On entend souvent parler d’un temps hypothétique où la France était au même niveau que le pays X, alors qu’aujourd’hui il nous serait bien supérieur. Ce genre de propos n’est pas toujours fondé, il idéalise souvent un bon vieux temps pas si idyllique, ou bien il extrapole un résultat en laissant croire à une équivalence de niveau qui n’a jamais existé.
Et il ne s’agit pas de critiquer un discours propre à la France, car on lit des raisonnements similaires dans toutes les nations, avec les mêmes défauts.
Mais dans le cas de la France et de la Suisse, ce discours est vrai. Il ne s’agit pas de comparer les infrastructures du hockey dans les deux pays, leur médiatisation ou leurs moyens économiques, mais juste les équipes nationales. À la fin du siècle dernier, la Nati était le parent pauvre, dédaignée des supporters et même des joueurs. Au contraire, l’équipe de France était une anomalie, un porte-flambeau exceptionnel qui rayonnait dans l’élite malgré une fédération en faillite, des clubs en ruines et un championnat en lambeaux. Un peu à l’image du coq français qui chante les deux pieds dans la m…
Et puis, les trajectoires des deux pays se sont croisées, de manière définitive et inévitable. On peut même dater très précisément ce jour : le 6 mai 1998.
Les espoirs nés de la nomination du nouveau sélectionneur Ralph Krueger avaient été douchés par les défaites contre les États-Unis puis contre la Suède, le public zurichois impitoyable avait conspué le gardien Reto Pavoni.
Dans le même temps, l’équipe de France avait accompli un miracle en battant les Américains, un nouvel exploit inédit dans son histoire.
La France n’était jamais aussi motivée que face à la Suisse, notamment à cause des propos condescendants de ses journalistes. Depuis la victoire aux JO d’Albertville, elle la battait régulièrement. Mais en « glace ennemie », l’enjeu était encore plus fort. Un succès, et les Bleus intégraient le top-8 mondial. Une défaite de trois buts ou plus, et c’était la relégation. Deux extrêmes. La Nati, elle, devait gagner par 4 buts d’écart pour transformer l’échec en triomphe. Et ce qui devait arriver arriva.
Le lendemain, la Suisse était déjà de retour sur la glace (de Bâle), contre la Russie, avec la « force supplémentaire » et le « sentiment d’exaltation » acquis face aux Bleus, selon Krueger. Un match après lequel tout était changé à jamais…

































