En remportant récemment le Mondial D1A, l’équipe de France féminine a acquis son retour en élite mondiale, une performance remarquable à plusieurs égards, et qui permet de poursuivre un projet ambitieux en toute sérénité.
Vaujany 2018, Angers 2022, Budapest 2026, les Bleues se sont qualifiées pour une troisième fois ces huit dernières années. Cette performance efface deux échecs consécutifs, les Françaises n’avaient d’ailleurs échoué qu’à un point de la promotion en 2024 et 2025. L’ironie de l’histoire, c’est que les années précédentes, deux sésames étaient distribuées pour la promotion ; la France s’est finalement emparée du seul ticket en jeu en 2026 en gagnant le tournoi. La sélection de Grégory Tarlé comptait pourtant deux joueuses phares absentes de l’alignement de Budapest : Léa Villiot en défense et Jade Barbirati en attaque. La performance est donc d’autant plus remarquable.

A Budapest, l’équipe de France a réalisé l’un des meilleurs parcours de son histoire en ne concédant qu’une défaite en prolongation. Sur son tableau de chasse, on retrouve la Norvège – qui était en élite la saison dernière – l’Italie – qui avait assommé la France au Tournoi olympique – et la Slovaquie – avec une nouvelle génération talentueuse. Avec 20 buts marqués, les Bleues possédaient la meilleure attaque, mais leur rigueur en défensive a aussi fait la différence, ne concédant sur certains matchs que peu d’occasions franches à leurs adversaires. La France avait d’ailleurs le taux le plus élevé en infériorité numérique (83,3% de réussite).
La génération 2030 déjà là
Bien évidemment, la réussite est avant tout collective. Pour autant, certaines prestations individuelles sont à saluer. Alice Philbert a été élue meilleure joueuse de ce championnat du monde, la gardienne des Bleues a conservé un pourcentage d’arrêts de 94% alors qu’elle a disputé les cinq rencontres de l’équipe de France. Philbert confirme ainsi ses solides performances lors des Jeux olympiques, elle avait réalisé 93,3% d’arrêts sur les 179 lancers adverses, de loin le plus haut total du tournoi. A 29 ans, elle s’est imposée comme la titulaire indiscutable de la sélection tricolore, et pourrait même susciter un intérêt outre-Atlantique. Elle avait déjà candidaté deux fois à la draft PWHL sans pour autant avoir été retenue, elle ne peut pas candidater une troisième fois mais il lui sera possible de rejoindre la ligue en tant qu’agent libre.
Estelle Duvin a également récolté les honneurs du tournoi puisqu’elle a été élue meilleure attaquante, et ce pour la troisième fois de suite au Mondial D1A. Elle a inscrit 9 points durant la compétition, inscrivant notamment un quadruplé contre la Chine. Sa complice Clara Rozier, avec 8 points, était aussi parmi les meilleures marqueuses de la compétition. Quant à Chloé Aurard-Bushee, qui avait connu des derniers mois difficiles après un changement de vie forcé par son éviction surprise du Boston Fleet, elle a montré sa force de caractère et beaucoup d’abnégation dans les deux sens de la patinoire. A 21 ans, Manon le Scodan est en passe de suivre le même chemin que les trois meneuses offensives de l’équipe de France, elle qui sort d’une première saison en NCAA spectaculaire (27 points en 31 matchs).

Si les cadres ont montré l’exemple, l’implication des plus jeunes dans le jeu ont permis des efforts continus. Treize des vingt-trois joueuses réunies à Budapest avaient 24 ans ou moins. La génération 2030 est déjà là, en tête Anaïs Peyne-Dingival (2 buts) et Clémence Boudin (2 points), 18 et 17 ans, qui ont fait très bonne impression. Elles ont joué sans complexe, comme si elles jouaient depuis de nombreuses années en bleu, Boudin a même été intégrée au premier trio en fin de tournoi avec Duvin et Rozier.
Quant à Sophie Leclerc et Gabrielle de Serres, elles ont montré leur statut de nouvelles patronnes de la défense tricolore. Elles ont toutes deux inscrit un sommet de 4 points aux championnats du monde, de Serres a marqué 2 buts à Budapest en plus des deux inscrits aux JO. Leur impact est bien venu alors que Marie-Pierre Pélissou, qui disputait son cinquième championnat du monde, a annoncé sa retraite. Après 16 championnats du monde et 255 sélections (un nouveau record), le capitaine Lore Baudrit peut partir l’esprit tranquille, après cette nouvelle promotion et un collectif qui s’est renforcé.
Une saison 2026-2027 atypique
La prochaine saison s’annonce unique en son genre. Les Bleues ne disputeront leur Mondial élite qu’en novembre 2027, dans un an et demi ! A l’automne dernier, l’IIHF annonçait une nouvelle programmation du Mondial élite, en automne plutôt qu’au printemps. Ce changement a pour vocation de ne plus court-circuiter la PWHL et d’éviter de lui imposer un break international, le Championnat du monde se déroulera donc avant le début des prochaines saisons PWHL. Par souci d’harmonisation, les divisions inférieures seront elles aussi programmées à l’automne à partir de 2027.

Vous l’aurez compris, la prochaine échéance mondiale des Bleues n’est donc pas pour tout de suite, ce qui impose une longue phase préparatoire et du temps pour se préparer à batailler contre les nations du top 10. L’objectif sera évidemment de conserver sa place en élite, la tâche sera en tout cas plus accessible que lors des deux tentatives précédentes puisqu’une seule nation sera reléguée. L’IIHF a décidé de cesser le renouvellement permanent de deux nations, qu’elle soutenait par le passé. Cette mesure décuple les chances de maintien, et elle peut même aider à une pérennisation en élite.
D’ici novembre 2027, bon nombre de joueuses du groupe France auront mûri, progressé avec une place plus marquée dans l’effectif et d’autres auront probablement percé. Cela devrait permettre de disposer d’un effectif plus affûté qu’il ne l’était en 2023 à Brampton.
Gardons à l’esprit qu’une compétition s’immiscera d’ici là puisque la France goûtera à partir d’avril 2027 au retour du Championnat d’Europe, qui avait connu cinq éditions entre 1989 et 1996. Pour le moment, le format et le nombre d’équipes participantes n’ont pas encore été communiquées. Manifestement, l’IIHF veut renforcer la compétition sur le territoire européen, et niveler vers le haut les programmes des équipes nationales.
Quatorzième nation mondiale en 2025 au ranking IIHF, la France va faire un bon en avant chez les féminines entre sa participation olympique et son titre mondial D1A. Championnat d’Europe au printemps 2027 et Mondial élite à l’automne 2027, voilà le programme qui s’inscrit dans ce début de cycle olympique de l’équipe de France, qu’elle peut aborder avec le plein de sérénité.



































