L’équipe de France aborde son tournoi de qualification olympique avec une étiquette peu confortable à porter, celle de favorite. Ses trois adversaires évoluent une division en dessous d’elle, mais elle doit tous les battre pour accéder à un dernier tour qualificatif bien plus difficile au Japon.
Les fidèles des équipes nationales sont venues encourager les Bleues, mais les trois quarts de la patinoire sont totalement vendues. Les rencontres en semaine à 19h30, au milieu des embouteillages, attirent peu, et les billets ont surtout été vendus pour la dernière journée dimanche.
La Chine était au siècle dernier une des grosses nations du hockey féminin, quatrième aux Jeux olympiques de Nagano. Ce pays misait alors sur les féminines en qui il voyait sa principale chance de médailles. Elles n’ont pas échappé au déclin global du hockey chinois et ont fini cinquièmes de division IB l’an passé, soit 19e nation mondiale. La France était deuxième de D1A, soit dixième mondiale.
Le fossé thérique se constate de visu. Même si les Chinoises portent la première attaque, les Françaises se montrent rapidement supérieures, y compris dans le point fort traditionnel des Asiatiques qu’est le patinage. Ce dynamisme est particulièrement net sur la première ligne où Emmanuelle Passard et la capitaine Marion Allemoz savent se placer et se trouver par d’excellentes passes. Le niveau qu’elles montrent est un cran au-dessus, y compris du match précédent, mais il manque d’être plus incisives devant la cage.
Dominer n’est pas gagner. Face à un adversaire appliqué, discipliné et surtout très regroupé défensivement, les Françaises peinent pour se créer des occasions franches. Les Chinoises ont un plan de jeu clair : tenir le 0-0 le plus longtemps possible. Et il est parfaitement réussi en première période. Le score reste vierge malgré un bilan de… 13 tirs à 0 !
Il manque un petit quelque chose aux Françaises, qui commettent trop de petites erreurs techniques. Estelle Duvin, elle, est à l’aise dans la conservation du palet, mais quand l’arrière chinoise Di Deng relance droit sur elle en début de deuxième période – la boulette adverse qu’on attendait depuis longtemps, il lui manque la précision de tir et elle tire droit dans le plastron de la gardienne.
La solution peut venir des longues séquences de circulation en zone offensive, surtout au deuxième tiers-temps où les Chinoises sont loin de leur banc. Elles font moins tourner leur banc que les Françaises et la fatigue les guette. Soline Fohrer reprend une longue passe croisée en retrait et son lancer heurte le bras de Betty Jouanny près de la cage avant de rentrer (0-1, 28’47 »). C’est le soupçon de réussite qu’il fallait. Tout est plus facile après ce déclic. La gardienne repousse la tentative à bout portant de Soline Fohrer, mais Lore Baudrit, plus à distance, la surprend alors en angle (0-2, 32’07 »).
Au vu de la faible menace de l’attaque chinoise, les Françaises peuvent maintenant ensuite en toute confiance. Estelle Duvin n’en est pas à son premier tour de la zone offensive avec le palet, mais cette fois, avec sa coéquipière Lore Baudrit idéalement placée en écran devant la cage, la situation est idéale : son tir est non seulement précis mais même magnifique, en pleine lucarne (0-3, 45’06 »). Betty Jouanny aurait pu réaliser le doublé dans la foulée, quand elle est parfaitement décalée au poteau gauche par Lara Escudero, mais elle dévie à côté de la cage ouverte.
On pense que Caroline Baldin s’achemine vers un blanchissage facile, mais elle doit le défendre plus ardemment en fin de match. Elle écope elle-même d’une pénalité (faire trébucher) qui laisse son équipe en infériorité, et est alors sauvée par sa transversale sur un lancer dévié de Deng Di à la ligne bleue.
Les Françaises s’imposent tout de même fort logiquement. Leur patience aura été testée dans ce premier match. Le second face à des Italiennes moins passives et plus accrocheuses s’annonce comme un autre challenge demain soir. L’équipe tricolore a en tout cas montré sa cohérence et sa vision partagée et sereine des plans de jeu, comme en témoigneront les similitudes très nettes entre les propos tenus après le match par l’entraîneur et par ses joueuses.
Désignées joueuses du match : He Siye pour la Chine et Soline Fohrer pour la France.
Commentaires d’après-match
Grégory Tarlé (entraîneur de la France) : « On a été solide défensivement, on va capitaliser là-dessus. C’est un des scénarios qu’on imaginait. Est-ce que l’on ferait la différence vite ou est-ce que ce serait long à se dessiner, on était prêt pour tous les cas. On a su adopter le bon comportement et garder les bonnes attitudes. Au final, c’est une victoire propre. L’Italie est une équipe qui a du coeur, nous aussi. Il faut voir ce qu’elle proposera. On est censé passer, mais on peut se prendre les pieds dans le tapis. On essaie de maîtriser un maximum de choses : la préparation physique, les éléments techniques. On a tout axé depuis 3-4 ans sur la qualification pour les JO, mais le mode de qualification est très dur. Les joueuses sont persuadées qu’il y a un coup à faire, moi aussi j’y crois. On va y aller par étapes. »
Soline Fohrer (attaquante de la France) : « On a eu du mal à démarrer mais on a su réagir. On avait imaginé plusieurs scénarios, dont celui-là. On a continué notre jeu. On savait qu’il fallait jouer collectivement pour pouvoir repousser la Chine. Ça a marché. On vise les JO, on joue notre chance à fond, mais on profite de l’instant présent. »
Estelle Duvin (attaquante de la France) : « Quand on joue des équipes censées êtres plus faibles, on sait que ça va être un match-piège, qu’il faudra être patientes. Cela dépend des scénarios, ils peuvent aussi nous marquer un but d’entrée sur un contre. Individuellement, quand on a des occasions, il faut savoir les saisir. J’ai récupéré un palet dans le coin, les filles ont fait des blocks et des voiles et j’ai pu marquer. Il faudra bien récupérer, les trois matches peuvent se ressembler. Au Canada [elle joue avec Passard, Allemoz et Baudrit aux Carabins de l’Université de Montréal], les filles nous demandent comment ça se passe de représenter la France ; elles n’ont pas la chance de le faire pour le Canada car le niveau est beaucoup plus haut. Elles nous suivent et nous soutiennent. »
Photos du match : ©FFHG / Régis Godec
Chine – France 0-3 (0-0, 0-2, 0-1)
Jeudi 15 décembre 2016 à 19h30 à l’Aren’Ice de Cergy-Pontoise. 707 spectateurs.
Arbitrage de Nikoleta Celarova (SVK) et Katarina Timglas (SUE) assistées de Michaela Kudelova (SVK) et Zuzana Svobodova (TCH).
Pénalités : Chine 8′ (2′, 4′, 2′), France 4′ (0′, 2′, 2′).
Tirs : Chine 8 (0, 3, 5), France 36 (13, 13, 10).
Évolution du score :
0-1 à 28’47 » : Jouanny assistée de Fohrer
0-2 à 32’07 » : Baudrit assistée de Duvin et Fohrer
0-3 à 45’06 » : Duvin assistée de Fohrer
Chine
Attaquantes :
He Xin – Zhang Mengying (A, -1) – Kong Minghui (-1)
Tian Naiyuan – Fang Xin (2′) – Lu Shuang (-1)
Ju Jingwen (-2) – Guan Yingying (-2) – Zhu Rui (-1) ou Lyu Yue
Arrières :
Zhao Qinan (-2, 2′) – Liu Siyang (-1, 2′)
Wen Lu (-2) – Deng Di (-2)
Yu Baiwei (C)
Gardienne :
He Siye
Remplaçantes : Wang Yuqing (G), Wang Wenzhuo. En réserve : Jiang Yue (G), Jiang Bowen.
France
Attaquantes :
Chloë Aurard – Marion Allemoz (C) – Emmanuelle Passard
Estelle Duvin (+3) – Lore Baudrit (A, +3) – Soline Fohrer (+3)
Amandine Cuasnet ou Lara Escudero (2′) – Betty Jouanny (+1) – Morgane Rihet ou Jade Vix
Arrières :
Anouck Bouché (A, +1) – Léa Parment
Gwendoline Gendarme (+2) – Léa Villiot (+3)
Sophie Leclerc – Athéna Locatelli
Gardienne :
Caroline Baldin (2′)
Remplaçantes : Jeanne Morin (G), Audrey Lager Lacombe. En réserve : Caroline Lambert (G).