Nous concluons la saison des bilans par le dernier volet de la KHL qui s’intéresse à toutes les équipes quarts de finalistes, en commençant par le futur champion.
Il y est notamment question d’entraîneurs à la philosophie de jeu affirmée, d’entraîneurs qui se lâchent à propos de leurs joueurs, d’entraîneurs ayant commencé tout en bas de l’échelle, mais aussi tout d’abord d’un grand entraîneur qui tire sa révérence.
Il y sera aussi question d’une nouvelle future pépite des Canadiens de Montréal…
Lokomotiv Yaroslavl (1er) : la retraite à 65 ans

En revanche, il y en a un qui a bien l’intention de prendre une retraite bien méritée, c’est Bob Hartley. Il l’a redit aux Izvestia à l’issue de saison : « Il n’y a absolument aucune chance que je continue à entraîner. J’ai déjà pris cette décision en 2022 quand j’ai quitté l’Avangard. Et j’ai dit sincèrement que je voulais prendre soin de ma famille, être plus avec ma femme, mes enfants et mes petits-enfants. J’ai déjà 65 ans – il est temps d’arrêter. Seul le don de persuasion de Yakovlev [le président du club] et le souvenir de Brad [McCrimmon, décédé dans l’accident d’avion du Lokomotiv en 2021] m’ont forcé à changer d’avis, mais dès le début j’ai dit que je ne reviendrais que pour un an. Et maintenant, rien n’a changé. Je suis heureux que cette année se soit terminée ainsi. »
Ainsi ? C’est-à-dire par un nouveau triomphe. L’équipe avait pourtant eu du mal à se comprendre avec Bob Hartley pendant une moitié de saison. Mais elle n’a cessé de monter en puissance, gagnant 17 de ses 20 dernières rencontres de saison régulière pour prendre encore la première place de Conférence Ouest. Et en demi-finale contre l’Avangard Omsk, le Lokomotiv a réussi une fin de match de légende grâce à deux buts de Maksim Shalunov dans les 33 dernières secondes pour retourner la situation et empêcher l’élimination. Shalunov est plus que jamais un héros local avec ses 30 buts en saisons régulière plus 8 en play-offs.
Le MVP des séries fut cependant un autre « fort caractère », comme le décrivait Hartley : le gardien Daniil Isayev a lui aussi montré sa résilience en oubliant quelques mauvais buts pour finir à nouveau champion avec 5 blanchissages en play-offs. Natif de Yaroslavl, entièrement formé au club, Isayev est le meilleur exemple de la pyramide de formation qui sert de socle au succès du Loko. Il avait été champion deux fois de suite dans la ligue junior (MHL), il l’est deux fois de suite en senior, avec deux entraîneurs différents, donc. Et cette année, Le club le plus stable et structuré de Russie a aussi fini champion chez les juniors…
Ak Bars Kazan (2e) : les entraîneurs tatars sont prophètes en leur pays

On avait pourtant dit de Gatiyatulin qu’il manquait d’autorité. Il a prouvé le contraire en retirant le capitanat à Dmitrij Jaškin dont l’influence n’était pas toujours jugée positive. On craignait que le Tchèque en pâtisse un peu moralement, mais il a fini par retrouver son sens du but en play-offs, avec le but de la qualification au premier tour face au Traktor. Surtout, Jaškin a toujours mis autant d’intensité : il est resté comme l’an passé le joueur de KHL qui met le plus de mises en échec. Si Jaškin et le plus actif en quantité, le plus craint pour la rudesse de ses charges est un autre attaquant du club tatar, Nikita Dynyak. L’impact physique fait mal aux adversaires de Kazan et on peut aussi citer le rude défenseur Ilya Karpukhin, que Gatiyatulin avait déjà entraîné à Chelyabinsk et qui a connu sa meilleure saison alors que Larionov n’en voulait plus au SKA.
La réussite de Gatiyatulin tient aussi à sa gestion du controversé Mitchell Miller, qu’il n’a pas hésité à éduquer en le laissant sur le banc par moments. Toujours employé en avantage numérique pendant ses quatre saisons avec Ak Bars, l’Américain n’a jamais été aussi utilisé et efficace à 5 contre 5, où son partenaire Nikita Lyamkin compensait ses problèmes de placement. Miller a même été le meilleur marqueur des play-offs, en soutien d’un très bon premier trio offensif : Ilya Safonov y figure au centre d’Aleksandr Barabanov et d’Artyom Galimov, technicien peu pénalisé mais capable de provoquer des fautes adverses. Ce mélange de qualités techniques et physiques reste une des meilleures équipes de KHL.

Metallurg Magnitogorsk (3e) : la tradition du jeu collectif
Le Metallurg Magnitogorsk a perpétué sa tradition qui privilégie la passe et les combinaisons collectives. Le jeune retraité devenu manager Evgeni Biryukov a conçu une équipe qui convenait à son entraîneur en privilégiant la vitesse à la taille. Il a recruté les joueurs les plus habiles techniquement et les plus créatifs, d’abord Vladimir Tkachyov et Sergei Tolchinsky… puis un joker inattendu début octobre.

Magnitka a en effet terminé premier pour la première fois depuis la création de la KHL. Toute l’équipe pratiquait un jeu de possession, mais le premier trio y excellait plus que les autres. La recrue-phare Vladimir Tkachyov en était le véritable meneur de jeu, tant pour proposer des solutions de remontée de palet que pour faire la différence en zone offensive. L’autre ailier Dmitry Silantyev, au diapason, a malheureusement subi une fracture de la hanche avec déplacement en tombant contre la bande à la fin du championnat régulier. On a compris son importance en son absence car la première ligne était moins productive sans lui. Meilleur buteur de saison régulière (38 buts), Roman Kantserov n’a trouvé que 5 fois le chemin des filets en 15 parties de play-offs avant son départ programmé en NHL. Petit mais vigoureux dans les duels, Kantserov a passé la saison au centre pour pallier le déficit du Metallurg à ce poste mais est trop faible aux mises au jeu. Son impact en dehors du jeu collectif ouralien semble incertain.
L’autre joueur en partance a des perspectives encore plus incertaines en NHL. Le gardien Ilya Nabokov, qui n’était plus que prêté par Colorado, n’a pas retrouvé son niveau du titre 2024 et a perdu sa place de titulaire au profit d’Aleksandr Smolin. Il a récupéré son poste lors de la demi-finale contre Kazan, mais en vain : après avoir passé deux tours à dérouler son jeu, le Metallurg Magnitogorsk n’avait plus l’habitude des adversaires physiques et a perdu le duel « vitesse contre taille » face à Ak Bars. Que les amateurs de beau jeu se rassurent : Razin, qui a resigné pour deux ans, ne changera pas sa philosophie de jeu.
Avangard Omsk (4e) : trophées individuels mais frustration collective
L’Avangard Omsk a remporté… des trophées individuels. Le titre de meilleur gardien de KHL est revenu à Nikita Serebryakov, qui a maintenu des stats élevées (plus de 93% d’arrêts) en jouant beaucoup car sa doublure Andrei Mishurov était loin de son niveau. Le meilleur défenseur de la ligue fut sans contestation possible Damir Sharipzyanov qui a atteint le sommet de sa carrière en fêtant ses 30 ans en février. Converti en défenseur défensif du temps de Bob Hartley, Sharipzyanov est toujours celui qui bloque le plus de tirs dans son équipe, mais il est aussi le meilleur relanceur du championnat et a battu le record de points de KHL (qui appartenait à Chris Lee depuis 2017) avec 67 points dont 23 buts. Ajoutons sur l’équipe-étoile de la ligue Konstantin Okulov, qui a aussi connu la meilleure saison de sa carrière, deuxième marqueur de KHL en saison régulière comme en playoffs avec sa grande intelligence de jeu.

Avec des arrangements à l’extrême limite du plafond salarial – Nail Yakupov a « gentiment accepté » de baisser son salaire de 30% pour permettre le recrutement de l’autre ancien joueur d’Edmonton en perdition Klim Kostin qui a d’ailleurs été un échec total – le directeur sportif Aleksei Sopin avait clairement construit un prétendant au titre, et une équipe qui convenait à Guy Boucher, entraîneur québécois dont le style de jeu paraissait souvent monotone pour le goût russe.
Mais après avoir été éliminé l’an passé en prolongation du match 7 du quart de finale par le Lokomotiv Yaroslavl futur champion, l’Avangard Omsk a été éliminé… en prolongation du match 7 de la demi-finale, exactement par le même adversaire de nouveau titré ! Il est extrêmement frustré d’avoir encore été l’équipe la plus proche de faire tomber le Loko, surtout cette fois après avoir mené aux deux dernières rencontres. Guy Boucher a encore une année de contrat et s’y essaiera une troisième fois pour imiter Bob Hartley et inscrire lui aussi son nom au palmarès.

Dinamo Minsk (5e) : projet idéologique et lourdes accusations
Le service de presse du Président de la République du Bélarus a cité la réponse présidentielle suivante de Lukashenko, à qui l’on demandait s’il considérait la saison 2025/26 du Dinamo Minsk comme un échec : « Le fait est que le Dinamo Minsk a été plus performant que jamais. Pourquoi un échec si la dynamique est normale ? L’équipe est devenu le principal projet idéologique, surtout à Minsk. Mais si c’est un projet important sur lequel nous comptons, alors il doit être développé. »

Ses nombreux Nord-Américains ne sont pas les plus chers. Alex Limoges, barré en NHL car jugé trop lent, s’est bien adapté à une équipe reconnue pour son patinage, mais aussi pour sa maîtrise technique de la possession. La recrue a complété tout simplement le trio le plus productif de la KHL avec le centre biélorusse Vitaly Pinchuk (que tout le monde savait vouloir tenter sa chance en NHL à l’issue de la saison) et son compatriote américain Sam Anas, meilleur compteur de la ligue sans pourtant faire les gros titres. Souvent très doués en un contre un, les attaquants de Minsk marquent de beaux buts, y compris les autres jeunes Biélorusses comme Vadim Moroz, Egor Borikov et Ilya Usov.
Leur développement témoigne des qualités de l’entraîneur Dmitri Kvartalnov pour faire progresser les jeunes, des qualités bien connues partout où il est passé. Mais depuis son arrivé à Minsk en 2023, Kvartalnov a aussi amélioré les résultats. Le Dinamo a passé un tour de play-offs pour la première fois l’an passé, et à mi-championnat, il paraissait capable de bien plus, cité comme un sérieux prétendant au titre. Mais en janvier, c’était le clash : Kvartalnov critiquait une recrue imposée et subissait de sévères reproches de son manager. Ambiance incroyablement pourrie.
Il était évident que les jours de son coach étaient comptés, et il se disait déjà qu’il serait le futur coach du Lokomotiv (rumeur qui se vérifiera). Pour punir Kvartalnov, le Dinamo a alors renvoyé… son adjoint Igor Gorbenko, responsable de l’attaque et du jeu de puissance (pourtant deux secteurs forts où Minsk était deuxième de toute la KHL). L’émotionnel Kvartalnov a failli démissionner avant l’heure, mais tenait bon dans cette atmosphère viciée. En guerre avec ses dirigeants, l’entraîneur finissait par se lâcher sur ses joueurs lors de la conférence de presse suivant le match 3 du quart de finale contre Kazan. Il disait « avoir honte » de son équipe et parlait de ses « premiers playoffs où il y a un manque de caractère. » Déjà prolongé pour deux ans, Sam Anas passait la dernière période de la saison sur le banc. La saison s’achevait sur ce balayage amer. Le mandat de Kvartalnov, marqué par une progression régulière pendant deux ans et demi, finissait donc sur une fausse note après trois derniers mois très tendus.
CSKA Moscou (6e) : apprendre ce qu’est une équipe à des gamins de 10 ans

Nikitin avait été patient avec le gardien Spencer Martin, qu’il persistait à maintenir comme titulaire malgré les critiques. Mais ce Canadien mobile et habile de la crosse se montrait trop irrégulier, concédant quelques mauvais buts. Début novembre, le CSKA se débarrassait de lui en rachetant son contrat et saisissait l’opportunité d’engager Aleksandr Samonov. Las, celui qui fut le gardien de la Russie au dernier Mondial qu’elle a joué (2021) ne faisait pas mieux. Il fallait se résoudre à constater que le remplaçant Dmitri Gamzin – arrivé à 10 ans à l’école du CSKA – était meilleur que les deux titulaires successifs, et qu’il méritait pleinement le poste de numéro 1 à 23 ans.
L’argent gaspillé dans les gardiens, alors même que le sponsor Rosneft faisait partie des compagnies pétrolières russes placées sous sanctions américaines, devait être récupéré. Le CSKA vendit alors son meilleur marqueur Daniel Sprong, un attaquant trop attiré par l’avant qui ne respectait pas les consignes de Nikitin en ne se repliant pas derrière le palet en phase défensive. Sprong enchaînait les buts dans son nouveau club. Mais pas de regret. Le CSKA a adopté une stratégie, il doit s’y tenir. Peu à peu, il s’est mis à ressembler à une vraie équipe à la Nikitin, homogène mais sans individualité saillante. Il est remonté au classement, a fini quatrième de la Conférence Ouest et a battu le SKA au premier tour des play-offs. Une première étape dans un processus qui prend corps, même si les Moscovites ont été éliminés au deuxième tour par l’Avangard (que Nikitin avait battu en finale l’an passé ave le Loko…). Un dénouement que le coach a décrit comme « totalement insatisfaisant » pour être bien clair envers ses joueurs que ses exigences sont tout autres.

Torpedo Nijni Novgorod (7e) : l’entraîneur que rien ne prédestinait fait oublier le Professeur

On remarquait aussi l’apport du jeune manager général venu d’Omsk, l’ancien avocat spécialisé en droit du sport Evgeni Zabuga. Ses trois principales recrues de l’intersaison ont été trois réussites. Le gardien Denis Kostin a été l’un des plus constants de la ligue. Le petit Italo-Américain Bobby Nardella a mené la défense par sa précision. Quant à l’attaquant Egor Sokolov (2 points en 13 matchs avec Ottawa), il était surtout connu en AHL comme un spécialiste de powerplay grâce à son tir à mi-distance. Mais, faute de trouver un autre profil adapté, le Torpedo a fini par utiliser plutôt son grand gabarit comme écran dans le slot. Il est donc resté un joueur-phare de l’avantage numérique, mais dans un rôle différent.
Le meilleur marqueur, et de loin, n’était cependant pas une recrue mais un joueur déjà présent. À 22 ans, Egor Vinogradov a marqué plus de points (54, plus 5 en play-offs) qu’en trois saisons cumulées avec Larionov (46+4). Il est la preuve que, sans l’aura de son prédécesseur, Isakov est capable lui aussi de révéler des jeunes. Il est également capable d’orchestrer un beau jeu offensif. Il a égalé le « Professeur » en emmenant l’équipe au deuxième tour dès sa première saison… et il a aussi remporté les quatre confrontations en saison régulière face à Larionov, dont la dernière par un 6-0 que le vaincu a décrit comme la pire déception de sa carrière de coach. Le Torpedo a donc survécu au départ du stratège et ne le regrette plus.
Salavat Yulaev Ufa (8e) : un prodige s’élève au-dessus du mur de dettes

Ayant comblé la majorité des dettes en quelques mois, le club faisait alors machine arrière pour ne pas qu’une saison ratée compromette le redressement. Il utilisait la moitié des recettes de la vente de Chmelevski pour faire revenir fin octobre Sheldon Rempal, quitte à en faire le joueur le mieux payé de la ligue sur les mois restants (100 millions de de roubles, soit 1,2 million d’euros). Joueur introverti hors glace mais qui aime diriger le jeu, Rempal avait tout le loisir de le faire dans une équipe sans autre star, sur un trio familier entièrement nord-américain, aux côtés de son ami Devin Brosseau obtenu du Dynamo dans un échange. Rempal a mis plus d’un point par match. On a vu son équipe souffrir de son absence quand il est rentré deux semaines au Canada en décembre après la mort tragique de son frère Connor.
Le retour de Rempal a suffi à ressusciter l’équipe. Les autres ailiers sont surtout de forts patineurs, sur lesquels Kozlov a fondé son système de jeu pour qu’ils pressent et reviennent défendre dans les coins. Le jeune gardien Semyon Vyazovoi continue de progresser pour devenir un vrai numéro 1 commettant peu d’erreurs, permettant de céder sans regret l’international Samonov (au CSKA). Le Salavat est remonté cinquième à l’Est avec l’aide du joker de luxe Evgeni Kuznetsov, capable du pire comme du meilleur. Le meilleur, ce fut son égalisation à 4 secondes de la fin pour éliminer l’Avtomobilist et accéder au deuxième tour. Toutes les espérances ont été dépassées dans le contexte d’une saison dont l’objectif était avant tout de résorber les dettes.
L’effectif diminué a surtout permis de mettre en lumière le talent d’Aleksandr Zharovsky. Son achat en 2024 à Podolsk avait côté 15 millions de roubles, une somme très élevée pour un jeune joueur de 17 ans. Il a été plus que rentabilisé. Zharovsky a fini troisième marqueur de son équipe avec 42 points, performance rare à 18 ans, et permise parce qu’il a été placé sur le premier jeu de puissance dès ses débuts par le coach Kozlov. Le meilleur rookie de KHL est un prodige rare par son intelligence de jeu. Les Canadiens de Montréal, qui l’ont repêché au deuxième tour en 2025, se frottent déjà les mains…


































