C’est ce qu’on appelle être lancé dans le grand bain. Champions de France inattendus après des playoffs parfaits, les Boxers de Bordeaux goûtent à la CHL, parmi la crème de crème. sans jamais avoir disputé la moindre compétition européenne, pas même un petit tour de Coupe continentale. Le premier adversaire n’est pas encore le gratin, c’est même le plus abordable des six, c’est « juste » Klagenfurt. Sauf que le recordman autrichien des titres joue les Coupes d’Europe au plus haut niveau depuis 60 ans, ce qui fait une sacrée différence. Un club attristé de la perte de sa légende Sepp Puschnig, élu joueur du siècle par la fédération autrichienne en 2012 et décédé il y a tout juste un mois à 79 ans.
C’est la première fois que les Boxers gèrent un voyage aussi long. On ne parle évidemment pas ici d’un camp de préparation au Québec comme l’été dernier, mais d’un déplacement pour un match officiel. Une émotion toute nouvelle aussi, quand retentit la Marseillaise avant le match. Sur la scène européenne, les Bordelais sont encore des enfants. En face, c’est une équipe de métier, mais une équipe vieillissante, de plus de 30 ans de moyenne d’âge. Une équipe pour qui la CHL est une habitude et non un évènement, ce qui explique des tribunes clairsemées en dehors du kop où les « Rude Boys 1909 » se tiennent bien serrés.
Cet adversaire assez « installé » est donc une opportunité. Bordeaux est dans le rythme. Son effort de patinage coutumier permet de rivaliser. Toute l’équipe est au diapason, on en veut pour preuve que la quatrième ligne termine ses deux premières présences en zone offensive. Mais il faut se méfier des « vieux ». Alors que les champions de France sont installés en attaque, il suffit d’un tir de Lamarche contré pour que Nick Petrsen envoie en breakaway l’ex-international slovène de 38 ans Jan Muršak, qui annonce depuis trois ans tel un vieux chanteur que ce sera sa dernière saison. Arrêt capital de Quentin Papillon qui pare du bouclier le tir de l’ancien joueur de NHL.
La vitesse de jeu amène l’ouverture du score… aux visiteurs. Les Autrichiens se font prendre par une rapide transition bordelaise utilisant toute la surface de la glace, comme s’ils étaient des Grenoblois dans une finale de Magnus… Le centre du revers de Steven Fournier est repris face au but par Quentin Tomasino. Le KAC s’est retrouvé en sous-nombre dans sa zone par la rapidité des transmissions, Herburger étant vraiment en retard (0-1). Malgré le petit avantage local au nombre d’entrées dans l’enclave et de palets mis à la cage, ce but n’est pas immérité.
Les arbitres ont décidé de laisser jouer dans ce premier tiers-temps sans pénalité. Ils maintiennent cette ligne de conduite même quand tout le public autrichien « siffle » un retenir d’Ulysse Tournier sur Matthew Fraser qui entre dans le slot. Les fautes ne se décident pas au huée-o-mètre. Et Bordeaux entre au vestiaire en tête sur un dernier tir sur engagement de Jérémy Beaudry.
Klagenfurt revient plus fort sur la glace. Jan Drozg, l’autre Slovène de la première ligne, prend un gros lancer en bonne position après trente secondes. Mais les Autrichiens se reposent toujours sur leurs qualités techniques, pas sur l’impact physique ou sur la vitesse. Au risque de se faire piéger : Loïc Farnier intercepte une passe de Simovic pour la recrue MacKinnon le long de la bleue et est tout proche de convertir son échappée solitaire par un revers qui vise les bottes du gardien Florian Vorauer mais est bloqué par sa crosse bien placée.
Le 0-2 chauffe encore quand Enzo Carry sort le palet de la bande pour Baptiste Bruche, qui s’emmêle les pinceaux alors qu’il est tout seul face au gardien. Une action qui aboutit… à une pénalité de Girard pour crosse haute. Les Boxers résistent et se dégagent régulièrement en infériorité. Mais les Autrichiens s’installent encore à 5 contre 5. Le défenseur international « Super Thimo » Nickl – comme l’appellera le speaker à l’annonce du but – place son tir du haut de l’enclave pendant que le trafic masque Papillon (1-1).
Ce but n’abat pas les Français, bien au contraire. Le rythme s’élève, et ce n’est pas pour déplaire à Bordeaux qui signe plusieurs belles séquences collectives en attaque dans cette fin de deuxième période. Tous les indicateurs statistiques lui sont favorables après 40 minutes, sauf le score.
Dès la première minute du tiers-temps, Luke Santerno vole le palet à la ligne bleue à Jesper Jensen Aabo. Le porte-drapeau du Danemark aux derniers Jeux olympiques n’a pas le patinage le plus vif au repli à plein effort… mais c’est quand même lui qui vient intercepter la passe du Canadien grâce à l’aide de son jeune partenaire défensif Maximilian Preiml qui a ralenti le 2 contre 1 en se couchant.
Le match s’anime encore un peu plus. Mackinnon perd le palet derrière sa cage sous pression de Giroux mais Pierre-Olivier Morin échoue à deux mètres face au but, dans la botte gauche du gardien. Sur la contre-attaque suivante, Klagenfurt se procure un 3 contre 2 mais la déviation au second poteau de Simeon Schwinger manque la cible.

Comme après la seule faute française, l’équipe qui était en supériorité numérique s’installe de nouveau dans la minute suivante. Les Autrichiens ont encore quelques occasions mais la rapidité de relance de Papillon lance de bonnes remontées collectives en ligne. Sans quelques petites imprécisions, la mainmise de Bordeaux serait plus nette encore. Pourtant à domicile, Klagenfurt « sauve » le match nul dans le temps réglementaire.
En prolongation, l’obstruction de Quentin Tomasino sur Hundertpfund n’empêche pas un 2 contre 1, et elle coûte deux minutes de pénalité. À 4 contre 3, Nick Petersen peut se positionner sans opposition devant la cage et y dévier du patin le lancer dans l’axe de Jan Muršak (2-1). Les arbitres vérifient la vidéo, pour le principe.
Bordeaux a réalisé un excellent premier match européen en sachant donner de la vitesse au palet par son déploiement collectif sur la glace. Avec 1 but marqué pour 2,93 buts attendus (xG) selon les stats officielles de la CHL, 38 tirs cadrés dont trois face-à-face manqués avec le gardien, il n’aura manqué que l’efficacité pour en récolter les fruits. Un point, c’est mal payé. Cela doit donner envie de revanche à Graz, face au champion d’Autriche avec son président mégalo.
Commentaires d’après-match :
Kirk Furey (entraîneur de Klagenfurt) : Il faut être juste avec Bordeaux, ils jouent physique avec beaucoup d’énergie, ils n’ont laissé ni temps ni espace. Ils ont fait ça pendant 60 minutes ce soir, c’était un match dur. À la fin de la journée nous sortons avec deux points, il y a beaucoup à corriger mais notre powerplay a été la clé à la fin. Nous savons que ce sera dur contre Fribourg-Gottéron mais il faudra élever notre l’intensité dès le début. On ne peut pas être dominé dans ce secteur, et nous avons été dominés la plupart du temps dans ce secteur. Quand votre intensité augmente, votre concentration augmente, votre exécution augmente. On ne peut pas sous-estimer Bordeaux. Ils sont champions dans leur ligue, il y a une raison pour ça. »
Olivier Dimet (entraîneur de Bordeaux) : « C’était notre premier match en CHL. On est venu avec de l’ambition. On voulait jouer notre jeu, c’était le plus important, et je crois que ce soir on a prouvé qu’on était capable de challenger une très belle équipe de Klagenfurt. Cela s’est joué à pas grand-chose, une supériorité numérique en prolongation, mais je suis fier de mes joueurs. Prendre un point à l’extérieur, c’est toujours une très bonne chose, même s’il y a une déception. On voulait gagner le match, mais dans le processus, on a vu une belle équipe des Boxers qui a mouillé le maillot, qui a donné du fil à retordre à Klagenfurt. On va continuer avec la même mentalité, on a beaucoup appris d’un match comme ce soir. On n’a pas beaucoup de temps pour récupérer, mais on est sur place et on va aller à Graz avec les mêmes ambitions. »
Thimo Nickl (défenseur de Klagenfurt) : « Commencer la saison en Champions League par une victoire, c’est un super sentiment. Nous avons eu des difficultés, notre adversaire a livré une super partie et nous a mis sous pression. Néanmoins nous avons pu nous en sortir et gagner à la fin. »
Klagenfurt – Bordeaux 2-1 après prolongation (0-1, 1-0, 0-0, 1-0)
Jeudi 3 septembre 2026 à la Heidi Horten-Arena de Klagenfurt. 2147 spectateurs
Arbitres : Andreas Huber et Christian Ofner assistés de Wolfgang Puff et Sebastian Bedynek.
Pénalités : Klagenfurt 2’ (0’, 0’, 2’, 0’) ; Bordeaux 2’ (0’, 2’, 0’, 0’).
Tirs : Klagenfurt 27 (8, 8, 10, 1) ; Bordeaux 38 (9, 15, 14, 0).
Évolution du score :
0-1 à 12’08” : Tomasino assisté de Fournier et Mongo
1-1 à 33’00” : Nickl assisté de Petersen
2-1 à 61’49” : Petersen assisté de Muršak et Drozg (sup. num.)
Klagenfurt
Attaquants :
Nicholas Petersen (+1) – Jan Muršak (+1) – Jan Drozg (+1)
Matthew Fraser – Travis St. Denis – Jacob Hudson
Raphael Herburger (-1) – Thomas Hundertpfund (C, -1) – Simeon Schwinger (-1)
Tobias Sablattnig – Daniel Obersteiner – Finn van Ee
Défenseurs :
Jesper Jensen Aabo – Mattias Göransson [puis Preiml]
Clemens Unterweger (A, +1) – Thimo Nickl (+1)
William MacKinnon (-1) – Maximilian Preiml [puis Simovic]
Filip Simovic (-1)
Gardien :
Florian Vorauer
Remplaçants : Sebastian Dahm (G), Ben Öfner
Bordeaux
Attaquants :
Tommy Giroux – Pierre-Olivier Morin – Luke Santerno
Enzo Carry (-1) – Félix Girard (-1, 2’) – Baptiste Bruche (-1)
Steven Fournier (+1) – Yvan Mongo (+1) – Quentin Tomasino (+1)
Kaylian Leborgne – Julien Guillaume – Loïc Farnier
Défenseurs :
Kévin Dusseau (C, -1) – Maxim Lamarche
Jules Boscq (+1) – Jéremy Beaudry (+1)
Ulysse Tournier (-1) – Jarod Hilderman
Gardien :
Quentin Papillon
Remplaçants : Gaëtan Richard (G), Aïna Rambelo, Tom Guidoux.







































