
Les deux équipes n’ont pas fait preuve de régularité pendant la phase de groupe : outre sa cuisante défaite 5-0, la Finlande a aussi perdu contre le Canada après avoir mené de deux buts ; les États-Unis pour leur part sont la seule équipe, malgré son jeu rapide, à ne pas avoir remporté les 3 points de la victoire contre le Kazakhstan. La seule constante alors pour ce quart de finale, c’est que tout le monde promet une partie physique.
Les débats commencent en effet de manière musclée. Lasse Kukkonen et Bobby Ryan échangent quelques amabilités devant le but de Petri Vehanen après seulement deux minutes. La Finlande impose un défi physique avec quelques grosses charges mais le premier tir dangereux intervient après déjà cinq minutes par Petri Kontiola. Le centre de Traktor Tchéliabinsk lance un palet ras de glace sur lequel Jimmy Howard laisse un rebond dangereux, mais la Finlande n’attaque pas en profondeur, personne n’est là pour reprendre et on dirait qu’elle ne veut pas se découvrir. Puis Juuso Hietanen s’essaye de la ligne bleue et son tir est dévié pas loin du poteau.

Mikael Granlund, malgré sa petite taille, montre toute sa ténacité et son ingéniosité en harcelant les arrières, en pressant haut, puis en créant une combinaison qui surprend jusqu’à ses coéquipiers. Le public apprécie. Il est venu en nombre mais la patinoire n’est toujours pas à guichets fermés. Il y avait même un peu plus de monde pour la même affiche lorsqu’il s’agissait d’un match de groupe, probablement parce que le prix était moins excessif.
Mais elle s’enflamme rapidement pour les grosses occasions de la fin de la première période, quand Mikko Mäenpää prend un bon shoot ou que Granlund, sur un changement de ligne américain, peut prendre le temps d’armer un lancer à mi-distance face à Jimmy Howard, qui fait preuve d’une belle vitesse de réaction pour dévier le palet du bouclier. Puis encore sur un changement de ligne un peu lent, le trio Filppula-Koivu-Jokinen se crée une belle occasion sauvée in extremis par Jeff Petry, le défenseur des Oilers d’Edmonton.
Sur le jeu posé, les Américains sont très forts aussi. Dans les derniers instants de la première période, ils touchent la barre transversale, puis un tir est sauvé d’une cage ouverte par le défenseur défensif Ossi Väänänen couché sur la glace. Sur le dernier engagement en zone offensive, Scott Gordon, le coach américain, décide même de sortir son gardien pour utiliser les deux secondes restantes de manière optimale. Malgré un tir et toutes ces occasions, le score est toujours vierge et l’arbitre renvoie les deux équipes au vestiaire sans qu’il ait eu à lever le bras pour un but ou une pénalité.

Quelques instants plus tard, sur un rebond, Max Pacioretty, meilleur pointeur du Team USA, commet une faute, la première de la partie. Mais c’est une faute utile car il était en retard sur l’avant finlandais qui avait la cage ouverte. D’autant que le power-play finlandais ne donne rien, avec deux tirs assez quelconques de Janne Niskala. Justin Abdelkader et Patrick Dwyer dégagent bien le danger.
Lasse Kukkonen et Bobby Ryan retrouvent ensuite une occasion de s’échanger quelques accolades, suite à une interception de Jarkko Immonen à la bleue sur Petry et son tir que Howard avait bien capté de la mitaine. Petite hésitation de l’arbitre sur qui sanctionner… finalement personne pour être sûr de ne pas se tromper, ne pas trop user le banc de la prison et avec la promesse des belligérants qu’ils ne recommenceront pas.
La deuxième ligne américaine place quelques bons tirs dans ce tiers, comme celui de Craig Smith dans le casque de Petri Vehanen ou encore cette tentative de Kyle Okposo du cercle gauche. Mais c’est finalement le quatrième trio offensif finlandais qui va débloquer la partie. Jesse Joensuu, dont l’utilité au sein de l’équipe fait parfois débat au point de ne pas être titulaire à chaque match, prend un lancer croisé du rond droit sur une longue ouverture d’Antti Pihlström. Jimmy Howard s’incline sur le tir du robuste ailier de HV71 Jonkoping. 0-1 à 33’27 (photo ci dessous)

Une demi-heure sans but, et maintenant 1-1 en moins de 20 secondes. Le score en reste là pour la deuxième période car Janne Pesonen manque de justesse un centre en aveugle et dos au jeu de son partenaire de ligne du HIFK Mikael Granlund, et Cam Atkinson ne trouve pas mieux que le bouclier de Petri Vehanen, gardien des Lions en équipe nationale et des panthères blanches (Ak Bars) à Kazan au Tatarstan le reste de la saison.
La qualification en demi-finale va donc se jouer au troisième tiers-temps et il commence plutôt bien pour les États-Unis. Malgré une séquence quasiment de jeu de puissance à cinq contre cinq en faveur des Finlandais, Bobby Ryan prend un rebond et le place entre les jambes du gardien, après un tir en première intention de Justin Faulk. 2-1 à 41’39

La Finlande domine et parvient à s’installer à égalité numérique avec des tirs dangereux et des rebonds, mais rien ne veut rentrer. Juuso Hietanen en casse sa crosse à force de prendre des slaps et d’y mettre tout son cœur, mais va en rechercher une neuve rapidement. Les Américains sont un peu débordés par l’enthousiasme des Finlandais sur les tirs et les charges, dont aucune n’est jugée irrégulière par les arbitres. Jack Johnson en a sa crosse toute cassée. Il récupère celle d’un coéquipier. Alors Valtteri Filppula envoie le jeu en direction du joueur sans crosse. Johnson rend la crosse à son coéquipier qui en a plus besoin (d’autant qu’elle n’était pas dans le bon sens…). Mais quatre crosses pour cinq joueurs, ce n’est pas gérable. Quand Filppula passe au centre, le capitaine Johnson ne peut que pousser dans le dos le capitaine Koivu qui marque… sans même avoir besoin de sa crosse car le palet est dévié par son patin. Explosion de joie à la Hartwall Areena. L’arbitre demande une vérification par vidéo puis juge que le but est valide car Koivu n’a pas modifié l’orientation de son patin. 2-2 à 53’02

Jukka Jalonen finit le match avec sa quatrième ligne, celle de Jesse Joensuu, qui a marqué son premier but en équipe nationale ce soir. C’est une heureuse idée car après un bon travail derrière le but de Petri Kontiola, le colosse planté devant le gardien reçoit le palet de derrière le but et fait une reprise instantanée dans un trou de souris le long du poteau. Il ne restait que 9 secondes avant les prolongations ! 2-3 à 59’51
Mikko Koivu gagne le dernier engagement, et grâce à 7 dernières minutes de rêve, la Finlande, au terme d’un match riche en émotions, se qualifie pour une demi-finale contre la Russie qui ne devrait pas manquer d’émotions non plus.
Le « Team USA », dont seulement 2 joueurs n’avaient pas marqué de but dans ce tournoi, n’a pas réussi à refaire sauter la défense finlandaise comme la dernière fois. Son attaque n’a pas livré un grand match.
Le jeu très physique des Finlandais a eu la chance de tomber sur des arbitres qui ont laissé jouer ce genre de jeu, au point de ne pas avoir reçu la moindre pénalité de tout le match. Mais s’il a fallu que la quatrième ligne marque deux fois et que Jesse Joensuu fasse un coup à la Lilian Thuram, avec ses deux seuls buts en équipe nationale lors d’un même match couperet, c’est aussi que la Finlande n’a pas vaincu ses vieux démons d’inefficacité offensive et que la ligne de Granlund, l’an dernier si forte, s’éteint au fur et à mesure dans le tournoi.
Désignés joueurs du match : Jimmy Howard pour les États-Unis et Jesse Joensuu pour la Finlande.
Commentaires d’après-match :

Jeff Petry (défenseur des États-Unis) : « je suis fier de cette équipe. Je suis arrivé pour mon premier championnat du monde et je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais on avait un bon groupe, qui a travaillé vraiment dur. »
Cam Atkinson (attaquant des États-Unis) : « On savait qu’après le premier match contre eux, ils reviendraient plus forts, avec la foule qui les pousserait. On n’a pas joué comme on voulait. Ils ont beaucoup tiré et on n’a pas exécuté correctement notre plan de jeu. Ça a été une belle expérience, découvrir une nouvelle culture, faire connaissance avec de nouveaux coéquipiers. Je m’en souviendrai toute ma vie. »
Antti Pihlström (attaquant de la Finlande) : « Notre ligne a joué comme d’habitude. Aujourd’hui, ça a bien marché. On finit le match parce que le coach fait confiance à notre jeu défensif. Et on a réussi à faire le contraire et à marquer. Quand ils ont marqué en début de troisième période, personne n’a paniqué, on a simplement fait plus de forechecking et on a mieux gardé le palet. Tous les gars savaient qu’il fallait marquer. Le prochain match va être encore plus intense [contre les Russes]. Ils ont toujours une grosse équipe, il faudra faire notre propre match. »
Leo Komarov (attaquant de la Finlande) : « La saison a été longue, je suis un peu fatigué. À domicile, on a tous les amis, la famille qui regardent, ça donne plus d’émotions. Encore deux matches et on pourra se reposer. Les Russes ont une bonne équipe et sont de bons amis. »
Jukka Jalonen (entraîneur de la Finlande) : « Je pense que c’était un grand match de hockey. Les deux équipes ont extrêmement bien joué. On a joué à trois lignes les dernières 7-8 minutes, une des lignes ne jouait pas, celle de Kontiola, dans laquelle joue Joensuu. Les autres avaient beaucoup joué. Je me suis dit qu’il fallait utiliser tous nos joueurs si on veut résister à de si rudes adversaires. On ne peut pas jouer à trois lignes si longtemps.
Scott Gordon (entraîneur des États-Unis) : « On savait que la Finlande aurait un meilleur match que la dernière fois. Il n’y a pas eu de surprise. Ils ont eu des rebonds heureux derrière le but, malheureux pour nous. À leur crédit, ils ont bien joué devant le but et ont été récompensés. »
États-Unis – Finlande 2-3 (0-0, 1-1, 1-2)
Jeudi 17 mai 2012 à 18h30 à la Hartwall Areena de Helsinki. 12426 spectateurs.
Arbitrage de Vyacheslav Bulanov et Konstantin Olenin (RUS) assistés de Petr Blümel (TCH) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : États-Unis 2′ (0′, 2′, 0′) Finlande 0′ (0′, 0′, 0′).
Tirs : États-Unis 26 (10, 9, 7) Finlande 31 (7, 10, 14) ;
Évolution du score :
0-1 à 33’27 » : Joensuu assisté de Pihlström et Kukkonen
1-1 à 33’48 » : Palmieri assisté de Petry et Crabb
2-1 à 41’39 » : Ryan assisté de Fauk et Smith
2-2 à 53’02 » : Koivu assisté de Jokinen et Filppula
2-3 à 59’51 » : Joensuu assisté de Kontiola
États-Unis
Gardien : Jimmy Howard.
Défenseurs : Jack Johnson (C, -1) – Cam Fowler (-1) ; Alex Goligoski (+1) – Justin Faulk (+1) ; Chris Butler – Jeff Petry ; Justin Braun.
Attaquants : Max Pacioretty (2′) – Paul Stastny – Cam Atkinson ; Bobby Ryan (+1) – Craig Smith (+1) – Kyle Okposo (+1) ; Kyle Palmieri (+1) – Justin Abdelkader (+1) – Ryan Lasch ; Nate Thompson (A, -2) – Jim Slater (A, -2) – Patrick Dwyer (-2) ; Joey Crabb (+1).
Remplaçant : Richard Bachman (G). Absents : John Curry (G), J.T. Brown (surnuméraire).
Finlande
Gardien : Petri Vehanen.
Défenseurs : Mikko Mäenpää – Juuso Hietanen ; Joonas Järvinen – Ossi Väänänen ; Topi Jaakola (+1) – Lasse Kukkonen (A) ; Janne Niskala (-1).
Attaquants : Valtteri Filppula – Mikko Koivu (C) – Jussi Jokinen (A) ; Janne Pesonen (-1) – Jarkko Immonen (-1) – Mikael Granlund (-1) ; Leo Komarov – Niko Kapanen – Tuomas Kiiskinen ; Antti Pihlström (+1) – Petri Kontiola (+1) – Jesse Joensuu (+2) ; Mika Pyörälä.
Remplaçant : Karri Rämö (G). Absents : Kari Lehtonen (G), Jani Tuppurainen (surnuméraire), Anssi Salmela (suspendu).









































