cette seconde élimination précoce d’affilée a précipité son renvoi. Aleksei Kudashov, viré du Dynamo six mois plus tôt (voir plus bas), a présenté son projet et a vite été engagé. Mais il dirigera un groupe bien différent, sans les fidèles étrangers Stéphane Da Costa et Brooks Macek qui ne seront pas conservés. Une page se tourne à Ekaterinbourg.

SKA Saint-Pétersbourg (11e) : un esprit à part et un investissement colossal
Igor Larionov avait quitté le Torpedo Nijni Novgorod, club de milieu de tableau, pour le SKA Saint-Pétersbourg, le club le plus puissant de Russie de la dernière décennie. Le bilan un an plus tard ne lui est vraiment pas favorable : le Torpedo a passé un tour sans le « Professeur » aux commandes, pendant que son SKA était éliminé par le CSKA, le club dont il fut une des légendes de l’histoire.
Contrairement à ce qu’il pensait au départ, Larionov n’a pas eu la main sur tout le recrutement, et notamment pas des étrangers. Il n’a jamais voulu de Pierrick Dubé, arrivé en cours de saison du Traktor et dont il s’est vite débarrassé au bout de sept matchs. Il a bien fallu en revanche qu’il s’accommode de Rocco Grimaldi, embauché pour deux ans avec un des plus gros salaires de la KHL. Ce joueur très rapide et technique est arrivé en KHL en pensant dribbler tout le monde et Larionov avait de vrais arguments (en l’occurrence une fiche de 0 point et -4 en quatre parties) pour l’envoyer finir les playoffs en tribunes.

Difficile de faire la part des choses dans le déclin du SKA. Le fait que le tempérament individualiste de Larionov – qui aura usé beaucoup d’adjoints – ne semble pas fait pour une grande organisation n’explique pas tout. En Roman Rotenberg, le club n’avait pas peut-être pas perdu un expert unanimement reconnu du hockey, mais plus sûrement le manager qui avait structuré un système… avec des moyens illimités.
Ces derniers ont-ils disparu ? Une récente annonce prouve le contraire : le SKA, qui ne voulait pas emménager dans la plus grande aréna du monde, ne paiera toujours pas les coûts de location… car il va carrément la racheter ! Le gazoduc de roubles Gazprom ne fuit donc pas tant que ça si on a pu trouver la somme colossale nécessaire – de l’ordre de 600 millions d’euros. Magnanime, le SKA a même précisé qu’il partagerait les lieux avec les rivaux « locaux » des Shanghai Dragons, en dépit des dissensions survenues depuis un an (on a même vu des fans des deux clubs se provoquer et se bagarrer en tribune…).
Dynamo Moscou (12e) : « c’est la faute de celui qu’on a viré »

L’adjoint Vyacheslav Kozlov, légende du Russian Five de Detroit aux côtés de Larionov, ne faisait pas mieux que son prédécesseur. Dans un premier temps, il améliorait la défense. Le second gardien Maksim Motorygin – qui aime enchaîner les matchs – battait même seul le record d’invincibilité du club (du duo Eremeyev/Eremenko) pendant la blessure du titulaire Podyapolsky. Mais en fin de saison, le Dynamo accumulait surtout les défaites et finissait par se faire sortir des playoffs (par les « cousins » du Dinamo Minsk) sans gagner le moindre match.
Conclusion du président Sergei Sushko et du directeur général Viktor Voronin à la conférence de presse de fin de saison ? Kudashov a entendu ses oreilles siffler car on lui a rejeté toute la faute, même pour des évènements survenus après son départ. Les fans se sont moqués ouvertement de ces arguments. Pendant que ces dirigeants-ci maintenaient leur confiance à Kozlov, d’autres poussaient la candidature de l’oligarque Roman Rotenberg (arrivé depuis un an du SKA pour diriger le hockey mineur) au point que toute la presse considérait sa désignation acquise. Dans la lutte d’influence… personne n’a gagné. Les deux parties se sont entendues sur un choix de compromis : l’entraîneur letton Leonids Tambijevs, réputé assez dictatorial et qui devra composer entre un vestiaire de caractères difficiles et une direction qui s’apparente à un nid de serpents.
Spartak Moscou (13e) : éjecter son meilleur attaquant avant les playoffs
Pendant deux saisons, le populaire Spartak Moscou avait renoué avec son glorieux passé en étant la première puis la troisième meilleure attaque de KHL. Cette saison, il n’avait plus que la septième attaque. Un des symboles de ce style offensif, le premier centre Ivan Morozov, a été contrôlé positif à la cocaïne en pré-saison. Il a été suspendu seulement un mois, et a pu revenir après avoir présenté des excuses publiques… et avoir signé un contrat amputé de 60% de son salaire annuel. Morozov a payé chèrement sa faute… mais son rendement a aussi diminué.

Si le rendement du premier trio avait diminué, l’attaquant le plus efficace en moyenne de points par match était Adam Ružička, l’attaquant slovaque qui avait aussi été le représentant de la KHL le plus en vue aux Jeux olympiques. Mais le 18 mars, le Spartak annonçait mettre fin à sa relation avec Ružička pour « rupture des obligations contractuelles » de la part du joueur, qui a refusé de jouer et quitté l’équipe à Kazan huit jours plus tôt. Le conflit aurait des origines financières (le Spartak qu’on sait près de ses sous ne lui aurait pas versé son salaire pendant les JO) mais personne ne s’exprime sur le sujet car il se règlera devant les tribunaux. Ružička, viré de NHL après s’être filmé avec de la poudre blanche, garde une réputation toxique.
Seulement huitième de la Conférence Ouest, le Spartak n’avait aucune chance en play-offs contre le premier (le Lokomotiv) même s’il a rivalisé dignement. À la conférence de presse de sortie, l’entraîneur Aleksei Zhamnov a dressé le bilan suivant : « Cette saison m’a donné matière à réflexion. Il y a des moments où j’ai commis des erreurs. Des conclusions ont été tirées, et je vais beaucoup changer. J’ai dû me faire opérer, c’est arrivé soudainement. J’ai dû quitter l’équipe à la fin de la saison régulière pendant un mois et demi – au moment où on doit préparer les playoffs. À mon retour, je ne reconnaissais pas l’équipe. […] Je suis en bonne santé et prêt à continuer à travailler. Il n’y a pas de contre-indications de santé. Il y a beaucoup de stress dans cette profession. Si l’équipe joue mieux, il y en aura moins. »
Traktor Chelyabinsk (14e) : l’entraîneur québécois se casse et le Traktor tombe en panne

Dans la rotation aussi, on a encore fait toute la place à l’enfant du pays : Kravtsov a joué plus de 20 minutes par match et a été le troisième attaquant le plus utilisé de KHL… juste derrière son nouveau coéquipier Joshua Leivo ! Un Leivo dont la production offensive, exceptionnelle la saison précédente à Oufa, restait bonne avec un tel temps de jeu mais ne justifiait plus vraiment certains passe-droits dans le travail défensif.
Le Traktor n’avait plus son coach à la fois exigeant et pédagogue pour gérer cette situation. Exactement une semaine après le retour de Kravtsov, Benoît Groulx, devenu un héros local à Chelyabinsk après avoir conduit l’équipe en finale dès sa première saison en KHL, a en effet annoncé son départ à ses dirigeants, se disant « épuisé physiquement et mentalement ». Il n’a pas averti ses joueurs qui ont appris la nouvelle dans la presse. Son nouvel adjoint Mario Richer partait dans la foulée, tandis que Groulx confiait les clés à son assistant chargé du système tactique Raphaël-Pier Richer, âgé de seulement 31 ans.

L’expérience ne durait guère. Le jeune Raphaël Richer jetait l’éponge après 6 défaites en 8 rencontres (pour reprendre un poste d’assistant à l’Avangard). Arrivé comme entraîneur-adjoint au départ de Groulx, l’expérimenté Evgeny Koreshkov était la solution évidente même si le club tardait à s’y résoudre. Il fallait enfin de la stabilité… qui manquait à un poste précis. L’équipe était dotée offensivement pour le jeu créatif exigé de la direction, mais elle avait un grave problème de gardien.
Le manager général Aleksei Volkov, lui-même ancien gardien, était connu pour avoir amené en KHL Simon Hrubec et Zach Fucale, mais à l’intersaison, il avait laissé filer Fucale et misé sur Chris Driedger. Malheureusement, l’ancien gardien de NHL n’a jamais retrouvé son niveau depuis sa grave blessure en finale du Mondial 2022. Il est toujours aussi fort et calme mentalement, mais physiquement, il n’a plus la même mobilité des jambes. Élu « pire gardien » de la ligue dans un sondage des directeurs de club, Driedger a vu son contrat racheté fin novembre. Le club attendait juste le retour de blessure de Sergei Mylnikov pour le faire.
Malheureusement, une fois la date limite des transferts échue, Mylnikov s’est blessé de nouveau. Puis c’est Grigori Dronov, deuxième défenseur le plus utilisé de KHL, qui a rejoint l’infirmerie. La star locale Kravtsov étant diminuée, le Traktor a donc été rapidement éliminé au premier tour des play-offs (par 4 victoires à 1 contre Kazan). Aucun étranger ne sera conservé après cette saison à oublier.

Neftekhimik Nijnekamsk (15e) : le beau jeu et l’impact physique
Après deux défaites initiales à domicile, le Neftekhimik a connu son moment de gloire avec 7 huit victoires sur les 8 rencontres suivantes. Le plus petit budget de la ligue et figurait alors dans le trio de tête de la Conférence Est, emmené par un joueur totalement inattendu figurant dans le top-10 des compteurs de KHL : Daniel Yurtaykin, un joueur écarté par le Lada en août, et qui explosait soudain avec 13 points en 10 parties. Trop beau pour durer ? Certainement. Cela n’a pas totalement duré. Le trop irrégulier Yurtaykin a disparu des radars aussi vite qu’il était apparu, que ce soit avant ou après son échange à Khabarovsk.

Le petit club tatar n’oppose en effet pas le jeu physique et la qualité technique. Il ne bannit pas les mises en échec comme le Severstal auquel on le compare parfois. C’est au contraire une des équipes qui en donne le plus, sous l’impulsion du défenseur canadien Luke Profaca (resté seul joueur nord-américain de l’effectif en fin de saison) mais aussi de Matvei Navorny, un joueur recruté en ligue inférieure (VHL) et qui s’est vite fait un nom en irritant ses adversaires par ses provocations continuelles.
Et si un hockey plus offensif met parfois peu en valeur les gardiens, ce n’est pas le cas au Neftekhimik. Filipp Dolganov est en sixième place de KHL au pourcentage d’arrêts, et quand il s’est blessé en janvier, le remplaçant Yaroslav Ozolin – natif de Nijnekamsk et formé au club – a su prouver qu’il était lui aussi capable de mener l’équipe à la victoire.
Sibir Novosibirsk (16e) : privé d’eau avant de trouver la fontaine de Jouvence
Lorsque l’entraîneur Vadim Epanchintsev a été remplacé par Vyacheslav Butsayev début octobre, certains fans ont été indignés de ce choix et sont même allés jusqu’à évoquer un boycott. Leur doute venait du fait qu’il était le frère de Yuri Butsayev, déjà employé par le club en tant que recruteur. Un poste qui ne justifie pas de crier au népotisme. Malgré tout, la situation donnait vite raison aux doutes des supporters. Le Sibir Novosibirsk connaissait sa pire série de défaites depuis la création de la KHL. L’autoritarisme de Butsayev allait jusqu’à interdire de boire de l’eau pendant l’entraînement, sauf pendant une pause autorisée, et à interdire tout objet personnel dans les vestiaires, y compris les icônes qu’affectionnent les hockeyeurs russes croyants.

Une des premières décisions du nouveau coach fut d’autoriser le retour de Taylor Beck (après un passage de 0 point en 6 matchs avec Genève-Servette) sur lequel Butsayev avait mis un veto. D’un caractère réputé difficile, Beck pouvait redevenir le patron et diriger ses coéquipiers sur la glace en donnant ses instructions avec sa crosse. Mais le vrai apport de Lyuzenkov, c’est d’avoir recommandé Anton Kosolapov, qu’il avait dirigé trois ans au Dynamo Saint-Pétersbourg. Ce joueur était échangé du Torpedo où il n’était apparu que deux fois en KHL… et marquait 13 points à ses 8 premières parties ! Cet attaquant qui avait commencé par le bandy en plein air avant de se mettre au hockey parce que l’enfant qu’il était avait le goût du contact physique. Doté d’une belle dose de créativité et d’un bon tir, Kosolapov a des carences de patinage mais a été la révélation de la saison.
L’équipe vieillissante et démotivée du début de saison avait retrouvé une seconde jeunesse et de l’enthousiasme. Le Sibir retournait la situation pour prendre la dernière place en playoffs. Taylor Beck battait un record de KHL avec 7 points dans un match (10-1 contre Sotchi). Et l’entraîneur inconnu Lyuzenkov se voyait finalement proposer un nouveau contrat de trois ans !































