Mondial féminin : double victoire américaine

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C’était un coup de tonnerre. À deux semaines des Championnats du monde, les joueuses de la sélection américaine menaçaient de boycotter la compétition, jugeant un manque de considération et d’équité de la part de USA Hockey en terme de support technique et de salaires. L’ironie de l’histoire, c’est que ce Mondial 2017 allait se dérouler à Plymouth au Michigan, camp de base de USA Hockey. Ce boycott avait alors obtenu un écho considérable dans le monde, soulignant les éternelles difficultés du sport féminin à s’émanciper.

2017 IIHF Womens World ChampionshipFinalement, à une semaine du début des Championnats du monde, un accord sur quatre ans a été promis par USA Hockey. La capitaine Meghan Duggan et ses coéquipières ont donc levé leur grève pour représenter les États-Unis, vainqueur sept fois lors des neuf derniers Mondiaux féminins. Si les Américaines et les Canadiennes ont assuré une nouvelle fois leur qualification directe pour les demi-finales, cela n’a pas empêché quelques surprises.

L’Allemagne a réalisé un parcours surprenant. Les Allemandes ont débuté avec deux victoires, contre la Suède et la Tchéquie, avant de vaincre la Russie en quart de finale grâce à un but gagnant de Marie Delarbre. Demi-finaliste, la performance est d’autant plus surprenante que, il y a un an, la Mannschaft obtenait sa promotion en élite mondiale au détriment de la France qui avait obtenu le même nombre de points. Des Bleues qui, en février en dernier, étaient par ailleurs à deux doigts de battre ces mêmes Allemandes dans le temps réglementaire lors du Tournoi de qualification olympique, avant de céder en fin de match puis aux tirs au but.

Noora RätyLa Finlande a également créé la sensation en devenant la première équipe, autre que les États-Unis, à battre le Canada aux Championnats du monde féminins. Et il s’en est fallu de peu pour que les Américaines ne se fassent piégées à leur tour. La gardienne Noora Räty, qui effectue un retour en grâce en sélection en tant que titulaire, n’est pas étrangère aux bonnes performances des Lionnes, réalisant un blanchissage en quart de finale face à la Suède. 

Bien que les Allemandes aient réalisé la meilleure performance de leur histoire en atteignant les demi-finales, elles ont totalement explosé en fin de tournoi. Les États-Unis ont infligé une véritable correction (11-0) en demie avant que la Finlande, blanchie par le Canada et Shannon Szabados, n’en remette une couche en infligeant un 8-0 à l’occasion du match pour la troisième place. Les Lionnes finlandaises empochent donc leur douzième médaille de bronze et il faut préciser qu’elles n’ont jamais fini au-delà de la quatrième place aux Championnats du monde, confirmant son statut de meilleure nation européenne.

La surprise allemande écartée en demi-finale, les Américaines défiaient leurs grandes rivales Canadiennes en finale pour la vingtième fois en vingt éditions des Mondiaux féminins. Et il ne fallait pas arriver en retard au complexe de Plymouth. Meghan Agosta, en contre avec Jennifer Wakefield, a ouvert le score pour le Canada après une minute de jeu, avant que Kacey Bellamy n’égalise par un slap puissant de la ligne bleue à 04’34 ».

Les hostilités se calmeront lors d’un second tiers-temps vierge mais la troisième période redémarre de plus belle. Kacey Bellamy, encore elle, reprend devant le slot une passe de Hilary Knight quarante-deux secondes seulement après le retour des vestiaires. Mais à dix minutes de la fin, les Canadiennes, en supériorité numérique, égaliseront. La capitaine Marie-Philip Poulin réalise une élégante entrée en zone et sert à l’opposé Brianne Jenner qui marque, but nécessitant toutefois la vidéo puisque la gardienne Nicole Hensley cache le passage du palet dans les filets, celui-ci est toutefois bien rentré.

Amanda Kessel Hilary Knight2-2 après soixante minutes de jeu, pour la deuxième année consécutive la décision devra se faire en temps supplémentaire. Shannon Szabados, bien aidée de sa défenseure Halli Krzyzaniak, sauve une première fois le Canada sur sa ligne, mais elle ne pourra pas lui éviter la défaite. Les Canadiennes sont installées dans le camp américain mais Krzyzaniak fait cette fois-ci une bourde lourde de conséquence. Son tir est contré par Hilary Knight qui transmet le puck à Kendall Coyne, cette dernière file sur son aile gauche et redonne finalement en retrait à Knight, celle qui est considérée par beaucoup comme la meilleure joueuse du monde inscrit alors le but en or.

Hilary Knight offre un huitième sacre mondial aux États-Unis, un quatrième consécutif. C’est toutefois le premier titre de champion du monde remporté à domicile par le Team USA féminin et cela conclut de belle manière trois semaines incroyables pour le hockey féminin américain. Les Américaines sont parvenues à allier succès sportif au succès qu’elles ont obtenu dans leur lutte sociale qui a dépassé bien plus que la sphère du hockey, comme le confirme leur capitaine Meghan Duggan : « Ce n’est pas seulement une question d’argent. Cela concerne toutes les femmes et les jeunes femmes de ce pays afin qu’elles obtiennent une rémunération équitable de la part de leur employeur. »

Commentaires d’après-match

Kacey Bellamy (défenseure des États-Unis) : « La dernière fois que nous avions joué à domicile, au Vermont [en 2012, ndlr], nous avions perdu contre elles, et nous ne voulions surtout pas connaître la même issue. Le support que nous avons eu ces dernières semaines a été incroyable, alors nous voulions gagner pour nos fans. »

Hilary Knight (attaquante des États-Unis) :  » [Sur le but en prolongation, ndlr] je me disais il faut que je bloque ce tir, et puis je me suis dit il faut que je donne le palet à Kendall parce qu’elle est rapide comme l’éclair, elle m’a créé un espace, je me suis contenté de rester dans ses patins et puis j’ai pris le tir. J’ai entendu les chants du Canada, alors je me suis dit allez, faisons chanter les Américains. C’était une ambiance incroyable, avoir le support des fans est important. Nous jouons souvent dans des lieux où nous nous faisons huer, alors obtenir les acclamations c’est génial. »

États-Unis – Canada 3-2 après prolongation (1-1, 0-0, 1-1, 1-0)
Vendredi 7 avril 2017 à 19h30 à la USA Hockey Arena de Plymouth. 3917 spectateurs.
Arbitrage d’Anna Eskola (SUI) et Gabriella Gran (SUE) assistées de Natasa Pagon (SLO) et Johanna Tauriainen (FIN).
Pénalités : États-Unis 10′ (4′, 4′, 2′, 0′), Canada 10′ (2′, 2′, 4′, 0′).
Tirs : États-Unis 40 (11, 6, 15, 8), Canada 30 (10, 10, 6, 4).

Évolution du score :
0-1 à 01’01 » : Agosta assistée de Wakefield
1-1 à 04’34 » : Bellamy assistée de Coyne et Decker
2-1 à 40’42 » : Bellamy assistée de Decker et Knight
2-2 à 49’44 » : Jenner (sup. num.)
3-2 à 70’17 » : Knight assistée de Coyne

États-Unis

Attaquantes :
Kendall Coyne (+3) – Brianna Decker (+3, 2′) – Hilary Knight (+3)
Kelly Pannek (-1) – Amanda Kessel (-1) – Amanda Pelkey (-1)
Meghan Duggan (C) – Alex Carpenter – Hannah Brandt
Kelli Stack – Jocelyne Lamoureux-Davidson (6′) – Gigi Marvin (2′)
Haley Skarupa

Défenseures :
Monique Lamoureux (A, +2) – Kacey Bellamy (A, +3)
Megan Keller – Emily Pfalzer (-1)
Lee Stecklein – Kali Flanagan
Megan Bozek

Gardienne :
Nicole Hensley

Remplaçante : Alex Rigsby (G).

Canada

Attaquantes :
Marie-Philip Poulin (C, -1) – Emily Clark (-1) – Rebecca Johnston (-1)
Haley Irwin (A) – Jennifer Wakefield (2′) – Meghan Agosta
Natalie Spooner (-1) – Brianne Jenner (A, -1) – Sarah Potomak (-1)
Bailey Bram – Blayre Turnbull – Laura Stacey (2′)
Sarah Davis

Défenseures :
Jocelyne Larocque (-3, 2′) – Meaghan Mikkelson (-2, 2′)
Lauriane Rougeau (+1) – Laura Fortino (+1, 2′)
Halli Krzyzaniak (-1) – Erin Ambrose
Renata Fast

Gardienne :
Shanno Szabados

Remplaçante : Geneviève Lacasse (G).

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